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Œuvre poétique.

Xavier GRALL.

Note : 5 / 5.
Il y avait......les mots de Xavier Grall.
Il y a trente ans Xavier Grall décédait, bien trop tôt, c'est ce qui est souvent dit, mais dans le cas présent c'est l'amère constatation que l'on ne peut que faire, hélas!
Je me pose très souvent la question, sans réponse très précise malgré tout : quelle est la part de Xavier Grall dans mon amour pour la littérature et ma passion pour la Bretagne ! Immense bien sûr, j'ai toujours en tête ma première lecture de Grall, ce brûlot qu'était pour l'époque « La fête de nuit » qui est certainement le livre que j'ai le plus lu !
Ce livre contient l'ensemble de l’œuvre poétique de Xavier Grall, écrivain dont j'ai souvent parlé dans ce blog. Les recueils « Le rituel breton », « Rires et pleurs de l'Aven », « La sône des pluies et des tombes », « Solo et autres poèmes » », Genèse et derniers poèmes » figurent dans cet ouvrage, plus certains inédits.
Deux préfaces : une de Mireille Guillemot, veuve de Bernard Guillemot, fondateur des éditions Calligrammes chez qui la poésie de Grall fut éditée. Une seconde et très belle préface d'un autre grand poète breton Yvon LeMen débute cet ouvrage.
Je ne pense pas être très à l'aise pour parler de poésie, mais je vais faire un résumé de mes chroniques passées :
Le rituel breton
Pour Ulysse, s’il revient en Armorique " dit la page de garde de ce recueil, long poème lyrique, qui comme beaucoup de textes de Grall, revient sur l’histoire des Bretons bourlingueurs. Les ports, les alcools, les rêves, la filiation à la Bretagne sont les thèmes qui lui sont chers. Le Maghreb et le Sud l’ont marqué également, lui qui fut appelé du contingent, pris dans des guerres qui ne le concernaient pas.
Et la mer autour et au-dessus de tout, le voyage, l’amour et l’amitié.
« 
Good bye, kenavo
Nous allons respirer tous les parfums
Nous allons danser la pavane de la mer
Dieu et le vent pour suzerains
Nous allons fonder l’empire des paladins. »
Rires et pleurs de l'Aven.
Qui commence par ces mots :
« 
En hommage à ceux qui m’accueillirent
habitants, hommes, femmes, chênes et genêts
de l'Aven. »
Les hommes sont nombreux, les inconnus, Madame Guillerm, Jean-Jean, Thomas, Le Baron, Gégé-Trompette ! Et puis les autres, artistes aussi compagnons d'amitiés, Glenmor, Michel Thersiquel, Alain Page et Claude Huart qui illustre ce court recueil.
Solo et autres poèmes.
Ex-Voto.
Recueil de poésie datant de 1981, illustré par un de ses amis Marcel Gonzalez, peintre de Pont-Aven. «Solo» est le poème le plus long, environ cinquante pages.
Grall se présente à Dieu :

«Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne»
Il y parle de sa santé déjà déficiente :
-«Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris»
Il y invoque ses démons, l’alcool et la fête :
-«Les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses»
Il énumère les poètes, ses frères de miséricorde, François Villon et Rimbaud, Verlaine, Georges Perros et Guillaume de Machaud.
La musique n’est pas oubliée, la classique avec Benjamin Britten et Beethoven, et la bretonne avec son frère de rébellion, Glenmor ou Dan ar Braz, qui lui consacrera un disque. La fin du poème :
«Mais Seigneur Dieu
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne Bleue»
Dans «Ex-Voto» :
Il salue la mémoire de Max Jacob son voisin quimpérois :
-«A Georges Perros cancérisé
A Max Jacob l’étouffé de Drancy
Donnez au paradis les jolies roses»
La Sône des Pluies et des tombes.
Mémoire personnelle, mémoires collectives.
Que dire de ce petit livre qui "trône" depuis 30 ans dans ma bibliothèque ? Qu’il m’est indispensable, et qu’il m’inspire, c’est évident, mais c’est surtout un compagnon de route comme certains disques de Neil Young. Il m’a suivi dans toutes mes divagations, tous mes déménagements, puis dans ma quiétude actuelle. Je l’ai lu et relu, toujours avec la même émotion. Entre « La fête de nuit » et « Sur la route » de Kerouac.
« Pas de préface à ma Sône,
Mes amis, attendez que je sois mort
Car je moissonne encore
Dans mon pays
Par les jours et par les nuits. »
Hélas, Grall est décédé depuis, victime de certains de ces excès qu’il décrit si bien.
« Plaisirs maudits qui me crucifient
c'est fini, je m'en vais aux marais »
Toutes les étapes de ma vie sont là, regret et nostalgie dans "Allez dire à la ville ", fêtes païennes et alcool. "Incandescences", rythmées comme un texte du Barzaz Breiz, le feu de la vie à la mort.
Hommage à Kerouac dans "Kerouac song ":
« Kerouac est mort. Il y aura demain sur sa sépulture des goélands venus du Finistère. La gwerz dans le bec. »
Que dire de ce superbe texte « Amour Kerné » et de sa version musicale par Dan Ar Braz?
Le respect de la famille dans "Tu lis ton ascendance ", présence de la mort qui rode dans « Qui, entre mes épaules ?» mais aussi une grande lucidité dans ces paroles :
« Qui, dans ces poumons gâtés
a fait germer les poisons des fatals tabacs
et les venins des drogues ignobles »
L'Ankou encore dans « Tristan :
« ... j'ai perdu ma vie, j'ai crevé mon cheval
follement j'ai brûlé ma vie comme une lampe »
Le regret de la fin d’un mode de vie dans le poème qui est mon préféré "Plainte de Yann Vari Perrot ", un texte militant, « Nous te ferons Bretagne » Les valeurs perdues du vieux pays dans "Pluies" ou "Marins" ; visite à ces chapelles bretonnes, chef-d’œuvre anonyme dans "Notre Dame de Korreguer":
« Ainsi meurent les cultes
Sous les fourches du temps
et des saisons meurtrières »
Quelques hommages à Armand Robin et à l’Irlande complètent ce recueil. Il y a un peu de provocation dans "Kerdruc september", complainte du touriste à Pont-Aven sous la pluie et devant la télévision.
Un dernier poème avant de refermer ce livre : « J'aimerais partir... »
Genèse & Derniers poèmes.
Poésie inachevée, la mort ayant fait son œuvre.
Le projet était une suite de "Chants". Trois seulement furent achevés.
Dans ces chants la vie est présente, avec ses joies, ses rapports avec la nature et le monde. Il y parle des fleuves, des ports, des mers et des océans. Il parle aussi des marins et des pêcheurs et des navires qui font rêver les terriens.
- «  Il y avait les ouragans
Il y avait la peur humaine »
Les derniers poèmes sont des œuvres sur le temps qui passe, sur la mort et la désertification de la Bretagne intérieure dans " Les déments " :
- « Par les chemins noirs de L’Arrée
où vont-ils les déments
A quel orme
Pour quel suicide? »
Nous avons tous, je crois, quelque part en mémoire le souvenir d’une maison, grande ou petite qui nous serre le cœur, dans le poème "Supplique des maisons anciennes " :
- « Demeure des fêtes et des mœurs anciennes
J’ai souvenir de ta rurale noblesse » .
Suit l’émouvant "Tombeau pour Bobby Sands"
- « Briques et cendres Belfast
Ne revit Bobby que mort et blanc….
Cromwell peut cracher ses dents

pourries dans le sang de l’Irland e »
Le dernier :
« -Ne me parlez pas de moi
Sur ma tête mettez une pierre d'’argile blanche
Et parlez-moi de la terre ».
Plusieurs autres poèmes complètent ce recueil où Grall semble attendre la mort en renouant avec Dieu.
Une phrase qui m’émeut toujours autant dans «La mort si lente à venir»
"-Et c’est seulement au chevet des mères mourantes
Que les fils des hommes accèdent à la connaissance !
Car il faut les ténèbres à l’illumination du cierge."
Dans la liste des oeuvres posthumes, j'ai eu la joie de trouver ceci :
Sönger regns og grafar (La sône des pluies et des tombes) édition islandaise chez GB ùtgàfa (2008) traduction de ma « cousine » islandaise Olof Pétursdóttir.
Éditions : Rougerie (2010)
Autres chroniques de Xavier Grall :

GRALL Xavier / Et parlez-moi de la terre  
GRALL Xavier / La Fête de nuit & le barde imaginé.  
GRALL Xavier / La sône des pluies et des tombes.
 GRALL Xavier / Le rituel breton & La sone des pluies....  
GRALL Xavier / Les vents m'ont dit.  
GRALL Xavier / L'inconnu me dévore.
GRALL Xavier / Mémoires de ronces et de galets  
GRALL Xavier / Solo & autres poèmes  
GRALL Xavier : Genese & derniers poèmes  
 GRALL Xavier/ Au nom du père.
GRALL Xavier/ DUC0S Gérard/ La fête de nuit/