Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

22 août 2017

BURROUGHS William Seward / Junky.

 

junky

Junky.
William Seward BURROUGHS.

Note : 4 / 5.
Etudiant en herbes…
Premier roman très autobiographique de William Burroughs, où il nous narre son apprentissage de la drogue.

Pourquoi et comment devient-on drogué et dépendant aux drogues dures ?
D’une préface intéressante signée Allan Ginsberg, je sors cette phrase :
-Dès cette époque Kerouac et moi nous nous considérions comme écrivains-poètes par Vocation, tandis que Bill hésitait beaucoup à faire pour lui-même un tel théâtre.
Dans un court prologue Burroughs nous avoue, en quelques mots et noms ce qui furent les prémices de sa carrière d’écrivain :
- Je lisais plus que de coutume pour un petit Américain de cette époque et de ce milieu : Oscar Wilde, Anatole France, Baudelaire, Gide même.
Nous pouvons noter un certain penchant pour la littérature française ! Et irlandaise !

Burroughs commence sa « carrière » comme voleur sans butin. Il s’introduisait dans des maisons vides, mais repartait sans rien emporter ! Après un grave accident de voiture, il décide de poursuivre ses études pour passer une licence en littérature anglaise. Il déteste l’université et la ville où elle est située ! Seul point positif, il fait la rencontre de riches homosexuels. Puis il part pour l’Europe pour un séjour d’un an. De retour aux USA, il espère être admis dans des écoles de formation d’officier, c’est un refus, mais il est incorporé et joue la folie pour être réformé.
Il connait pour la première fois de sa vie des problèmes d’argent et commence à se droguer.
Et il nous explique ses premières expériences et impressions, qui ne correspondent pas forcément avec ce que l’on lit habituellement.
Commence alors une longue dérive à travers le continent nord américain, vivant de diverses combines pour trouver de l’argent, puis la drogue. Il nous raconte aussi d’une manière très crue ses rencontres homosexuelles, et ses querelles avec son épouse, ses séjours en prison…
Beaucoup de personnages dans ce récit qui pourrait (clin d’œil à Jack Kerouac) être sous-titré « Sur la route de la drogue ». En effet le narrateur, William Lee, nous amène dans un voyage de New-York à Mexico en passant, entre autres, par la Nouvelle-Orléans. Il usa et abusa aussi d’alcool et teste différentes drogues, de la marijuana à l’opium !

La philosophie de ce récit peut être résumée ainsi, être drogué n’est en définitif qu’un mode de vie ! Mais il n’est pas possible, je pense, de faire l’impasse sur l’état de déchéance de la plupart des camés croisés dans ce livre !
Car tous n’ont pas la faculté d’écrire, de devenir célèbre et d’avoir une certaine aisance financière.
Malgré cette existence de perpétuelle recherche de la drogue idéale (Le Yage colombien dont il part à la recherche en fin d’ouvrage), il mourut en 1997 à un âge plus qu’avancé, étant né en 1914.
Une excellente introduction à l’œuvre de celui qui fut, avec Kerouac et Ginsberg, une icône de la littérature de la Beat Generation.
Une écriture somme toute classique, pleine de retenue pour ne pas dire d’une certaine froideur. J’ai du mal à comprendre le scandale déclenché par la parution de ce livre. Autres temps, autres mœurs.
Extraits :
- Mary choisit quelques uns de ses morceaux extra et se mit à tambouriner sur la table avec l’expression d’un idiot en train de se masturber.
- La came, c’est un fantôme diurne dans une rue encombrée.
- Beaucoup d’entre eux sont morts maintenant, les autres sont en taule.
- Après avoir abandonné le métier de voleur, je décidais de me faire fourgueur. On ne gagne pas beaucoup d’argent, mais au moins on a toujours de la drogue sous la main et cela procure un sentiment de sécurité.
- Vendre de la came est éprouvant pour les nerfs. Tôt ou tard, tout vous fout les jetons et tout le monde vous paraît être de la police.
- Il avait la tête typique du jeune américain, vieilli sans avoir mûri.
- La mort est l’absence de la vie. Partout où la vie se retire, mort et pourriture prennent la place.
Éditions : Gallimard (2008) pour cette nouvelle édition revue et complétée par Philippe Mikriammos.
Titre original: Junky (1953)
Traduit de  l’américain  par Catherine Cullaz et Jean-René Major.

 

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15 août 2017

TOPOR Roland/ Vaches Noires.

 

Topor

Vaches Noires.
Roland TOPOR.

Note : 5 / 5.
Les vaches noires nous font parfois rire jaune !
J’aurais pu donner comme titre à cette chronique « Dites 33 », car ce livre contient trente trois textes, plus au moins longs. Je ne pourrais bien évidemment pas parler de tous, mais je peux dire qu’ils sont dans leur totalité d’un excellent niveau, ce qui n’est pas toujours le cas.

Roland Topor était un touche à tout de génie. François Rollin nous le rappelle dans une préface pleine de pudeur.
Connaissez-vous la bête noire de la SNCF ? Ce sont les vaches de la même couleur, noires comme l’enfer ! Les retards, les suicides sur les lignes, les accidents et incidents, les caténaires en panne, les cheminots grévistes, les seules responsables, qui l’eut cru ? Les vaches noires. Elles cachent bien leurs jeux sous leurs airs placides et pourtant ! 
En général les gens ont peur des ascenseurs, pourtant on dit couramment « une cage d’escaliers » ; qu’elle est la différence grammaticale avec une cage d’ascenseur ?

« Un mystère éclairci »,  merci facteur !
« La vocation des  profondeurs » ou les rocambolesques aventures d’un phallus indépendant ! Il aime toucher le fond !
« Le temps » c’est le clic d’un appareil photo, ou alors un truc que l’on ne voit pas passer ! Parfois aussi c’est l’inverse, le temps se traîne !
« L’argent, qu’est-ce ? » Pas grand-chose lorsque l’on en a à vendre, à la pelle, et que l’on ne sait pas comment le dépenser. Alors, bien sûr dans ce cas précis, on ne comprend pas pourquoi les autres font une fixation sur l’argent ?
« Une profession bouchée ». Il est préférable que ce ne soit pas le lieu du travail qui soit bouché !
« Lever de rideau ». Mais après que font les artistes ? Les acteurs des théâtres ?
Ils boivent ensemble. On retrouve dans ces quelques lignes, Jouvet, Gabin, Raimu, Von Stroheim en autres… On en boit une dernière ! Patron une tournée !
« Diners mondains ». Lorsque la baronne Louise-Émile de Blacar invite, cela peut être à l’opposé que ce que l’on attend ! La surprise est agréable !
« Le goût salé de la vie ». Certaines nuits d’un pharmacien un peu obsédé sexuel sont pleines d’imprévus ! Alors méfiance les jours de garde (malade).
Deux nouvelles concernent le cinéma, côté tournage « Saint Jean des Frimants », l’autre « Nous n’irons plus au cinéma » un conte futuriste où une jeune fille rencontre un journaliste, passé, présent, futur !
Des personnages aux prises avec des situations les plus saugrenues ou les plus noires possible. Un homme ayant de gros problèmes avec sa table. Avoir de la présence ou pas. En avoir quand ce n’est pas nécessaire, et ne pas en avoir quand il en faudrait, c’est dure la vie !

A quoi peut bien servir un répondeur téléphonique qui reste sourd aux appels qu’il reçoit ? À rien, allo, à l’eau… Une crème brulée, une très bonne crème brulée, c’est jouissif… au propre comme au figuré !
Un homme politique s’interroge : je vais être élu, mais avec quel pourcentage ?
Un enfant, tête de turc à l’école, se venge, non pas sur plus petit que lui, mais sur plus grand. Sale gosse ! Un homme dans une maison de retraite, heureusement que sa fille vient le voir, même si les autres pensionnaires mâles de l’établissement racontent des choses sur elle !
Un genre d’ouvrage que j’adore, un humour noir et loufoque, mais une écriture précise sans effet de manche.

Une découverte.
Extraits :

- Attention, je ne prétends pas que les  vaches noires soient les uniques responsables de tous nos ennuis. Je ne suis pas naïf au point de croire que, sans vache, tout baignerait dans l’huile.
- C’est ce qu’il y a de plus dangereux, les escaliers. Pourquoi y aurait-il des escaliers de secours, sinon ? Vous avez déjà entendu parler d’ascenseur de secours ?
- J’ai sondé des femmes des couches les plus diverses de la société : des bourgeoises et des ouvrières, des mères et des prostituées, des aristocrates et des filles au pair. Et puis j’ai eu l’impression de commencer à m’encroûter.
- L’homme est fou. Il a tout pour être heureux : les langoustes, les truffes, la gastronomie, les grands vins, la terre qui est si belle et les femmes si jolies, mais il s’obstine à vouloir des sous.
- Dollars, marks, francs, livres sterling, yens et lires sont des devises aussi précieuses que les hosties ! Quand on n’a pas la foi, elles valent moins qu’une tranche de saucisson à l’ail.
- Un petit coup de Chanel n° 5, d’Heure Bleue de Guerlain, de Y de Saint Laurent me remet le cœur au ventre et m’insuffle une énergie suffisante pour poursuivre ma quête. Et pourtant je vais de déception en frustration.
Éditions : Wombat / Poche comique. (2011)

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04 août 2017

DUQUESNOY Isabelle / L'Embaumeur.

L'embaumeur

L’Embaumeur *
Isabelle DUQUESNOY.
Note : 4,5 / 5

Accusé, levez-vous !
Roman historique, de plus de cinq cents pages, racontant les onze jours d’audience du procès d’un dénommé Victor Renard.

Auteur que je découvre avec ce livre, qui est, malgré la qualité de son écriture, à réserver à un public averti. Certaine situations et descriptions n’étant pas des plus ragoûtantes !
Un procès commence, l’accusé, Victor Renard, se lance dans un long plaidoyer, pas réellement pour se défendre, mais pour expliquer les raisons de sa présence en qualité d’accusé risquant la peine de mort. Enfant « tordu » pour sa mère, l’ignoble Pâqueline, Renard est un assassin, son cordon ombilical a étranglé son frère jumeau à la naissance ; alors la haine est palpable. Son père est mort éventré par une charrue !  Il grandit cahin-caha, il trouve un peu de gentillesse chez un oncle et une tante qui l’embauchent. Mais cela n’a qu’un temps. Il est amoureux fou d’Angélique, une prostituée qui abuse de la situation.

Un ami, Franz, lui propose une combine qui devrait leur rapporter quelques deniers, mais Victor n’est vraiment pas convaincant pour escroquer les passants dans la rue.
Monsieur Jouliat, embaumeur de son état, l’embauche, Victor a enfin trouvé sa voie. Son employeur est un brave homme, mais il décède subitement…Victor  prend  la suite de l’affaire, Monsieur Jouliat n’ayant pas d’héritier… mais des créanciers. Un peintre renommé avait payé d’avance des cœurs de rois de France pour faire certains de ses glacis.
Soit Victor rembourse, soit c’est un duel dans lequel il perdra la vie. Même si celle-ci est misérable. Franz vient à son secours : qu’il épouse sa sœur Judith et la dot est pour lui. Fini dettes et duel ! Sauf que la mariée n’a aucune fortune, le couple est alors mis à la porte par la Pâqueline.
Mais Victor a une idée, on meurt beaucoup dans ces époques troublées, sans compter les maladies et autres causes de décès ! La fortune sourit aux audacieux et à Victor.
Son atelier ne désemplit pas, il installe Angélique et partage son existence entre les deux femmes, son épouse et sa maîtresse ! Mais le malheur frappe toujours quand tout semble sourire.
Victor Renard est le personnage principal de cette œuvre ! Dire qu’il fut un enfant aimé serait fortement exagéré, ses nombreux surnoms (en général attribués par sa mère) le prouvent amplement, Victordu, Victorgniole, etc… Mais il reste, enfin à mon goût, un personnage attachant capable du pire et aussi très souvent du meilleur. Sa naïveté et sa bonté l’amèneront dans ce tribunal où il raconte sa vérité.
J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a permis de découvrir des pratiques, en ces temps révolutionnaires qui m’étaient complètement inconnues : l’existence d’un trafic de cœurs royaux pour la confection d’une couleur nommée brun momie ! Une découverte à beaucoup d’égards.

On trouve d’ailleurs en fin d’ouvrage la liste (non exhaustive)  des sépultures royales profanées !
Extraits :

- Quand on veut baisoter dans la haute, mon p’tit, on commence par cacher sa pingrerie.
- Je n’avais travaillé qu’une seule journée avec Monsieur Joulia, et un sentiment de  bonheur avait envahi mon âme.
- Assassin, fratricide, coucou, imbécile, voleur, tordu, vermine, j’étais tout cela depuis ma naissance. Victime ? Victime de quoi, sinon d’une réputation injuste ?
- Messieurs, lorsque vous avez collaboré à la modification des codes criminels, vous saviez parfaitement qu’il était impossible d’éliminer la prostitution des rues de Paris.
- La perspective de ma condamnation à mort ne m’effraie pas. Au contraire, lorsque je songe aux brutalités dont je fus victime jadis, aux sévices que m’infligeait ma mère, j’envisage la mort comme un remède efficace contre tout risque de retour à la pauvreté ou à la douleur.
- Un anonyme bien embaumé vaut mieux qu’une relique sacrée de galeux ! La gangrène de Louis XIV a corrompu son viscère. Vous savez que les nécrosés perdent leurs vertus au séchage.
- Naturellement, cette négligence m’aura cassé le cou, car on a beaucoup à redouter dans l’association de jeunes femmes désœuvrées à de vieilles aigries.
Éditions de La Marinière (2017).
* ou L’odieuse confession de Victor Renard.

 

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28 juillet 2017

RANDA Peter / La brigade du grand sauvetage

 

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La brigade du grand sauvetage.
Peter RANDA
.
Note : 3,5/ 5.
Quitte ou double !
J’ai, à une époque très ancienne, beaucoup lu de romans d’anticipation/fiction et j’aimais beaucoup les livres du prolifique Peter Randa.
Un homme, Lars Eldon, se réveille dans un hôpital, il a été victime d’une agression mais rien de grave. Parmi les médicaments pour le guérir, certains contiennent une drogue qui rend amoureux, et comme l’infirmière nommée Maudiat est belle, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que Maudiat le prévient, les effets des médicaments sont provisoires.
Comble de chance, il est nommé au grade de Colonel… et la nuit d’amour est très réussie !
Mais au matin la belle a disparu et quitté la planète Oskara et comme l’Empire est immense, les chances de la revoir sont quasi nulles !
Sa promotion cache aussi un piège, il doit prendre un poste de commandement dans « Les Pléiades de Makrin » en proie à des troubles graves, mutineries et folies des derniers responsables des armées.
On lui adjoint deux hommes, le capitaine Korman et le lieutenant Kratol pour assurer sa protection et l’aider dans sa périlleuse mission.
Sur la route, il y a une escale, à Karastan, ou au cours d’une réception officielle, il rencontre Larcha, l’ambassadeur d’Aultemon, planète où sont basés des corsaires de l’espace. Larcha en signe de bienvenue lui offre une ibérante en fleurs, plante très rare et sacrée de sa planète. Il l’assure aussi que son gouvernement lutte contre la piraterie.
Ilou, une charmante jeune femme blonde, est aussi attachée au service de Lars, professionnellement et également pour le reste s’il le désire.
Pour la sixième fois de sa vie, il entre en hibernation, non sans une certaine appréhension qui le surprend.
Mais qui est vraiment Lars Eldon, un terrien chargé d’une mission délicate et périlleuse ou une entité au contraire chargée de nuire à la puissance dans l’espace de la Terre ?
Et pourquoi Maudiat réapparait-elle soudainement dans sa vie, alors que les morts violentes se multiplient dans son entourage et qu’il échappe de peu à un funeste destin à plusieurs reprises ?
La vérité est ailleurs… mais où ? Sur Markin ? Aultemon ? Karaston ? Ou sur Terre ?
Beaucoup de personnages ambigus ou à plusieurs facettes dans cette aventure sidérale, hommes, créatures extraterrestres ou robots ?
Qui est vraiment Lars Eldon, un membre de « La Brigade du Grand Sauvetage » ? Un renégat ? Une pensée étrangère dans un corps humain ? Pourquoi le plan qu’il a exécuté suivant les ordres qui lui furent donnés a-t-il si piteusement échoué ?
Le retour de Maudiat est incongrue et il est toujours amoureux d’elle ce qui complique encore la situation et la solution du problème !
Un bon roman qui se laisse lire, mais pas un des meilleurs de Peter Randa. Une récréation littéraire, malgré tout, la bienvenue.
Extraits :
- Il existe une mode pour chaque catégorie de femmes et prenant la beauté pour critère : une pour celles qui ont quelque chose à cacher, une autre pour celles qui peuvent se montrer sans crainte. Cela évite certaines exhibitions navrantes.
- La plupart des blessés qui ont été soignés dans les mêmes conditions que vous, tombent amoureux de la première infirmière qu’ils aperçoivent au moment de leur réveil…
- Evidemment, les robots décident de tout selon le critère d’une efficacité qui nous échappe, à nous humains.
- Pour le moment, j’aime… aussi follement qu’on peut aimer…
- L’Empire est immense… il se compose de milliers de planètes… si bien que cette fuite ne me laisse plus le moindre espoir.
- Donc, je suis dirigé par une machine.
- Si on me surprend, je dois tuer. Seuls les morts ne parlent pas.
- Je reprends conscience de moi-même. Hors du sommeil qui m’enveloppe… Je suis comme dans une cage… L’inconscience n’est pas en moi, mais autour de moi.
Éditions : Fleuve noir. Anticipation/Fiction (1975)

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25 juillet 2017

KEROUAC Jack / La vie est d'hommage.

la vie est d'hommage

La vie est d’hommage.
Jack KEROUAC
.
Note : 3, 5 / 5.
Entre hommage et dommage !
Hommage car je pense que Kerouac le mérite et dommage que l’alcool ait eu raison de lui de trop bonne heure.
Ces textes ont été établis et présentés par Jean-Christophe Cloutier.
La particularité de ce livre de Jack Kerouac est que tous les textes qu’il comporte ont été écrits en français ! Mais celui de la communauté de Lowell, langue maternelle de Kerouac.
Dans un très long et très intéressant avant-propos de Jean-Christophe Cloutier, ce dernier nous donne certaines clefs pour comprendre ce livre et sa démarche personnelle et littéraire. De cette partie de cet ouvrage, où nous découvrons PIC *, je mets en avant deux choses, la langue :
- Kerouac a ainsi réalisé ce que personne n’avait fait avant lui : restituer sur papier l’oralité du français parlé en Amérique et le transformer en prose musicale envoûtante.
Puis ensuite une réflexion de Kerouac lui-même sur sa méticulosité de la tenue de ses propres archives :
- Mon travail a été grandement facilité par les archivistes de la Berg Collection, mais aussi par les rigoureuses habitudes de classement de Kerouac lui-même – « j’ai conservé les dossiers les plus impeccables que vous ayez jamais vus » a-t-il déclaré à Ann Charters en 1966.
Deux parties suivent donc l’avant-propos. La première « Du côté de Duluoz », comporte 11 textes, la seconde « Sé dur pour mué parlé l’Angla », 5 textes.
Chacun de ceux-ci est précédé de notes explicatives absolument indispensables de Jean-Christophe Cloutier, qui donne tout son intérêt à cet ouvrage.
« La nuit est ma femme » (qui date du début de l’année 1951) ou « Les travaux de Michel Bretagne » est un texte relativement long, plus de 60 pages. Ce n’est pas les travaux d’Hercule mais ceux d’un homme normal. On retrouve un passage de ce texte, transposé dans PIC, le dernier roman écrit par Jack Kerouac.
Dans « Sé dur pour mué parlé l’Angla », partie plus courte que la première, après le texte qui donne son nom à ce chapitre, on retiendra un commentaire sur Louis-Ferdinand Céline, deux lettres, une à sa tante Louise Michaud, une autre à sa mère Gabrielle et pour finir « Trois prières » !
Une lecture rendue ardue (sentiment que j’avais déjà éprouvé, en moindre à la lecture de PIC) par l’écriture phonétique et donc une orthographe pour le moins surprenante. Qui ajouté à un langage canadien-français mâtiné d’anglais oblige à une gymnastique d’esprit permanente !
Un livre à mon avis pour les fans absolus, dont je suis, donc pas de problème.
Je reconnais avoir pris mon temps pour lire cet ouvrage, certains textes sont des écrits de jeunesse sans grand intérêt, mais qui présagent parfois les futurs écrits de Jack Kerouac, en étant des idées qui seront développées plus tard.
Par exemple « Sur le chemin » écrit en 5 jours du 16 au 21 décembre 1952, à Mexico, « On the Road, écrit en français » où l’on retrouve Peter Martin, un des protagonistes de « The Town & the City ». Ou encore « Maggy Cassidy. Sections en Français » texte de plus de 20 pages, mêlant anglais et français où il est question de cette jeune irlandaise dont Jack Kerouac gardera toute sa vie le souvenir, celui du premier amour ? Ou celui ému d’une grande copine ? Celle-ci n’a jamais donné la clef de l’énigme dans les rares interviews qu’elle a données en particulier pour « Les vies parallèles de Jack Kerouac.
Extraits avec orthographe originale :
- J’pense que ma vie a commencez à casser c’été la. Il mouille toujours depuis ce temps la. J’peu dire qu’un soir d’été là la nuit a devenu ma femme.
- Les ormbres, les ancestres, yvont toute marches dans la poussière de 1900 charchant les nouvelles bebelles de la 20ieme Siecle-c’est encore l’amour qui nous a cherchez nous…
- L’ouvrage de ma vie serait écrit dans la langue que j’ai commencez la vie avec –Français Canuck, ou Cajun. L’Anglais ça viendra le deuxième tour de composition.
- Tout d’un coup, dans un moment pensif de lui-même Peter réalizait que son père avait toujours eu l’aire de W.C. Fields.
- Jacques Duluoz était un écrivain, a pauvre gas amoitier fou mais plein d cœur et avec le talent naturelle d’un vrai Breton.
Editions : Boréal (2016).
* Titre du dernier roman écrit par Kerouac.

 

 

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