Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

29 août 2015

HUGUEN Hervé / Au bout du compte.

 

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Au bout du compte.

Hervé HUGUEN.

Note : 5 / 5.
Préparez l’addition !
Auteur nantais que je découvre avec ce titre alors qu’il n’en est pas à son coup d’essai ; c’est en effet son huitième ouvrage.
Francis Gosniack jubile, il est convaincu que son directeur, Charles Lebas, manipule les comptes d’une cliente, Madame Cayez, administratrice de la maison de retraite Saint Roch. Il pense que son chantage est réussi, il drague Nadia, superbe collaboratrice, et rêve déjà de son nouveau poste. Un petit arrêt dans un bar, quelques verres de whiskey, lui qui ne boit jamais, mais une voiture… et la mort ! 
Puis vient le cimetière, l’enterrement et le début de la ronde des protagonistes de cette histoire.
Jérémie représente la banque à cette cérémonie. Il appréciait peu le défunt…, mais éprouve un sentiment ambigu pour sa veuve Carine et son apparente fragilité.
Puis vient Gaël Kerzhéro chargé d’enquêter sur ce qui, pour l’instant, n’est qu’un banal et dramatique accident de la route, un piéton ivre renversé par un chauffard qui prend la fuite. Mais il s’intéresse aux dernières heures sur terre (et au travail) de Francis. 
Nadia lui confie que son collègue était plutôt content, comme s’il avait obtenu une promotion, a-t’ elle pensé sur l’instant. Il était remonté voir Lebras, le directeur, avec un dossier. Elle se souvient qu’elle était prête à se laisser embrasser, et peut-être plus… dans l’avenir.
Nathalie Cayez, le dossier sur lequel Francis basait son avenir, porte son nom. Bourgeoise sans états d’âme, elle est la maitresse, enfin pour le moment, de Charles Lebras. Ils gèrent l’argent des pensionnaires de Saint Roch.
Charles Lebras sous couvert d’une visite de politesse rend visite à la veuve. Carine Gosciniak ne connaissait pas tous les détails des transactions de son époux, mais elle lui ouvre son bureau où il prend bien soin de rafler le maximum de documents.
En sortant, dans le jardin, lors d’un choc avec le policier Kerhéro, un dossier lui échappe des mains, en grosses lettres, cette mention « Madame Cayez ».
Puis continue la sarabande des personnages, certains passent, d’autres repassent, peu trépassent !
Nous croisons ainsi au hasard du récit un préfet. Il est bon entre notables de se prémunir et de faire porter au lampiste les petites dérogations à la loi qu’ils ont eux-mêmes commises par cupidité et goût du jeu. Francis Gosciniak, être prétentieux et peu estimé, disparait vite, étant victime d’un « accident mortel ». Nadia jeune et belle secrétaire, Jérémie qui trouvera l’amour dans l’histoire, Karine aussi, avec enfin un homme qui la considérera à sa juste valeur, Kerzhéro, flic à la Colombo, qui contrairement à la mode actuelle n’est pas alcoolique, ni drogué ! Les bourgeois et nantis de la ville ne sont pas décrits sous un jour trop noir, ils sont juste avides et pensent être au-dessus des lois, désirant rester sur le dessus du panier… de crabes qui est le leur.
Une mise en page et une narration originale, après une courte présentation du chapitre en italique un nouveau narrateur devient le personnage principal du texte.
Un puzzle se crée entre les lignes pour un récit qui prend peu à peu forme et une tournure inattendue.
Une analyse de la vie en province et une fin magistrale !
Un gros coup de cœur !
À noter plusieurs références à la musique bretonne :
- Gaël Kerzhéro aimait Kantik ar Baradoz, le Cantique du Paradis.
L'ampleur de l’orgue, la pureté incomparable de la bombarde... il lui semblait alors que l’adieu n'était qu'un au revoir.
- Une Gwerz comme on dit chez nous, un blues de basse Bretagne, et c'était bien de cela qu'il s'agissait...
Extraits :
- La pensée lui vint qu'il s'engageait peut-être dans un processus dangereux et que la machine pouvait le broyer, mais il rejeta l'idée. Il ne risquait rien, il ne demandait qu’à bénéficier de sa part du gâteau.
- « Ultimatum » n'était pas suffisant, « mise en demeure » faisait carrément vulgaire, il laissait cela aux juristes.
- C'était un jeu excitant, il pénétrait dans le cercle des affranchis. Encore un effort, une pincée de soupçons distillés dans la conversation, quelques mots a priori sans importance articulés d'un air rassuré. Intouchable, voilà ce qu'il devenait.
- S'entendre avec Francis Gosciniak ? Oui, ça devait être possible, à condition de ne pas lui faire d'ombre et d'ignorer sa suffisance. Gosciniak était un petit con arrogant qui aurait probablement connu le succès.
- Non, pas verte, mais Glaz, cette couleur indéfinie, ni bleu ni vert, la couleur de la mer.
- La peur ou la culpabilité était des sentiments qui ne l'habitaient pas.
- Je n'aimerais pas apprendre que tu as abusé de ma naïveté pour escroquer mes pensionnaires.
- Dans son projet de rapport, Fran fait état d'une « chaîne de Pronzi». Il ne dit pas de quoi il s'agit.

- Il lui avait tenu des propos semblables : « nous ne sommes pas certains qu'il s'agissait vraiment d'un accident. »
Éditions : Sixto/ Le cercle (2015)

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26 août 2015

Collectif /Nouvelles de Nouvelle-Calédonie. (Avant propos de Pierre Astier)

 

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Nouvelles de Nouvelle-Calédonie.

Collectif (Avant-propos de Pierre Astier).

Note : 3,5 / 5.
Nouvelles des antipodes ! 
Découverte de cette collection de nouvelles en provenance du monde entier. 
Les auteurs présents ici sont : Anne Bihan, Olivia Duchesne, Waej Genin-Juni, Claudine Jacques, Nicolas Kurltovitch et Paul Wamo. La seule que je connais est Anne Bihan croisée au salon du livre maritime de Concarneau dont j’ai un recueil dans ma bibliothèque.
« Jajinyi », ce n’est pas toujours bon signe d’être réveillé de bon matin par sa mère. Celle-ci vient lui parler du décès de sa propre mère, Okela, mais son sujet de conversation, c’est Jajinyi, sa chienne que le chef du village veut tuer. Alors dans ce petit matin, elle explique à sa fille le rôle de cette chienne dans la vie de sa grand-mère… et dans certains accidents attribués par les voisins aux cochons sauvages des environs !
Une histoire aussi surprenante qu’originale. 
« Rentrée de nuit » Y. est surveillante de nuit dans un dortoir de filles, on la devine pas vraiment plus âgée que celles qu’elle surveille. Elle déambule entre les lits, se remémore certains souvenirs, son histoire en particulier, qu’elle estime être des plus simples. La pension à des kilomètres de chez elle… Demain, souriante, elle accueillera les nouvelles arrivées, comme elle aussi l'a été.
« Répétition ». Toute la famille, en particulier sa mère, espérait qu’Audrey partirait faire ses études et choisirait un métier valorisant. Avocate, enseignante ou secrétaire de mairie ! Mais non, elle décide de conduire des engins dans les mines de la région. Mais telle était sa volonté que sa mère au fond d’elle-même comprenait très bien.
« Le torchon ». Ce bout de tissu, vieux de plus de seize ans, retrouvé par hasard sera le symbole d’un jour maudit pour Malèna. Son fils, Otis, sans raison, perd les pédales, pète les plombs comme on dit maintenant ! Il ne reste que le chagrin, la colère et surtout l’incompréhension.
« Éden », c’est un petit immeuble, certes, ce n’est pas l’enfer, mais pas non plus le paradis. Les familles s’y côtoient, chacun avec leurs problèmes, graves ou bénins, une bonne entente règne en surface. Clarisse veut devenir grande, alors elle suit les conseils de sa voisine, embrasse un garçon, mais sans beaucoup de résultat. Un évènement inattendu va provoquer le déclic, elle pense enfin avoir grandi !
Le texte le plus long de ce recueil, une réussite dans l’observation de ce microcosme urbain.
« 12.11.12 ». Que dire de ce texte, c’est peut-être beau, mais j’avoue humblement ne pas l'avoir apprécié à sa juste valeur ! Je dois être un peu réfractaire à certains textes d’avant-garde ! 
Des personnages de tous les jours, de ceux que l’on pourrait croiser à chaque coin de rue, sauf qu’ils font partie de la population de la Nouvelle-Calédonie, avec les soucis spécifiques, leurs vocabulaires et leur météo qui n’est pas la nôtre :
- Et l’année passe. Début décembre voilà l’été.
Une courte présentation des auteurs complète cet ouvrage, dont on peut regretter la brièveté et, mais c’est la loi du genre, une certaine inégalité de qualité des textes. 
Extraits :
- Cette bête n'appartient à aucune race canine répertoriée. Apparentée aux bassets par la forme et le pelage, hélas la gueule large et puissante du boxer avec, en plus, la hargne et la fidélité du bouvier australien.
- Les vacances s'achevèrent, les fils reprirent l'avion pour la grande ville, et Okela le chemin des champs. Elle s'exerçait à suivre fidèlement ses habitudes. Surtout ne rien changer, ne rien laisser paraître et... attendre.
- La deuxième ronde. Finalement c'est agréable cette déambulation, je suis entourée de silence, je suis toute seule et pourtant je suis entourée de présence. Le silence, pas vraiment.
- Si elle reste sans bouger jusqu'à la fin de ma montée des marches, je suis perdue. Ce sera le signe qu'elles me feront payer mon arrogance.
- Est-ce que c'est un avenir ça, mettre ses pas dans les pas de sa mère ?
- Il faisait chaud. Trop chaud pour la saison, un mois de novembre exténuant, aux ciels de lassitude grise et d'embarras.
- Votre père est mort avait-elle dit. Un accident sur le pylône. Vous n'avez plus que moi. Il faudra m'aider.
- C'est janvier, les grandes vacances. Comme tous les samedis après-midi, le centre-ville est quasi désert.
- Elle voulait bluffer le destin. Elle ne voulait pas de ces traditions respectées bêtement, de ces histoires qu'on se transmet de mère en fille.

- Pour la première fois, elle se voit. Elle est pareille à une feuille blanche sur laquelle il y a de la place pour tout le monde.
- Je suis du Caillou.
C'est drôle de porter le nom d'un élément naturel. Un caillou c'est comme de l'air solide. Il y a aussi « Le Territoire », « Kanaky–Nouvelle–Calédonie », « l'île la plus proche du paradis », « le plus beau lagon du monde », « Pays de l'Or vert », « Terre de parole, Terre de partage », « le Caillou ». C'est dur de choisir un nom. Un nom c'est comme un poème qui te définit, ce n'est pas n'importe quoi.

Éditions : Miniatures. Magellan & Cie (2015).

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22 août 2015

JOSSE Jacques / Marco Pantani a débranché la prise.

 

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Marco Pantani a débranché la prise.

Jacques JOSSE.
Note: 5 / 5.
Victoires et défaites du « Pirate » de la route.
Le Tour 2015 est mort. Vive le Tour. Les flonflons de la fête se sont tus, les maillots rangés au fond des armoires et les noms des vainqueurs oubliés pour la plupart ! Maillot vert, maillot à pois, maillot blanc ne resteront pas dans la mémoire collective, seul le nom du maillot jaune, celui du grand vainqueur est pour un temps encore familier ! Mais une ombre tenace plane désormais sur cet évènement planétaire, et nous n’y avons pas échappé cette année : le dopage ! 
Jacques Josse nous raconte ici l’histoire d’un champion hors-normes, certainement l’un des plus grands grimpeurs du Tour, l’italien Pantani. Ses démarrages furent aussi fulgurants que sa carrière marquée, hélas, par de nombreuses et très graves chutes. Mais aussi par des périodes de suspensions pour dopage dont il fut blanchi bien après, le privant par exemple d’une victoire quasi assurée dans le Giro de 1999 !
Sa descente aux enfers commença ce jour-là.
4 juin 1994, Marco Pantani fête sa première victoire sur le Giro (Tour d’Italie).
4 février 2004, Marco Pantani est découvert sans vie dans un hôtel de
Rimini. 
Mais entre ces deux dates, une des plus belles carrières de coureur cycliste va s’écrire ! Avec des victoires dans le Tour de France et dans celui d’Italie ! Une des plus douloureuses aussi ! 
Je vous parle d’un temps où les coureurs cyclistes ne ressemblaient pas à des espèces de robots casqués et affublés de lunettes noires plus grandes les unes que les autres. Je comprends pourtant les mesures de sécurité prises à la mort de Fabio Casartelli.
Pantani avait un bandana sur la tête, parfois une barbiche teinte en blond, bref un personnage marqué par la malchance, comme des chutes provoquées par un chauffard ou une autre collective qui se termina pour lui à l’hôpital, chute causée par un … chat sauvage ! Ou alors cette collision avec une Jeep dans une descente de Milan-Turin en octobre 1995.
Un champion très attachant que l’auteur nous décrit en homme fragile plein de panache dans sa carrière de coureur mais qui connut, hélas, une mort tragique (œdème cérébral et pulmonaire) d’un homme accro à la cocaïne dans une chambre d’hôtel ! Il avait 34 ans et un mois !
Par ce livre, Jacques nous fait rajeunir de plusieurs années et cela fait du bien. Je ne suis pas naïf, mais malgré tous les bruits qui courent (parfois plus vite que les coureurs), j’aime le spectacle de cette grand-messe du vélo qui fait encore vibrer des millions de gens sur la route ou devant leurs écrans de télévision.
Il me semble que Pantani a subi les foudres des autorités du cyclisme qui ont fait preuve d’une beaucoup plus grande mansuétude à l’égard de Lance Armstrong par exemple !
Extraits:
- Il reste les grandes montées alpestres pour essayer de placer Il Diablito, sa bouille ronde, sa calvitie naissante et son sourire enfantin sur le podium à Paris.
- C'est un battant, un bagarreur, un coriace, un type jamais résigné qui est en passe de devenir l'un des plus grands grimpeurs de l'histoire du vélo.
- Le grand espoir du cyclisme italien, le seul à pouvoir gagner à brève échéance le tour de France, git sur un lit d'hôpital.
Loin de la lumière.
- Quelque chose semble s'être irrémédiablement brisée. Il y a avant et après Madonna di Campiglio. Et l'après lui est très douloureux.

- Une semaine plus tôt, il s'était exprimé sur le sujet, disant ce qu'il en pensait :
« cela fait déjà quatre ans que je lutte contre les procès et les accusations. C'est pourquoi, arrivé à une certaine phase de ma vie, j'ai décidé de me foutre de tout. »
Éditions : LA CONTRE ALLÉE (2015).
Le Tour, versions littéraires :
Collectif/ Calibre 35. Maillot noir.
San Antonio. Vas-y Béru.
Antoine Blondin. Sur le Tour

 

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18 août 2015

BERTHOLOM Louis/ Amerika Blues.

 

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Amerika Blues.

Louis BERTHOLOM.
Note: 4 / 5.
Amérique des illusions perdues ! 
Il est toujours difficile de parler de l’œuvre de quelqu’un que l’on connait, surtout, en sachant pertinemment que nous avons très souvent les mêmes goûts littéraires. 
Nos rencontres et nos discussions se déroulent autour de l’œuvre de Kerouac et autres écrivains de la Beat-Generation.
Suite de textes, mêlant poésie ou prose.
De la Floride à la Bretagne en passant par le Québec, de Jack Kerouac à Aimé Césaire, de Rosa Park à Janis Joplin, du poète amérindien, Lance Henson, à Charles Bukowski, des coups de cœur ou des coups de gueules ! 
Mais jamais d’indifférence envers des gens avec leurs qualités énormes, mais aussi leurs faiblesses. 
Dans un préambule de cinq pages, l’auteur nous explique comment lui est venu ce goût de l’Amérique. Comme beaucoup d’entre nous à l’époque la lecture de livres illustrés (pas des BD, mais de petits ouvrages bon marché que l’on pouvait facilement cacher dans son cartable !) les héros Bleck Le Rock ou Kid Carson ! On ne peut rester indéfiniment des gamins, alors on passe à la musique américaine, à son cinéma et à sa lecture. 
Surtout la contre-culture, la marginale, les Burroughs, Ginsberg, Bukowski (Hank, titre du poème que Louis consacre à cet auteur) et surtout Kerouac, solidarité bretonne ?
Livre 1 : Et la route…
Omniprésente, long déroulé de bitume dans la Floride éternelle mais que rattrape la modernité et surtout le fric roi là-bas aussi, surtout là-bas :
- Miami, ville de vioques friqués.
Hommage à Rosa Park qui un jour en Alabama refusa de se lever pour laisser sa place à un homme blanc, un peu de musique avec l’évocation de deux monstres sacrés, dont Woody Guthrie et cette inscription sur sa guitare :
- Cette machine tue les fascistes.
Puis dans les références musicales vint Janis Joplin :
Lionne frêle goulonnant la Southern Confort.
Autre référence au cinéma et à la musique qui me touche particulièrement :
Maheo. Grand esprit. En référence au film « Dead Man » de Jim Jarmush (1995) avec Johnny Deep sur une musique exceptionnelle de Neil Young. 
Livre 2 :
« Stèle pour Kerouac » termine cet ouvrage. Xavier Grall avait de son temps écrit un très beau livre qui avait pour titre « Stèle à Lannemais ».
Quelques poèmes, « Ange de Feu » ange déchu, ange de la désolation, ange tu ne l’étais sûrement pas, mais tu ne le revendiquais pas ! Tu t’es battu contre l’image que l’on voulait te faire porter… « Roi des Beatniks » couronne trop lourde à porter… sous le poids tu as cédé !
Puis une très belle « Lettre finistérienne à Jack Kerouac », un texte profond qui rend aussi hommage à Xavier Grall à travers ces quelques lignes tirées de « Kerouac Song »:
- Il y a un barde qui s’en va, il y a un barde qui s’en vient.
Extraits :
- Le roman « Sur la route » et « Les clochards célestes » de Kerouac m'ont révélé la Beat Generation et la liberté de l'errance dans toute sa splendeur et sa déchéance.
- Au bout de la route 66
dont tu étais le pré-beatnik,
maigre et souriant
marchant vers la lumière.
- Soûlographe lumineux
loin des obscurantismes de tous ordres
des mièvreries de salon,
vieux dégueulasse des nuits glauques
de Los Angeles.
- dans la mouvance des sables
l'île clame à la mer
sa liberté.
- le temps est souple,
a nonchalance se dilue
dans les sourires, les regards inquisiteurs.
- Moi le Breton dont on a extirpé la langue
avant même la naissance,
- Jack Kerouac, beatman zen,
« désespéré lucide », idéaliste
a rempli son sac d'amitié.
- Puis tu as rencontré à New York, notre Grand Youenn Gwernig et tu as naturellement lié une amitié solide avec celui qui restera ton frère de sang au-delà des temps dans la personnalisation de ton rêve armoricain.
- Moi aussi j'écoute les poissons de la mer parler breton... et les saumons filer leur ultime mémoire, sublimer leur mort.
Éditions : Éditions Sauvages/ Collection Askell (2009)

 



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12 août 2015

OGOR Jeanine & ROHOU Jean / La masure de ma mère.

 

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La Masure de ma mère.

Jeanine OGOR/ Jean ROHOU.
 

Note : 4  / 5.
Enfance bretonne.
Récit de la vie de Lise, mère de Jeanine Ogor, qui a bénéficié de l’aide de Jean Rohou, lui-même auteur entre-autre de « Fils de Plouc » et « Catholiques et Bretons toujours ... »
Lise est une enfant née dans une famille pauvre car son père fut spolié par ses frères au moment de l'héritage. Les deux aînés héritèrent chacun d'une belle ferme, le plus jeune d'une simple masure.
Après une brève enfance sans problème particulier, elle fut confiée, dès ses onze ans, à une ferme des environs pour y être employée. Nous avons du mal à notre époque à imaginer ce genre de choses, mais c'était monnaie courante en ce temps-là.
Nous sommes dans le Bas-Léon durant la première moitié du vingtième siècle.
La vie du monde paysan peut être à la fois dure et douce. Le travail est dur, suivant les maîtres, la violence est omniprésente, le droit de cuissage fortement répandu. Lise, dans son malheur, a la chance d'être confrontée à un "maître" doux et humain. Ce qui n'est pas le cas de son épouse, forte du fait d'avoir apporté la ferme en dot. Plutôt mégère et épouse bafouée comme tout le personnel de la ferme le sait… sauf la petite Lise trop jeune pour comprendre. Soazic la prendra sous son aile, l’accueillera dans la masure qui lui sert de chambre, plus confortable que la grange. Seul inconvénient, devoir se cacher quand le maître vient rendre visite à la servante pour des distractions non prévues dans le contrat de travail ! Avec les risques que cela comporte. 
Lise garde les vaches et mange à sa faim ! Pour elle, la vie est, je n’irai pas dire, jusqu’à agréable, mais au moins elle est supportable. Ce qui pour l’époque est déjà beaucoup, vu la misère qui règne dans les campagnes bretonnes.
La vie, c’est aussi la mort des membres de la famille, Anne en bas âge, la guerre de 1914/1918 dépeuplera le pays. Des naissances aussi hors mariage parfois et même souvent. Soazic accouchera et le maître arrangera un mariage avec un de ses cousins, l’honneur sera sauf, sa fille aura un père, elle portera son nom de famille et deux veaux seront offerts en dot ! 
Ainsi allait le monde de l’époque, entre labeurs et veillées, travaux des champs et battages villageois. Les jeunes filles des campagnes rêvaient d’un marin d’état « La Royale » de Brest ou même plus loin.
Un très bon récit, plein d’humanité et de tendresse que j’ai lu avec beaucoup d’intérêt. 
Ce qui se passait en Bretagne à l’époque ne devait pas être très différent dans les autres régions françaises.
Un dernier mot, de très beaux dessins en noir et blanc de David Creen illustrent ce récit.

 Extraits :
- Même la plupart des riches de la région dormaient dans un lit clos – un meuble assez original, vu d'aujourd'hui.
- On ne voyageait pas beaucoup à l'époque – sauf les hommes pour aller au service militaire, dans la marine ou à la guerre. Le vrai lieu de vie, c'était la paroisse natale et ses environs.
- Il y avait aussi une école laïque, une « école du diable », toute petite : seuls y allaient des enfants d'instituteurs, d'autres employés de l'État ou de quelques rouges, heureusement rares dans la paroisse. Garçons et filles y étaient dans la même classe ! On ne leur parlait jamais de Dieu.
- On n'est pas obligé de se dévouer entièrement au bon Dieu quand il vous a donné les moyens de bien vous installer ici-bas.
- On appelait ça tenna tan : tirer du feu. C'est vrai que ça brûlait dur.
- Lise, dès huit ans, allait mendier pendant les vacances. Elle partait tôt, le plus loin possible, le ventre creux, la tête bourdonnante. Mal fagotée, même pas peignée : « ça fait plus pitié », disait sa mère.
- Alors c'était la joie, le fricot : ar friko, c'est le banquet de noces en breton.

Éditions : Dialogues (2015)

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