Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

10 septembre 2016

KROMER Tom / Les vagabonds de la faim.

 

tomkromer

Les vagabonds de la faim.
Tom KROMER.
Note : 3, 5 / 5.

La vie n’est pas une faim en soit!
J’avais lu, il y a plusieurs années maintenant un livre sur le même sujet  Boxcar Bertha de Ben Rietman, « Les hobos américains ». Puis plus récemment « Vagabonds de la vie » de Jim Trully. Ces deux ouvrages m’ont donné envie d’en savoir plus sur ces hommes et femmes qui, de leurs peins grès ou par obligation ont choisi ce mode de vie très particulier. Ce livre n’est pas à proprement parler un livre sur les voyageurs du rail mais sur une des nombreuses victimes anonymes de la « Grande dépression » qui a frappé les États-Unis.
La faim au ventre est le leitmotiv de ce roman fortement autobiographique nous faisant partger la vie d’un « stiff »*.
Une nuit, un homme qui a faim trouve un bâton, une silhouette richement vêtue au loin s’approche, un coup sur la tête, mais pas pour tuer juste pour l’assommer, le dévaliser et fuir. Sauf que l’homme qui a faim ne peut se résoudre à passer à l’acte !
Affamé mais un reste d’honnêteté subsiste en lui.
Alors il lui faire la manche, sorte de roulette russe où l’on perd plus souvent que l’on gagne.
Dans un restaurant un  homme lui offre à manger, dans la rue un autre lui conseil de travailler. Une piaule pour la nuit, un peu de chaleur, mais non, la police intervient, tout le monde au poste, un jugement hâtif, soixante jours de prisons ou cent dollars d’amande ! Pour quelqu’un qui n’a même pas un cent devant lui, la prison est inévitable.
Et vraiment lorsque le fond est atteint il reste les  « Stiff Missions » asiles souvent dirigées par des associations religieuses, charité hypocrite ! Un moment jubilatoire mais pathétique, c’est l’espèce de chantage que font les religieux vis-à-vis de ces hommes dans la détresse ! Prier et vous aurez un lit avec des draps propres !
L’alcool ou du moins des ersatz  encore pire ! Le « Derail » vestige de la prohibition toujours en vogue chez les plus misérables, ivresse garantie mais pour le reste ! Ou alors le « Bay Rum » produit capillaire utilisé comme  substitut d'alcool ou de whiskey.
De nombreuses aventures surviendront pour l’auteur, se faire draguer par Madame Carter, vieil homo (enfin 28 ans ce n’est pas la vieillesse) très riche qui lui offre l’hospitalité, un braquage qui foire lamentablement, fini les rêves de richesses…
La mort, par contre est présente à tous les coins de rues, crimes, maladies ou suicides !
Les personnages sont de misérables ombres qui ne font que passer dans la vie de l’auteur.
Une petite chose m’a un peu gêné, c’est la sécheresse de l’écriture sans aucun doute voulue par l’auteur. Ce livre est un document brut qui se lit bien, mais qui pour moi manque de chaleur, et de lyrisme, mais cela n’engage que moi. Je comprends très bien que des lecteurs soient enthousiasmés par ce livre.

Extraits :
- Il fut un temps où j'aurais tapé sur la trogne d'un type qui aurait fait un bruit pareil à côté de moi. Mais c'était avant que je sois tombé dans la mouise. Je portais des guêtres alors.
- Le radotage de cette bonne femmenous fait mal au cœur mais il fait chaud ici. Il fait froid dehors.
- Un type se fait sauter la cervelle, il n'a plus d'embêtement. Ça arrange tout.
- Et puis merde après tout. Ce type est ma carte de viande. Je le suivrai jusqu'à sa chambre.
Éditions : Christian Bourgeois (2000)
Titre original: Waiting for Nothing (1934)
Traduit de l’anglais par Raoul de Roussy de Sales.
*Je vais ici reproduire ici la note du traducteur, chose qui me semble absolument obligatoire :
Stiff : Terme d'argot employé par l'auteur pour décrire ceux qui sont dans sa condition. Bien que le mot implique la misère et la déchéance sociale, ce n'est pas un terme de mépris. Un stiff est un vagabond, un chômeur, un mendiant par nécessité.

 

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02 septembre 2016

VINSON Sigolène/ Courir après les ombres.

vinson

Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
Courir après les ombres.
Sigolène VINSON.
Ombres chinoises !
Auteur, ancienne avocate et chroniqueuse, en particulier à Charlie Hebdo, que je découvre avec ce roman.
Nous sommes à Djibouti, Harg creuse sous l’épave du « Pingouin », navire échoué là depuis des décennies. Il effectue ce travail pour Paul Deville, qui cherche un manuscrit d’Arthur Rimbaud, tout en étant pas réellement sûr que ce dernier poème ait été réellement écrit !
Paul est un économiste de réputation mondiale qui travaille pour une compagnie chinoise, la Shangai Petroleum, Chemical and Mineral Corporation. Son rôle, aider les Chinois à développer ce qui est appelé « Le collier de perles », suite de bases chinoises parsemées sur la route maritime vers l’Europe. 

Mais ce qui occupe son esprit, c’est la recherche d’un poème qu’aurait écrit Rimbaud durant son séjour dans le golfe d’Aden. Était-il encore poète ou uniquement marchand d’armes ? Les ombres de grands écrivains peuplent la région, Henry de Monfreid, Joseph Kessel ou Roman Gary.
Le bagage trouvé dans l’épave du bateau, sensé appartenir à un Anglais John Tucker Rountree, dernier amant de Rimbaud, ne contient rien qui ressemble de près ou de loin à un poème. Juste des vêtements en décomposition.
Alors il reprend son travail, obnubilé comme son père par une idée précise et envahissante. L’Afrique pour son père, ce poème pour lui. 
Autour de lui la vie dans la région suit son cours, la misère est endémique, la chaleur harassante, et les Chinois poursuivent leurs routes, toujours plus à l’ouest, vers l’Europe.
Le Yemen, l’Eldorado à portée de main, les candidats sont à la merci de passeurs sans scrupules, mais il y a la mer, les requins et les pirates somaliens. Des eaux peu sûres pour les êtres humains et les navires.
Sur un cargo il rencontre Louise, elle semble désemparée et désabusée, la fin d’une partie de sa vie, le début d’une autre dans une France qu’elle a quitté il y a bien longtemps, triste retour.
Paul est de plus en plus conscient des ravages de la mondialisation et de son rôle, du pillage des richesses de l’Afrique, l’asséchement progressif du lac Assal et les tentatives des pays riches de transformer les côtes somaliennes en vaste dépôt à ciel ouvert de déchets nucléaires.
Paul Deville tiraillé entre deux mondes, les affaires et la poésie, et dans cette partie du monde, ils ne cohabitent pas…???
Son père, professeur d’économie obsédé par l’Afrique, mais devenu fou, Louise, jeune femme rentrant à Dunkerque sur un cargo après six années passées à Singapour. Elle était partie avec son mari, elle rentre seule. Mariam, très jeune fille, pêcheuse qui ne prend plus rien en mer d’Oman, ni poissons ni crevettes. A part Paul personne ne s’intéresse à son destin !
Un bon roman et un personnage principal attachant, mélange de mécène utopiste et d’économiste conscient des limites de ses missions au service de cette société chinoise peu regardante sur les moyens pour arriver à ses fins.  
Notre monde court à sa perte…
Extraits :
- Elle ne sent ni la famille ni la pauvreté, elle respire le nomadisme qui est un art de vivre.
- Rien ne sera plus désertique, tout sera apocalyptique.
- Le capitalisme allait enfin mourir de sa belle mort. Légèrement poussé dans la tombe par une dictature communiste ou libérale, il ne savait plus très bien.
- Ce soir le négociant se fait la malle. Revient le rêveur qui a mal à son rêve.
- Rien ne rattache Louise à rien. Chaque lien qu'elle a su créer s'est délité. Sa faute, puisqu'elle ne veut plus faire l'effort d'appartenir à ses contemporains.
- Moi, en revanche, ces fûts jaunes, je voudrais te faire boire leurs contenus jusqu'à la dernière goutte. C'est le prix que je fixe pour le lithium du lac Assal.
- Dans quelques années, il rentrera dans son pays pour honorer ses morts.
Éditions : Plon roman (2015)

 

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29 août 2016

PATTIEU Sylvain / Et que celui qui a soif vienne*

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Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
Et que celui qui a soif, vienne*.
Sylvain PATTIEU.
Fortunes et infortunes de mer.
J’avais beaucoup d’appréhension avant de commencer ce roman. Le sous-titre « Un roman de pirates » ne m’inspirait vraiment pas. J’avais tort.
Roman en trois parties : « Ancien monde », « Nouveau monde » et « L’île », et également en trois bateaux « L’Enterprize », « Le Florissant » et « Le Batavia », de trois pavillons différents, anglais, français et hollandais.
Dans la première partie, nous suivons les péripéties des trois navires en question. Elles sont nombreuses, sanglantes et cruelles. Les commandements vont changer, les futurs esclaves se révolter et prendre la direction de « L’Enterprize ». Pour « Le Florissant » le sort ne sera pas meilleur, ni plus réjouissant pour « Le Batavia ».
La soif de liberté de tous ces personnages les conduira de l’ancien monde au nouveau, mais les pertes seront énormes, les morts nombreux dans tous les camps, la vengeance de riches marchands les poursuivra. Ils penseront trouver la paix et créent un monde utopique, sur l’île. 
Hélas, la trahison de certains brisera leurs rêves…
Qui vit par l’épée périra par l’épée.
De nombreux narrateurs se succèdent au fil des flots, pardon des pages.
Beaucoup de personnages, des bons et des mauvais et des très mauvais (à foison, mais qui finiront mal pour ne pas dire très mal) ! Pas de héros purs et durs, des hommes avec leurs forces et leurs nombreuses faiblesses.
On a de la compassion pour « Gamin », mousse, homme de peine et femme de substitution. Il sera épargné par les esclaves révoltés qui prendront le contrôle du navire. Pour César, colosse et fin stratège, pour Karl, brave soldat, rude combattant, et pour de nombreux autres.
Par contre on trouve peu de circonstances atténuantes aux capitaines de navires souvent sadiques par plaisir, aux marchants courant après la gloire et l’or, un gouverneur cupide, etc… Des femmes bien évidement, une vieille sorcière africaine, des belles ??qui rendent fous certains hommes, des mal mariées folles de leurs corps. Mais beaucoup de miséreuses africaines, exutoires sexuels de marins avinés, prostituées déportées, bref des sorts peu enviables.
L’écriture comme le contenu sont très originaux. Un roman qui sort des sentiers battus du genre.
On est ici loin de l’image véhiculée par le cinéma hollywoodien entre autre. Pas d’abordages glorieux, de courses aux trésors, de personnages chevaleresques.
Ici c’est la misère des marins, des futurs esclaves, de femmes déportées, la mort est sordide, les châtiments horribles et souvent injustifiés. 
La mer dans toute sa dureté. Livre qui a sûrement nécessité beaucoup de recherches et qui m’a aussi donné l’envie de me renseigner sur certains aspects du monde de la marine de l’époque. 
Chose amusante, l’auteur parfois nous parle d’actualités, de pirates de l’air, de personnages connus qui font ou ont fait la une des journaux ! Ou encore plus surprenant de sa famille ! 
Extraits :
- Ce n'était plus des nègres ni des esclaves mais les ombres nocturnes de son enfance qui s'agitaient.
- Il avait maté la révolte, celle qui devait arriver, il avait maté en ne perdant que trois esclaves. Tout allait bien.
- Seules les îles par lesquelles on passait parfois, trouver grâce à leurs yeux : il y avait du rhum, des tavernes, des jeux, des femmes.
- Vous êtes marins comme moi. Ceux qui le veulent nous rejoindront. En attendant, nous allons juger vos maîtres.
- On l'enveloppa dans un drap, avec les morts de l'abordage. Ils finiraient dans la mer, plus tard, mais dans les règles.
- Elle n'était pas femelle mais statue solide sur laquelle il pourrait s'appuyer. Elle serait aussi, de par sa beauté, preuve irréfutable, au même titre que les richesses, de sa réussite sur terre.
- Il y a bien des îles qui font rêver. Aussi des îles épouvante, des îles étranges, des îles bonheur.
- Les États vengeurs ne pardonnent pas aux soldats des révolutions perdues. Il y en a eu des roués, des pendus, des fusillés.
Éditions : La brune au Rouergue. (2015).
* Un roman de pirates.

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25 août 2016

STÉFANSSON Jòn Kalman / D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds.*

les poissons

Roman en lice pour le prix Henri Queffélec 2016.
D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds.*

Jòn Kalman STÉFANSSON.
Ville fantôme.
Saga islandaise et familiale, d’un auteur que je découvre avec cet ouvrage, son quatrième traduit en français.
Nous sommes à Keflavik, gros bourg d’Islande qui se meure, la base américaine a fermé et les quotas de pêche ont fortement baissé. 
Ari, qui avait quitté subitement la ville et l’Islande et était devenu éditeur de poésie au Danemark, revient au pays. 
Un colis de son père, avec plein de souvenirs et un diplôme d’honneur décerné à son grand-père, le capitaine et armateur Oddur, le pousse à faire le voyage retour. Et revenir sur son existence et celles de ses ancêtres, intimement liés à cette partie de l’Islande.
Un épisode est particulièrement surprenant, des bandes de jeunes, très organisées, dévalisent les camions ravitaillant la base américaine. La compétition est ouverte et rude !
Durant une période de travail dans une usine de conditionnement de poissons, Ari est amoureux. La belle adolescente se nomme Sigrun, elle aussi est très jeune et timide. Ni l’un ni l’autre ne feront le premier pas, et Ari la verra faire l’amour avec un autre homme dans une voiture…Elle, la jeune fille dont l’œil gauche est composé par Lennon, le droit par McCartney ! 
Une fin dramatique parlant de faits-divers que l’on se s’attend pas à trouver dans ce pays qui pour nous est un havre de paix…, mais les apparences peuvent être trompeuses, les romans noir islandais sont là pour nous le rappeler !
Le narrateur est très proche d’Ari. Ils ont grandi ensemble et vécu les bons moments et les coups durs de l’existence.
Ari, amateur de poésie, étouffait, semble-t-il, dans l’étroitesse de son pays et de sa famille, alors il reste la fuite vers un pays limitrophe, mais non entouré de mer, l’enferment n’est pas le même !
Parmi tous les (nombreux, trop peut-être ?) personnages de ce roman, dans les seconds rôles, deux m’ont particulièrement marqué, un vieil ouvrier et une toute jeune fille. Le premier, Krisján, est usé par la vie, son travail s’en ressent et l’embauche devient difficile pour cet homme qui déclame des poèmes durant son labeur. Sigrun est une jeune fille belle, romantique et amoureuse. Sa vie basculera au cours d’une soirée bien arrosée. Naïve jeune femme dont la vie sera gâchée !
Au cours des vies des personnages sur plusieurs générations, il y a les bons et les autres. Mais tous sont très humains, forces, faiblesses et compromissions. 
Il est aussi beaucoup question de musique, en particulier, comme ailleurs dans le monde à l’époque, des Beatles !
D’incessants retours en arrière rendent la lecture un peu ardue, mais passionnante.
Une saga pleine de sang, d’alcool et de sexe… mais aussi versla fin de fureur et de regret ! Il aurait peut-être suffi de peu de choses pour que certains destins se soient écrits autrement.
Un grand livre que j’ai eu beaucoup de mal à résumer ! 
Extraits :
- « Nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort. »
- Mais voici qu'il revient, avec son cœur brisé, au terme d'un séjour de deux ans au Danemark, pays qu'on ne saurait à proprement parlé considérer comme l'étranger.
- Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le cœur est un muscle fragile. 
- Et comment s'y prendre pour effacer les mots écrits par l'éternité ?
- Nous hébergeons tous des démons, la chaleur de notre sang masque notre sadisme, et seule la beauté a le pouvoir de sauver le monde.
- Un monde sans musique est comme un soleil sans rayons, un rire sans joie, un poisson sans eau, un oiseau sans ailes.
- La voix de l'homme est constituée de néant. Dénudée de son, d'inflexion et d'accentuation.
- L'alcool est un havre où il se repose.
Éditions : Du Monde entier/Gallimard (2015)
Titre original: FISKARNIR  HAFA ENGA FÆTUR (2013)
Traduit de l’islandais  par Éric Baudry.
* Chronique familiale.

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18 août 2016

KEROUAC Jack / Pic.

Pic Jack Kerouac

Pic.
Jack KEROUAC.
Note : 4 / 5.
Voix noire, voie errante !
Dernier livre écrit par Jack Kerouac, œuvre étrange pas du tout dans la lignée du reste de son œuvre ! Narrer les voyages d’un jeune orphelin noir américain des années quarante, c’est le dernier défi littéraire de Kerouac ! Est-il réussi ?
Pic est-il un garçon maudit ? C’est ce que semble penser le reste de sa famille. Il a été recueilli par sa tante Gastonia, mais ses autres oncles et tantes ne semblent pas vouloir de lui ! Certains même, comme le grand-papa Jelkey, veulent lui jeter un sort pour le faire mourir.
Mais son grand-frère Slim vient le chercher et ils partent tous deux dans l’espoir de gagner New-York où vit l’épouse de Slim. Ils partent sur la route…
La ville, puis la route, les autobus, les destinations pour des villes lointaines avec de nombreuses escales vers le nord : Washington, Philadelphie sous une chaleur étouffante, puis dans un froid glacial dès que le chauffeur met en marche la climatisation, et enfin New-York sous les yeux émerveillés de Pic !
Dans cette ville, il fera connaissance de Sheila, sa belle-sœur, mais hélas les nouvelles ne sont pas bonnes ! Elle a en effet perdu son travail, le restaurant où elle officiait va être détruit. L’argent manque, Slim essaye de travailler dans une fabrique de biscuits, mais c’est vraiment trop dur. Puis il espère jouer de la musique dans un bar, mais là aussi le projet échoue…
Alors départ à nouveau : la Californie, mot magique, sauf que l’argent manque, Sheila partira en bus, les garçons comme ils pourront. En stop pour commencer, un travail en cours de route, le bus pour finir, enfin le Pacifique !
Le héros naïf et curieux de ce texte est Pictorial Jackson ! Il en est le narrateur en s’adressant à son grand-père malade en Caroline du Nord. Ses réactions en découvrant New-York sont étonnantes et très bien décrites par Kerouac, car il n’était jamais sorti de son village :
- Là, j'ai regardé autour, grand-papa, c'était la plus longue file du monde de toits, pis de rues, pis de ponts, pis de voies ferrées, pis de bateaux, pis d'eau, pis de grosses affaires, Slim a dit que ça s'appelait des réservoirs de pétrole, pis encore des murs, des dépotoirs, des lignes électriques, pis au beau milieu de tout ça un gros marécage avec des longues herbes vertes pis l'huile jaune dans l'eau, pis des radeaux rouillés le long du rivage. C'était une chose à voir comme j'en avais jamais rêvé.
Son grand frère, Slim, compagnon de fortune et d’infortune, garçon débrouillard et aimant.
Son épouse, Sheila, belle jeune femme éprise, toute en douceur. Un seul personnage marquant durant ce voyage vers l’Eldorado que représente la Californie malgré le nombre de chauffeurs rencontrés, un vieux marcheur pittoresque « Le fantôme de Susquehanna ».
Au final un livre très étrange qui me laisse un sentiment mitigé, mais d’une lecture agréable ! Car on retrouve malgré tout des thèmes chers à Kerouac, la musique et le jazz en particulier et le voyage. La Californie sera rejointe au début en auto-stop, puis en bus, comme certains périples de l’auteur. Il y a ici une certaine joie de vivre malgré l’apparente misère du monde des noirs américains de l’époque.
Il est à noter la présence d’un glossaire en début d’ouvrage, car ce livre est traduit en français du Québec ! Et ce mot qui revient sans arrêt « pis » !
Toujours du jazz en fond sonore dans les boîtes de New-York et Slim est un excellent joueur de trompette !
Extraits :
- Ma tante Gastonia, elle nous apportait du mangé, de temps en temps, à la semaine, au mois. Elle nous apportait du ragoût, du pain acheté, du pouding chômeur.
- Ils disaient que Grand-papa était très malade pis qu'il allait mourir pour de vrai, pis que moi, le petit Pic, ils savaient pas quoi faire avec moi.
- Non, monsieur, je n'aimais pas la maison de ma tante Gastonia, non.
- Pis là j'étais revenu en ville, mais j'étais rendu grand, pis je m'en allais voir le monde avec mon frère. Maintenant, tout est intéressant à voir.
- Oui, j'aimais la ville pour de vrai, j'avais jamais su qu'il y avait autant de vie là.
- Grand-papa, voyager, là, c'est pas la chose la plus facile pis la plus belle du monde, mais c'est certain que ça te force à voir plusieurs affaires intéressantes, ça te fait avancer, pas reculer.
- On a monté l'escalier jusqu'à la rue, c'était tout joyeux, tout illuminé comme dans la trente-quatrième rue, pis tu sais, grand-papa, on était à cent rues plus loin, ça fait que tu peux voir que t'es toujours de plus en plus loin de la campagne plus t'avance dans la ville.
- Mais le lendemain n'était pas aussi drôle que cette première nuit-là.
- Slim est parti à rire : « Bébé, c'est en plein ça que je voulais faire ! ».
- Ces Irlandais-là, quand ils sont contents, ils deviennent tous roses, mais on peut dire qu'ils ont leurs misères, eux autres aussi...
Éditions : La Table Ronde (1987).
Titre original : Pic (1971).
Traduit de l’américain par Daniel Poliquin.

 

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