Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

25 août 2016

STÉFANSSON Jòn Kalman / D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds.*

les poissons

Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds.*

Jòn Kalman STÉFANSSON.
Ville fantôme.
Saga islandaise et familiale, d’un auteur que je découvre avec cet ouvrage, son quatrième traduit en français.
Nous sommes à Keflavik, gros bourg d’Islande qui se meure, la base américaine a fermé et les quotas de pêche ont fortement baissé. 
Ari, qui avait quitté subitement la ville et l’Islande et était devenu éditeur de poésie au Danemark, revient au pays. 
Un colis de son père, avec plein de souvenirs et un diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le capitaine et armateur Oddur, le pousse à faire le voyage retour. Et revenir sur son existence et celles de ses ancêtres, intimement liés à cette partie de l’Islande.
Un épisode est particulièrement surprenant, des bandes de jeunes, très organisées, dévalisent les camions ravitaillant la base américaine. La compétition est ouverte et rude !
Durant une période de travail dans une usine de conditionnement de poissons, Ari est amoureux. La belle adolescente se nomme Sigrun, elle aussi est très jeune et timide. Ni l’un ni l’autre ne feront le premier pas, et Ari la verra faire l’amour avec un autre homme dans une voiture…Elle, la jeune fille dont l’œil gauche est composé par Lennon, le droit par McCartney ! 
Une fin dramatique parlant de faits-divers que l’on se s’attend pas à trouver dans ce pays qui pour nous est un havre de paix…, mais les apparences peuvent être trompeuses, les romans noir islandais sont là pour nous le rappeler !
Le narrateur est très proche d’Ari. Ils ont grandi ensemble et vécu les bons moments et les coups durs de l’existence.
Ari, amateur de poésie, étouffait, semble-t-il, dans l’étroitesse de son pays et de sa famille, alors il reste la fuite vers un pays limitrophe, mais non entouré de mer, l’enferment n’est pas le même !
Parmi tous les (nombreux, trop peut-être ?) personnages de ce roman, dans les seconds rôles, deux m’ont particulièrement marqué, un vieil ouvrier et une toute jeune fille. Le premier, Krisján, est usé par la vie, son travail s’en ressent et l’embauche devient difficile pour cet homme qui déclame des poèmes durant son labeur. Sigrun est une jeune fille belle, romantique et amoureuse. Sa vie basculera au cours d’une soirée bien arrosée. Naïve jeune femme dont la vie sera gâchée !
Au cours des vies des personnages sur plusieurs générations, il y a les bons et les autres. Mais tous sont très humains, forces, faiblesses et compromissions. 
Il est aussi beaucoup question de musique, en particulier, comme ailleurs dans le monde à l’époque, des Beatles !
D’incessants retours en arrière rendent la lecture un peu ardue, mais passionnante.
Une saga pleine de sang, d’alcool et de sexe… mais aussi versla fin de fureur et de regret ! Il aurait peut-être suffi de peu de choses pour que certains destins se soient écrits autrement.
Un grand livre que j’ai eu beaucoup de mal à résumer ! 
Extraits :
- « Nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort. »
- Mais voici qu'il revient, avec son cœur brisé, au terme d'un séjour de deux ans au Danemark, pays qu'on ne saurait à proprement parlé considérer comme l'étranger.
- Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le cœur est un muscle fragile. 
- Et comment s'y prendre pour effacer les mots écrits par l'éternité ?
- Nous hébergeons tous des démons, la chaleur de notre sang masque notre sadisme, et seule la beauté a le pouvoir de sauver le monde.
- Un monde sans musique est comme un soleil sans rayons, un rire sans joie, un poisson sans eau, un oiseau sans ailes.
- La voix de l'homme est constituée de néant. Dénudée de son, d'inflexion et d'accentuation.
- L'alcool est un havre où il se repose.
Éditions : Du Monde entier/Gallimard (2015)
Titre original: FISKARNIR  HAFA ENGA FÆTUR (2013)
Traduit de l’islandais  par Éric Baudry.
* Chronique familiale.

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18 août 2016

KEROUAC Jack / Pic.

Pic Jack Kerouac

Pic.
Jack KEROUAC.
Note : 4 / 5.
Voix noire, voie errante !
Dernier livre écrit par Jack Kerouac, œuvre étrange pas du tout dans la lignée du reste de son œuvre ! Narrer les voyages d’un jeune orphelin noir américain des années quarante, c’est le dernier défi littéraire de Kerouac ! Est-il réussi ?
Pic est-il un garçon maudit ? C’est ce que semble penser le reste de sa famille. Il a été recueilli par sa tante Gastonia, mais ses autres oncles et tantes ne semblent pas vouloir de lui ! Certains même, comme le grand-papa Jelkey, veulent lui jeter un sort pour le faire mourir.
Mais son grand-frère Slim vient le chercher et ils partent tous deux dans l’espoir de gagner New-York où vit l’épouse de Slim. Ils partent sur la route…
La ville, puis la route, les autobus, les destinations pour des villes lointaines avec de nombreuses escales vers le nord : Washington, Philadelphie sous une chaleur étouffante, puis dans un froid glacial dès que le chauffeur met en marche la climatisation, et enfin New-York sous les yeux émerveillés de Pic !
Dans cette ville, il fera connaissance de Sheila, sa belle-sœur, mais hélas les nouvelles ne sont pas bonnes ! Elle a en effet perdu son travail, le restaurant où elle officiait va être détruit. L’argent manque, Slim essaye de travailler dans une fabrique de biscuits, mais c’est vraiment trop dur. Puis il espère jouer de la musique dans un bar, mais là aussi le projet échoue…
Alors départ à nouveau : la Californie, mot magique, sauf que l’argent manque, Sheila partira en bus, les garçons comme ils pourront. En stop pour commencer, un travail en cours de route, le bus pour finir, enfin le Pacifique !
Le héros naïf et curieux de ce texte est Pictorial Jackson ! Il en est le narrateur en s’adressant à son grand-père malade en Caroline du Nord. Ses réactions en découvrant New-York sont étonnantes et très bien décrites par Kerouac, car il n’était jamais sorti de son village :
- Là, j'ai regardé autour, grand-papa, c'était la plus longue file du monde de toits, pis de rues, pis de ponts, pis de voies ferrées, pis de bateaux, pis d'eau, pis de grosses affaires, Slim a dit que ça s'appelait des réservoirs de pétrole, pis encore des murs, des dépotoirs, des lignes électriques, pis au beau milieu de tout ça un gros marécage avec des longues herbes vertes pis l'huile jaune dans l'eau, pis des radeaux rouillés le long du rivage. C'était une chose à voir comme j'en avais jamais rêvé.
Son grand frère, Slim, compagnon de fortune et d’infortune, garçon débrouillard et aimant.
Son épouse, Sheila, belle jeune femme éprise, toute en douceur. Un seul personnage marquant durant ce voyage vers l’Eldorado que représente la Californie malgré le nombre de chauffeurs rencontrés, un vieux marcheur pittoresque « Le fantôme de Susquehanna ».
Au final un livre très étrange qui me laisse un sentiment mitigé, mais d’une lecture agréable ! Car on retrouve malgré tout des thèmes chers à Kerouac, la musique et le jazz en particulier et le voyage. La Californie sera rejointe au début en auto-stop, puis en bus, comme certains périples de l’auteur. Il y a ici une certaine joie de vivre malgré l’apparente misère du monde des noirs américains de l’époque.
Il est à noter la présence d’un glossaire en début d’ouvrage, car ce livre est traduit en français du Québec ! Et ce mot qui revient sans arrêt « pis » !
Toujours du jazz en fond sonore dans les boîtes de New-York et Slim est un excellent joueur de trompette !
Extraits :
- Ma tante Gastonia, elle nous apportait du mangé, de temps en temps, à la semaine, au mois. Elle nous apportait du ragoût, du pain acheté, du pouding chômeur.
- Ils disaient que Grand-papa était très malade pis qu'il allait mourir pour de vrai, pis que moi, le petit Pic, ils savaient pas quoi faire avec moi.
- Non, monsieur, je n'aimais pas la maison de ma tante Gastonia, non.
- Pis là j'étais revenu en ville, mais j'étais rendu grand, pis je m'en allais voir le monde avec mon frère. Maintenant, tout est intéressant à voir.
- Oui, j'aimais la ville pour de vrai, j'avais jamais su qu'il y avait autant de vie là.
- Grand-papa, voyager, là, c'est pas la chose la plus facile pis la plus belle du monde, mais c'est certain que ça te force à voir plusieurs affaires intéressantes, ça te fait avancer, pas reculer.
- On a monté l'escalier jusqu'à la rue, c'était tout joyeux, tout illuminé comme dans la trente-quatrième rue, pis tu sais, grand-papa, on était à cent rues plus loin, ça fait que tu peux voir que t'es toujours de plus en plus loin de la campagne plus t'avance dans la ville.
- Mais le lendemain n'était pas aussi drôle que cette première nuit-là.
- Slim est parti à rire : « Bébé, c'est en plein ça que je voulais faire ! ».
- Ces Irlandais-là, quand ils sont contents, ils deviennent tous roses, mais on peut dire qu'ils ont leurs misères, eux autres aussi...
Éditions : La Table Ronde (1987).
Titre original : Pic (1971).
Traduit de l’américain par Daniel Poliquin.

 

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12 août 2016

MAZETTI Katarina / Ma vie de pingouin.

mazetti

Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
Ma vie de pingouin.
Katarina MAZETTI.
Brisons la glace ! 
Comme beaucoup de lecteurs j’avais beaucoup aimé « Le mec de la tombe d’à côté », (son premier roman traduit en français, me semble t'il) . Mais je n’ai pas ensuite suivi particulièrement sa carrière.
Ce livre commence dans un aéroport parisien et l’opinion de l’auteur via un des protagonistes du récit est plutôt sévère ! 
- Contrairement à moi ils parlent tous français. Qui plus est ils ne parlent que français. Les questions en anglais les irritent…
Nous sommes donc au milieu d’une colonie d’habitants du royaume de Suède partant pour un dépaysement garanti en Antarctique. L’Arctique est, semble-t-il, plus près mais moins dépaysant ! Alors suivons leurs périples. 
De Paris à Santiago avec une escale à Sao Paulo. Des amitiés se créent, les inimitiés viendront plus tard. Quelques heures aux îles Malouines de triste mémoire et tout ce beau monde s’embarque sur un navire… russe, l’Orlovsky.
Et vogue la croisière !
Beaucoup de personnages dans ce roman, les têtes d’affiche :
La pétillante mais observatrice et lucide Alba, 72 ans aux prunes, grande voyageuse devant l’éternel, son plaisir : comparer les comportements des humains et de la faune dite sauvage. Comparaison pas forcément à notre avantage.
Tomas pleure son épouse qui l’a quitté pour un américain fortuné. Il regrette surtout ses deux enfants ! Pour lui ce voyage c’est un peu quitte ou double. Journaliste il a lui aussi beaucoup voyagé.
Wilma est un peu plus jeune que Tomas, la nature ne l’a pas vraiment gâtée, pas féminine pour un sou ; la première chose que l’on remarque chez elle, c’est son menton. Malgré tout cela et sa solitude, elle respire la joie de vivre…
Dans les seconds rôles, hommes et femmes (surtout ces dernières) bien campés ! Cabine 502 : Lennart, homme pathétique, cocu mais même pas content ! Madame Brittmarie (pas Bridemari), femme à la cuisse légère ! Le froid ne réduit pas ses volcaniques ardeurs !
Cabine 311 : Ulla Båven et Margaretta Knutsson, femme dans l’ex-fleur de l’âge cherchent Monsieur bien conservé pour badinage et plus si affinités !
Et encore, un couple, Mona Alvenberg et Monsieur, un barman britannique, deux sœurs, la tyrannique et détestable Linda et son souffre-douleur Lisa !
Plus la faune locale, baleines, manchots, phoques et tout un tas d’autres trucs à poils ou à plumes ! Et là aussi la loi du plus fort règne.
C’est bien écrit, l’auteur jette un regard acéré, parfois amusé mais souvent cruel sur ses contemporains dans le vaste huis-clos de ces journées passées entre ciel et terre et entre mer et glace.
Elle ne manque jamais de faire le parallèle entre la férocité des animaux et celle de certains humains.
Mais il y a beaucoup d’humour dans ce livre !
Extraits :
- Ils s'appellent Goran et Mona. Je les considère comme un couple de manchots.
- Quoique, à la réflexion, c'est justement comme ça qui agite les mythomanes??, ça rend leur affabulation d'autant plus crédible.
- « Il n'avait pas d'ennemis, mais il était intensément détesté de ses amis »–Oscar Wilde.
- Eh bien, c'est un repas que j'avais avalé pour rien, pourrait-on dire. Une fois arrivé dans mon estomac, il est aussitôt revenu sur ses pas.
- Son cœur est si vaste qu'il commence probablement au niveau de ses genoux pour se terminer à hauteur des épaules.
- Deception Island, a-t-il dit. L’île qui vous trompe.
- Le genre humain est vraiment intéressant.
- Ce baiser s'est prolongé jusque dans les orteils–et on les a loin à l'autre bout du corps, tous les deux.
- La question était de savoir s'il s'agissait d'une comédie (la croisière s'amuse, saison 10) ou d'un documentaire farfelu.
Éditions : Gaïa (2015).
Titre original: Mitt liv som pingvin (2008).
Traduit du danois par Lena Grumbach.

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09 août 2016

DEMOULIN Nathalie / Bâtisseurs de l'oubli.

demoulin

Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
Bâtisseurs de l’oubli.

Nathalie DEMOULIN.
L’ère du béton…
Par ce roman, je découvre cette jeune romancière déjà auteur de trois ouvrages, mais que je ne connaissais pas. Lacune qui est dorénavant comblée.
Ce livre, entre autres originalités, se déroule sur deux jours s’étalant sur deux ans et parle de la vie de plusieurs personnes se déroulant sur plusieurs décennies. Les paragraphes donnent le ton, le premier « Le dernier jour », le second « Lendemain de fête » qui parfois sont des jours où l’on déchante.
Nous sommes le dernier jour de l’année et Rachel et son groupe de music rock se dirigent vers les lieux de son ultime concert. Elle se raconte, nous parle de sa mère Hélène, de l’enfance de celle-ci dans le Jura, son amour pour Laurent dont elle est la fille. Laurent abattu par la police, sa mère emprisonnée, sa naissance dans une prison, et sa vie pendant quelques années avec sa grand-mère. Elle évoque aussi sa propre fille Barbara, sa séparation d’avec Malek, le père de celle-ci. Hélène s’est mariée avec Marc Barca, bâtisseur devant l’éternel. Natif d’Algérie, comme beaucoup il est arrivé sans rien !
Parmi les musiciens un nouveau, Léonard. Beaucoup de choses semblent les rapprocher, ce sont des gens du Nord, déracinés eux aussi.
Le lendemain, la vie reprend malgré la brièveté de la nuit, d’autres narrateurs font entendre leurs voix. 
Chacun apporte sa propre version de cette saga de l’histoire du bassin méditerranéen et des gens qui la façonnent. Bâtisseurs des mentalités et des rives, et le béton supplante la garrigue, les villages de pêcheurs deviennent des lieux de villégiature, les bateaux de plaisance remplacent les petites embarcations des pêcheurs. 
Les femmes ont une très grande influence dans ce livre, elles en sont les pierres angulaires. Épouses et mères, porteuses de vie et d’espoirs ! 
Rachel, femme libre et attachante, mélange de force et de faiblesse, réaliste. La musique ne nourrissant pas sa famille, elle travaille comme tout un chacun. Elle doit en plus élever sa fille, Barbara.
Hélène, malgré un rôle qui semble plus effacée??? a pris une part active dans la vie de Marc.
Portraits croisés de très nombreux personnages, certains très attachants, mais tous reliés les uns aux autres à des titres divers !
Des hommes, Marc Barca, dit « le Mama » boulimique, homme de tous les excès, tabac, alcool, travail, il a bâti un empire mais qui se fissure ! Le fisc épluche ses comptes… Vieillissant mais très lucide il contemple sa vie et ses fautes vis-à-vis de la terre et le résultat qu’il laisse aux générations futures ! 
Paul, autre natif d’Alger. Pour lui les démons sont encore en vie, les horreurs de la décolonisation ne s’oublient pas. Malek, père de Barbara, et Léonard sont aussi partie prenante de cette histoire.
Une œuvre originale, forte et un récit qui se met petit à petit en place.
Un grand livre, un hymne à la Méditerranée et à ses habitants, melting-pot européen et africain. 
Une découverte et un livre magnifique! 
Une très belle phrase et une constatation très réaliste :
- Nos villes ont fait naître un peuple qui n'existait pas, un peuple de retraités, d'arthritiques, d'arthrosés, de paralytiques, qui viennent se chauffer les os dans nos marinas. 
Extraits :
- Et voilà, il est mort et ça ne nous a pas débarrassé de lui. Nous retombons constamment sur son souvenir comme sur ces tombes qui réapparaissent dès qu'on éventre un tant soit peu la terre.
- Il faudrait des visionnaires pour lever des fonds, abriter nos rivages du désastre qui vient, qui repoussera le littoral jusqu'aux contreforts des Cévennes. Nos villes barboteront un moment dans la flotte avant de s'écrouler. Il n'est pas trop tard.
- Aujourd'hui les entrepreneurs qui dominent le marché raflent les contrats en produisant des équipes de types à deux euros de l'heure. Autant te dire qu'ils ne sont pas des gars d'ici.
- Comme j'ai eu faim en arrivant d'Algérie. Faim d'un avenir impossible.
- Ces désordres se paieront. Un jour ou l'autre, les vagues rouleront dans les rues de mes villes. La Grande Motte sera comme Venise dans sa lagune, portée par un miroir d'eau, noirci par les infiltrations et la lèpre des champignons.
- J'étais un homme sans passé, énorme et vain. Hélène seule me rattachait à quelque chose. Sans elle j'aurais dérivé sans accoster jamais, ma tête posée sur les flots, sans même la force de chanter encore, sans rien voir et sans rien entendre, jeté seul dans le deuil immense.
Éditions : Actes Sud (2015)

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06 août 2016

WOLFF Tobias / Un voleur parmi nous.

Wolff Tobias

Un voleur parmi nous.
Tobias WOLFF.

Note : 3, 5 / 5.
Américains moyens.
Auteur américain né en 1945 dans l’Alabama que je découvre avec ce court roman qui a obtenu le PEN/Faulkner Award en 1985.
Nous sommes à Fort Bragg, Caroline du Nord en 1967. Trois jeunes qui se sont engagés dans l’armée, un peu par dépit découvrent la vie et l’apprentissage des futurs soldats. Tout en venant d’horizons très différents, ils sont malgré tout assez semblables, des américains moyens pour ne pas dire médiocres, des jeunes sans beaucoup d’avenir.

Philip Bishop subit les problèmes de sa famille, un père instable, un frère Keith pas mieux que son géniteur. La vente de la demeure familiale marque la fin du couple. Pendant son stage de formation à Fort Bragg, Keith disparut, parti pour Dieu sait où ! La formation de marines est très dure, plus éprouvante que prévue. Lors du dernier saut en parachute, un jeune engagé fait une chute mortelle.
Philip Bishop avec deux autres jeunes recrues sont désignés pour garder un dépôt de munitions le 4 juillet, jour de la fête nationale. Les ordres sont très stricts, personne ne doit s’approcher ou toucher la clôture. « Tirer pour tuer » sera la dernière consigne du sergent-chef ! 
Chacun prend son tour de garde, sauf qu’une voiture s’arrête, un homme en descend, leur dit qu’un incendie s’est déclaré et que le dépôt de munitions peut sauter si le feu se dirige vers eux ! Chacun des trois militaires réagit à sa manière, même la venue du shérif adjoint ne les détourne pas de leur mission.
Dès lors, ils vont traîner ensemble, participer à des missions de maintien de l’ordre.
L’ambiance en Amérique est lourde, les manifestations contre la guerre du Vietnam se multiplient, la jeunesse ne comprend pas l’engagement américain.
Dans la caserne des faits nouveaux se produisent, de petits vols se succèdent, jettent la suspicion sur tous…
Trois bidasses plus ou moins concernés par la carrière militaire.
Philip Bishop se débat dans ses soucis familiaux, il se pose la question : est-ce cela qu’il aurait voulu être ? Si une étincelle avait fait sauter le dépôt de munitions, cela aurait été quelque chose, pensera-t-il plus tard.
Hubbard est un fan de voiture, il parle de ses deux grands copains, Vogel et Kirk, qui partage sa passion. Il regrette, dit-il, de s’être fait rouler par un recruteur, qui bien sûr n’a pas parlé du Vietnam !
Lewis est une grande gueule, un flambeur qui se vante d’être un tombeur, la terreur des filles du Kentucky !
Un voleur, un futur déserteur et un homme ordinaire, un trio de loosers dans une Amérique qui a perdu son innocence avec la mort du président Kennedy assassiné à Dallas, et qui se fourvoie dans le bourbier du Vietnam.
Un roman bien écrit, des personnages bien campés des "héros" bien pitoyables, mais pas un livre qui me laissera un souvenir impérissable. 
Extraits :
- Tout à coup, il avait décidé qu’il était contre la guerre.
- Ils les avaient rassemblés dans le gymnase et leur avait passé des films où l’on voyait des soldats se faire masser par des filles en Corée et boire des chopes de bière en Allemagne.
- Certaines de ces femmes étaient jolies, dans le genre mélancolique, et ça ne nuisait pas à leur cause. Les hommes, c'était autre chose.
- Il dit que dans son esprit, une compagnie d'infanterie était comme une famille, une famille sans femme, mais une famille tout de même.
- La plupart des prostituées en ville sont des femmes sensées. Elles ont leurs raisons à elles et ne sont pas des âmes charitables, mais elles ne sont pas folles non plus.
- Le soleil est brûlant sur sa nuque. Une goutte de transpiration glisse entre ses omoplates, puis une autre. Elles le font frissonner.
-Un visage comme je n'en avais jamais vu auparavant, empreint d'humiliation et de peur, un visage que je n'ai jamais cessé de voir depuis.
Éditions : Gallmeister / Totem (2016).
Titre original : The Barracks Thiefs (1984)
Traduit de l’américain par François Happe.

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