Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

02 mai 2015

Collectif / Brest des écrivains.

 

Brest
Brest des écrivains

Collectif
Note : 3,5 /5.
À la fin de la terre…
Il y a dans ce livre et c’est normal beaucoup d’écrivains. Ce qui l’est moins c’est que les écrivains ici parlent d’autres auteurs, anciens ou contemporains, vivants ou décédés ! La liste est longue, très longue, alors je vais tenter de résumer sans vexer personne.
Après une préface d’Alain-Gabriel Monot, trois parties pour nous parler de Brest :
Voix de Brest, Chants de Brest et Brest : Souvenirs, impressions, témoignages. Viennent ensuite une table des auteurs et un index des écrivains.
Dans la première partie, un auteur contemporain parle d’un de ses collègues, décédé, ou encore en exercice. Kenneth White nous parle de Victor Segalen, Nicole Laurent-Catrice de Mac Orlan, Éric Auphan d’Henri Queffélec, Arnaud Le Gouëfflec de Jean Genet sous le très beau titre de « Querelle de Brest ».
Quelques plumes amies : Louis Bertholom nous raconte la triste virée de Jack Kerouac à Brest dans « Sur la déroute avec Jack Kerouac ». Faute de retrouver ses ancêtres, l’auteur américain a croisé Pierre Le Bris, libraire brestois et son épouse Blanche qu’a aussi rencontrés Louis Bertholom. Une nuit de dérive, une piste nocturne pleine de rencontres alcoolisées. Kerouac donne une version un peu romancée de ce voyage dans « Satori à Paris ».
Marie-Josée Christien nous parle de Claire Fourier dans un très beau texte : Brest en figure de proue d’un monde intérieur. Pour nous rappeler que Claire Fourier a écrit récemment le superbe « Les silences de la guerre » maintes fois primé.
Quelques lignes sur Hervé Bellec dont le recueil de nouvelles « Un bon dieu pour les ivrognes » se déroule, si ma mémoire est bonne, à Brest. Marie le Gall est aussi à l’honneur « Marie Le Gall, le Brest des failles et des chagrins ».
Gérard Alle s’énerve après Arnaud Le Gouëfflec.
Hervé Bellec, on le retrouve dans un vibrant hommage à Jean François Coatmeur. « Jean-François Coatmeur, Le regard noir d’un humaniste » . Il a beaucoup écrit de romans noirs sur la ville en particulier le superbe «  La sirène de minuit » qui décrit un Brest noir gouverné par l’extrême droite. Une œuvre à découvrir. 
Parmi les auteurs que je n’ai pas encore lus, il faut sérieusement que je me cultive en lisant enfin Philippe Le Guillou et Georges Perros, un personnage haut en couleurs.
Il n’y a pas à proprement parler de personnages au sens habituel du mot dans ce livre, mais des auteurs parlant de cette ville à nulle autre pareille. Beaucoup d’écrivains ont en effet jeté l’ancre dans la rade et l’encre a coulé à flots pour magnifier la ville du Ponant.
Pour terminer ce livre et ma chronique, un retour dans le passé pour retrouver des grands auteurs ayant célébré Brest, Chateaubriand, Corbière, Michelet, Flaubert, Loti et beaucoup d’autres !
Extraits :
- Avec eux les marins ! Tous, trempés, douloureux, crispés, hurlant, transmettant ordres et contre ordres, pris dans les rets des vents et des pluies.
- La seule chose qui permettait au jeune Segalen de s'espacer un peu à cette époque-là, c'était son vélo, acquis lors de ses treize ans.
- Sa mère lui fit découvrir la mer à cinq ans, à Étables, dans ce qui s'appelait encore les Côtes-du-Nord.
- Mieux encore, face aux brisants dont on se rapproche dangereusement, le bosco, laconique : « être bouffé par les homards, c'est tout de même plus flatteur que par les asticots ».
- « Écrire c'est  adresser une prière à Dieu » disait-il dans sa quête de pureté qui l'amena rapidement au bout de ses forces, rongé par l'alcool et la benzédrine.
- Jack Kerouac est devenu la figure de proue de toute une jeunesse en rébellion. Il en était ulcéré.
- Car Brest est un monde à soi seul, une ville de Bretagne, certes, mais cependant une cité à part, irréductible.
Éditions : Alexandrines. (2015).
Sur cette ville on peut également lire l'excellent « Brest l'ancre noire », recueil de nouvelles déjà ancien paru aux éditions Autrement.

 

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24 avril 2015

WILLEFORD Charles / Les grands prêtres de Californie.

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Les grands prêtres de Californie.
Charles WILLEFORD.

Note : 4 / 5.
Ne vous faites pas prier !
De cet auteur j'ai lu et beaucoup aimé, il y a très longtemps, l'excellent mais cruel "Combats de coqs". J'ai d'autres titres de cet auteur dans ma bibliothèque mais, allez savoir pourquoi, je n'ai pas eu envie de lire autre chose de ce romancier. Mais ce petit livre paraît convenir à mon état d'esprit un peu nonchalant !
Haxby, vendeur de voitures d’occasion en Californie, se débrouille plutôt pas mal dans son travail, honnête juste ce qu'il faut, pour lui la vie est belle.
Un soir dans un dancing il remarque une femme très désirable qu'il invite à danser. Elle se nomme Alyce et est pour le moins versatile et mystérieuse.
Pour lui va commencer une longue période de doutes et des questions.
Quel est réellement le but de cette femme qui semble s'abandonner pour mieux se refuser ?
Elle l'invite chez elle, mais sa colocataire est là avec un homme ! L'appartement est limite très mal tenu, Alyce a des chiens et chats...bref, Haxby prend son mal en patience mais la patiencen'est pas sa qualité première !
Le flirt avance cahin-caha des baisers furtifs et guère plus. Alyce lui dit qu'elle a été mariée donc le sexe elle sait ce que c'est ! Mais il est un peu tôt encore, cela ne fait que trois ans que son époux est mort, plus le décès de sa mère, elle n'est pas prête, mais elle l'aime sincèrement.
Sauf qu'un soir l'homme se rend chez sa dulcinée qui n'est pas vraiment ravie de le voir débarquer avec gin et vermouth ! Et là elle est obligée de lui avouer la terrible vérité, à savoir que son époux n'est pas décédé, mais fou...et syphilitique !
Ce qui, il faut bien l'avouer, n'arrange pas les projets de coucheries du sieur Haxby.
Surtout que, il se rend compte qu'il est amoureux et jaloux de l'époux d'Alyce !
Donc la seule solution pour arriver à ses fins....se débarrasser de ce mari encombrant si possible avec une certaine élégance et d'une manière légale !
Sous ses aspects brave homme amoureux, il cache bien autre chose. Des zones plus sombres. Un être violent toujours prêt à faire le coup de poing. Pas trop regardant non plus dans son travail, ni dans ces relations amoureuses. Si cela ne se déroule pas suivant ses désirs, il essayera avec la secrétaire du garage où il est employé. Personnage complexe, il étudie depuis assez longtemps le livre "Ulysse" de James Joyce, il espère en tirer un ouvrage, qui sera édité, ensuite il passera à l'étude de " Finnegan's Wakee !
Alyce Vital distille avec aisance le chaud et le froid. Elle commence par un énorme mensonge concernant son mari ! Et pour le reste quel est vraiment son degré de sincérité avec Haxby ?
Dans ce marché de dupe, qui sera le gagnant ? Et qui va y laisser des plumes ?
Court roman donc plein de rythme, une bonne histoire, un bon suspense et une fin inattendue. Tout pour faire un bon polar, pas un chef d’œuvre, mais une agréable lecture !
Un court mais bon moment, une découverte.
Extraits :
- Je reconstruisis toute l'histoire dans ma tête. C'était suffisamment dingue pour être la vérité. Évidemment, elle était à peu près autant tournée vers le sexe qu'une habitante de la Terre de feu. Mais tout cela pouvait peut-être être changé. Je jouais la tendresse.
- Elle avait prononcé ces mots comme si elle les pensait vraiment.
- En général,
Ulysse ne me laisse jamais en plan. Je travaillais pendant une heure à prélever des mots archaïques dans le texte et à les convertir en termes de langage courant.
- Je reposais brutalement le combiné sur sa fourche. Russel Haxby : amoureux jaloux ! Il y avait de quoi rire. Mais cela ne m'empêchait pas d'être content de l'avoir rappelé. On ne devrait jamais laisser quelque chose nous tracasser ou nous ronger.
- De toute façon, l'endroit qui convenait à ce genre d'individus, c'était une institution. Il ne devrait pas se balader en liberté dans San Francisco et fiche en l'air ma vie amoureuse.
- Ce satané Joyce est si fort, des fois, ça me fout en colère de lire
Ulysse avec ces mots aussi brillamment choisis, tout en détour et sinuosité, qui pénètre de force dans votre conscience pour s’y lover tels des serpents prêts à frapper.
- C'était une femme bâtie pour la souffrance et la tragédie. C'était inscrit sur chacune des lignes de son visage. Mon expression avait dû laisser deviner du dégoût.
Éditions : Rivages / Noir ( 2000)
Titre original : High Priest of California ( 1987)

 

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17 avril 2015

Mon premier recueil de nouvelles !

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Enfin... disponible (uniquement sur Amazon pour l'instant) !

Rédemption et autres textes noirs :

 

Rédemption et autres textes noirs

~ Yvon Bouëtté (author) More about this product
Price: EUR 10,00

Version numérique également disponible.

 

Pour plus de versions :

Yvon Bouëtté : Rédemption et autres textes noirs

Du noir et un peu (très peu) d'humour. Des personnages très ordinaires dans des situations qu'ils ne maîtrisent pas. Un homme qui attend un autre qui contemple sa vie détruite, un troisième qui s'ennuie à mourir. Le jardinage peut être dangereux, les balades en forêt également.

http://an-armorik-ed.legtux.org



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10 avril 2015

MOLMY Christophe / Les loups blessés.

 

Molmy

Les loups blessés
Christophe MOLMY

Note: 4,5 / 5.
Les hommes sont des loups pour l’homme !
J’étais, je le reconnais, un peu réticent devant cet ouvrage. Mais je ne regrette pas du tout de l'avoir lu. Un bon roman par un homme qui sait de quoi il parle.
Ce livre commence par un braquage sanglant où deux convoyeurs sont tués quasiment gratuitement. La police possède peu d’indices. Le coup est un curieux mélange de méthode professionnelle et d’amateurisme brutal.
Les coupables sont deux frères, les Belkiche, caïds venant de la banlieue et un Corse, frère d’un membre éminent du milieu parisien. Le butin ne valait pas la mort des deux hommes, car dans ce genre de méfaits, la police ne reste pas inactive tant sans faut.
Dire que Matteo Astofil soit ravi de la participation de son jeune frère, Doumé, à ce carnage est un doux euphémisme. On ne mélange pas la famille avec les racailles de l’autre côté du périphérique.
Renan Pessac qui est en charge de la répression du grand banditisme est également chargé de l’enquête. Policier solitaire et un peu hors norme, il sait que la tâche est ardue et que les querelles entre lui et ses équipiers doivent passer au second plan. Il fait donner le ban et l’arrière-ban de ses indicateurs. Le « Grand », personnage trouble dont il n’a aucune confiance et la belle Tania, prostituée, avec qui il a une relation pour le moins ambiguë. Mais toute platonique, chose qu’ils semblent regretter tous les deux.
Le plus jeune des deux frères Belkiche est client chez une collègue de Tania et parle un peu trop… La police remonte petit à petit la filière.
Mais d’autres péripéties, braquages, attendent les lecteurs sur un rythme très soutenu jusqu’à la dernière ligne.
Deux personnages principaux que tout oppose. L’un, Renan Pessac, policier solitaire malheureux de cette solitude, l’autre bandit corse traqué et donc toujours sur le qui-vive.
Matteo Astofil est un homme du milieu comme on n'en fait plus. La vieille école du grand banditisme, avec un peu d’honneur et maintenant une forte envie de se ranger, de profiter de son épouse et de leur fils, mais le prochain coup sera, promis, le dernier. Sauf qu’un jour c’est le casse de trop !
Il est à noter que ce roman fait la part belle aux indics et le rôle qu’ils jouent dans l’ombre.
Il n’y aura pas beaucoup de vainqueurs à la fin de cette enquête !
Un mot sur l'auteur, un vrai policier, qui connaît la maison et la musique et cela se sent déjà dans le vocabulaire employé !
Un roman qui sonne vrai.
Extraits :
- Il pouvait encore se battre, lutter pour se remettre debout et s'enfuir. Ou bien s'abandonner et mourir ici.
- Le jeune convoyeur acquiesça, pas rassuré pour autant.
- Sauf à être devenu totalement insensible, la vue d'un cadavre avait forcément quelque chose de dérangeant. Devant lui, la chair nue paraissait abandonnée, réduite à l'instar d'un objet exposé sans pudeur.
- Le genre de type avec lequel il fallait toujours jouer serré. Pessac savait tout cela, mais les belles affaires venaient rarement seules.
- Tu crois que ça valait la peine de foutre un bordel pareil pour si peu ?
- La pizzeria ne suffisait pas à tout blanchir, il avait également racheté une épicerie et un bar-tabac.
- Au fond, il restait son petit frère, et lui l'aîné, celui qui prenait les décisions. C'était dans l'ordre des choses.
- Au même titre que ses collègues, il en doutait, mais ces dernières années, les codes avaient beaucoup changé. Les plus jeunes ne s'embarrassaient plus de faire leur apprentissage auprès de ceux déjà fichés au grand banditisme. De plus en plus, ils passaient directement du vol de scooter au fourgon blindé. Le milieu existait toujours, fort du proxénétisme et des jeux, mais les trafics de drogue avaient rabattu les cartes.
Éditions : La Martinière (2015)

 

 

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06 avril 2015

GRANGIER Stéphane / Rachel Lanester 76.

 

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Rachel Lanester 76
Stéphane GRANGIER 

Note : 4 / 5.
Travestir la vie.
Découvrir un nouveau texte de Stéphane est souvent une épreuve, la plus facile, celle de l’amitié, la plus difficile, celle de l’écriture. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit ; je n’ai pas de problème avec son écriture mais souvent avec la noirceur de ses textes. Une longue nouvelle oscillant entre le très glauque et le lumineux.
Ici en plus c’est sur nos terres, à plusieurs années d’intervalle. « Il suffit de passer le pont » dit la chanson, je le traverse et suis à Lanester ; cinq petites minutes à pied.
La première phrase de ce livre nous explique la situation :
À l'époque Lorient appartenait à une autre galaxie.
Lanester, antithèse de Lorient, Lanester la rouge, le quartier ouvrier de Ti Penher jouxtant l’Arsenal, grand pourvoyeur d’emplois pour la commune.
C'est dans ce contexte que grandit le narrateur, garçon solitaire, un peu en marge des autres écoliers et aussi des autres membres de sa famille.
À l'école la discipline est sévère. Bruno, le cancre provocateur, reçoit une mémorable fessée de la part de l'institutrice. Mais ce même jour notre « héros » découvre une petite fille qui lui semble nouvelle. Alors il va tout tenter pour faire sa connaissance et va bien sûr tomber amoureux de Rachel, car c'est son prénom. Ils rentreront ensemble de l'école, chemineront de droite et de gauche, Rachel lui fera découvrir une vieille maison après l'avoir suivi à quatre pattes, avec vue sur sa petite culotte...
Mais les adultes ont des obligations... la belle histoire aura une fin !
Une belle histoire d'une enfance pas très heureuse, illuminée par cette petite fille.
Peu de personnages, des mômes d’une école comme partout dans le monde et, parmi eux, Rachel la nouvelle, qui émeut notre jeune narrateur. Une famille plutôt moyenne pour ne pas dire plus, des barbecues, bien arrosés, bref une vie très ordinaire.
Deux époques dans la vie d’un homme, le vice et la vertu, dans l’ordre inverse. Sorte d’allégorie représentée par les deux rives du même fleuve. L’enfance et l’innocence, puis la perte de celle -ci, de nombreuses années de l’autre côté de la rivière, un autre monde beaucoup plus noir et glauque, argent et sexe.
Extraits :
- Si Lorient était portuaire, Lanester était mortuaire, momifiée, plombée par ce temps qui l'avait flingué à une époque pour ces raisons bizarres que seuls le ressenti et la connaissance auraient peut-être pu décrypter.
- Avec la nuit et la proximité de la gare de Lorient et du  cours de la Bove, la pute et le travelo, fallait que ça œuvre.
- J'avais huit ou neuf ans. Et si les deux événements allaient bousculer mon existence, le troisième changea peut-être le cours de ma vie.
- Et puis il y eut à nouveau ces cheveux noirs autour de ce visage. Rachel, qu'elle s'appelait. Rachel vida alors le monde du reste de sa substance.
- Silence. Elle est timide, ou alors je n'existe pas.
- J'ai compris à cet instant que l'entrevoir ne m'aurait pas seulement rendu heureux, mais aurait donné à ma journée sa réponse et son sens.
- Les filles, même à huit ans, c'est comme ça, manipulatrices dès qu'il s'agit de vous ruiner l'âme, de vous vider la volonté, de vous trimbaler par le bout du pif.
- L'atmosphère lourde, chaude, moite et sale se répandait, et si je ne savais pas encore réellement ce qu'était le sexe, j'en avais là, comme une sorte d'aperçu, comme un échantillon souverain et démoniaque, dans le cœur de cette maison vivante et organique, orgiaque et obscure, parcourue d'un souffle brûlant.
- Désormais, l'endroit ressemblait à une usine à baiser, un havre de travelos, envahi de bagnoles et de culs à l'air.
Éditions : La Gidouille (2015) .
Autres chroniques de l'auteur :
Droit vers le soleil.
Hollywood Plomodiern.

 

 

 

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