Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

29 juillet 2015

CARIO Daniel / Les coiffes rouges.

 

Les coiffes
Les coiffes rouges.

Daniel CARIO.

Note : 4,5 / 5.
Ouvrières en lutte !
Daniel Cario nous emmène à Douarnenez, dans ce roman qui nous conte, à travers le destin d’une jeune fille, les luttes des « Penn-sardin » en 1924. Un exemple de lutte ouvrière réussie. 
Dolores entre très jeune Chez « Guéret », une des conserveries de la ville, et connait alors les cadences infernales, le mépris des contremaitresses pourtant issues du rang. Pour le patronat, elles ne sont que des machines à faire de l’argent !
Son arrivée ne passe pas inaperçue, c’est le moins que l’on puisse dire. « La Murène », sa responsable, aime bien les jeunes filles, alors elle est une proie rêvée. Elle a un adversaire de taille. Alcide Guéret, le directeur de la fabrique, a lui aussi des vues sur la naïve jeune fille. 
L’existence rude de ses parents qui sont de braves gens qui travaillent beaucoup, ce n’est pas la misère noire, mais pas loin.
Dolores voit en cachette Glazig aux superbes yeux bleus, un amour de jeunesse naît entre eux, il sera plus tard source de graves problèmes.
Elle se lie d’amitié avec Clopine, qui boîte de naissance. Ouvrière licenciée, elle se tient matin et soir devant la porte de la conserverie dont elle est la mémoire et également une sorte de porte-parole des luttes passées.
La vie pourrait suivre son cours, mais son père est victime d’un grave accident de pêche et doit être amputé, début de la déchéance familiale.
Pour subvenir aux besoins de la famille, Dolorès accepte la proposition d’Alcide Guéret, devenir sa demoiselle de compagnie.
Aux yeux des autres ouvrières, c’est considéré comme de la trahison ! De plus elle quitte ses tenues « Bretonnes » pour être habillée à la mode de Paris, elle est donc rejetée par le monde ouvrier et n’est considérée que comme la putain des bourgeois. 
Une conversation entre patrons lui ouvre les yeux, malgré de graves évènements familiaux, elle quitte sa tour d’ivoire, remet sa coiffe et rejoint les grévistes…
Dolores Marques, jeune rousse au teint mat, est une des plus belles du port. Son destin semble, comme les autres, scellés, la conserverie est une vie de dur labeur et de grande misère. Mais elle va elle aussi participer à un des plus beaux combats de l’histoire des conserveries.
Sa famille, son père Diego, marin espagnol marié avec Marie, une fille de Bretagne, leurs fins seront tragiques ! 
Clopine la boiteuse, personnage emblématique de la lutte ouvrière, licenciée depuis une quinzaine d’années comme meneuse, qui depuis traîne son handicap et sa peine, mais sa soif de revanche est bien là, ancrée en elle. Un très beau personnage de battante allant jusqu’au bout de son idéal. 
On trouve aussi quelques personnages qui ont bien existé, syndicalistes ou hommes politiques de gauche.
Il n’y a comme d’habitude rien à dire ou alors que du bien sur l’écriture !
Je terminerai par cette phrase illustrant le cynisme du patronat: 
–« Ce sont toujours eux qui paieront. Si nous donnons aux femmes un salaire supérieur, nous achèterons alors à leurs maris, à leurs frères, les pêcheurs, le poisson à un prix plus bas.
Voilà tout. » 
Extraits : 
- Les patrons avaient été contraints de revoir leurs effectifs à la baisse, puisqu'il n'allait quand même pas renier leurs bénéfices ! Ils avaient moins embauché, mais entendaient que la somme de travail reste la même. La seule solution était d'accélérer les cadences, mais pour un salaire toujours aussi bas.
- Francine avait toujours été une bonne camarade, et avait l'estime de toute l'usine. Ainsi était-on disposé à l'écouter et à la respecter ; lui obéir, c'était autre chose.
- Ce jour-là, c'était les forçats dont parlait l'Internationale chantée à pleine gorge par les femmes qui les martyrisaient.
- Non content de changer sa condition sociale, il entendait à présent la dépouiller de son identité bretonne.
- Les ouvrières n'étaient donc que les rouages d'une effrayante machine qui leur suçait la moelle, qui les dévorait. Leurs souffrances n'importaient pas aux patrons, et ceci les mettait au rebut quand elles étaient usées.
- Le conflit allait prendre des allures fascinantes qui n'étaient pas sans rappeler les procédés de la nouvelle droite en Europe, et dont Mussolini portait l'odieux flambeau en Italie. Désormais, avec ces gens-là, les pires extrémités étaient à craindre.
Éditions : Presses de la cité / Terres de France (2014).

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26 juillet 2015

Collectif / Voyages en train.

 

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Voyages en train.

Collectif (Editions de l’Herne).
Note : 4 / 5.
Le train, ça roule !
Recueil de 17 textes de 14 voyageurs, certains ont eu le privilège d’avoir plusieurs récits.
Ont pris place dans ce train, par ordre alphabétique :
Apollinaire, Capote, Colette, Eliade, Gautier, Girardin, Kipling, Leskov, London, Mann, Maupassant, Proust, Schwob et Verne.
Grâce à ce livre, nous voyagerons dans le monde et dans le temps.
Par exemple le premier texte nous transportera en Espagne dans les années cinquante.
Attention à la fermeture des portes, le départ est imminent, c'est parti.
Dans « Voyage en Espagne », la chaleur est de la partie, la bonne humeur aussi, quand des coups de feu éclatent... Tous les voyageurs descendent sur la voie, on sort le vin, la bonne humeur est de retour et les voyageurs pas pressés de repartir. Encore plus loin dans le temps, 1929, et dans l'espace dans « Journal Himalayen » qui commence dans une ville qui se nomme Siliguri, un train miniature de cinq wagons, où l'auteur trouve son nom inscrit dans un compartiment à peine plus grand qu'un placard. Et il n'est pas le seul en cet endroit… Après un court poème datant de 1913 ayant pour titre « Automne malade », le texte suivant qui se nomme « J'aurais voulu prendre le beau train généreux » date aussi de 1913. Ici nous voyageons énormément, de la Normandie à la Bretagne, mais aussi à Florence et dans d'autres villes de Toscane, puis à Venise, mais la ville qui est le plus souvent nommée est Balbec. Qui est cet auteur ?
Nous poursuivons notre voyage par un texte nommé « L'accident de chemin de fer » qui se déroule en 1909. Un auteur se rend à Dresde à l'invitation de lettrés. Il part de Munich dans un train de nuit. Dans sa malle qui est dans le wagon contenant les bagages, il y a un manuscrit très important pour lui. Mais un accident survient. Pas de blessés, mais une certaine confusion ; les gens se retrouvent le long de la voie désemparés et inquiets. Il se pose aussi des questions sur son manuscrit...
Nous suivons un théâtre en tournée en 1909, 33 jours de voyage à travers la France profonde, puis encore un peu avant dans le temps en 1907, nous suivons les trimardeurs aux États-Unis dans « l'art de voyager sans billet », art qui peut parfois s'avérer très dangereux. Pourtant beaucoup de travailleurs pauvres se déplaçaient pour des travaux saisonniers uniquement de cette manière.
Toujours plus loin dans le temps, 1895 " Voyage au Bengale" où l'on suit la carrière d'un jeune homme mécanicien dans les chemins de fer qui profite d'un livre d'un vieux suédois dénommé Olaf résumant toutes les pannes possibles et imaginables des locomotives de l'époque. 
Encore plus en arrière, 1891, « le train 081 » également la même date pour « L’homme voilé » deux histoires fantastiques. Quelques nouvelles plus loin, nous arrivons au bout de notre voyage et en l’an de grâce 1837, le 25 août pour l’inauguration de la ligne Paris-Saint Germain, après des détours en URSS, aux Etats-Unis et en Italie entre autres avec un très beau texte « Idylle ».
Des personnages bien entendu cosmopolites, de toutes nationalités et de conditions sociales bien différentes.
Que de très grandes plumes, la liste des auteurs parle d’elle-même.
Jack Kerouac a écrit « Sur la route », beaucoup d’auteurs ont de leur côté écrit « Sur les rails » !
Extraits :
- Les jeunes filles, qui ressemblaient à leur père, étaient toutes très belles et de la même beauté : une chevelure de jais, des lèvres couleur piment, des yeux comme des cerises.
-  ... dans l'une de ces villes par où le train passe et entre lesquels il nous permettait de choisir ; car il s'arrêtait à Bayeux, à Coutances, à Vitré, à Questembert, à Pontorson, à Balbec, à Lannion, à Lamballe, à Bénodet, à Pont-Aven, à Quimperlé... (À noter que dans le livre l'orthographe de Questembert est la suivante Questambert.)
- Il n'est pas donné à tout un chacun de vivre cette expérience et voilà pourquoi je vais vous la relater de mon mieux.
- Jusqu'à Lorient nous voyons fuir le printemps devant nous, les chaînes redeviennent nues, l'herbe courte, Desmoulins tourne à l'horizon, et dans les petites gares que le train traverse les coiffes bretonnes, les premières coiffes blanches fleurissent comme des marguerites...
- Lorient–la morose arrivée dans cette gare qui sent le poisson !
- À la vérité, c'est un article de foi courant, parmi le peuple vagabond, que les équipes des chemins de fer ne sont pas à un assassinat près.
- Les trimardeurs raffolent d’allonger leurs jambes sous une table.
- Les échos de Gil Blas, d'ailleurs, aux dires de Monsieur de Bridoie, signaler la présence à Vichy, au Mont-Dore et à La Bourboule, de toutes les horizontales connues et inconnues.
- Le plus jeune, Roland de Briedoie, ne paraissait montrer aucune aptitude pour rien : c'était une bonne petite bête qui ressemblait à son papa.
- J'ai eu l'occasion de passer la nuit de Noël dans un wagon, ce ne fut pas sans aventure.
- Autrefois, dans les circonstances les plus favorables, on employait six mois pour aller de New York à San Francisco. Maintenant on met sept jours. 
- Tout cela est très beau et cette poésie du chemin de fer en vaudrait bien une autre ; malheureusement le chemin de fer ne peut être envisagé que comme une curiosité scientifique, une espèce de joujou industriel.
Éditions de l’Herne (2015)

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23 juillet 2015

San ANTONIO : Vas-y Béru.

 

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Vas-y Béru !
San Antonio.

Note : 4 / 5.
S.A. a plus d'un tour dans son sac !
Et un San-Antonio, un, en terrasse et en roue libre, un petit tour sur les routes de France comme au bon vieux temps !
Nous sommes à Dijon, ville étape du Tour de France pour le début de ce roman qui commence par une scène d'anthologie : la description non pas d'une... non pas de deux... mais, pour le même prix (2,30 euros mon exemplaire plus usé et plus ridé que moi !), de trois parties de "Piccols dames". Qui, comme son nom l'indique, se pratique suivant le principe du jeu de dames à la notable différence que qui prend un pion boit le verre conquis de haute lutte à l’adversaire ! Ces parties, qui resteront gravées dans les annales de la fédération française de Piccol's dames, opposent, d'un côté Béru en chair et en os, de l'autre, en face, lorsqu'il regarde devant lui, le dénommé "La Meringue "! Personnage haut en couleurs qui fait passer l'inspecteur Bérurier situé en face de lui pour un rachitique... c'est dire !
Après moults litrons de différents breuvages, Béru l'emporte après un combat féroce et, comme trophée, réclame sous les acclamations de la foule de passer une nuit agitée avec son épouse, ce qui ne plaît pas à Albert, coiffeur et amant de Madame.
Bref, avant que la moutarde ne monte au nez de mes fidèles lecteurs, j'en reviens au sujet du livre : le tour (non pas de taille de Berthe Bérurier, qui est plus que respectable) de France qui commence à ressembler à une caravane mortuaire !
Le premier à trépasser ou à outrepasser ses fonctions de bon vivant est Hans Brocation, masseur de son état, qui est maintenant confié aux mains expertes des fossoyeurs ! Ce qui est un comble, quoique dans le vélo les faux-soigneurs pullulent !
Bref disait Pépin, pour suivre le tour incognito et pour pouvoir poursuivre l’enquête, Béru décide qu'il est masseur et qu'avec lui les coureurs seront entre de bonnes (et grosses) mains.
La roue et le tour tourne en rond ! Je ne vais pas dévoiler les roues abîmées sur la "Grande Boucle". Ni tout vous dévoiler des routes de France, ni de nombreuses péripéties de cette ode au vélo, car je garde des surprises en rayons, cela ne vous a pas échappé, je suppose...
Car les choses prennent une sale tournure sur le Tour ! Tour à tour tentatives de meurtres et autres mauvais tours ! Mais après bien des détours, en tournant et en tournicotant, entre le tournevis et le Tourmalet en un tour de main, San-Antonio va réconcilier les tourtereaux et donner un tour décisif à l’enquête ! Voilà j'ai fait le tour du problème... Je ne me souviens plus si le Tour est passé à Tourcoing et à Tournus où les coureurs avaient été se faire rhabiller !
On prend dans le peloton, (pelotons-nous gaiement) les mêmes (S.A, Béru, Berthe, Alfred & Co !) et on est reparti pour un tour qui n'est pas de magie, mais de pédale (ne me faites pas dire non plus ce que je n'ai pas dit, mais pensé très fort de ma plume leste et osée !). Parmi ces coureurs et autres héros du Tour, nous rencontrons quelques vedettes de l'époque : Robert Cassepatte, Jacques Anguenille, André Barricade, Stabe-Enski, Rudy Manther, Van D'Ouest pour ne citer que les plus illustres !
San Antonio pédale, mais rassurez-vous (et non pas Rasurel) pas dans la choucroute, ni dans la semoule non plus. Béru devient une masse qui masse (mais n’amasse pas mousse) Berthe et Albert font d'une manière professionnelle le Tour (accessoirement Alfred fait le tour des formes plantureuses de l'épouse légitime de Béru !)
Bref c'est l'été et le Tour... la France va bien !
Un bon cru... dans la vraie vie, pour le Tour de France et le Beaujolais par contre je ne me souviens plus !
Un livre qui se décline non pas en chapitres... mais en étapes !
Extraits :
- Tous deux contemplent Béru avec une certaine affection. Un amant beaucoup de sympathie pour le mari de sa maîtresse, et même une certaine tendresse. Quant à la femme adultère, elle porte de l'amitié à son complaisant époux. L'amour qu'elle lui vole, elle le remplace par un sentiment plus tempéré mais plus solide, plus durable. Ainsi va la vie. C'est dans la nature des choses comme dirait Machin...
- En perdant lamentablement la première manche, il a saoulé son partenaire. Il l'achève lui laissant coiffer les premiers pions de cette deuxième partie.
- Elle porte une chemise de noye transparente à travers laquelle on aperçoit non seulement des trucs, mais aussi des machins.
- Nous abandonnons le camion. La place maintenant déserte et la nuit étoilée se déguise en Van Gogh.
- Les premières côtes du Jura se présentent, qui vont, comme sont en train de l'écrire les journalistes, opérer une présélection. Le peloton commence à s'étirer sur la route ensoleillée. Une foule de plus en plus dense danse dans les fossés.
- J'ai même entendu dire un suiveur que tu grimpais la Faucille comme un marteau.
- Je lui souris. Il me plaît dans le fond, Jeannot. Grognon, pas relingé, mal soigné, teigneux. Mais conscient du monde où il vit. Un frère en scepticisme.
Éditions : Fleuve noir (1965) .

 

 

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18 juillet 2015

Collectif / Marseille noir (dirigé par Cédric Fabre)

 

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Marseille noir.

Collectif (dirigé par Cédric Fabre).
Note : 4 / 5.
Le pastis tourne à l’aigre.
Après des mois d’errances diverses, je retrouve un genre littéraire que j’adore, les nouvelles noires. En particulier cette superbe série éditée par « Asphalte » dont le catalogue des villes vêtues de noir est très fourni maintenant.
Donc au violon (enfin façon de parler) et à la direction Cédric Fabre, les auteurs suivants par ordre alphabétique : François Beaune, Philippe Carrese, Patrick Coulomb, Cédric Fabre, René Frégni, Christian Garcin, Salim Hatubou, Rebecca Lighieri, Emmanuel Loi, Marie Neuser, Pia Pedersen, Serge Scotto, Minna Sif et François Thomazeau.
A signaler que le seul que je connaisse de cette impressionnante liste est Philipe Carrese, et il me semble avoir vu Marie Neuser en conférence sur Marseille justement au festival du livre de Penmarc’h. 
Quatre parties pour cette découverte de la ville, mais autant vous prévenir tout de suite, ici pas question de dépliants touristiques, parfois c’est même carrément l’inverse ! 
Partie 1. Mythologie.
Partie 2. Errances.
Partie 3. Sale et rebelle.
Partie 4. Toujours en partance.
« Josette m’aimait bien » ou comment un homme peut être piégé pour le reste de sa vie. Et tout cela pour une faute qu’il n’a pas commise. 
Il n’est évidemment pas possible de ne pas mentionner l’Olympique de Marseille. C’est chose faite dans « Extrême onction ». Non, l’OM n’est pas mort, il gagne encore (enfin il me semble !). Problème de voisinage au Panier dans « Le silence est ton meilleur ami », souvenance de cette ancienne chanson « Tais-toi Marseille tu cries trop fort ». J’ai beaucoup aimé « Les vivants au prix des morts », très beau texte et belle histoire d’amour.
Une promenade en bus un peu délire dans « Katrina », cela ne tourne pas forcément rond dans certains rond-points marseillais, découvrez tout cela dans « Le problème du Rond-point ».
« Sous peine de poursuite » a pour sous-titre « Un conte marseillais », je dirais plutôt « Comptes et mécomptes Marseillais ». Et que cela saute ! 
Une balade aux Comores dans « La solidarité » et une image qui met le monde politique en émoi dans « Joliette Sound System ».
De nombreux personnages dans ce recueil, une femme en tête à tête avec son mari au Frioul, un très beau texte aussi, très original ! Un homme traqué, un autre qui pleure la femme de sa vie disparue, des artistes à « La plaine », et une histoire qui se termine par la mort d’une pauvre bête innocente ! Ou un dénommé Kevin qui court, court… avec pas mal de monde à ses trousses.
Des écritures multiples et variées comme toujours dans ce genre de recueils collectifs. Des textes de valeurs inégales, l’excellent, « Les vivants au prix des morts » côtoyant le moins bon.
Un bon cru, millésimé et réaliste.
Une biographie des auteurs et une playlist clôturent cet ouvrage.
Extraits :
- Elle a attrapé mon bras et nous sommes partis. Je n'osais pas la regarder. J'avais sur ma joue droite toute la douceur de son sourire.
- Au lieu des touristes de la journée, le bateau l'accompagne plus que les résidents de L'île en se donnant des airs bretons.
- Le cul. Le cul comme une arme, non pas de destruction massive, mais de reconquête feutrée. Tu voulais du cul, j'allais t'en filer. 
- Il n'y a pas grand-chose à dire sur le quartier de mon enfance, si ce n'est qu'il ne ressemble en rien à l'idée qu'on se fait de Marseille quand on n'y a jamais mis les pieds. Entre la place Leverrier et celle du Jardin zoologique, on oublie vite que la ville est un port.
- Il vit et prit conscience qu'ils riaient bêtement et il perdit son sens de l'humour.
- Tu parles de Djihad sexuel, viandes et nichons !
- Sur le flanc du container, il y avait cette inscription à la peinture rouge : « Cité fausse et haine ».
Éditions : Asphalte (2014)

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13 juillet 2015

ALLE Gérard / Un air à faire pleurer la mariée .

 

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Un air à faire pleurer la mariée.

Gérard ALLE

Note : 4 / 5.
Fest-noce. 
Réédition d’un roman noir de Gérard Alle datant de l’an 2000 !
Texte, noir et rural ! En regardant la couverture, on se dit que la mariée est en blanc mais elle semble broyer du noir ! Cachez votre joie, jeune fille.
Un matin qui semble être comme de nombreux autres dans un village breton, sauf que c’est jour de fête. En effet un mariage va avoir lieu.
Dédé sur son tracteur va au champ, Lonk est dans l’attente de l’ouverture du bistrot, Yann, dit l’Ankou, est sur son Solex et lui aussi se prépare pour sa cuite hebdomadaire. 
Isabelle est dans le TGV qui la ramène en Bretagne, vingt ans qu’elle n’est pas venue. Aujourd’hui elle marie Juliette, sa jeune sœur. Voyage d’agrément, mais plein de périls aussi. Certains souvenirs et faits divers sont bien présents dans son esprit.
Elles étaient quatre sœurs, Sylvie, Isabelle, Juliette qui se marie aujourd’hui et Monique, morte dans un accident de voiture voilà des années. Mais son ombre plane encore dans les mémoires familiales. Pour Isabelle reste aussi la trahison de sa sœur vis-à-vis d’elle et de Dédé… blessures anciennes. Dans la tête de certains membres de la famille demeure encore le mystérieux incendie du moulin qui était dans la parenté depuis plusieurs générations, fait divers encore inexpliqué de nos jours. Isabelle est au courant de tout cela, et pas très encline à revenir vivre en Bretagne. 
La journée s’écoule plus ou moins bien, Isabelle oscille entre les deux groupes, celui des autochtones purs et durs en piste de leur côté et la famille tout à la joie du mariage. 
La nuit commence et là tout bascule.
L’auteur, en plus de l’intrigue de ce roman, nous décrit l’ordinaire d’un bourg du centre Bretagne (le Kreiz-Breizh) avec son histoire, ses faits divers et ses secrets de famille. Ses histoires d’amour aussi ! 
Trois types de Bretonnes ou de Bretons, les exilés, Isabelle par exemple, les paysans de l’intérieur, Dédé, l’Ankou, et de nombreux autres, la Bretonne de la côte Gwenola au caractère aussi bien trempé dans l’eau de mer. Les discussions sont rudes pour ne pas dire furieuses surtout entre les deux femmes, car en supplément elles se disputent farouchement un homme.
Une belle écriture même si on peut penser que Gérard Alle force un peu le trait sur les habitants de l’intérieur des terres, (hommes surtout) et leur « art » de vivre. Vieux garçons un peu taiseux et alcooliques, vivants, pour les plus chanceux, chichement dans la ferme familiale avec leurs mères.
Extraits :
- La vie prépare sa comédie d'un jour, sous la férule du temps.
- Encore un mariage qui ne tiendra pas bien longtemps, se dit-elle.
- Pour Isabelle, Michel et Sylvie sont les champions du monde du couple à la con. L'archétype, comme dirait l'autre.
- Elle les voit toujours comme des tristesses en sursis.
- Tout le contraire d'un vrai mariage breton. La cérémonie ayant lieu en septembre, certains expatriés n'ont pas pu s'y rendre, travail oblige.
- Ici, le français n'est pas la langue naturelle.
- Dédé s'arrête sans se retourner. À part sa mère, personne ne l'a plus appelé André depuis des années.
- Quand ils ont trop mal, les mâles se pendent et les femelles se jettent dans les puits.
- Et le fier célibataire s'en va vers de nouveaux combats, vers ces troquets où il faudra batailler ferme à faire et défaire le monde, très loin, croit-il, des douceurs assassines et du chant des sirènes. Il y a vingt ans que l'amour est mort, point final. 
- Peut-être que moi aussi, je suis à la recherche de ma propre histoire...
- La Bretagne, c'était bon pour les vacances. Et puis, il y a eu la mort de Monique, la mort du père, tous ces drames... La mise en vente du moulin, l'incendie... Ce soir, j'ai envie d'une grande lessive, de repartir à zéro...
- Elle peut enfin regarder ce pays en se disant qu'il est redevenu sien.
Éditions : Locus Solus (2014).
Autre chronique de Gérard Alle :
Il faut buter les patates.

 

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