Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

14 avril 2017

Collectif/200 pensées à méditer avant d'aller voter.

 

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200 pensées à méditer avant d’aller voter.
Collectif. (Avec la collaboration de Claude Bertal, Julia Hung, Clara Mouche, Marie-Pauline Taillandier)
Note : 4,5 / 5.
Avant l’isoloir !

En cette période d’élection présidentielle, les questions sont les suivantes : aller voter ou pas ? Et pour qui ? Ou alors, comme parfois contre qui ? Le monde de la politique exaspère de plus en plus de gens, cette caste de privilégiés se croyant tout permis, embauchant pour des salaires indécents les membres de leurs familles !
Epouses et enfants, même les mineurs… car chez ces gens-là, Monsieur, on obtient des dérogations ! Bientôt nous verrons les sénateurs donner des emplois à leurs père et mère ! Prenons par exemple, un candidat, ancien premier ministre, qui veut donc gérer les affaires de la France, donc le budget du pays, mais qui n’est visiblement pas capable de gérer ses propres dépenses car il a dû (enfin c’est ce qu’il dit) emprunter de l’argent à sa propre fille, qu’il avait d’ailleurs salarier pendant quelque temps, salaire payé par l’Etat, donc nos impôts. Bon j’arrête là, parlons de cet ouvrage.
Françoise Fressoz signe la préface.

Parmi les deux cents auteurs de ces « pensées à méditer », allant d’ Alain (de son vrai nom Emile-Auguste Chartier) à Oscar Wilde.
Nous trouvons des hommes politiques : Churchill, Clémenceau, le Général de Gaulle, Abraham Lincoln, Robespierre. Des militaires (parfois aussi hommes politiques) Napoléon entre autres. Des écrivains, ils sont très nombreux, en vrac, Voltaire, Flaubert, Swift, Shaw, Renan, Rabelais, Dard, Schnitzler. Des humoristes Alphonse Allais, Pierre Dac ou Raymond Devos.
Toutes mes excuses pour, et ils sont les plus nombreux, ceux que je n’ai pas cités !
Pour chaque « Pensée », une explication succincte mais précieuse, et des exemples de textes de la même veine ou approchants.
Ce livre commence par une citation d’un chansonnier :
- Ce qui nous divise c’est moins la dissemblance des opinions, que la ressemblance des prétentions.
Pierre-Jean de Béranger (1780-1857)

Et comme en France tout finit par des chansons, ce livre aussi.
- Tout finit par des chansons. La dernière, c’est le De profundis.
Paul Masson (1849-1896)
Une réflexion personnelle, pour la première fois depuis 1968 je ne vais pas voter !
Déjà, suite à un concours de circonstances, et aussi le fait que je suis absolument consterné par cette campagne électorale, émaillée d’affaires sordides, de ralliements ou de trahisons !
Déjà pour la dernière, j’avais plus voté contre un des deux finalistes que pour l’autre !
Désolé, messieurs les candidats, je ne vous mets pas tous dans le même sac, mais il me reste un peu d’éthique et de moralité, alors sans moi !
Et que le moins mauvais gagne !
Un livre à découvrir, derrière une très belle couverture en bleu, blanc, rouge du dessinateur Plantu.
De tout temps des hommes ou des femmes ont eu la faculté d’observer la société qui les entourait et d’en analyser les travers !
Florilège de ces pensées :
- La politique, c’est l’art de mentir à propos.
François-Marie Arouet, dit Voltaire, 1694-1778.
- Le meilleur argument contre la démocratie est fourni par une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen.
Winston Leonard Spencer Churchill 1874-1965.
- Il y a deux façons de faire de la politique. Ou bien on vit pour la politique ou on vit de la politique.
Max Weber 1864-1920.
- Le meilleur gouvernement, pour moi, est celui qui agonise, parce qu’il va faire place à un autre.
Gustave Flaubert 1821-1880.
- L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c’est ainsi qu’on grimpe dans la même posture que l’on rampe.
Jonathan Swift 1667-1745.
- Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain ils ne le sont plus
. Jules Renard 1864-1910.
- Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, on aura fait un grand pas en avant dans la marche arrière du progrès social.
Pierre Dac 1893-1975.
- Comment pourrais-je gouverner autrui, moi qui ne saurais me gouverner moi-même ?
François Rabelais 1494-1553.
- Je ne suis pas assez dépourvu de tout talent pour m’occuper de politique. Anatole France 1844-1924.
- La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier. Victor Hugo 1802-1885.
- Quand les gens sont d’accord avec moi, je sens que je dois avoir tort.
Oscar Wilde 1854-1900.
- La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini.
Ernest Renan 1823-1892.
Éditions : Omnibus/Le Monde. (2017). Famot (1976) pour les textes de Claude Bertal.
Préface de Françoise Fressoz.

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10 avril 2017

GATTIS Ryan / 6 jours.

 

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Six jours.
Ryan GATTIS.
Note : 4,5 / 5.
À feu et à sang !
Roman ou récit ? Documentaire ou œuvre de fiction ? Ce livre mélange allégrement les genres et nous livre la version de l'auteur de ces 6 jours et nous en livre un bilan officiel et commence par quelques pages intitulées :
- Les faits dont voici quelques chiffres et un résumé.
15H15 le 29 avril 1992 le jury acquitte les policiers qui ont passé à tabac Rodney King.17H00 environ les émeutes commencent !
Elles prendront fin le lundi 4 mai.
Bilan chiffré : 10904 arrestations, 2383 blessés, 11113 incendies, 60 morts imputés aux émeutes, mais beaucoup plus en réalité, ces chiffres ne tiennent pas compte des décès hors zone imputables aux diverses guerres des gangs dans une ville sans foi ni loi ! Le chiffre d'un milliard de dollars de dégâts est généralement avancé !
Un livre relatant ces événements ne peut qu'être d'une extrême violence et il l'est.
Le premier jour, la première victime est Ernesto Vera. Il ne fait partie d'aucun gang, donc il semble une victime prise au hasard. Son meurtre est particulièrement atroce. 
En fait il est victime d'une vengeance, son frère Ray aurait tué un membre d'un autre gang. Lupe Vera fille de la famille sera le bras armé d'une autre tuerie.
Ces crimes ne sont pas spécialement liés aux émeutes, mais sont rendus possible par le fait que les forces de l'ordre sont mobilisées ailleurs ! 
Un meurtre appelle un autre crime, la spirale infernale est en route dans une ville apocalyptique, où toute autorité a disparu. 
Des problèmes de communautarisme apparaissent, les Coréens doivent se défendre parfois par les armes suite aux pillages de leurs commerces. Les bandes hispaniques ou afro-américaines s'affrontent pour la main mise du trafic de la drogue.
La ville est devenue une véritable poudrière vue par le monde entier, les télévisions relayant les images du chaos qui règne.
Beaucoup de personnages narrateurs durant ces six jours. En effet pour chaque journée passée, plusieurs voix se manifestent.
Des membres de gangs ou des braves gens, infirmières ou pompiers se côtoient et se retrouvent au fil des pages ou des chapitres. Certains ne verront pas la fin du livre. 
Chaque membre des gangs a plusieurs identités par exemple : Lupe Vera, aka* Lupe Rodriguez, aka Payasa ! 
Une très belle écriture, un livre qui a sûrement dû demander des études très poussées de la part de l'auteur.
Les émeutes ne sont que le fond sonore, lointain qui permet aux gangs de régler leurs différends en l'absence de la police et des pompiers ayant déserté certains quartiers et n'étant vraiment pas les bienvenus.
Une découverte !
En fin d'ouvrage un glossaire indispensable nous permet de comprendre bon nombre de mots ou expressions hispaniques.
Quelques phrases pour expliquer le contexte de Los Angeles à cette époque :
- Tu regroupes un tas de gens venus de partout, tu les maintiens chacun à leur coin de rue, tu fais en sorte qu'ils ne se mélangent pas, qu'ils ne pigent rien à rien. Et ils sont tous à se tirer la bourre, vu que merde, tout le monde à L.A. est tout le temps en train de magouiller pour tout.
Extraits :
- Tu vois, c'est là que je pige qu'il y a un truc qui déconne vraiment. Un truc irréparable, si ça se trouve.
- Ça peut pas pas être du cent pour cent à tous les coups. Pas de regret dans cette folle vie. N'empêche, je savais qu'il risquait de vouloir se venger.
- Elle est blanche, la quarantaine, bronzée, look hippie, une fleur rouge dans les cheveux, mais elle a des formes. Des bonnes cuisses. Un bon cul. Des nichons qui vont avec. Robustes.
- A cet instant, je me rends compte que j'ai sous les yeux une zone de guerre. En plein South Central.
- Tu vois, dès qu'il s'agissait des Mexicains dans cette ville, on n'ignore rien des zazous qui se faisaient dérouiller par les mecs de la marine et tout.
- Une trentaine de personnes nous regarde comme si on était leur quatre heures sur roue.
- Plus de trois mille armes (pratiquement toutes semi automatiques, mais aussi quelques-unes entièrement automatiques) furent dérobées les deux premiers jours. Bien que confirmé, ce chiffre n'a pas été rendu public, et ceci non plus : la presque totalité n'a pas été tracée. Par conséquent, il est impératif de savoir que les gangs blacks et latinos de ce secteur sont fortement armés.
- On débarque, on inflige à ces types une bonne correction, qu'ils sachent qui sont les plus forts et les plus méchants, et ensuite on décampe. C'est un truc digne des hommes des cavernes, mais il se trouve aussi que c'est le seul langage que comprenne les gangs.
Éditions : Fayard et Le livre de poche ( 2015)
Titre original : All Involved (2015)
Traduit de l'anglais (États-Unis)  par Nicolas Richard.
* aka : Also known as, alias.

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03 avril 2017

JAOUEN Hervé / Le vicomte aux pieds nus.

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Le Vicomte aux pieds nus.
Hervé JAOUEN.

Note : 4 / 5.
Silence on tourne !
Après le monde de la chanson dans « L’allumeuse d’étoiles » Hervé Jaouen nous parle dans son nouveau livre de l’histoire du cinéma.
Quand on voit l’importance de celui-ci dans le monde et dans nos vies, il est assez effarant de constater que ce qui est considéré comme « Le 7ème art » date d’un peu plus d’un siècle !
Ce roman en 5 époques (et 68 chapitres) commence durant l’été 1895, au manoir de Penarbily, sis dans la commune de Lesconil, sud Finistère.
La vie des Penarbily s’écoule tel un long fleuve tranquille, enfin pas si tranquille que cela en réalité. Hortense, la mère, encore jeune et belle, veuve, pour subvenir aux besoins de la famille, accueille des hôtes de passage. Son fils Gonzague, lui est plus porté sur le jupon des jeunes anglaises de passage. Mais son mariage avec Rosemarie, fille très quelconque d’un industriel nantais et belliqueux, se termine par la fuite du jeune homme, direction l’Amérique, à la recherche de la fortune.
Un soir de désœuvrement, il assiste à la projection de «  Sortie de l’usine Lumière à Lyon », sa décision est prise… il fera carrière dans le cinématographe !
Mais cette invention attise les convoitises, brevets américains contre brevets français, Edison contre les frères Lumière.
Gonzague va tenter sa chance au Canada, il insiste pour que sa mère le rejoigne. Les films français ont beaucoup de succès. Aidés par un ecclésiastique breton comme eux, ils organisent des projections de documentaires dans les écoles et patronages. L’argent rentre enfin, ils parcourent le pays, mais une erreur de bobine va mettre fin à l’expérience canadienne.
Entre temps, après moult démarches et de grosses dépenses, le mariage de Gonzague est enfin annulé !
Direction les Etats-Unis, New-York en particulier, pour tenter une seconde aventure américaine. Mais ici la demande n’est pas la même et la concurrence particulièrement rude. Hortense tombe en pamoison devant Dermot Listowel, un riche Irlando-Italien, le bonheur est enfin là, l’argent coule à flot. Mais les bonnes choses ont hélas une fin… c’est de nouveau la fuite pour Hortense et Gonzague et Suzanne, la ravissante compagne de ce dernier.
Après des mois d’hibernation à Saint-Pierre et Miquelon, c’est le retour en France, la Bretagne pour Hortense, Paris pour Gonzague et Suzanne.
Le Paris artistique du début des années 1900. L’argent file vite, et les projets cinématographiques du couple sont au point mort, et leur compte en banque à zéro.
En 1912 le prix Goncourt est attribué à André Savignon pour son roman « Filles de la pluie », sous titré « scènes de la vie ouessantine ». Gonzague tient enfin le sujet qui va lui permettre de faire son premier film, qui pense-t-il, sera un chef d’œuvre.
Mais la guerre arrive et hélas, le film est loin d’avoir le succès escompté. Le mot « fin » s’écrit sur l’écran pour la première et dernière fois d’une œuvre signée Gonzague de Penarbily…
Il est beaucoup question ici de personnages réels, précurseurs du cinéma ou artistes en vogue au début des années 1900. Pour les premiers, les frères Lumière, Méliès et un autre beaucoup moins connu le photographe et cinéaste Eugène Pirou.

Pour les seconds, certains peintres débutants qui sont depuis des artistes de notoriété internationale, Picasso, Modigliani, entre autres. Les écrivains Alfred Jarry, Paul Fort et Max Jacob seront aussi des nombreuses fêtes organisées par Gonzague.
Une saga romanesque nous contant l’épopée de la création du cinéma, adulé par certains dès sa naissance mais décrié par beaucoup d’autres !
L’auteur, d’entrée de lecture, nous prévient :
-Le vicomte aux pieds nus doit être pris pour ce qu’il est : basé sur des réalités historiques, un ouvrage de pure fiction.
Le titre de ce roman clin d’œil au cinématographe et à un de ses chefs d’œuvre ne manque pas d’humour !
Extraits :
- Tout lui répugne : ces gens de maison qui éructent une langue barbare ; la puanteur du varech pourrissant sur l’estran ; l’inconfort du manoir, dont pourtant tous les âtres, été comme hiver, sont alimentés en bon bois de chêne, hêtre et châtaignier débités dans les forêts de Plogastel Saint Germain.
- Le monde allait de travers. La République faisait du pied à la classe ouvrière. On venait de mettre en musique les horribles paroles d’une épouvantable chanson
l’Internationale. Un rustre, le général Boulanger, moulinait des discours démagogiques devant la petite bourgeoisie bouche bée.
- L’homme est faible, madame. Et la femme ne l’est pas moins.
- Nos deux pays ont toujours rivalisé en grands hommes. Les Américains sont des gens incultes, mais votre programme pourrait avoir l’attrait de la différence.
- Le prétexte est sécuritaire : risque d’incendie. La vraie raison, c’est le protectionnisme. Ruiner les importateurs en les forçant à renouveler leurs copies, et ce faisant favoriser le cinéma national.
- Il ne restait plus qu’à prier Nonna, Kido, Tremeur, Tudy, Guénolé et autres saints honorés en pays bigouden qu’elle n’ait pas l’idée saugrenue de se faire livrer le
Petit Parisien.
Éditions : Presses de la Cité (2017)

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20 mars 2017

JAOUEN Hervé / L'Allumeuse des étoiles.

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L’Allumeuse d’étoiles.
Hervé JAOUEN
Note : 4 /5.
La musique n’adoucit pas forcément les mœurs.

Réédition aux « Presses de la cité » de ce roman d’Hervé Jaouen datant de 1996.
Après maintes déconvenues et amours brisés, Evelyne atterrit au « Modern Dancing », salle de bal perdue au milieu des Monts d’Arrée. Elle chante pour un public de tous âges et de toutes conditions. Couples d’anciens, femmes seules venues s’encanailler, jeunes en goguette cherchant soit la bagarre, soit la bagatelle.

Elle remarque assez rapidement une femme qui s’offre généreusement à tout ce qui porte un pantalon. A chaque fois un jeune homme vient la rechercher, c’est Roparz son fils.
Ils habitent une vieille ferme dans un endroit désolé, le Yeun, dernière station avant l’Enfer sur Terre !
Roparz lui montre le livre qu’il a écrit « 
Marie-Thérèse du Yeun », ouvrage qui raconte sa vie et celle de ses parents, dans la mesure où l’on peut parler de vie !
Mariage par dépit pour tenter d’atténuer deux solitudes, union par intérêt foncier aussi, bref tout sauf l’amour. Pourtant un fils naîtra, mais n’apportera rien de concret dans le couple. Roparz est comme un inconnu dans sa propre famille, garçon rêveur, poète dans un monde de brutes. Il écrit pour tromper sa solitude. Une dispute plus violente que les autres en présence de sa tante Emilienne, le marquera pour longtemps. Mais l’incitera à écrire des poèmes et d’autres textes. Il poursuivra ses études à Rennes grâce à sa tante. Pendant ces années, la ferme périclitât, malgré les conseils avisés et onéreux d’un pseudo mage- marabout. Son père passa de vie à trépas, personne ne le pleura, ni son épouse, ni son fils. Marie-Thérèse commençât une nouvelle vie, qui ne fut pas plus réussie que la précédente. Roparz a composé une chanson parmi d’autres « L’allumeuse d’étoiles » qui semble écrite pour Eva… et qui devrait leur apporter succès, gloire et richesse.
Paroles d’impresario, mais encore une fois la vie est cruelle et le drame jamais loin de la future réussite.
Eva doit fuir, un contrat de plusieurs mois dans un club de vacances en Turquie. Le disque était enregistré, et avec lui enfin la reconnaissance. Son ami, en tout bien tout honneur, car homosexuel,
Tello qui a eu une petite carrière dans le show-biz lui conseille de se battre pour faire reconnaître ses droits.
Le contrat du club de vacances arrivant à sa fin, retour à Paris, dans le paradis des requins…
Evelyne la blonde, Lyne parfois, et la brune, Eva, trois facettes de la même femme, la blonde fille du Nord, devenant la brune Ava, chanteuse de blues. Hélas pour elle, la vie n’est pas toujours une douce mélopée, et le succès n’est pas synonyme de bonheur.
Roparz, dont la vie ne fut pas un long fleuve tranquille, devient son amant et compose pour elle un tube, qui devrait les faire sortir de l’anonymat, mais le destin n’est pas toujours bienveillant dans le monde de la chanson.
Tello, gentil membre de club de vacances, blanchit sous le harnais de nombreuses années d’expérience et de saisons de travail. Il deviendra l’ami et le confident d’Evelyne.
Fanch et Marie-Thérèse, les parents de Roparz, René faux mage, mais vrai escroc, sont les principaux personnages de la première partie de ce roman en deux parties, la première très sombre se déroule pour la presque totalité dans les Monts d’Arrée, la seconde plus lumineuse (du moins pour le soleil) dont l’action se passe dans un club de vacances en Turquie, mais avec un retour sur Paris, ville lumière.
Dans cette réédition, Hervé Jaouen, avec beaucoup d’humour, nous parle du décor de la fin de ce roman :
- Le trouver en Turquie tel que je l’ai décrit, me condamner à y séjourner une semaine…
Extraits :
- Un gant de crin sur cent mille clitos, devinez l’effet.
- L’abstrait, ils en ont rien à branler. Ce qu’ils réclament, c’est tout simplement plus de fringues, plus de bagnoles, plus de films de culs à la télé, faut pas chercher plus loin.- Les musiciens jouaient, étaient en harmonie avec leur public. Ils ne se sentaient pas supérieurs à lui.
- Pour moi qui venais du plat pays, ces collines étaient de vraies montagnes.
- Mon image a quitté la vitre : j’ai franchi le seuil de la salle de mixage où on venait de graver L’allumeuse des étoiles.
- Ces gens-là, qui avaient lu
Walden ou la Vie dans les bois, de Thoreau, appréciaient la solitude de l’Argoat l’âpreté de ces habitants et la relative douceur du climat, et les prix très bas.
- La libraire et le bonhomme vivaient un concubinage à but lucratif.
- Roparz n’éprouva ni remords ni véritable satisfaction.
- Il n’a pas voulu. Son livre, c’était à prendre ou à laisser. Ils l’ont laissé et il a laissé passer sa chance.
- Cela ne vous dira sûrement rien, vous êtes trop jeune, mais votre timbre me rappelle la voix d’une Juliette Gréco, d’une Barbara, je ne sais pas, d’un Jacques Brel, ou plutôt de sa sœur, une très jolie petite sœur, avec par moments l’ingéniosité d’une Marylyn Monroe et la force de conviction d’une chanteuse de gospels.
Éditions : Presses de la Cité (2016). Première édition Denoël 1996.

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06 mars 2017

CHOPIN Kate / Charlie.

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Charlie.
Kate CHOPIN.
Note : 4 / 5.
Femmes de Louisiane.
Auteure américaine, dont le nom de jeune fille est Catherine O’Flaherty, née à Saint Louis dans une famille d’origine irlandaise et française.
Je la découvre avec ce recueil de seize nouvelles d’une jeune maison d’éditions basée à Saint Rémy de Provence.
Ces textes sont présentés ici par ordre chronologique, de « Émancipation » écrit en 1869 à « Charlie » datant de 1900.
« Émancipation », sous titré « Fable d’une vie », commence ce livre. Un récit étrange où le personnage principal est un animal naissant en cage… mais un jour, par négligence la porte reste ouverte…
« Le mensonge du Docteur Chevalier » est l’histoire d’un acte de pure bonté d’un homme devant la famille d’une jeune fille morte d’une manière tragique.
Dans « Au delà du Bayou », une femme nommée par son voisinage « La Folle » ne quittait jamais les alentours de sa modeste maisonnette, mais un jour par amour, elle ose franchir cette fausse frontière…
« Miss McEnders » est une femme très à cheval sur les conventions et la moralité. Elle refuse de continuer de donner ses toilettes à confectionner à sa couturière habituelle, car celle-ci est fille- mère. Elle s’en repentira bien vite. Un peu de compassion, Madame, vous aurait épargné bien des déconvenues.
« Questions de préjugés » concernent les réactions pour le moins étranges d’une vieille femme d’origine française qui déteste toute autre culture. Elle ne parle plus à son fils qui a épousé « une Américaine » ! La venue d’une petite fille dans son jardin va changer bien des choses. Et c’est tant mieux !
« Rêve d’un instant ». La vie et la mort au bout du rêve d’un grand bonheur ! Bref texte très original !
« Une affaire de famille ». Une femme obèse semble profiter des biens qu’elle a bien mal acquis en spoliant le reste de sa famille de l’héritage de leurs parents. Faire venir une nièce pour s’occuper d’elle coûterait moins cher que d’embaucher une domestique. Mauvais calcul, la jeune fille n’est pas aussi docile que prévu.

« Charlie » qui donne son titre à l’ouvrage et qui le clôt, est le texte le plus long et aussi un des plus élaborés. Charlie est ce que l’on peut appeler un garçon manqué dans un monde féminin, qui de ce fait bénéficie de toute la mansuétude de son père. Son plus grand plaisir, écrire de la poésie. Un jour par accident elle blesse d’un coup de revolver un jeune homme. Son père décide de l’envoyer en pension à la Nouvelle-Orléans. Ou d’ailleurs réside le jeune blessé ! Charlie change du tout au tout, elle devient une jeune fille élégante et raffinée ! Mais plusieurs évènements font la faire rentrer au bercail !
Pratiquement que des personnages féminins, les hommes ayant la plupart du temps des rôles secondaires, sauf dans « Le mensonge du Docteur Chevalier ». Une jeune femme va à la ville, pour un motif très futile ; la déconvenue sera à la hauteur de l’espoir. Zoraïde est amoureuse mais c’est une esclave, alors ce n’est pas elle qui décide, mais son maître. Une autre retrouve un soir d’orage un amour du temps jadis.
La France est très présente au moins dans les noms de nombreux personnages, le Docteur Chevalier, le Père Antoine, La Folle dont le prénom est Jacqueline, etc. Mais on rencontre aussi une famille d’origine allemande dans « Plus sage qu’un Dieu ». On apprend (enfin pour ceux qui comme moi l’ignoraient) que le français était la langue majoritaire en Louisiane à l’époque de l’écriture de ces nouvelles.
Une écriture classique, très classique, avec malgré tout des dialogues en créole, ou en un langage très parlé où beaucoup de lettres sont oubliées, surtout de la part des esclaves :

- Miss Charlie j’vais l’di à ton père ! Cette fois j’vais lui di’ comme i’ faut, sûr !
Extraits :
- Petit à petit les salons s’emplissaient du tumulte ravissant qu’un essaim de femmes peut produire lorsqu’il se trouve à proximité de la gente masculin.
- Pauvre vieille ça c’est sûr, Azénor. Mais que peut-on espérer d’une femme qui ne franchit jamais le seuil de la maison de Dieu.
- C’était une femme noire, les épaules larges et sèches, passée la trentaine. Son vrai nom était Jacqueline, mais tout le monde à la plantation l’appelait La Folle, car un évènement pendant son enfance l’avait effrayé jusqu’à l’éloigner de tout sens commun.
- Ses pensées étaient libres de se repaître de la fureur qui l’avait conduit à le sortir de son chenil.
- Seule une poignée de ces personnes demeurait inconnue pour Mademoiselle de vue en tout cas, car elle connaissait aussi bien leurs vies privées que la sienne.
- Le soleil couchant était suffisamment bas pour étirer des ombres bienveillantes. Il en était une où une jeune femme se reposait derrière une meule de foin au milieu d’un petit champ.
- La maison – une vieille demeure espagnole, vaste, basse et entourée d’une large terrasse – se situait tout en bas, dans le quartier français de la Nouvelle Orléans.
- Elle avait une théorie originale selon laquelle la voix irlandaise est pénible pour les malades. 
- Il y avait des livres en français que maman vous a envoyés, un de Daudet, un de Maupassant et bien d’autres encore. 
- C’était paru dans les journaux ce qui avait d’elle une héroïne pendant une ou deux semaines.
- Si seulement elle avait pensé qu’elle n’avait pas la rougeole au lieu de penser si fort qu’elle l’avait, elle ne serait pas morte. C’est une nouvelle religion. 
Éditions Eternel (2016).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Camille Vourc’h.

 

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