Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

22 novembre 2018

SIMON Jean-Pierre / Un corniaud chez les pandores.

 

Un corniaud
Un corniaud chez les pandores.
Jean-Pierre SIMON.

Note : 3, 5 / 5
Castagne en Bretagne.
Pour ce 24ème volume des aventures de Léo Tanguy, c’est Jean-Pierre Simon qui prend la plume.

Cet ouvrage commence par une introduction rédigée par l’auteur, suivi d’un poème « Les mots » écrit par ce même écrivain !
Un roman en 26 chapitres et un épilogue pour continuer la série des Léo Tanguy.
Nous sommes à Pluduno dans les anciennes Côtes du Nord, rebaptisée « Côtes d’Armor », ce qui est nettement plus poètique.
Dans le combi bariolé de Léo Tanguy, les gendarmes trouvent une feuille de papier A4 avec en caractères majuscules le message suivant sur fond de drapeau breton :

       « LA BRETAGNE AUX BRETONS C’EST POUR BIENTÔT » !
Message anonyme, mais tout le monde comprend, c’est une revendication de l’ennemi public n° 1 des autorités en Bretagne. Le dénommé Jakez Salaun.
Sorte de mafieux-mystique qui se sert d’une revendication politique sur l’indépendance de la Bretagne, pour piller et voler aux quatre coins des 5 départements formant la Bretagne originelle.
Léo a été kidnappé. Pour servir de plume officielle du personnage, il devra rendre compte en direct des méfaits de la bande. Par exemple la mise à sac des villas appartenant à des non-bretons entre autres ! La technique, plusieurs méfaits durant la même nuit.
Léo fait donc la connaissance du reste de la bande de truands reconvertie dans le terrorisme politique, chercher la femme Éléonore Partansec dite « La Girouette », maîtresse et esclave du chef. Les hommes de mains parmi lesquels Porte-char, Chauffe-Marcel, le roi du chalumeau ou une pièce rapportée « Le Toureangeau » !
Et c’est parti pour un Tro-Breizh des coups fourrés, Léo parvient à s’échapper. La chasse commence mais les chasseurs et le gibier ont inversé les rôles.
En fin d’ouvrage un petit tour en Afrique, comme au bon vieux temps de la Françafrique, on s’attend presque à voir Jacques Foccart surgir…
Beaucoup de personnages donc, certains un peu ambigus. Qui est réellement Éléonore Partansec qui a aidé Léo à prendre la poudre d’escampette ? Qui est  Le Maout qui ressurgit de la nuit des temps ou alors Amalric Treuzwick, abattu d’une balle en pleine tête ? Un général qui semble avoir la tête dans les étoiles ? Aurore une belle femme pleine de tempérament ?
Beaucoup d’humour, des références musicales allant de Gilles Servat à Bobby Lapointe ou littéraires de San Antonio à Mary Lester en passant par Pierre Dac.
Extraits :
- Pour Arsène Lupin, tu repasseras : tu n'es pas un gentleman. Un boucher, à la rigueur.
- Madame dévoile sous sa nuisette arachnéenne des appâts empâtés, manifestement reconstruits dans un institut spécialisé que le regretté Bobby Lapointe aurait situé à Angers.
- Les Américains ont déjà reconstitué la Bretagne historique, puisque la compétence du magnat englobe la région nantaise.
_ Le nord des Côtes-d'Armor n'est pas l'Afghanistan, mais la variété des paysages, la côte surpeuplée avec tant de maisons inhabitées pendant la morte saison, cela ne se fouille pas comme une tour d'habitation.
- Décidément, quand il est question d'argent, le maintien de l'ordre est une notion accessoire.
- Ça ne traîne pas, fait Léo, me voilà bombardé VIP glauque !
- Sans compter qu'il se trouve sans doute des nostalgiques du FLB, des vieux de la génération de mes parents, pour apporter une muette complicité à ce nouveau chevalier de la liberté bretonne.
- Voici Léo sur la route de Quimper, comme dans la chanson de Gilles Servat.
Éditions : La Gidouille (2018).

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19 novembre 2018

KEROUAC Jack / Anges de la Désolation.

 

Anges de la Désolation
Anges de la Désolation

Jack KEROUAC.
Note : 4 / 5.
Après la Désolation… la dégringolade !
Je suis un fan de ce compagnon de route littéraire qu'est Kerouac. Il est avec Xavier Grall un des auteurs qui m'ont fait aimer la lecture.
La seconde partie de ce livre « En passant » a déjà fait l'objet d'une traduction sous le titre « Les anges vagabonds » en 1968, dont la chronique est disponible sur ce blog.
Où situer cet ouvrage dans la bibliographie de Jack Kerouac ?
Il semble avoir été écrit si j’en crois la biographie de « Les vies parallèles de  Jack Kerouac », entre 1956 et 1961 et édité aux États-Unis en 1965.
- Sur la quatrième de couverture une note en bas de page nous éclaire un peu :
- En 1968, les éditions Denoël avaient publié une partie de cet ouvrage sous le titre « Les Anges vagabonds » Nous publions aujourd’hui le texte intégral de ce roman dans une nouvelle traduction.
Le livre « Un » qui a pour titre « Anges de la Désolation » comprend deux parties : « Désolation dans la solitude » et « Désolation dans le monde ». Ce texte de 308 pages est le plus important des deux.
Avant ces voyages, il y eut ces mois passés dans la plus grande solitude aux sommets  du Mont de  la Désolation », écrasé par la silhouette du mont Hozomeen, où il devait surveiller des éventuels départs de feu de forêt. Solitude juste troublée le soir par les vacations radio des autres guetteurs.
Descendre vers la civilisation même si l’on n’éprouve aucune attirance pour elle, mais dont on ne peut se passer.
Descendre, ce sont les nombreuses tentations imaginées durant tous ces moments de grand vide, lorsque la raison parait dérailler ! Où le vide devient une sorte obsession :
- Mais je serais le Vide, bougeant sans avoir bougé.
Alors pour passer le temps, il reste les fameuses parties de base-ball avec un  jeu de cartes, distraction inventée par Jack Kerouac et Lionel, un de ses amis.
Prévisions de voyages, l’Ouest, la Californie puis Mexico… mais la route est longue.
Jack Kerouac mélange à plaisir le passé et le présent tout en imaginant la fin de son séjour sur le mont de la Désolation et le voyage qu’il a prévu de faire ensuite !
La vie quotidienne, la solitude profonde, les pensées entre réflexions religieuses ou  plaisirs de la table ou de la chair.
Puis la dureté du retour vers le bateau qui doit l’attendre, la pente est escarpée et la descente pratiquement plus dure que l’ascension, les chaussures très usées et cailloux coupants. Chemins de croix.
- Et le monde qui m’attend !
Mais avant il y a Seattle, et d’autres escales, de plus en plus alcoolisées….
Comme dans tous les livres de Jack Kerouac les personnages sont nombreux, des anonymes, gardes forestiers comme lui dans la montagne, des amis écrivains ou poètes devenus célèbres ou pas !
Ce livre « Un » recèle encore un peu de gaité dans de nombreuses pages, où d’ailleurs il reparle de Maggy Cassidy, la belle irlandaise, grand amour de jeunesse pour qui il a écrit certainement son livre le plus apaisé.
Pour le livre « Deux », on peut se référer à ma propre chronique, « Les anges vagabonds », ouvrage séparé du même texte, mais dans une autre traduction.
Dur retour à la réalité pour Jack Kerouac, mais qui justifie ici sa réputation d’écrivain voyageur !
Ce livre fut écrit entre 1956 et 1961, pour des événements s’étant déroulés en 1956 et 1957 dans des lieux aussi divers que la côte Ouest des U.S.A, Mexico, Tanger, l’Europe, New-York, San-Francisco et Big-Sur.
Extraits :
- Je préfèrerais défaire les soutien-gorge des rousses, bon Dieu, et traîner le long des murs de brique du perfide samsara plutôt que d’être sur cette crête rouge et pelée, couverte d’insectes chantant en harmonie, qui grondent mystérieusement.
- Avec toute cette excitation, me suis pas rendu compte que je suis finalement de retour dans le monde.
- Et pas un homme plus délicieux au monde que celui qui m’attend à la frontière de celui-ci.
- Mais je ne parle pas trop en voyant que Charley est un petit peu embarrassé et pour tout ce que j’en sais, ils ne comprennent peut-être pas un mot de mon discours avec les accents du Canada français et de New York et de Boston et d’Oklahoma tout mélangés et même espagnols et même Finnegans Wake.
- Voici venu le moment de ma première bière en dix semaines.
Éditions : Denoël (1998)
Titre original : Desolation Angels (1965).
Traduit de l’anglais par Pierre Guglielmina.

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16 novembre 2018

REYNOLDS Amanda / Jusqu'à ce que ta mort nous sépare.

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Jusqu’à ce que ta mort nous sépare.
Amanda REYNOLDS.

Note : 4 / 5.
Mémoire enfouie.
Premier roman de cette jeune romancière anglaise.
Joanne Harding, suite à une grave chute dans un escalier, a perdu tout souvenir d’une année entière.  365 jours escamotés, envolés de sa mémoire ! Que s’est-il passé durant ce laps de temps, qu’a-t-elle fait ?
Elle tente de se remémorer ses faits et gestes, mais ce n’est pas simple.
Elle semblait une femme ordinaire, 55 ans, femme au foyer, un mari Rob qui a une bonne situation, deux enfants, une fille Sash, l’aînée, et Fin le garçon, plus jeune, il était encore étudiant. Les deux ont quitté la maison, qui du coup lui semblait sûrement bien vide. Ses relations avec Rob, son époux, étaient ambigües. Le principal objet de leurs querelles était Thomas, le petit ami de Sash avec qui elle vivait.
Pour s’occuper, elle faisait du bénévolat, où elle côtoyait Rose et Nick son chef, reprendra-t-elle cette activité ?
Mais une chose la tracasse, une pensée récurrente, un rêve éveillé ? Le souvenir d’une action accomplie, dont elle était partie prenante ?
- Son visage est détourné de moi tandis que je suis la courbe de son dos nu du bout de mes doigts ; j'ai effleuré sa peau, le corps débordant de désirs.
Qui est cet homme ? Envisageait-elle vraiment de demander le divorce ?

La chute, un accident ou une tentative de meurtre ? Toutes ces questions sont sans réponse, mais petit à petit le puzzle se met en place… elle se souvient de ce qui s’est réellement passé avant cette chute qui a bouleversé sa vie et celle de beaucoup d’autres personnes de son entourage. Et qui continue de hanter sa vie actuelle !
Joanne Harding (Jo) est la narratrice et le personnage principal de ce récit. Après des années de vie commune avec Rob, existence qui se compliquait avec le départ de leurs enfants, sa vie va basculer. Plus rien ne sera pareil et le doute s’installe en elle.
Dans cette narration, nous oscillons sans cesse du passé au présent. Elle commence par un court prologue « Vingt et unième jour après la chute » puis continue avec « Le jour de la chute » puis « Le lendemain de la chute » pour revenir en arrière « Septembre dernier » et ainsi de suite. Ce qui rend parfois la lecture un peu difficile mais sans être non plus trop compliquée.

Extraits :
- J'ai des flashs de deux personnes en train de se bagarrer. Rob et moi. En haut de l'escalier. On se disputait, c'est certain. Pire que ça, Rob se cramponnait à moi.
- J'ai un mouvement de recul, lassée de ses questions. Si je m'étais rappelée quelque chose d'important, je lui aurais dit. À moins que... peut-être pas.
- Depuis quand ma fille nous méprise t’elle ainsi ? S'est-elle éloignée de nous à ce point ?
- Le malaise ressenti tout à l'heure en considérant mon existence de petite bourgeoise autocentrée tiraille à nouveau ma conscience. Autrefois, la boussole morale était plus forte ; j'avais une conception plus large de la vie.
- Et puis, le fait que tu ne te rappelles pas ce qui est arrivé l'année dernière ne veut pas dire que tu ne sois pour rien dans ce qui s'est passé.
- Les paroles de Sash ne cessent de me trotter dans la tête depuis notre conversation : « Il a dit qu'il vaudrait peut-être mieux que tu ne t'en souviennes jamais. »
- Tu étais tout le temps fourrée là-bas, et maintenant tu veux laisser tomber. J'en conclus qu'il a dû se passer quelque chose qui t'a fait changer d'avis.
Éditions : Mazarine Thriller (2018).
Titre original : Close to me  (2017).
Traduit de l’anglais (Royaume-Uni)  par Dominique Hass.

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13 novembre 2018

CARPENTER Lea.

 

Lea carpenter
Onze jours.

Lea CARPENTER.

Note: 4 / 5.

Secret défense.
Découverte de cette jeune romancière américaine dont c’est le premier roman.
Nous sommes à Chadds Ford en Pennsylvanie le 11 mai 2001. Sara décide, pour rompre la routine de l’attente, d’aller courir, et essayer d’oublier cette idée qui l’obsède !

Où est Jason, son fils unique ? Militaire, il est porté disparu quelque part dans le monde. Ce qui est loin d’être une nouvelle réjouissante… des nouvelles qu’elle aimerait enfin avoir. De préférence bonnes ou au moins rassurantes.  Jason fait partie des SEAL, troupe d’élite envoyée en mission ultra secrète, secret qui frise la paranoïa pour les autorités militaires américaines.
Sara est ce que l’on nomme une mère célibataire. D’une relation non officielle avec un homme mystérieux, David, est né Jason.  Elle a appris son décès dans un pays du Moyen Orient, et a donc élevé seule ce fils qui sera son unique enfant qui a choisi la carrière militaire, les troupes d’élite, et même l’élite de l’élite. Nous suivons son parcours (du combattant, c’est vraiment le cas de le dire) la dureté des tests, l’élimination impitoyable des plus faibles, la cruauté de la formation, l’humiliation que ressentent ceux qui abandonnent en chemin, fatigués et brisés.
Jason a réussi tout cela et brillamment et d’un enfant surdoué, il est devenu un guerrier. Du giron de sa mère, il passe dans le giron des forces spéciales, une nouvelle vie s’ouvre pour lui.
Mais pour Sara, les heures d’angoisse commencent… elle ne maîtrise plus la vie de son enfant !
Nous voyageons énormément avec ce récit, dans différents lieux aux États-Unis (parfois dans des camps d’entrainement militaire) et à l’étranger.

L’ordre chronologique n’est pas respecté car l’action (je devrais plutôt dire les actions) se déroule sur plusieurs années. Mais elle commence à Chadds Ford en Pennsylvanie le 11 mai 2011 pour se terminer au même endroit fin mai de la même année.
Nous faisons également un historique des interventions américaines de par le monde, interventions pas souvent couronnées de succès et très lourdes en pertes humaines. Le chiffre de un million trois cent quarante-trois mille huit cent douze est cité, ce qui paraît peu, comparé au chiffre des pertes européennes.
En fin de livre un glossaire des abréviations militaires employées est le bienvenu, car si nous en connaissons certaines comme SEAL, sans trop savoir ce que cela signifie, d’autres nous sont absolument étrangères comme SOG, MBITR ou, et je garde celle-ci pour la fin, DEVGRU !
Extraits :
- Au cours des premières missions, les pairs de Jason se sont délestés de leurs illusions, une par une. Une fois que vous avez vu un homme se faire tuer à bout portant, vous ne verrez plus jamais les choses de la même manière.
- Tu as un don pour ce que tu fais. Et Dieu ne distribue pas beaucoup de dons. Les hommes élevés par des mères seules ont tendance à avoir une haute opinion d'eux-mêmes.
- C'était le problème de la « clôture de piscine », que toute mère connaît bien : la confiance dans une protection visible fait augmenter la probabilité de défaite.
- Manquait-t-il à ces histoires de guerre contemporaine la grandeur et l'ampleur des précédentes ? Sadr City n'était pas la Somme. Cela revenait à comparer Mad Max à Madame Bovary.
- Mais l'absence d'attente est une ruse qu'on l'a entraîné à pratiquer. Le désabusement relatif de la jeune fille et l'optimisme relatif de Jason se repoussent violemment, tels des champs magnétiques opposés.
- Que faisait-il là-bas ? Que lui ont-ils fait, et qui sont ces « ils » ? Elle n'arrive pas à penser clairement.
Éditions : Gallmeister / Collection Americana (2018).
Titre original : Eleven Days (2013).
Traduit de l’américain par Anatole Pons.

 

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09 novembre 2018

Collectif (Coodination Jean-Marie Laclavetine) / Armistice.

 

Armistice
Collectif
.*

(Choix des textes et coordination de Jean-Marie Laclavetine)
Armistice.
Note : 5 / 5.
C’était il y  a 100 ans…
Les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale commémorent le centenaire de l'Armistice de 1918 par la publication de ce très bel ouvrage comportant de nombreuses illustrations d’une grande beauté.

Les auteurs figurant dans ce livre sont (par ordre alphabétique et également celui des textes) :
Aurélien Bellanger, Yigit Bener, Pierre Bergougnioux, Alain Borer, François Cheng, Velibor Colic, Didier Daeninckx, Marc Dugain, Marie Ferranti, Cynthia Fleury, Sylvie Germain, Roger Grenier, Durs Grunbein, Jean Hatzfeld, Stefan Hertmans, Anna Hope, Alexis Jenni, Pierre Jourde, Hedi Kaddour, Carole Martinez, Akira Mizubayashi, Anna Moï, Scholastique Mukasonga, Marie Nimier, Grégoire Polet, Jean-Christophe Rufin, Alix de Saint-André, Danièle Sallenave, Boualem Sansal, Hans Ulrich Treichel, Philippe Videlier.
De nombreux auteurs étrangers (Anglais, Allemand, Japonais, Turc, Bosniaque, Rwandais, Algérien, Hollandais et j’en oublie sûrement) ont participé à cette aventure littéraire. Comment, dans certains pays pas concernés de manière directe, a-t-on appréhendé cette fin de guerre ?
La préface est signée d’Antoine Gallimard.
Dans le texte d’ouverture, il est question de trains. En temps de paix, ce moyen de transport est signe de voyage et souvent de bonheur, mais en période de guerre c’est souvent la mort au « Terminus ». Nous retrouverons plus tard dans « L’esprit de Babette » la grandeur et la misère du wagon où fut signé l’armistice.
Dans le texte « Armistice ? Quel armistice ? », l’auteur nous signale cette phrase biscornue enseignée dans les écoles turques :
-« C'est parce que nos alliés ont été battus que nous aussi, nous avons été déclarés vaincus. »
Paris était la « Reine du Monde » et l’Europe un continent de lumière, les artistes affluaient de tous les coins du monde dans la capitale française.

« Le dos noir » c’est la narration d’un homme, fruit d’un adultère, le mari au front, qui raconte cela à son propre fils. Quel était le choix pour les soldats, être tués, blessés ou estropiés, mais sûrement cocus.
Dans « L’aurions-nous aimé ? », un soldat avoue avoir peur… de la paix à venir ! Car il sait que lui et le monde ont changé ! Un très beau texte !
« Discours posthume » une lettre envoyée de façon posthume à son fils qui ne l’a pas vraiment connu ; il avait 9 ans à la mort de son père.
« L’an zéro de la paix », l’armistice vu d’Alger… mais pas uniquement. Dans ces quelques pages on découvre beaucoup de choses en particulier de Chine !
Qui est le dernier mort de ce conflit ? Cela n’a pas vraiment d’importance mais c’est triste de mourir à quelques minutes de l’Armistice !
On retrouve et l’on parle de nombreux personnages dans ce grand (par la taille et la qualité) livre. Des hommes politiques et des militaires c’est évident. Le général Nivelle y a une place de choix, semble-t-il, bien méritée, un auteur emploie à son égard l’adjectif  «stupide» mais lui est mort dans son lit et pas au champ d’horreur !
De nombreux écrivains sont cités, Victor Hugo, Apollinaire, Blaise Cendrars, Céline et plus surprenant Flannery O’Connor.Je ne peux pas, hélas, les énumérer tous.

Un livre où l’on découvre beaucoup d’éléments ignorés de cette triste époque, celle de « La Grande Guerre ».
Grâce à François Cheng par exemple, j’ai découvert le rôle des chinois dans ce conflit. D’abord embauchés comme ouvriers non combattants, leur statut changeât quand la Chine rejoignit le camp des Alliés. Dans la ville de Noyelles-sur-Mer un cimetière leur est réservé, il contient neuf cent tombes !
Les écritures sont, comme dans tous les ouvrages de ce type, très variées, chaque auteur gardant son style et sa propre perception de cet événement primordial pour le monde entier que fut l’armistice. Mais, ici tous sont de très grande qualité, ainsi que les illustrations noir et blanc ou en couleurs.
Il est très difficile de choisir quels textes je vais commenter car il n’est pas possible de parler de tous ! Et j’ai été plus réceptif à certaines nouvelles qu’à d’autres.
Ce livre se termine par un texte intitulé « Quelles images pour illustrer l'armistice de 1918 ? » par Martine Branland, puis vient une biographie de tous les auteurs présents dans cet ouvrage.
Certains textes ont été enregistrés le 25 octobre par les comédiens de la Comédie Française et seront diffusés le 11 novembre 2018 sur France culture.
Les extraits seront exceptionnellement plus nombreux que d’habitude.
Extraits :
- On peut raisonnablement se demander si on n'en finira un jour avec les séquelles de la Grande Guerre, le désastre de 1918.
- Les horreurs sont supportables tant qu'on se contente de tourner la tête, elles tuent quand on les regarde en face.
- « Ce que nous gagnions en temps de guerre, a déclaré Dobrica Ćosić, écrivain et père du nationalisme serbe, nous le perdons toujours en temps de paix. »
- La faute à Dieu. Fallait pas nous donner la conscience, on n'avait rien demandé. Nous voilà conscients de la mort, sans savoir quoi faire de nos vies. Autant s'entre-tuer, au moins on s'amuse un peu.
- Et c'est vrai que les images de l'Illustration sont prodigieuses. Mais il vaut mieux ne pas lire le texte.
- Cette guerre qui a causé les plus grands dommages dans les pays européens fut la première bataille des nations à l'échelle industrielle.
- S'il est vrai, comme le dit Nietzsche, que seul ce qui nous a fait souffrir, ce qui a marqué notre cher, demeure ancré dans nos mémoires, il en va tout autrement pour la commémoration. Celle-ci ne possède pas cette dimension de douleur personnelle, ou alors à un degré bien moindre.
- A-t-on jamais tenté d'expliquer notre défaite de 1940 par la victoire de 1918 ?
- Ils ne pensaient pas être des criminels, les causes étaient justes–c'est ce que nous leur disions. C'était de braves petits gars, ils étaient crédules.
- Mais personne parmi ces vacanciers ne veut prendre au sérieux l'alarmisme de la presse, qui depuis des mois chauffe les mentalités et parle de conflit.
- Un jour où nous étions seuls en terrasse, il m'a même offert une bière, la même que lui, pour goûter. Grand-mère aurait fait les gros yeux.
L’armistice est signé, la paix n'est pas revenue. La guerre entre les peuples masque la guerre pour la domination, sociale, coloniale. Dans cette guerre-là, il n'y a pas d'armistice.
Éditions : Gallimard (2018). Collection Blanche.
*Iconographie par Marine Branland

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