Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

24 mai 2016

FÉREY Caryl / Les nuits de San Francisco.

Les Nuits De San Francisco -

Les nuits de San Francisco.
Caryl FÉREY.
Note : 5 / 5.
Rencontre au bout de la nuit.
Un des premiers romans de Caryl Férey, que la librairie Sillage de Ploemeur recevra le vendredi 24 juin à 18h00.
Livre en deux parties : Wounded Knee I et Wounded Knee II.
Wounded Knee, où la cavalerie américaine, pour se venger de la défaite de Little Big Horn et de la mort de Custer, massacra les habitants d’un village indien de la tribu des Lacota Micoujou.
Sam est un Indien Lacota, il revient sur sa propre histoire, résultante de l’Histoire avec un grand H de son peuple.
Après avoir mis enceinte une jeune femme de la tribu, il part, fuyant ses responsabilités. L’alcool est un compagnon de voyage, compagnon souvent encombrant. Il fait pour survivre parfois des petits boulots. En particulier dans le bâtiment, car il semble que les Indiens ne soient pas sujet au vertige. Nouveau mode de vie, sobriété le jour, défonce alcoolique la nuit. Mais l’errance reprend. Du fier Indien, il ne reste qu’un clochard aviné ; la route encore, cap à l’ouest jusqu’à cette rencontre dans la nuit californienne… 
Jane est une américaine moyenne plutôt mignonne, mais un peu solitaire. Elle déteste Fresno, sa ville natale, son but en partir un jour, le plus tôt possible. Elle sort avec un garçon, Carver, un flirt n’allant pas plus loin. Pendant la fête de l’école, profitant que Jane a un peu bu, il la viole sous l’œil amusé de sa bande de copains. Jane réunit un peu d’argent et direction San-Francisco.
Commence alors une nouvelle vie, elle devient mannequin, tombe folle amoureuse d’un chanteur de rock, Jeff. Ils ont un enfant, Duane, le bonheur semble complet.
Un accident de la route va briser leur vie, Duane est tué, et elle amputée. Lucide elle rend sa liberté à Jeff sachant pertinemment que tôt ou tard, il la reprendra avec ou sans son consentement. La drogue devient une compagne de plus en plus encombrante, jusqu’à cette rencontre dans la nuit californienne…
Les deux parties du livre vont se croiser pour une nuit d’espoir !
Deux personnages principaux, des êtres brisés à qui la vie va offrir, semble-t-il, une seconde et peut-être dernière chance. Un homme et une femme que tout oppose, mais qui l’espace d’une nuit vont s’apprivoiser et se rapprocher
.
Sam, Indien Lacota au plus profond de son être. Le massacre de Wounded Knee est comme une blessure profonde en lui. L’alcool comme remède pour oublier, comme moyen de suicide social et personnel, une longue dérive vers l’enfer.
Jane, ses blessures à elle sont d’un autre ordre, un viol et la fuite qui en a résulté, puis la mort de son fils et l'amputation de sa jambe, en dessous du genou.
On ne peut qu’éprouver de la sympathie pour ce couple de marginaux par certains côtés magnifiques.
Un roman qui évoque à travers Sam le sort des Indiens, les grands oubliés de « l’American Way of Live ».
Un très beau livre, des personnages attachants et une écriture qui évite l’écueil du misérabilisme. 
Extraits :
- Wounded Knee : Sam avait ce sang sur le visage.
- Sam avait fêté ses vingt et un ans, le regard vissé sur le monticule du malheur.
- Vegas, la ville du jeu. Le leur consistait à tenir en équilibre au-dessus du vide, à enfoncer les rivets géants à coups de marteau et à redescendre, cuits par le soleil, vivants. Après quoi, c'était la débandade – biture, herbe, héro, selon le degré d'ancienneté.
- Elle passa à sa hauteur, et Sam ressentit comme une décharge dans le cœur.
- La peur de finir caramélisée, l'amour rôti, fourrée jusqu'à la gueule, un Thanksgiving qui aurait mal tourné.
Non merci.
Jane préférait plutôt baiser avec Hitler que de rester dans ce trou perdu.
- Elle avait trouvé une chambre meublée et écumé les lieux à la mode où les rencontres ne finissaient pas à six derrière les fourrés avec des bites entre les jambes.
- Frank n'était plus qu'un nuage de poudre, que Jane traversait entre deux prises de vue. Leur amitié se dégradait, il suffisait de voir Frank. La coke lui avait volé la vedette.
- Il empoigna le joint, aspira à son tour une large bouffée. Bref moment d'harmonie. Le Sioux avait confiance dans la parole des visages pâles : il avait tort.
Éditions : Arthaud (2014)

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21 mai 2016

CATTACIN Jean Luc / Les libérateurs de l'Irlande.

 

Cattacin jean luc

Les libérateurs de l’Irlande.*
Jean Luc CATTACIN.

Note : 5 / 5.
Tiocfaidh àr là**
En cette année où l’on fête en Irlande le centenaire de la révolution de Pâques 1916, ce livre (somme d’un travail sûrement colossal) nous renseigne sur l’histoire de ce pays. Du fait de sa proximité avec l’Angleterre, elle fut, hélas, sa première colonie et reste encore (deux fois hélas) sa dernière colonie.   

Trois grands chapitres:
Naissance d’un Etat ; Sept cent cinquante ans de lutte et La Révolution après la révolution.
Ne tenant pas compte de l’ordre chronologique de l’Histoire, ce livre commence par ce qui au départ semblait une énième révolution irlandaise ratée, les Pâques de 1916. 
Militairement ce fut un échec, mais les exécutions et la féroce répression, comme toujours disproportionnée des Britanniques, révulsèrent l’opinion publique irlandaise. Ce qui au départ n’était que le fait d’une minorité réveilla le sentiment nationaliste de l’île, qui de tout temps fut sous-jacent dans la mémoire collective des Irlandais.
L’auteur répare un oubli, nous savons tous que les signataires de la proclamation de l’indépendance furent exécutés, mais ils ne furent pas les seuls. Bilan : 16 exécutions.
 3 mai : Patrick Pearse, Thomas MacDonagh et Thomas J. Clarke.
 4 mai : Joseph Plunkett, William Pearse, Edward Daly et Micheal O'Hanrahan.
 5 mai : John MacBride.
 8 mai : Eamonn Ceannt, Micheal Mallin, J.J. Heuston et Cornelius Colbert.
9 mai : Thomas Kent.
12 mai : James Connolly et Sean MacDiarmada.
Roger Casement fut pendu le 3 août.
 
Puis dans « Sept cent cinquante ans de luttes », l’auteur nous parle de l’histoire mouvementée de l’Irlande, les différentes invasions et l’apparition du problème religieux, autre facteur de séparations entre la population.
Beaucoup de figures de l’histoire irlandaise au fil des pages de cet essai. Les héros emblématiques que tout le monde connait, de Michael Collins à De Valera, de Daniel O’Connell à Charles Parnell et bien d’autres que je ne pourrais pas tous citer ici ! 
Un des nombreux sous chapitres très intéressants a pour titre : « Renouveau de l’agitation agraire ». Il concerne les sociétés secrètes de tous poils, de toutes obédiences et de toutes religions, seul point commun une grande cruauté et encore une fois des répressions disproportionnées et aveugles.
On trouve aussi des écrivains et pamphlétaires qui avec leurs plumes ont participé à la lutte, William Molyneux et surtout Jonathan Swift et son célèbre texte « Modeste proposition » dans lequel il suggère, pour éviter la pauvreté endémique de l‘île, de manger les enfants !
Les famines, qui décimèrent le pays, laissèrent au peuple une haine tenace envers les Anglais. Deux conceptions qui encore et toujours s’opposent :
John Mitchell, activiste irlandais :
-« C’est le Dieu tout puissant qui nous a envoyé le mildiou, mais ce sont les Anglais qui ont créé la Famine »
Sir Charles Trevelyan, haut fonctionnaire anglais en charge de l’aide humanitaire à l’Irlande :
- « Le vrai mal à combattre n’est pas celui, physique de la Famine, mais celui, moral, du caractère égoïste, pervers et agité du peuple irlandais ».
Dans la dernière partie du livre « La révolution après la révolution », il est question de la naissance chaotique de l’État Libre d’Irlande, de la guerre civile qui s’en suivit, de la misère intellectuelle qui caractérise ses premières années d’indépendance. Et la chape de plomb que fit régner l’église catholique et ses excès.
Puis arrive la période des « Troubles » débutée par la lutte pour les droits civiques et marquée par la renaissance de l’IRA. 

Deux autres évènements de l’histoire contemporaine n’ont pas aidé la compréhension entre les deux peuples et a de nouveau fait monter la tension entre les Irlandais et le gouvernement britannique.
Le Bloody Sunday où les paras britanniques, le 30 janvier 1972, ont tiré sur une foule désarmée à Derry, bilan 15 morts !
Les grèves de la faim des prisonniers républicains de l’IRA et de l’INLA : bilan 10 morts.

Cet essai est une très bonne et très complète introduction à l’histoire des nombreuses révolutions qui ont parsemé les huit siècles d’occupation britannique de l’île d’Irlande, occupation qui n’est malheureusement pas terminée.  
Un œuvre absolument indispensable, que tous amateurs de littérature et de l’histoire irlandaise se doivent d’avoir sur leurs tables de chevet.
Nous connaissons l’histoire mouvementée de l’île d’Irlande, qu’elle sera son avenir ?
Bien malin aujourd’hui qui pourra le dire ?  Un calme tout relatif semble régner, mais pour combien de temps ? Certaines vieilles rancunes sont encore tenaces, l’histoire et les souffrances ne s’effacent pas avec un traité, fût-il signé un Vendredi Saint !
Des cartes, notes et une très complète biographie complète cet ouvrage. Exceptionnellement les extraits qui vont suivre seront des phrases tirées de discours officiels : 
Oliver Cromwell (de triste réputation) :
-« Nous avons refusé de leur faire quartier... je crois que nous avons passé par le fil de l'épée l'ensemble des défenseurs de ( Drogheda). »
Henry Grattan, avocat, orateur, membre du Parlement d’Irlande :
-« Esprit de Swift, esprit de Molyneux, votre génie a prévalu ! Irlandais maintenant une nation. »
David Trimble, leader du Parti Unioniste d’Ulster :
-« Les Unionistes d'Ulster, par peur d'être isolés sur l’île, ont construit une maison solide, mais une maison froide pour les catholiques. »
Le juge Lord Denning en rejetant l’appel des « Six de Birmingham » :
-« S'ils gagnaient, cela signifierait que la police était coupable de parjure, coupable de violences et de menaces, que les aveux étaient involontaires et avaient été retenus comme preuve à tort, et que les condamnations étaient erronées. »
Ce qui fut pourtant fait… 11 ans plus tard !
Éditions : Vendémiaire* (2016).
* Huit siècles de lutte.
** Notre jour viendra.
À signaler qu’un roman de Paul Féval s’intitule également « Les libérateurs de l’Irlande » aux éditions « Terre de Brume ».

 

 

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19 mai 2016

Collectif/ Buenos Aires (présenté par Ernesto Mallo)

 

Buenos aires

Buenos Aires noir. 
Collectif (présenté par Ernesto Mallo).
Note : 4,5 / 5.
Tango funèbre. 

Ce livre est le 14ème de cette excellente série de recueils de nouvelles noires. 
Treize nouvelles inédites (par ordre alphabétique) de
 Verónica Abdala, Leandro Ávalos Blacha, Gabriela Cabezón Cámara, Pablo De Santis, Inés Garland, María Inés Krimer, Ariel Magnus, Ernesto Mallo, Enzo Maqueira, Inés Fernández Moreno, Elsa Osorio, Alejandro Parisi, Claudia Piñeiro et Alejandro Soifer. Il est à noter qu’il y a plus de textes de femmes que d’hommes. Le seul à figurer sur ce blog est Leandro Ávalos Blacha pour deux titres.
Trois parties pour cette balade dans la capitale argentine : « Amour », « Infidélités » et « Crimes imparfaits », avec l’habituelle playlist musicale pour clore le livre. 
Dans « La mort et le canoë », un écrivain célèbre et adulé se retrouve confronté à un problème, être responsable de la mort d’un homme…
« Un visage dans la foule », un homme, photographe spécialisé dans des portraits pris sur le vif dans des lieux publics, reçoit une à une des photos sans personnages, l’inverse des siennes, pourquoi et quel est cet endroit ? Il apprend par hasard qu’il s’agit de la piscine d’un parc et que tous ces clichés sont pris du sommet d’un plongeoir. Il s’y rend mais une fois au sommet du tremplin un homme lui barre le passage lui interdisant de redescendre. Une excellente nouvelle.
« Un amour éternel » doit-il obligatoirement être coulé dans le bronze ? Maese, sculpteur en vogue, vient d’obtenir une commande de l’Etat. Un bronze d’Éva Péron. Il trouve le modèle idéal dans les bas-fonds de la ville. Coup de foudre, fusion des corps et des âmes. Mais il n’est pas le seul à bénéficier des faveurs de la belle !
Parfois le fait d’acheter une maison réserve des surprises pas très agréables, c’est ce qui est arrivé à un couple dans « L’Homme qui se tait ». Le rangement ici dérange des secrets de voisinage ! L’imagination peut être mauvaise conseillère. Un texte écrit de main de maître !
« La vengeance du Lombric », un acte horrible dans une jungle urbaine. « La part du lion », c’est cet animal dans un zoo mangeant une jambe humaine.
« Bienvenue Lieutenant ».
 Une femme dont le frère homosexuel a été tué se retrouve avec l’urne contenant ses cendres, et rencontre ses voisins et autres connaissances et anciens amants. Que faire des cendres ? Un humour noir plein de violence.
Énormément de personnages, des gens très souvent ordinaires qui, malgré eux, vivent des événements parfois traumatisants. Norma visite un patio, elle y découvre un lit qui lui rappelle ses amours avec Silvio qui a mystérieusement disparu. Chose courante dans l’Argentine de la Junte Militaire. Une jeune libraire folle amoureuse, son amant, un veuf autoritaire et une cliente qui n’achète rien dans cette librairie, un trio infernal ? Un texte étrange. Marina et Guillermo sont un vieux couple, lui est malade, elle lui est dévouée, mais il faut se méfier, les émotions parfois c’est tuant. Un commissaire dont le début de carrière remonte à l’époque de la dictature, une jeune femme droguée et en manque, que ne ferait-elle pas pour un kilo de cocaïne ? Un policier asiatique surnommé Litchi enquête sur les bruits de son immeuble un dimanche après-midi.

Un bon recueil, des écritures différentes, mais de très bon niveau. Les dessous pas très affriolants de cette métropole capitale de l’Argentine entre les violences de l’État et les gangs, les ravages de la drogue, l’indécence de certaines richesses qui côtoient la plus extrême misère. Le monde moderne. Un bon cru  avec un texte déroutant. 
 « Onzième étage ».
Ne pas oublier sur Buenos Aires, l’excellent recueil : Eaux-fortes de Buenos Aires de Roberto Arlt.
Extraits :
- Un exilé de plus, lui a dit Natalia, nombre de ses amis avait quitté le pays ces deux dernières années, depuis 1975, et d'autres, pire encore... ils ont été arrêtés et on est sans nouvelles d'eux.
- « Vous n'avez pas compris qu'il n'y avait que du vide parce que j'attendais une femme qui ne viendrait jamais ? ».
- J'aimais beaucoup Pablo, je devais même dire qu'il me fascinait, comme la lumière des phares fascine les lapins dans la nuit.
- Ils plongent et replongent l'un dans l'autre. 
- La pensée devient soupçon, le soupçon devient certitude.
- « Surtout, bien se protéger de la jalousie des morts, elle a dit, parce que c'est le pire des poisons. »
- Seize heures trente. Ce n'était pas une mauvaise heure pour mourir : dans tout le pays, les enfants devaient être en train de jouer au soleil.
- Le sexe menait les gens à leur perte. Ils étaient obsédés par la sécurité de leurs biens et de leurs foyers, mais ils mettaient n'importe qui dans leur lit.
- C'est ainsi qu'avait dû se produire le crime, dont la scène n'était autre que la cour intérieure de son esprit. Il était à la fois le coupable et l'enquêteur, et même, tout bien considéré, la victime.Éditions : Asphalte (2016).
Titre original : Buenos Aires Noir (2016).
Traduit de l’espagnol (Argentine) par Hélène Serrano et Olivier Hamilton.
Autres titres de cette série sur ce blog :
Paris noir, Los Angeles noir, Londres noir, Brooklyn noir, Rome noir, Mexico noir, Delhi noir, Barcelone noir, Washington noir, La Havane noir, Marseille noir et Bruxelles noir.
Titres de Leandro Ávalos Blacha :
Berazachussetts
Côté Cour.



16 mai 2016

ASSAYAS Michka / Un autre monde.

Assayas

Un autre monde.
Michka ASSAYAS.
Note : 4 / 5.
Souvenirs, souvenirs…*
Le nom de cet auteur est bien connu des amateurs de musiques. Il est en effet un célèbre et très écouté chroniqueur musical. Il a en effet collaboré à « Rock & Folk » et aux « Inrockuptibles » entre autres. Il a aussi activement participé à l’écriture du « Dictionnaire du Rock ». Il a aussi écrit quelques fictions.

Ici il s’agit d’un texte fortement autobiographique divisé, à mon humble avis, en deux parties : la première nous raconte la jeunesse musicale de l’auteur, dans un vaste inventaire de groupes et de chanteurs. Certains toujours en activité, peu il est vrai. D’autres me sont absolument inconnus et ont disparu corps et âmes en laissant quelques enregistrements derrière eux !
Du rock au mouvement punk, de la New-Age au métal en passant par le folk américain, l’auteur n’est pas sectaire, il écoute et chronique avec une certaine jubilation souvent ou avec une ironie caustique parfois.
Il nous parle aussi de ses débuts dans le métier, de ses premiers articles et du bonheur d’avoir atteint le Grall… Avec ce paradoxe de ne pas être musicien, mais il va se soigner. 
Dans la seconde partie du livre, Michka Assayas, ayant des problèmes avec Antoine, son fils, suit le conseil de son ami Bono de U2 « Fais quelque chose avec ton fils ». Oui mais quoi ? Antoine se passionne pour la batterie, alors pourquoi ne pas faire de la musique ensemble ? Le père à la basse, le fils à la batterie. Alors commence un long et douloureux apprentissage, plein de déceptions avec peu de succès. 
La route est longue, très longue !
Une jeune punk, Louise, fille d’un éclusier, les rejoint au chant, le trio un peu trop amateur sur des textes en anglais composés par Assayas. Louise suivra
son boy-friend de l’époque.
Avec la création d’un autre groupe, « Suis Bamba » comprenant toujours le père et le fils, les galères s’enchaînent, mais la fougue reste intacte et les progrès sont là… et les relations père-fils s’améliorent également.
En fin d’ouvrage, l’auteur nous parle d’un concert dans le temple de la musique de Lorient « Le Galion » (où je retrouve parfois mon ami Stéphane Le Carre) en première partie de « Republik »,  le nouveau groupe de Frank Darcel.
Beaucoup de personnes, des musiciens célèbres et des anonymes.
Le père et son fils, des amis qui les aideront dans leur projet musical, la joie de concerts réussis et la tristesse de la mort d’un ami.

Un excellent ouvrage où un homme se raconte avec humilité, nous fait partager ses joies et ses peines, et nous plonge dans un univers musical loin du « star-system ».
Une belle écriture pleine de pudeur.
Extraits :
 
- Le destin mit alors sur ma route une étrange fée.
- J'avais eu une adolescence et une jeunesse somme toute très sage, passées à contempler et raconter la folie des autres, c'était à présent à mon tour d'être dingue, il était temps.
- À ses yeux j'étais un homme installé vivant dans l’aisance et même une superstar dans mon micro-domaine. 
- Il ne faut pas oublier qu'à part lui, je ne me serais permis d'entraîner aucun musicien compétent dans mes lubies. 
- Je comprends mieux aujourd'hui le dédain moqueur dans lequel les musiciens ont toujours tenu les critiques de rock. 
- Cette fois, j'y étais enfin, j'allais vivre ce que je n'avais fait qu'effleurer. 
Cela avait entraîné chez moi une gêne durable, et même un sentiment de honte. Il me fallait expier.
- Je choisis de diffuser des chansons qui avaient un sens pour lui ou lorsqu'on pensait à lui comme «  I Am a Child » de Neil Young avec Buffalo Springfield, où flottait cette légèreté enfantine un peu désespérée, proche de la brisure, où je reconnaissais tellement sa voix.
Éditions : Rivages (2016)
* Un des premiers succès de Johnny Hallyday en juin… 1960 !

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12 mai 2016

MARÉCHAL Fabien / Dernier avis avant démolition.

Couv demolition

Dernier avis avant démolition.
Fabien MARÉCHAL.
Note : 4,5 / 5. 
La chute de l’Avenir Radieux.

Recueil de cinq nouvelles de cet auteur que j’avais, en son temps, beaucoup aimé « Nouvelles à ne pas y croire » paru il y a quelques années.
« Démolition ».
Une tour d’immeuble va être détruite, un homme y demeure, retranché, il refuse de partir. Son appartement du 16
ème étage, c’est sa vie !
Militant communiste de très longue date, très sectaire, plein d’idées préconçues, comme :
- Les yeux bleus sont de droite, ce n'est pas moi qui l'ai dit en premier, et je me méfie aussi des blondes.
Il égrène ses souvenirs. Et regarde le cimetière s’agrandir et essaye de deviner dans quelle allée il sera enterré. Une vie ordinaire d’un banlieusard banal. Non c’est plus que cela, c’est la fin d’un monde, celui du prolétariat de Paris et de ses banlieues.
Que sont devenues les usines et manufactures de mon enfance ? Disparues au nom du profit ! 
 
« La Cérémonie ».
Q
uatre personnes en quête de bonheur ! Peut-être éphémère ? Un mariage, moment intense, sauf qu’ici, c’est un peu la confusion des sentiments. Un homme et sa maîtresse, celle-ci marie sa sœur à un norvégien. C’est à ce moment que tout se complique… cérémonie pour le meilleur ou pour le pire ?
 
« Le Monographe ». 
Ce texte est un des plus étranges que j’ai lus dans ma déjà longue carrière de lecteur, amateur de nouvelles. Une belle histoire d’amour entre un homme Paulin photographe et son chat Albert. Pourtant leur situation n’est pas évidente. En effet Paulin travaille sur Paris et ne vient que les weekends. Photographe de star pour vivre, il rentre retrouver son ami à quatre pattes toutes les fins de semaine. Alors il devient un « œil » au service de la nature écumant la région, saisissant des instants furtifs, s’imaginant des silhouettes au milieu des arbres.
Il décide un beau jour de quitter définitivement Paris… Une autre vie de solitude, mais plus riche artistiquement, commence.
Une très belle nouvelle !

 « Le Grand Départ ».
Quand on est le bouc émissaire de toute sa classe, les départs en colonies de vacances sont un enfer ! Les pleurs n'y changeront, hélas, rien. Les enfants sont cruels entre eux, Richard l’apprend tous les jours à ses dépens.
« La Guerre Froide ». 
Le monde à l’envers, le piquet de grève est assuré par les cadres et la direction de l’usine. Comment va réagir un syndicaliste chevronné devant cette situation ?
Il pense aux ouvriers frustrés, au froid qui les attend, ce n’est pas la saison pour lancer un mouvement social. Il réfléchit à ce qu’est sa vie, son couple et son fils, tous les sacrifices consentis… et pour quel résultat !
Des personnages ordinaires, reflet d’une société française en constante mutation, souvent, dans « Démolition » et « Guerre froide » par exemple, des hommes de conviction prêts à la lutte.

Une famille française classique du temps passé, Norbert maçon communiste, Jeannine et Solange, leur fille. Un peu bourru et entêté, mais malgré tout un personnage attachant qu’il me semble avoir connu ! Que reste-t-il de notre jeunesse et des militants communistes des banlieues rouge qui ceinturaient Paris ? 
Un homme pas insensible aux charmes de la sœur de sa maîtresse… mais celle-ci se marie. 
Pauvre Richard, pas de chance pour lui, un peu obèse, une mère trop possessive, un père un peu beauf… la vie est dure, alors les vacances en colonie, c’est pire que tout ! 
François Rawkiewicz, lui aussi travailleur, syndicaliste et meneur d’hommes d’un temps qui semble révolu, balayé par la mondialisation !
Un recueil complétement à l’opposé de « Nouvelles à ne pas y croire ». Ici les thèmes développés sont souvent oppressants ! Pas beaucoup d’humour sauf peut-être dans « La Guerre froide », mais un humour noir et grinçant. 
Un hommage trop rare au monde des travailleurs.
Extraits :
- Et puis c'est venu naturellement, on a beau être communiste, on pense aussi à soi : j'ai voulu calculer mon emplacement.
- J'ai vu le bébé et, même petit comme il était, tout rougeaud, ça se remarquait comme la faucille en travers du marteau : il était de droite. 
- Je sortais avec Maggy depuis six semaines quand elle m'a présenté Virginie, qui avait l'air de tout sauf de l'origine de son prénom. Un peu plus fine que Maggie, mais les mêmes bonnes choses placées aux mêmes bons endroits.
- Après tout, nul n'est obligé d'être heureux. Si le bonheur devenait un impératif légal, tous les tribunaux du monde ne suffiraient pas à condamner les délinquants.
- Une fois, il en a envoyé un lot à une galerie, pour avis. On lui a répondu qu'on y voyait rien qu'un fog sur la Tamise à la Turner, mais sans Tamise ni Turner–ni retouches par ordinateur, seule qualité qu'on lui reconnaît.
- Il va encore être la risée de la classe. Celui qui mange son goûter dans son coin, grignote pour masquer sa peur. « Il a du bidon ! » Vingt bouches autour de lui, Richard a l'impression de se rapetisser, le cri rampe sous ses vêtements, sur les murs. « Il a du bidon ! Il a du bidon ! ».
- Un jour, on trouvera des os de dinosaure en Corée du Nord, et les socialo-communistes de toute la planète crieront « papa ! ».
- Hormis l'épaisseur, il n'y a guère de différence entre un manche à balai et un manche de pioche. Celle qui manie l'un est sans doute la pouffiasse de celui qui travaille avec l'autre.
Éditions : Antidata (2016)
Autre chronique de cet auteur :
Nouvelles à ne pas y croire.

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