Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

11 février 2012

FONDATION Larry / Sur les nerfs.

Fondation
Sur les nerfs.

Larry FONDATION .
Note : 4 / 5.
Noir sur L.A.
Court récit, est-ce un roman ? J'opterai plutôt pour une suite de tranches d’existence. Premier écrit de cet auteur qui, si j'en crois la quatrième de couverture, est médiateur de quartier à Los Angeles depuis plus de vingt ans. Son expérience de terrain a sûrement dû lui servir ici. Car, et tout le monde le sait, la réalité dépasse la fiction !
Des titres d'épisodes dont certains ne font que quelques lignes:
-Des enfants en train de jouer ; Après Billy ; Sur les marches de l'océan bleu ; De sacrées couilles ou Jeunes ; quartier chaud.
Une histoire d'amour et de mort dans « Après Billy » ; la résignation de l'homme qui sait …. la résignation de la femme qui lui fait un dernier cadeau.....
J'ai beaucoup aimé « Le long silence bien rempli d'un cœur vidé » qui pourrait être sous-titré « Vie et mort de Sharon ». Raccourci d'une existence sans espoir, habituée à la mort et à la violence et contrairement aux anges, elle ne vole pas !
« Parents de sang » un frère, sa sœur et l'amant de celle-ci...un long périple pour faire regarder les lignes de la main du second par le premier. La femme est rassurée, retour à la case départ pour l'acte sexuel !
« Épilogues en cinq parties » clôt ce recueil de la manière dont il avait commencé . D'une façon crépusculaire......accidents de la vie, meurtre gratuit pour une peccadille, un bar, une soirée et une femme...cela pourrait suffire avant la nuit, pourquoi rajouter un meurtre ! On comprend que les nerfs de certaines protagonistes de ces histoires lâchent !
Les personnages sont nombreux, marginaux, femmes et hommes laissés pour compte de la société de consommation et bien pensante américaine. Silhouettes éphémères, certains passent de vie à trépas pour des choses qui nous paraissent futiles ! Monde crépusculaire peuplé d'êtres hallucinés !
Bobby vend des cachets...bizarrement que cela, pas de produits plus durs, paradoxe du personnage ... est-ce pour cela que Theresa lui ouvrira son lit et plus …. Son jeune frère Punkrat s'est fait tirer dessus...il n'avait pas treize ans....elle est belle la ville !
Jeff est « barré » shooté jusqu'aux yeux et bien sûr capable des actes les plus étranges qu'ils soient...comme de s'automutiler dans un accès de paranoïa. On peut être amis, même les meilleurs du monde et se trahir sans trop d'états d'âmes, comme Army et Poz, un autre est capable de tuer un ancien compagnon de cellule par amour !
Les filles n'ont évidement pas le bon rôle dans toutes ces histoires ! Battues, violées, se rabaissant dans l'espoir d'être la copine du mec qu'elle aime.
L'écriture est « speed », les morts sont rapides et violentes, c'est la survie, loin du strass et des paillettes de L.A. Les tenants d'un classicisme littéraire absolu peuvent passer leurs chemins, que les autres qui cherchent la découverte tentent l'aventure, ils ne seront pas déçus !
On trouve des inventaires pour le moins bizarres avec, par exemple dans la catégorie animaux de compagnie, une batte de base-ball....C'est cru, osé et le sexe est très présent, sorte de plaisir ultime car personne ne sait de quoi demain sera fait.
A noter une très belle présentation, bien dans le style noir du livre et une très belle photo ! En noir et blanc évidement.  
Ce livre avait tout pour me plaire, chose que je confirme  à la fin de cette lecture.
Extraits :
- Vaut mieux plaquer une meuf au bout d'un mois ou deux. Je veux dire : après, ça devient vraiment chiant, elle se met a faire chier pour un oui, pour un non.
- Jeff continuait à faire des trucs bizarres, même après avoir arrêté la came.
- C'était notre chez nous- un lieu où se défoncer, où parler et grandir. Et baiser.
- C'était avant Johnny Mac, avant qu' aucun d'entre nous ait un flingue.
- Elle était pas mal, physiquement, à part sa bouche qui tombait de côté comme celle d'un mérou, et elle était tellement maigre qu'elle n'avait pas de nichons.
- Une assistante sociale : « quoi est-ce que tu t'es laissée mettre en cloque si jeune? »  (Emphase : « laissée ».)
- Sharon hurle. Elle n'a plus de chemisier. Elle se faisait tripoter quand les flics sont arrivés.
- T'es un junkie, lui, c'est un junkie, et elle, c'est une junkie, qu'il dit. Alors, c'est quoi toutes ces conneries sur les rapports sexuels sans risque ?
- Les généraux ne se battent jamais pour de vrai. On ne les trouve jamais en première ligne. Alors, sont-ils courageux ?
- Pour certains, Los Angeles, c'est des bougainvilliers et des plantes tropicales luxuriantes dans le désert, tout ça soigneusement entretenu par des jardiniers. Un coin romantique.
- Elle se pique dans l'intimité de la chambre avant de partir.
- Je passe un bon moment. Je la regarde et regarde le film. Le film s'arrête tout seul. Je lui donne de l'argent pour une pipe.
- J'ai braqué le magasin, il lui a dit. Tu veux bien baiser avec moi, maintenant ?
Éditions : Fayard (2012)
Titre original : Angry Night (1994).

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08 février 2012

LETELIER Hernán Rivera / Le soulier rouge de Rosita Quintana.

le soulier rouge
Le soulier rouge de Rosita Quintana.

Hernán Rivera LETELIER .
Note : 3,5 / 5.
Mon enfance passa.....*
Écrivain chilien que je découvre grâce à ce livre. Né en 1950, mineur et autodidacte il a commencé ses études à vingt ans. Son premier roman au titre très poétique « La reine Isabel chantait des chansons d'amour », avait en son temps et comme celui-ci obtenu le prix national des lettres chiliennes.
Un vieil homme frappe discrètement à une porte...puis un peu plus fort....encore plus fort...de plus en plus rageusement....puis il se prosterne et s'écroule en larmes devant cette porte qui ne s'ouvre pas...
Nous retrouvons un jeune garçon de treize ans Hidelbrando del Carmen dans sa vie de tous les jours, ses joies et ses peines dans le village Antofagadsta dans le désert Atacama.  Après un réveil à l'aube, il part pour son travail matinal livrer des journaux, sa mère étant décédée, son père mineur, son frère boxeur et sa soeur ont quitté la maison, elle avec un poète de passage !. Il est un peu livré à lui-même tout en étant proche de la communauté évangéliste. La journée commence au pas de course, sa rivalité professionnelle avec Pince la Lune, grand benêt qu'il dupe facilement. Sa cliente préférée, prostituée au déshabillé vaporeux, spectacle qui le laisse transpirant de la tête aux pieds...
Protestant dans un monde catholique, il est souvent en but aux moqueries des enfants de son âge, il adore le cinéma, surtout les films mexicains et par-dessus tout Rosita Quintana dont les longues jambes sur l'écran sont un spectacle inoubliable !
La vie suit son cours un peu monotone, il se promène le nez au vent, observe le monde du haut de ses treize ans, entre les Évangélistes et la rue avec ses multiples tentations surtout féminines, le cinéma, où le noir le rend téméraire et entreprenant !
Mais un jour le destin fait qu'il trouve un soulier rouge dans la rue ! Un escarpin avec un talon fin et haut, objet de tous les fantasmes et de toutes les suppositions......où est la femme à qui appartient cette chaussure et qui est-elle ?????
Hidelbrando del Carmen, le parpaillot, élevé dans la crainte du péché par une mère ultra pratiquante. Mais, une sorte de revanche il aime tout ce qui lui était défendu, le cinéma en particulier ! Son avenir il veut être artiste.....et bien évidement reconnu. Mais pour cela il faut que l'enfance se termine.
Quelques amis, Allumette par exemple, mais surtout un univers peuplé de femmes et de jeunes filles, plus belles et désirables les unes que les autres !
Mireya la blonde grande adepte du rock & roll, il fera son portrait, elle le récompensera d'un baiser fougueux, mais devra se battre avec son petit ami ! C'est dur la séduction ! Sœur Olimpia Palacio, superbe jeune femme qu'il a aperçu un jour en petite tenue, la belle, blonde et entreprenante Maria Mariola, la non moins entreprenante, mais brune, Genèse, plus grande et plus forte que lui, il avait toujours le dessous !
Des personnages forts mais pas toujours recommandables, l'homosexuel, le crasseux, la femme du cinéma qui transformera HdC de chasseur en proie, chose que le laissera pantois et pour le moins surpris!
Un livre sympathique sur l'éducation sexuelle (entre autre) d'un jeune chilien entre l'église évangéliste et la rue avec toutes ses tentations, entre ses rêves, une chaussure rouge  et la réalité moins brillante hélas. Un ouvrage qui se déroule dans un cadre dépaysant et régi par ses propres lois. Quelques lignes sont consacrées au travail dans les mines de salpêtre, avec l'exemple de Noiraud, garçon chétif, gabarit idéal pour déposer la poudre aux fonds des trous. Pendu par les pieds, à trois ou quatre mètres de profondeur, il creuse d'abord une petit excavation pour que le résultat soit meilleur ! Un  travail inhumain !  
Extraits :
- La maison, la rue, le monde entier paraît se noyer dans une sieste millénaire d'archéologie. Pas même le noir d'un vautour pour ternir l’effrayante luminosité du ciel.
- Ensuite il se peignait en arrière, dessina sa raie comme avec une équerre et, d'une petite touche légère, experte, cinématographique, il donna  forme à l'aérienne banane à la Elvis.
- Le ciné était l'une des choses de la ville qui lui faisait perdre la tête.
- Elle avait peu de poitrine. Mais c'était ses longues jambes dorées, visible d'ouverture généreuse de la chemise de nuit, qui faisait délirer Hidelbrando del Carmen.
- Parfois le regard de la femme lui semblait inquiétant et mystérieux ; parfois, dur et moqueur comme le regard des blondes fatales dans les films  …
- Maria del Mar et Mireya la blonde, aussi rouées et aussi adorables l'une que l'autre, en femme sachant parfaitement ce qu'elles vont montrer, prirent tout leur temps pour se déshabiller.
- Puis, minaudant, lui souriant comme seuls doivent sourire les anges, elle exigea qu'il veuille bien lui montrer tout de suite.
- Leur deuil était le fait d'un vieux chagrin que l'usure du temps avait transformé en une douce aura de sérénité. Elles avaient perdu quelqu'un de très cher depuis bien longtemps et avaient oublié d'enlever ses emblèmes fanés de la douleur.
- Riant tout seul de plaisir il se rappela que sa mère disait que les taches de rousseur sur le visage des fillettes étaient des baisers d'anges.
- « Les films, mon petit, lui disait sa mère, ce ne sont que les rêves de Satan, le Diable, mis en boîte ».
- Il se rappelle toujours que cette fois-là, la soeur Olimpia Palacios, avec sa petite bouche foncée et son petit cul retroussé comme les anges, avait laissé le policier de service complètement abasourdi.
- Il s'était senti plus humilié qu'un ange souffrant de pépie.
- Le royaume des cieux appartenait aux audacieux.
- Alors, plongé dans l'obscurité de son antre misérable, entouré de silence, il découvrit soudain, comme s'il comprenait pour la première fois combien il était seul au monde. Il eut peur.
Éditions : Métallié (1999)
Titre original : Himno del angel parado en una pata (1996)
* Chanson de Jacques Brel.

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02 février 2012

KERGRIST Jean / Grosse déglingue.

Grosse déglinge
Grosse déglingue.

Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
La politique adoucit les moeurs*
Dans sa dédicace Jean écrit ceci :
À mon pote Yvon
pour faire rougir la toile
Amicalement
Jean Kergrist.
Pas de problème d'ailleurs et c'est une première sur ce blog, les caractère seront rouges. Une précision c'est rouge de plaisir et non pas de colère (quoique.. .parfois!)
Je voudrais aussi saluer cette nouvelle collection de romans noirs basée à Rennes. Jean Kergrist et Alain Jégou sont les deux premiers auteurs publiés.
Dans une jolie petite ville de province, les élections se préparent, les adversaires affutent leurs armes (nous verrons plus loin que cette remarque doit être comprise dans tous les sens du terme!). Chris Ratoustra, le maire en place, dont le slogan est « Santé et propreté urbaine » arrose (ici aussi dans tous les sens de l'arrosage!). Autodidacte, touche à tous (et surtout à toutes), il a bon espoir que son mandat soit renouvelé, mais il a des ennemis et même beaucoup !
Un événement va bouleverser la campagne, Yvonne, une brave mémé comme il en existe partout, a glissé sur un étron de chien et s'est cassé le col du fémur !
Mais la vie semble suivre son cours...un carnaval en période électorale, d'un côté comme de l'autre le but est de parader et de se faire (bien de préférence) voir ! Kate, la reine du défilé est tombée, et s'est blessée, un employé municipal a été renversé par une voiture.  
Chris (ex et peut-être futur maire ou futur ex-maire) taille une bavette en position horizontale dans les gigots de Madame Cheval (épouse du boucher) quand il est victime de ce qu'il nomme un attentat, en réalité un coup de couteau dans le dos, vu la position, plutôt bénin ! Mais cela fait beaucoup d'incidents...et la suite sera du même tonneau !
Je ne vais pas vous narrer dans le détail les dessous de la campagne (ni des compagnes non plus d' ailleurs), mais tous les coups sont permis (de construire) en particulier de faire séduire les candidats par Kate (aux dessous affriolants) mandatée pour cette mission (avec paiement en espèces) par Maitre Lergotteur.
Les morts se suivent mais ne se ressemblent pas ; les causes aussi sont différentes : mourir pour la patrie ou d'une glissade, l'une est glorieuse, l'autre est stupide, mais le résultat est le même.
Venons-en aux personnages, féminins, politesse oblige : Yvonne, qui avant de marcher sur cette satanée crotte avait bon pied, bon oeil (pas sûr pour ne pas avoir vu cette déjection canine, vous remarquerez l’effort pour ne pas faire trop de répétition!). Saint Jacques de Compostelle hélas s'éloigne pour elle, alors elle réserve à la municipalité et à son représentant un chien de sa chienne.
Kate, femme fatale (vraiment pas mal), vénale (pas au dessus de la morale), virginale (pas banale), payée par Maître Lergoteur pour séduire les deux candidats. Elle réussit au-delà de toute espérance ! Elle se retrouve inscrite sur les deux listes ! Un peu débordée par les évènements et en plus victime d'une chute de char (oui!), elle tente la religion, puis la psychanalyse. Du monastère à la clinique privée ! Du string à la robe de bure (là j'exagère!).
Christophe Ratoustra, dit Chris, ancien maire, il aimerait également être le prochain...et pour cela il ne sera pas trop regardant sur les moyens. Mais une crotte de chien mal placée, (pas dans les sondages, sur le trottoir), une ancienne maîtresse et une mauvaise action passée qui resurgissent lui mettent des bâtons dans les roues (de vélo!) Et des mails signés « Quidonc » qui le perturbe et l’inquiète !
Son concurrent le plus sérieux est Alain Brouteau, mais une autre liste menée par Moïse Coulibali, syndicaliste de couleur pourrait jouer les trouble-fêtes !  
Max Bornic, journaleux sans avenir professionnel, essaye de faire ses choux gras de cette crotte (pas en chocolat) tout en ménageant la chèvre et le chou (fleur) ! Mais grâce aux subventions de Bruxelles (pas le chou, les sous!) le voilà choisi pour écrire un roman policier se déroulant dans la charmante petite ville où il réside ! Vision européenne de l'histoire, ce sont eux qui financent, et rêve de tirage européen, ce qui arrangerait les siennes de finances (répétition assumée!).
On trouve en vrac, des travailleurs sans papiers, des curés, des militaires dont un mort en Afghanistan,  des employés municipaux, des femmes adultères et des maris trompant leurs épouses, les secrets d’alcôve circulant sous le manteau, bref tout ce qui fait le charme de la campagne profonde !
Dans ce roman politico-érotico-policier, Jean Kergrist sort la moulinette et tout y passe (normal pas de jaloux). Le monde politique, l'agriculture intensive et son usage immodéré des pesticides, Bruxelles et ses deniers distribués un peu à tort et à travers (de porc), la religion, la finance,  les journalistes, la presse et j'en oublie.  A noter quelques lignes sur la littérature et là aussi c'est caustique !
Étant comme ce pauvre Max Bornic, payé à la ligne, je vais rallonger mon texte avec le titre de quelques- uns des chapitres du livre. Florilège :
- Saga cité, Du polar comme art du baise-couillon, Des seins et des anges, Aux burnes citoyens, Larmes et jambon de Bayonne.
Extraits :
- Il n'y a plus guère qu'en Afrique où les protagonistes- tous autoproclamés libérateurs- opèrent encore à la machette.
- Une sorte de général Patton du tout-à-l'égout.
- La carrière politique de Chris Ratoustra devait presque tout à la merde. Rien d'étonnant par la suite qu'elle fut aussi quelque peu merdique.
- Même le pire des prédateurs se justifie toujours de faire le bien.
- Voilà où mène le sacrifice de toute une vie au service de la chose publique ! Que des ingrats !
- L'érotisme très subtil. Suggérer sans trop montrer. Décence et concupiscence. Défense de la vertu et largesse d'esprit.
- Aux rapides les primes, aux traînards la déprime. Du grand art ! Évidemment incompris des syndicats rétrogrades qui déclenchèrent aussitôt la révolte des sans-grade.
- Tant que la politique sera l'affaire des mecs, vaut mieux ne pas trop regarder sous les draps.
- D'ailleurs quarante nations étaient représentées sur le terrain. C'est dire la justesse de la cause, car  quarante aveugles voient beaucoup mieux qu'un seul.
- Désormais une question triturait en permanence ses méninges : « et si le sexe était ailleurs ? » Mais où ?
- Tu étais trop proche. En amour, on cherche toujours ailleurs. Plus loin. Trop loin vers l'horizon.
Éditions : Des Ragosses (2011)
* sauf sexuelles !

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29 janvier 2012

O'BRIEN Flann / The best of Myles.

Best of
Flann O'BRIEN .

The best of Myles.
Note : 5/5.
Les chroniques de la petite cruche pleine*.
Cette chronique comme le livre dont il est question ici est un peu spéciale ( l'ouvrage est encore plus spécial). Nous avons donc entre les mains la réédition d'un ouvrage « Dublinoiseries » datant de 1983 édité chez Jean-Cyrille Godefroy qui contenait six histoires ou chroniques ou ce que vous voulez d’ailleurs. Quatre autres textes traduits par  Rosine Inspektor, qui a aussi écrit une nouvelle préface figure dans cette nouvelle édition.
Un Flann O’Brien au sommet de son écriture (que dis-je de son art !). Pour ces chroniques il employait le nom de «Myles na nGopaleen», ces articles durèrent de 1940 à la mort de l’écrivain en 1966.
Il y a beaucoup de dérision dans l’œuvre de Flann O’ Brien, mais ici c’est un concentré d’humour dublinois. Ces articles ont été publiés par l’Irish Times dans «La chronique de Cruiskeen Lawn» (La petite cruche pleine). A consommer sans modération : « Le Whiskey est un hydromel fait à partir de grain, tout comme le pain ». Donnez-nous notre pain quotidien.
« WAAMA » Que se cache sous ces initiales ! Rien de moins que l’association des auteurs, artistes musiciens et écrivains irlandais. On devine que Flann avait peu d'estime pour eux et il semble que la réciproque soit également vraie ! Savez-vous ce qu'est un manieur de livres ! Un homme qui change les livres de place chez un riche qui bien évidement n'a pas le temps de lire, mais qui aimerait le faire croire ! La rétribution sera à la hauteur de la bourse de l'employeur ! Une excellente manière de se moquer de la bourgeoisie irlandaise, mais qui doit être pareille ailleurs.
« Le frangin » c'est quelqu'un et même plus que cela. Un homme attend son bus et trouve toujours une bonne âme pour écouter ses discours sur ce frangin, homme qui a tout lu, tout bu, tout entendu et qui a des idées sur tout ! Par exemple c'est la fin de la guerre et la pénurie frappe l'Irlande ; la solution : que tous les habitants du pays restent au lit une semaine par mois. Si on ne travaille pas, on n'a pas faim, donc un quart des besoins mensuels est ainsi économisé ! Etc, etc....heureusement pour l'oreille qui doit subir l'apologie du frangin, et faire semblant d'écouter, le bus arrive.....
« Critique, art et littérature » permet à Flann O'Brien de tremper sa plume dans le vitriol contre certains de ses contemporains, écrivains surtout ! Il dénonce l'absurdité de l'art, de ses adorateurs en citant cet échange de phrases soi-disant entendu dans un cocktail :
- Savez-vous mon cher que mon arrière grand-père a été tué à Waterloo ?
Vraiment mon coeur, sur quel quai ?
Ne soyez pas ridicule, Godfrey. Comme si le quai avait une importance.
Après la bourgeoisie Flann O'Brien change de cible !  « Le bon peuple d’Irlande » est un dialogue entre ce bon peuple d’Irlande et l’auteur. Lequel auteur semble prendre les irlandais pour des benêts !
Dans « Le bureau de recherche » prière de s’agripper à ce que l’on peut, car entre l’encre qui boit « cette nouvelle encre qui exhale d’insidieuses vapeurs spiritueuses dont la recherche se poursuit à grand pas », la mise au point d’un remède pour soigner la flémingite aiguë ou le pantalon d’urgence qui a des poches du diamètre exact des bouteilles de bière sans oublier le train fonctionnant à la tourbe, arrachage et combustion instantanée, les jurés du concours Lépine y perdraient leur latin , ou leur gaélique en Irlande!. Et que dire de cette idée d’ouvrir les pubs de 2 heures à 5 heures du matin seulement ? ?
Grave problème également dans« Sir Myles Na gCopaleen » (le p’pa) est-il mort ? Le fait d’être ressuscité 8 jours après annule-t-il son testament et le remariage de sa veuve ?
Et que faire de tous « Les Raseurs » répertoriés par Flann ? Ces types qui ont une lame de rasoir ou une montre, celui qui ne veut pas avoir la radio, ou encore celui qui ne croit pas au grand air ? Pour ne plus passer pour un raseur, je porte la barbe depuis trente ans !
Dans la rubrique « Divers » Flann O'Brien passe du coq , non du poulet avec une recette que je ne tenterai pas, à l'âne, sa bête noire « Le bon peuple d'Irlande » !
Un excellent ouvrage pour mieux découvrir Flann O'Brien dont malheureusement pour lui la reconnaissance en tant que romancier fut posthume.
Extraits :
- L'adhésion sera gratuite pour les jeunes filles et on embêtera personne avec des âneries sur Sigrid Undset et James Joyce Cabell.
- Il suffit d'envoyer vos guinées pour participer immédiatement à ce grand sursaut culturel du peuple irlandais.
- La modération, semble-t-il, est extrêmement rare dans ce pays.
- Jugement du tribunal libre de Cruiskeen au sujet du livre de Flaubert « Madame Bovary ». On dirait un précis de grammaire irlandaise rédigé par les «Irish Christian Brothers ».
- Humour envers lui-même : Attention mon vieux tu bois au-dessus de tes moyens.
- Humour entre écrivains : Le porc trahi de Dorren Grey pièce de théâtre adaptée d'un roman d'Oscar WILDE.  Prenez le THOREAU par les cornes. Si JOYCE dire. On n’apprend pas au vieux SYNGE à faire la grimace.
-« Le bon peuple d’Irlande » Vous pouvez parler de faire descendre la consommation alcoolique, descendre c’est bien le mot.
- Toute invention est, pour le pauvre mortel, utile……à quelque chose.
-  En ce qui concerne les écrivains, disons tout de suite qu'il n'y a pas de personnalités majeures dans les lettres irlandaises aujourd'hui. Au siècle dernier, Joyce et Yates étaient les deux seuls hommes de génie.
- Je ne comprends ni ne supporte que la typographie criarde de cette feuille hiéehorrifique qu'est ma déclaration d'impôts, et je ne serai pas le moins surpris d'apprendre que la vôtre est pareille.
- Bien sûr aucune boisson n'égale une bouteille de stout. Celle-ci est sui guinnessis .
Editions : Les belles lettres (2011).
Titre original : The best of Myles. (1968)
*Cruiscin Lan en gaélique.
Autres chroniques de Flann O'Brien :
Dublinoiseries (version 1983)
La kermesse irlandaise
Le Pleure-Misère
Une vie de chien.

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25 janvier 2012

DAPIEVE Arthur / Black Music.

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Black music

Arthur DAPIEVE .
Note : 4 / 5
La musique n'adoucit pas forcément les mœurs *!
Une introduction signée Tony Bellotto guitariste, musicien et auteur nous donne quelques clés pour mieux appréhender et comprendre ce livre. On apprend au fil des pages certaine expressions qui sous des dehors très classiques pour nous européens ont un sens d'une rare violence là-bas ! Avec cet exemple :
-Mais si tu joues au con tu es bon pour le micro-ondes.
Une bande de redoutables terroristes (enfin on le suppose) kidnappe, le visage dissimulé sous des masque de Ben Laden,  dans un embouteillage monstre et  dans la quasi indifférence générale un jeune américain Malcom (Maïcom en version locale).
Le père de celui-ci ayant une très bonne situation, cadre supérieur dans une compagnie pétrolière américaine (cela ajoute un côté anti-gringo qui devrait leur apporter une certaine sympathie populaire) ! Mais Malcom est noir ! De ce fait pas très éloigné d'eux qui sont pour la plupart aussi de descendance africaine. Ce qui n’arrange pas la situation surtout que c'est uniquement le côté financier qui intéresse le gang des Buffalo, dont le chef Musclor lui est blanc, en pleine guerre ouverte avec les Mato Fechado ! La transaction n'est pas des plus faciles....le père tergiverse, les esprits s'échauffent, et notre jeune américain du haut de ses treize ans regarde avec une certaine concupiscence Jo, la laideur de son visage est amplement compensée par une paire de fesses à damner tous les saints du calendrier brésilien ! C'est dire ! 
Le second chapitre est très original car c'est une chanson d'un rap érotique et sordide, racontant l'histoire de l'unique point de vue de Musclor avec un intermède sexuel et très misogyne bien dans la tradition des chanson raps (enfin ce que l'on en dit....je n'y connais rien). Au milieu de cette longue chanson le refrain change, de purement musical il devient vraiment fataliste parlant du peu d'espérance de vie des jeunes du quartier.
Et à partir de ce moment là ce livre qui était raisonnable devient très explicite et porté sur la chose ! Ce n'est plus la samba, cela devient beaucoup plus torride que cela !
Jo est la narratrice de la troisième partie et raconte à un interlocuteur anonyme sa vie. Un récit où elle évoque non sans un certain détachement son statue de troisième « légitime » de Musclor ! Elle avoue avoir parfois envie d'un autre garçon, alors elle se contente comme elle peut ! Son seul viatique n'est pas son intelligence mais une paire de fesses.... Elle se compare à sa soeur, qui après un début difficile a « réussi » dans la vie, fille mère à treize ans elle travaille dans un institue de beauté...aucun diplôme n'est exigé...mignonne et pas trop regardante sur la morale sont ses meilleurs atouts !  Quant à Jo, la présence de ce géant noir fait plus que l'émoustiller......la musique se fait plus sensuelle....
Une brochette de personnages pour le moins hétéroclites et pas très malins ! Michael est bien  jeune et pas réellement pressé de mourir, il ne comprend pas ce qui lui arrive mais découvre la peur ! Et aussi que le vie en général tient à pas grand chose dans certains quartiers de Rio.
Les membres du gang par exemple répondent aux doux surnoms de : Astre Blême, Trapu et Costaud, Crève la Faim,  Musclor naïf mais cruel, Jo laide et soumise, mais encore un peu fleur bleue....
Une narration originale pour une histoire qui oscille entre gravité et loufoquerie, la vie dans les favelas à travers l'histoire de Pieds Nickelés locaux, les garçons stupides et Jo pathétique ! La playlist habituelle pour terminer en musique bien sûr avec beaucoup de jazz!
Une postface à l'édition françaisetire un état des lieux qui est tout sauf réjouissant ! C'est violent et très osé.....la preuve hélas que l'on peut faire l'amour et la guerre !
Terminons par cette blague de mauvais goût à la philosophie réaliste) dixit l'auteur :
- Le Brésil est le seul pays au monde où les trafiquants sniffent et où les putes prennent leurs pieds !
Extraits :

- Ils portent tous des masques de Ben Laden. Le terroriste à la voix rauque et au blouson vert me braque avec son Uzi.

-Jamais George W. Bush ne va accepter ça, D'autant qu'il s'agit d'un Américain noir dont le père vote démocrate. Je suis mal barré.

- Je suis fier de ma taille. Un mètre quatre-vingt douze. . Une fois ma croissance  terminée, d'ici six ou sept ans, je dépasserai allègrement les deux mètres.

- Parfois, maman disait qu'une personne pouvait être laide comme la misère. En observant le visage de Jo je comprends mieux la signification de cette expression en portugais.

- Le corps de Jo s'améliore à partir du cou. Sa poitrine ferme est faite de deux petits ballons frémissant sous le chemisier noir.

- Le fessier, monstrueux, jaillit des hanches larges comme un immeuble érigé illégalement derrière une palissade.

- Je ne suis pas Emimen, je ne suis pas Beastie Boy,
je ne suis pas une vedette, appelle-moi Musclor.

- Moi j'aime que les garçons. J'aime beaucoup les garçons. Je dois me contrôler, parce que je suis la femme de Musclor.

- Mais je ne me plains pas. Limite je me touche en cachette en pensant à un autre. Donner ma chatte en vrai à un autre serai pareil que balancer aux flics comme les X-9.

- Quand il m'a vu dans la chapelle, il est venu me donner l'accolade. Tellement il m'a serré que j'ai senti sa bite durcir contre mon ventre. Le désir ne respecte rien, eh oui hein, pas même le cimetière.

- Un homme pour de vrai, c'est un mec qui fait pas que te baiser. C'est aussi un mec qui paie l'addition.

- Déjà seize ans et pas encore enceinte !? Cela sert à quoi une meuf si elle donne pas de gosses à son mec ?

- Le plancher rouge, lui aussi. Couvert de rouge. On se croirait en enfer. Sainte-croix.

Éditions : Asphalte (2012)
.
Titre original : Black Music (2008)
.
* Le sexe non plus d’ailleurs !
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Posté par eireann yvon à 14:30 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
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