Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

03 juillet 2015

PRIZIAC Michel / Naufragés des sources.

 

img015
Naufragés des sources.
Michel PRIZIAC.

Note: 5 / 5.
Anciens et modernes !
Je connais et apprécie Michel Priziac depuis des années et bizarrement je ne l’avais jamais lu. Il est, entre autres, Président de l’Association des Ecrivains Bretons, et aussi Président des Comités de jumelages Bretagne-Irlande. À ce titre il m’avait invité à parler de la littérature irlandaise à Querrien (29) le 15 mai de cette année.
Nous sommes à Ménezhiboù, quelque part dans la campagne costarmoricaine, probablement près de la source du Trieux.
Ange, quatre-vingt-deux ans aux prunes, le narrateur de cette histoire y coule des jours heureux près de plusieurs sources. Célibataire, mais acceptant son sort avec une pointe de regret. Il sait que maintenant cette situation sera la sienne jusqu’au trépas.
Parfois de curieux visiteurs viennent troubler sa quiétude. Il les accueille toujours avec bonhomie, même s'ils sont plutôt comiques ou quasiment incompréhensibles !
Et cela défile, les prétextes sont variés, la recherche de la source du Trieux ou pour lui vanter les bienfaits de gadgets dont il n’a point besoin ! Il apprend ainsi l’existence de cougars… et peut-être pas loin ! Ses visiteurs qui semblent venir d’une autre planète sont surpris et choqués qu’il soit né dans la demeure familiale ! Un groupe de randonneurs pestant après la pluie trouvera refuge chez lui, une classe d’enfants lui apportera par contre beaucoup de bonheur.

Quelques amis de son âge, trop peu hélas, l'Ankou a fait son travail : Youen est un des derniers partis. Il y a peu, le village comptait une quarantaine d’habitants, plus que deux dorénavant ! Son plus proche voisin est Jean Rivoal. Un vieux de la vieille comme lui. 
Imaginez une sorte d’univers que certains voudraient sur-connecté au fin fond de la Bretagne profonde et un vieil homme qui ne s’en laisse pas conter par des technocrates qui ne veulent que son bonheur.
Mais lui le bonheur, il l’a déjà ! 
Les anciens, Ange Leindour, personnage à la profonde sagesse, mais d’une grande malice. Il fait le bilan de sa vie, qui le satisfait complètement, et il est encore très jeune dans sa tête, et elle n’est pas finie, sa vie !
Jean Rivoal, le complice, l’ami d’enfance, le quasi frère, Nathalie est aussi une ancienne de retour de « La ville » Paris où elle est partie il y a bien longtemps. Ange s’en souvient, elle lui avait refusé un slow un soir au bal ! 
À noter le choix des prénoms (composés et ridicules), des jeunes qui semblent sortis en ligne droite des rubriques naissances du Figaro ! Jean-Valentin, André-Pierre, René-Pierre, Cindy-Louise, Anh Minh, Hughes-Henri, Eudes-Albert, je reconnais que l’on trouve aussi un David…
Un livre jubilatoire, qui sur un ton humoristique, traite d’un problème générationnel, la communication « vraie » dans un monde hyper connecté ! Il est plus facile d’être en contact avec un ami qui est au Canada qu’avec son grand-père par exemple qui est à la même table ! 
Imaginez « Le Meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley, mais en pire. 
Une phrase résume très bien ce livre. D’ailleurs elle figure sur la quatrième de couverture ! :
- Les quatre convives sont désormais installés autour de cette table bien préparée par qui n'attend personne. Prennent également place sur la table le Smartphone de René-Pierre, l'iPod de Cindy-Louise, l'iPad d'Agnes, et le couteau d'Ange. 
Un texte plein de nostalgie, celle qui nous touche quand l’âge vient, mais qui n’est pas forcément triste ou désespérée ! Juste regarder d’un regard amusé, sans aucun paternaliste, sur ce qui nous entoure et constater que trop de communication tue la vraie communication ! 
Un excellent livre qui me touche particulièrement car il se déroule dans les Côtes d’Armor où je suis né, il y a maintenant quelques décennies. Et j’y retrouve la convivialité de l’époque, le sacrosaint goûter, le café et les galettes faites maison, et le cidre aussi ! Un temps hélas révolu ! 
Miche Priziac a eu l’excellente idée de rajouter quelques pages en fin d’ouvrage  « Indications lexicales » de à A (adom/ à domicile) à Z (Zen/tranquille, serein) en passant par P (Penn Braz/ mot breton pour désigner un bâton).
Extraits : 
- C'est beau de revivre en paix, l'espace d'une journée, les délices nés chez moi par la grâce de mains expertes de mon pays.
- Il dépose en plein milieu de la toile cirée un plat ovale et brillant où sont dressés saucissons, andouilles de Guémené, des œufs durs, pâté de campagne, tomates. Il ne manque ni le pain, ni le beurre, ni les mirabelles au sirop dans un saladier en Arcopal.
- Vint le jour où parée de ses vingt ans, elle se volatilisa. Ange Leindour ne le sut que plus tard et par hasard. Et depuis, lorsque les effluves du printemps émoustillent les sens, c'est la fille à sarrau de dix-huit ans qui lui hantent l'esprit.
- Je ne mange pas de gâteau au chocolat. Je préfère le Paris Brest. 

Il n'est autorisé dans aucun programme, trop de beurre, trop de sucre. 
Ah bon ! Le kouing amann ?
C’est déjà mieux !
Vous êtes sûr ?

Ah oui ! C’est le b.a-ba de notre métier, rétorquent en cœur les deux prêcheurs.
- On leur raconterait l’histoire de la fleur glissée dans la serrure de la porte pour signifier qu'on est passé, « puisque c'est ainsi je repasserai, j'espère que tout va bien ».
Éditions : Kidour (2015) 

 

Posté par eireann yvon à 19:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


30 juin 2015

Maillot noir / Collectif (Calibre 35)

 

couverture_maillot_noir_m
Maillot Noir.
Collectif (Calibre 35).

Note : 4 / 5.
À chacun son tour.
L’équipe mixte de « Calibre 35 », au départ de cette étape Rennes/ Mûr de Bretagne dont ils sont les régionaux, est composée de (par ordre alphabétique) :
Dossard N°1 : Isabelle Amonou ; N°2 : Claude Bathany ; N°3 : Nathalie Burel ; N°4 : Hervé Commère ; N°5 : Stéphane Grangier ; N°6 : Valérie Lys ; N° 7 Frédéric Paulin et N°8 Leonard Taokao. Directeur Technique : Jean-Marie Goater.
Celui-ci nous a confirmé que tous ses coureurs attaqueront durant le parcours, mais il s’est refusé à nous dire dans quel ordre.
Le départ a été donné par Jean-Bernard Pouy.
« Go Slow », ce n’est pas réellement recommandé pour un coureur cycliste professionnel ! Mais quand un dealer décide d’aller livrer la dope à vélo ! C’est surprenant ! Et Paris-Rennes, ce n’est pas la porte à côté ! La route est semée d’embûches !
« Tandem » à Mur de Bretagne : des frères jumeaux sont sur la route, l’un, Tom, sur son vélo, il participe au Tour ! L’autre, Matt, est comme spectateur, dans son fauteuil rouleau, accident dans une descente… accident, pas sûr en réalité !
« Perdre les pédales », c’est le comble pour un fou furieux du vélo. Greg Diamant était semble-t-il promis à un bel avenir, sauf que sur les conseils d’un ancien, il cherche de la coke pour améliorer ses performances. Mais il se fait prendre. Alors pour lui commence la longue descente, pas celle du Tourmalet ou du Galibier, non, juste celle de la vie. Dans un sursaut, il décide, malgré tout, de participer à cette étape bretonne…
« Le baiser au vainqueur ». J’ai beaucoup aimé cette longue et triste nouvelle. Pauvre Gigi !
Jeannie pour l’état civil. Jeannie Pingeon, en plus c’est lourd, surtout que le père est fou d’Amstrong, il voulait un fils qu’il aurait prénommé Lance. Son épouse lui a donné cette pauvre fille qu’il considère (et il n’est pas le seul) comme idiote. Mais la nature dans sa grande mansuétude a fait qu'elle soit belle. Elle est élue « Miss Mûr de Bretagne », donc suprême vengeance, c’est elle qui fera la bise protocolaire au vainqueur de l’étape. La politique et les passe-droits l’éjectent du podium… Pour une fois elle va se rebeller ! Malheur à ceux qui se trouvent sur sa route. Un beau texte et une « héroïne » très attachante. 
« À la petite reine de Vesoul ». Naître à Vesoul, il n'y a rien de déshonorant, nommer ainsi son bistrot non plus. Mais être depuis des années un affabulateur et faire croire que, ce jour précis, l’étape du tour arriverait dans cette charmante ville et que, lui mythomane limonadier, était venu au monde 5 minutes avant le vainqueur de l'étape. Sauf qu’un soir un pitoyable client qui ne respecte rien annonce que, ce jour-là, l’étape se termine à Rennes ! Enfer et damnation ! Quel cuistre, comment oser…
« Le mystère de la petite reine ». Tuer un coureur au départ d’une étape du tour, c’est mal venu. Dénaturer la petite reine à Rennes, c’est incongru. Décaler le départ d’une journée, cela ne s’est jamais vu. Et pourtant, c’est ce qui arrive. Quelle mauvaise publicité ! Mais le commissaire Crovel veille au grain ! Un mystérieux correspondant lui envoie des indices…
« Livarot libre » c’est la délirante et pathétique histoire de pieds nickelés brisés par la décision des organisateurs de choisir Rennes plutôt que Livarot comme ville étape de cette grande kermesse ambulante qu’est cette course. Alors à Livarot la décision a du mal à passer, la municipalité s’est endettée, la crise frappe, alors la grogne monte, il faut réagir. Le Tour est une caisse de résonance nationale. Agissons camarades ! Beaucoup d’humour. On retrouve des personnages connus : Christophe Prodhomme, Jean-Paul Louvier qui est dorénavant retraité à Concarneau et Gérard Hultz qui lui sévit toujours à la télévision nationale !
« Dites treize fois amen… ». Amène ta dope avec la mienne, mon passeur s’est fait gauler à la frontière. C’est la prière de Miroslav. En effet le docteur Mangalé a eu quelques soucis à la frontière belge. Une histoire sanglante qui prouve que dans le cycliste comme dans d’autres domaines la mondialisation n’a pas que du bon.
Quelques fous furieux, des nostalgiques du temps passé, être et avoir été, des amoureux de la « petite reine », fans des « forçats de la route », même si certains furent des tricheurs notoires.
Un recueil où, et c’est assez rare pour le souligner, toutes les nouvelles sont d’un très bon niveau. 
Il est à noter que ce « Maillot noir » a vraiment existé, il était porté par le dernier du classement dans le tour d’Italie dans les années cinquante. En France c’est toujours « La lanterne rouge » même si elle n’est plus portée.
Il n’est pas possible dans un recueil de nouvelles noires consacré au Tour de France de ne pas parler du fléau du dopage avec tout ce que cela comporte d’apprentis sorciers, de pharmaciens véreux ou de soigneurs ( parfois des vétérinaires !) de tricheurs devant l’éternel.
Mais malgré cela la ferveur du public reste intacte ! 
Nathalie Burel était la seule que je n’avais pas encore lue, je vais réparer cette lacune très vite ! 
Extraits :
- Elle nous a servi une espèce de gâteau très gras délicieux, en nous disant que ça nourrissait les marins mieux que n'importe quoi. On a tout mangé.
- L’infirme aussi, il aurait pu en faire des études. Il travaillait bien à l'école, il aimait bien les maths et la biologie. Ils ne naissent pas idiots dans la famille. Mais ils finissent par le devenir.
- Plus tard, la mort de son père, le divorce avec sa femme, l'hostilité cyclique de ses deux fils à son égard ne l'avaient pas vraiment abattu. Le fatalisme, donc.
- C'est certain qu'il en crève de tout ça, de ne rien pouvoir dire, être enfin réduit au silence, d’être celui dont on dit du mal.
- En tout cas, voilà, il nous l'avait craché son titre de gloire, il nous l'avait servi sa misérable histoire à deux balles. Quarante ans que je l'entendais fatiguer tout le monde avec ça, quarante ans. J'espérais que, ce soir il allait s'arrêter là sans développer davantage.
- Cela faisait des années que j'espérais voir la ville de Rennes être une étape du tour. Le vélo et les Bretons, c'était une véritable histoire d'amour. Jean Robic, Louison Bobet, Bernard Hinault...
- À Livarot comme dans toute la région, le salarié commença à se faire rare, remplacé progressivement par le chômeur.

- Il se prenait dorénavant pour un sauveur de l'humanité. Sans lui et ses semblables, sans l'argent du trafic de drogue utilisée pour renflouer des banques comme la HSBC, le capitalisme se serait effondré.
Éditions : Goater Noir (2015)
Autre chronique de ce joyeux collectif que je salue :
Rennes, ici Rennes.

 

Posté par eireann yvon à 09:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 juin 2015

BATELLA Fausto / Jack Kerouac, half back.

 

 

003399074 JK
Jack Kerouac half back*.
Fausto BATELLA.
Note : 3,5 / 5.
Et si… 
Court essai de cet auteur italien plutôt spécialiste du catenaccio et du football pratiqué en Europe que du football américain !
Un livre peut commencer de manière fortuite, ici des recherches sur Internet dans les archives de l’université de Lowell, Massachussetts pour découvrir la trace d’un homonyme et la trace de son mariage avec la fille d’un Gallois. 
Mais Lowell, c’est aussi et surtout la ville où Jack Kerouac est né et a passé la plus grande partie de sa jeunesse.
Est-il possible que le Batella des archives ait rencontré Jack Kerouac ?
Le mystère demeure entier.
Cet ouvrage est composé d’un prologue, d’une annexe, d’un glossaire et de deux chapitres principaux.
Le premier divisé en 65 parties pour le premier, en 24 pour le second.
Pratiquement seule la première partie est exclusivement consacrée à Jack Kerouac avec des sous-titres allant de « Les débuts » à « New-York, aller et retour ».
Les parties sont séparées par des photos d’époque dont certaines relativement rares de Jack Kerouac à l’entrainement ou en action.
L’auteur, ce qui est bien, use d’extraits de passages de livres de Jack Kerouac parlant de football américain. Mais parfois à mon goût il en abuse, ce qui fait que ce livre n’apporte pas grand-chose.
Par contre on peut réellement se poser la question : Et si Kerouac n’avait pas été gravement blessé ? Aurait-il eu les capacités pour tenter une carrière professionnelle ? Aurait-il eu la volonté de s’astreindre à un régime strict d’athlète de haut-niveau ? 
Une chose est sûre, la littérature aurait beaucoup perdu et je ne suis pas certain que le football américain aurait gagné un grand joueur.
La seconde partie du livre «D’abord, de 1873 à 1934» concernant l’histoire et l’implantation du football américain dans le cœur des foules est intéressante. En quelques dates elle nous explique comment ce sport est passé comme le dit si bien l’auteur : 
- Le début des années mille neuf cent vingt est une période d'effervescence dans tous les domaines, qui voit notamment l'idée du « business of sport » supplanter celle du « sport of business ».
De nombreux personnages qui ont fait partie de la vie de Jack Kerouac durant cette période. Celle de sa jeunesse, de son enthousiasme, bref une époque heureuse. Cela va de son père Léopold aux entraîneurs de football, en particulier Lou Little avec qui les relations seront plutôt tendues. Et de nombreux amis de l’époque dont quelques-uns sont des représentants des riches familles juives des environs de New-York.
Un essai bien documenté, mais je regrette le peu de place laissée réellement à Kerouac dans ce livre mais qui peut satisfaire, malgré mon avis mitigé, un public de lecteurs voulant découvrir les passions pour divers sports de cet écrivain devenu, parfois malgré lui, l’icône de la littérature beatniks.
Extraits :
- Des coïncidences, même les plus simples, peuvent changer le cours d'une journée ou d'une vie et laisser abasourdi. Souvent, le plus anodin des événements réserve des surprises absolues et prend une tournure inattendue.
- Contrairement à Jack, mes qualités d'athlète ne me permettaient pas de prétendre à une bourse d'études.
- En revanche, en lisant « Avant la route » en anglais, j'ai trouvé de nombreuses pages consacrées au football.
- Jack «Duluoz » Kerouac est avant tout un bon joueur qui intéresse des universités prestigieuses comme le Boston College et la Colombia University à New York–l'occasion pour lui de tenter sa chance au niveau national.
- ... Le visage tourné vers la cloison du wagon cahotant. Quelle puanteur des centaines de bouches respirant un air fétide... la célèbre haleine aillée du vieux New York... qui a surmonté ces épreuves ? Tout le monde.
- L'autre minorité importante est constituée des fils de riches entrepreneurs irlandais de New York.
- L'un de ces gosses de riches sert de périscope à Jack, qui découvre alors la bonne littérature, le cinéma d'avant-garde et le jazz.
- Très vite, le canuk de Lowell se débrouille bien et réalise de bonnes moyennes sur les différents types de coups de pieds. Tous ces choix se révèlent judicieux.
- Le grand écrivain en devenir séchera parfois les cours et les entraînements pour aller respirer l'air d'un matin d'automne radieux à Time Square et se perdre dans la foule bigarrée de la métropole, les yeux grands ouverts, les sens à l'affût.
- Au milieu des gens « sérieux », le futur écrivain, qui n'a pas pu s'acheter un costume blanc, reste assis sur la pelouse à lire Walt Whitman, un brin d'herbe à la bouche.
- Lorsque Kerouac deviendra un écrivain reconnu, l'administration de la Colombia lui enverra à plusieurs reprises la note des repas, dans le plus pur style Ivy League.
Éditions : Éditions du sous-sol. (2015) DESPORTS.
Titre original : Jack Kerouac Half Back (2010).
*Le héros de la Beat Generation et le football américain.

Logo Dialogues

 

 

Posté par eireann yvon à 17:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 juin 2015

COQUET Gérard / Malfront. Les fantomes de la combe.

 

Coquet Gérard
Malfront. Les fantômes de la combe.

Gérard COQUET.

Note : 4 / 5.
Au fil des ans et des morts !
Auteur qui m’était jusqu’à ce jour inconnu et pourtant il n’est pas à son coup d’essai.
Je le découvre en tant que membre du jury de l’Association des Ecrivains Bretons, mais pour un autre roman qui est la suite de celui-ci. 
Durant le prologue et le premier chapitre, nous faisons connaissance du narrateur de ce roman, un chêne plus que centenaire. En effet son histoire commence en Thermidor 1794. Modeste gland, il est recueilli par Marceline, une nonette, qui est chargée de remettre une lettre importante dans un monde à feu et à sang. Mais la route est longue et dangereuse ; alors elle accepte l’hospitalité d’une vieille et étrange femme, Ernestine, qui la détourne du droit chemin. Violée par un soudard qui en périra grâce à cette sorcière, elle donnera naissance à une lignée de descendants mâles qui seront tous prénommés Georges, Georges-Marcel, Georges-Irénée, ou Georges-Louis entre autres.
Le chêne grandit et les siècles passent lentement mais sûrement… de malédictions en morts violentes, l’histoire du village s’écrit. 
Nous sommes en juin 2007, Chêne Fourchu est toujours là, bien vert et mémoire vivante du village de Martebrun ; les temps ont changé et la quiétude du village va voler en éclats.
Même dans les époques les plus reculées et les plus violentes, le chiffre des décès de morts subites et particulièrement cruelles n’atteint pas ce nombre en si peu de temps.
Alors évidement la police prend l’affaire très au sérieux car quelques notables (pas tous respectables) sont au nombre des cadavres découverts dans des positions pour le moins peu glorieuses.
Le village et ses habitants sont passés au crible. Hugo Boscowich, qui a passé son enfance à la combe de Malfront, aide la police car il connait les us et coutumes de chacun, ainsi que certains cadavres cachés dans les placards.
Beaucoup de personnages tout au long de ce livre qui nous fait en plus découvrir l’histoire avec un grand H de cette région autour de Lyon. Ce microcosme est un vase-clos où tous les habitants s’espionnent et se jalousent ; alors les coupables potentiels sont nombreux.
La période contemporaine aussi est riche en hommes et femmes torturés, tourmentés par des fantômes personnels et qui semblent encore victimes d’ancestrales malédictions. 
Avec l’aide d’Hugo, la police officielle représentée par Line est sur les dents. Ils sont sur place, ainsi que d’autres fonctionnaires. Les habitants du village ont tous un rôle dans la bonne marche de la vie communale. Ainsi Augustin, ivrogne notoire et homme à tout faire, qui a découvert tous les corps des défunts dans différents endroits de ce charmant village ! Et comme c’est lui qui les enterre et il est un des suspects… parmi tant d’autres.
Mathilde, veuve et ancien amour de jeunesse d’Hugo, et son entourage, Casimir, un serbe énigmatique et Célia, ancienne prostituée ramenée de Lyon un soir d’orgie par son mari.
Un livre de plus de 350 pages où l’on ne s’ennuie jamais. Il est aussi très intéressant de découvrir un vocabulaire régional très imagé. Et un humour bon enfant qui détend dans cet océan de noirceur.
Un second roman « Malfront. Les mémoires de Mathilde » reprend certains des personnages de cet ouvrage (enfin ceux qui ont survécu).
Une découverte.
Extraits :
- Compte tenu du passé de la vieille, il ne lui accorda ni absolution ni messe ni bénédiction, juste une phrase anodine marmonnée au milieu du sermon dominical.
- Le paysage hirsute s'abreuvait du drame. La combe de Malfront était morte. Même la bise glacée de décembre ne dérangeait pas ce cimetière. Quelques-uns des tourbillons léchaient les pieds des sapins mais s'éteignaient religieusement. Dans la cour, rien ne bougeait.
- Quand il revint sur terre, le type dans le miroir ne le regardait plus avec la même méchanceté.
- Dans la malédiction, c'est écrit que si la mort fauche une lavandière, le malheur s'abattra sur Malfront et réveillera le fantôme de la nonne...
- Dépité, j'ai plié racine. Tout ça ne présage rien de bon pour les jours à venir.
- Ce subterfuge lui avait toujours permis de séduire ses proies sans se diluer en palabres inutiles, d'apprivoiser ses victimes d'un mouvement de hanche, de les consommer avant de s'envoler, besogne accomplie.
- ... la liste des anciens amants est en train de devenir une rubrique nécrologique ! Si un jour je suis concerné...
Éditions : In Octavio (2011).

Posté par eireann yvon à 09:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 juin 2015

HORLANS Isabelle / L'amour (fou) pour un criminel.

 

003388420
L’amour (fou) pour un criminel.

Isabelle
HORLANS.
Note : 5 / 5.
Au-delà du raisonnable.
Essai sur un thème dont on parle peu ou alors seulement à l’occasion de faits divers faisant les gros titres de la télévision ou de la presse. L’auteur est ce que l’on peut appeler une journaliste chevronnée ayant derrière elle plus de trente ans de carrière et quelques livres.
La question principale de cet essai est la suivante : 
Pourquoi certaines femmes (et plus rarement des hommes) vont remettre leur vie en question en succombant aux charmes de personnages sulfureux ayant commis des actes très graves et répétés ? 
On peut considérer certains exemples donnés dans ce livre comme consternants : comment est-il possible de convoler en justes noces maintenant avec Charles Manson (qui est l’un des prisonniers les plus populaires des États-Unis, si l’on s’en réfère au nombre de lettres reçues !) que l’auteur décrit ainsi :
- Octogénaire édenté à barbe grise dont le front n’a pas pris assez de rides pour cacher le svastika qu’il y a tatoué.
Cela ne l’a pas empêché d’épouser en prison une jeune groupie de 26 ans !
Prenons aussi le cas d’un des plus grands tueurs (et ils sont pourtant nombreux) des U.S.A., Ted Bundy ; pour beaucoup de femmes qui l’ont côtoyé, c’était un homme charmant ! Vingt-six ans après son exécution il a toujours de nombreuses admiratrices qui sont persuadées qu’il est innocent ! 
En France, un cas moins connu : Éric Lung, condamné à perpétuité pour le meurtre d’un gardien de la paix, séduit deux gardiennes de la prison des Murets où il était enfermé.
Parlons de deux cas d’école, pourrait t'on-dire. Fourniret est un de ceux-là ! Il rencontre sa compagne et complice par l’intermédiaire d’une petite annonce dans « Le Pèlerin ». Libéré pour bonne conduite, il l’épouse, et elle deviendra sa « rabatteuse » pour lui procurer de jeunes vierges qu’il viole, puis assassine.
On peut se poser la question des motifs qui font que cette femme, mère de famille, puisse participer à de telles horreurs ? Peur, sadisme, obéissance aveugle ? Les trois à la fois sûrement. 
Ces interrogations sont aussi valables dans le cas de Dutroux dont la femme Michèle Martin est pour le moins restée étrangement passive. Ils se marieront en prison.
Il y a aussi des femmes admirables dans ces circonstances très lourdes à porter et très certainement à vivre pour elles. Je pense à Sandrine Ageorges-Skinner qui a épousé le Texan, Hank Skinner, condamné à mort et qui se bat pour prouver son innocence plus que probable.
Un mot sur Béatrice Leprince qui, elle aussi, a beaucoup œuvré pour Dany Leprince et qui l’a épousé, même si son rôle n’est pas apprécié par tout le monde.
Les hommes, mais c’est plus rare, peuvent aussi se faire piéger comme c’est le cas pour Florent Gonçalves, directeur de la maison d’arrêt de Versailles. Parmi les détenues, Emma A. qui, malgré son jeune âge, a participé activement à un des faits-divers les plus horribles de l’époque, elle a en effet été « l'appât » qui a permis au Gang des barbares de kidnapper Illan Halimi. Pourtant cet homme de 40 ans, marié et père de famille, perdra la tête et tout le reste pour une liaison qui fit grand bruit à l’époque !
Des hommes et des femmes dont la plupart semblent bien sous tous rapports mais qui, malgré cela, un jour perdent la tête et tous leurs repaires souvent familiaux. Certains effectivement ont une carence affective ou autre.
Ce problème, et ce livre le démontre, concerne très souvent des femmes, mais chaque cas est un cas différent. 
Un peu d’humour, l’auteur nous apprend ainsi que Landru dans le fond de sa prison recevait des lettres… enflammées de nombreuses femmes ! 
Sinon c’est un livre qui interpelle… La somme de recherches pour l’écrire a dû être énorme mais le résultat est pour le moins très enrichissant et m’a donné envie d’aller plus loin, me documenter sur ces femmes hors-normes et sur ces hommes sérial-killers ou violeurs multi-récidivistes.  
Après avoir lu ce superbe essai, il est évident que pour des esprits soi-disant normaux, comme vous et moi, il est très difficile de comprendre ! Mais y a-t-il la nécessité de comprendre ? De même avons-nous le droit de juger ? Je rejoints l’auteur, et je pense que nous n’avons aucun droit sur ces gens qui, pour la plupart, sont majeurs et vaccinés comme on dit et pratiquement tous consentants ! 
J’ai beaucoup apprécié ce livre et j’ai durant sa lecture fait de nombreuses recherches sur cet outil merveilleux qu’est Internet !
Extraits :
- Dix-huit mois après l'audience, son avocat Monsieur Alain Behr voit toujours en elle « une victime du système : mettre de séduisantes fonctionnaires en présence d'individus en manque de relations sexuelles aboutit forcément à une tension libidinale insupportable. C'est le jardin d'Éden ».
- Ces tranches de vie ont un dénominateur commun : la fragilité des unes, la domination des autres. La plupart des détenus admettent, lors de leur procès, avoir « utilisé » leurs geôlières.
- « Effectivement, convient le psychocriminologue Philip Jaffé, il faut être un peu folle... Mais pas plus que la personne qui quitte son emploi à la banque pour élever des chèvres dans le Larzac. »
- « Ainsi naissent des sentiments que je qualifie » d'affectivo-materno-amoureux ».
- À l'occasion de ce voyage, Sandrine côtoie les fameuses groupies, « qui collectionnent les condamnés à mort comme d'autres collectionnent les porte-clés ». L'une d'entre elles se vante d'avoir vingts correspondants et admet « bien s'amuser » !
- C'est pourquoi ils ont recours au Web : trouver des amis, leur permettre de résister et avoir un plus. Et ne croyez pas qu'ils cherchent forcément des femmes ! C'est juste qu'elles sont seules, ou quasiment, à leur répondre.
- L'amour est aveugle, dit l'adage, et tant mieux pour ce que la nature a défavorisé. Cela explique en tout cas pourquoi Manson reçoit, selon la presse, quelques vingt mille lettres et e-mails par an.
- Un détenu peut mettre une femme sur un piédestal. Les condamnés à vie sont les meilleurs, les plus engagés des amis. Ils n'ont rien à faire que de se consacrer à vous et ils vont vous être totalement dévoués.
Éditions : Du Cherche-Midi (2015).
61730262_p

 

Posté par eireann yvon à 17:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,