O'BRIEN Flann / The best of Myles.

Flann O'BRIEN .
The best of Myles.
Note : 5/5.
Les chroniques de la petite cruche pleine*.
Cette chronique comme le livre dont il est question ici est un peu spéciale ( l'ouvrage est encore plus spécial). Nous avons donc entre les mains la réédition d'un ouvrage « Dublinoiseries » datant de 1983 édité chez Jean-Cyrille Godefroy qui contenait six histoires ou chroniques ou ce que vous voulez d’ailleurs. Quatre autres textes traduits par Rosine Inspektor, qui a aussi écrit une nouvelle préface figure dans cette nouvelle édition.
Un Flann O’Brien au sommet de son écriture (que dis-je de son art !). Pour ces chroniques il employait le nom de «Myles na nGopaleen», ces articles durèrent de 1940 à la mort de l’écrivain en 1966.
Il y a beaucoup de dérision dans l’œuvre de Flann O’ Brien, mais ici c’est un concentré d’humour dublinois. Ces articles ont été publiés par l’Irish Times dans «La chronique de Cruiskeen Lawn» (La petite cruche pleine). A consommer sans modération : « Le Whiskey est un hydromel fait à partir de grain, tout comme le pain ». Donnez-nous notre pain quotidien.
« WAAMA » Que se cache sous ces initiales ! Rien de moins que l’association des auteurs, artistes musiciens et écrivains irlandais. On devine que Flann avait peu d'estime pour eux et il semble que la réciproque soit également vraie ! Savez-vous ce qu'est un manieur de livres ! Un homme qui change les livres de place chez un riche qui bien évidement n'a pas le temps de lire, mais qui aimerait le faire croire ! La rétribution sera à la hauteur de la bourse de l'employeur ! Une excellente manière de se moquer de la bourgeoisie irlandaise, mais qui doit être pareille ailleurs.
« Le frangin » c'est quelqu'un et même plus que cela. Un homme attend son bus et trouve toujours une bonne âme pour écouter ses discours sur ce frangin, homme qui a tout lu, tout bu, tout entendu et qui a des idées sur tout ! Par exemple c'est la fin de la guerre et la pénurie frappe l'Irlande ; la solution : que tous les habitants du pays restent au lit une semaine par mois. Si on ne travaille pas, on n'a pas faim, donc un quart des besoins mensuels est ainsi économisé ! Etc, etc....heureusement pour l'oreille qui doit subir l'apologie du frangin, et faire semblant d'écouter, le bus arrive.....
« Critique, art et littérature » permet à Flann O'Brien de tremper sa plume dans le vitriol contre certains de ses contemporains, écrivains surtout ! Il dénonce l'absurdité de l'art, de ses adorateurs en citant cet échange de phrases soi-disant entendu dans un cocktail :
- Savez-vous mon cher que mon arrière grand-père a été tué à Waterloo ?
Vraiment mon coeur, sur quel quai ?
Ne soyez pas ridicule, Godfrey. Comme si le quai avait une importance.
Après la bourgeoisie Flann O'Brien change de cible ! « Le bon peuple d’Irlande » est un dialogue entre ce bon peuple d’Irlande et l’auteur. Lequel auteur semble prendre les irlandais pour des benêts !
Dans « Le bureau de recherche » prière de s’agripper à ce que l’on peut, car entre l’encre qui boit « cette nouvelle encre qui exhale d’insidieuses vapeurs spiritueuses dont la recherche se poursuit à grand pas », la mise au point d’un remède pour soigner la flémingite aiguë ou le pantalon d’urgence qui a des poches du diamètre exact des bouteilles de bière sans oublier le train fonctionnant à la tourbe, arrachage et combustion instantanée, les jurés du concours Lépine y perdraient leur latin , ou leur gaélique en Irlande!. Et que dire de cette idée d’ouvrir les pubs de 2 heures à 5 heures du matin seulement ? ?
Grave problème également dans« Sir Myles Na gCopaleen » (le p’pa) est-il mort ? Le fait d’être ressuscité 8 jours après annule-t-il son testament et le remariage de sa veuve ?
Et que faire de tous « Les Raseurs » répertoriés par Flann ? Ces types qui ont une lame de rasoir ou une montre, celui qui ne veut pas avoir la radio, ou encore celui qui ne croit pas au grand air ? Pour ne plus passer pour un raseur, je porte la barbe depuis trente ans !
Dans la rubrique « Divers » Flann O'Brien passe du coq , non du poulet avec une recette que je ne tenterai pas, à l'âne, sa bête noire « Le bon peuple d'Irlande » !
Un excellent ouvrage pour mieux découvrir Flann O'Brien dont malheureusement pour lui la reconnaissance en tant que romancier fut posthume.
Extraits :
- L'adhésion sera gratuite pour les jeunes filles et on embêtera personne avec des âneries sur Sigrid Undset et James Joyce Cabell.
- Il suffit d'envoyer vos guinées pour participer immédiatement à ce grand sursaut culturel du peuple irlandais.
- La modération, semble-t-il, est extrêmement rare dans ce pays.
- Jugement du tribunal libre de Cruiskeen au sujet du livre de Flaubert « Madame Bovary ». On dirait un précis de grammaire irlandaise rédigé par les «Irish Christian Brothers ».
- Humour envers lui-même : Attention mon vieux tu bois au-dessus de tes moyens.
- Humour entre écrivains : Le porc trahi de Dorren Grey pièce de théâtre adaptée d'un roman d'Oscar WILDE. Prenez le THOREAU par les cornes. Si JOYCE dire. On n’apprend pas au vieux SYNGE à faire la grimace.
-« Le bon peuple d’Irlande » Vous pouvez parler de faire descendre la consommation alcoolique, descendre c’est bien le mot.
- Toute invention est, pour le pauvre mortel, utile……à quelque chose.
- En ce qui concerne les écrivains, disons tout de suite qu'il n'y a pas de personnalités majeures dans les lettres irlandaises aujourd'hui. Au siècle dernier, Joyce et Yates étaient les deux seuls hommes de génie.
- Je ne comprends ni ne supporte que la typographie criarde de cette feuille hiéehorrifique qu'est ma déclaration d'impôts, et je ne serai pas le moins surpris d'apprendre que la vôtre est pareille.
- Bien sûr aucune boisson n'égale une bouteille de stout. Celle-ci est sui guinnessis .
Editions : Les belles lettres (2011).
Titre original : The best of Myles. (1968)
*Cruiscin Lan en gaélique.
Autres chroniques de Flann O'Brien :
Dublinoiseries (version 1983)
La kermesse irlandaise
Le Pleure-Misère
Une vie de chien.
DAPIEVE Arthur / Black Music.

Black music
Arthur DAPIEVE .
Note : 4 / 5
La musique n'adoucit pas forcément les mœurs *!
Une introduction signée Tony Bellotto guitariste, musicien et auteur nous donne quelques clés pour mieux appréhender et comprendre ce livre. On apprend au fil des pages certaine expressions qui sous des dehors très classiques pour nous européens ont un sens d'une rare violence là-bas ! Avec cet exemple :
-Mais si tu joues au con tu es bon pour le micro-ondes.
Une bande de redoutables terroristes (enfin on le suppose) kidnappe, le visage dissimulé sous des masque de Ben Laden, dans un embouteillage monstre et dans la quasi indifférence générale un jeune américain Malcom (Maïcom en version locale).
Le père de celui-ci ayant une très bonne situation, cadre supérieur dans une compagnie pétrolière américaine (cela ajoute un côté anti-gringo qui devrait leur apporter une certaine sympathie populaire) ! Mais Malcom est noir ! De ce fait pas très éloigné d'eux qui sont pour la plupart aussi de descendance africaine. Ce qui n’arrange pas la situation surtout que c'est uniquement le côté financier qui intéresse le gang des Buffalo, dont le chef Musclor lui est blanc, en pleine guerre ouverte avec les Mato Fechado ! La transaction n'est pas des plus faciles....le père tergiverse, les esprits s'échauffent, et notre jeune américain du haut de ses treize ans regarde avec une certaine concupiscence Jo, la laideur de son visage est amplement compensée par une paire de fesses à damner tous les saints du calendrier brésilien ! C'est dire !
Le second chapitre est très original car c'est une chanson d'un rap érotique et sordide, racontant l'histoire de l'unique point de vue de Musclor avec un intermède sexuel et très misogyne bien dans la tradition des chanson raps (enfin ce que l'on en dit....je n'y connais rien). Au milieu de cette longue chanson le refrain change, de purement musical il devient vraiment fataliste parlant du peu d'espérance de vie des jeunes du quartier.
Et à partir de ce moment là ce livre qui était raisonnable devient très explicite et porté sur la chose ! Ce n'est plus la samba, cela devient beaucoup plus torride que cela !
Jo est la narratrice de la troisième partie et raconte à un interlocuteur anonyme sa vie. Un récit où elle évoque non sans un certain détachement son statue de troisième « légitime » de Musclor ! Elle avoue avoir parfois envie d'un autre garçon, alors elle se contente comme elle peut ! Son seul viatique n'est pas son intelligence mais une paire de fesses.... Elle se compare à sa soeur, qui après un début difficile a « réussi » dans la vie, fille mère à treize ans elle travaille dans un institue de beauté...aucun diplôme n'est exigé...mignonne et pas trop regardante sur la morale sont ses meilleurs atouts ! Quant à Jo, la présence de ce géant noir fait plus que l'émoustiller......la musique se fait plus sensuelle....
Une brochette de personnages pour le moins hétéroclites et pas très malins ! Michael est bien jeune et pas réellement pressé de mourir, il ne comprend pas ce qui lui arrive mais découvre la peur ! Et aussi que le vie en général tient à pas grand chose dans certains quartiers de Rio.
Les membres du gang par exemple répondent aux doux surnoms de : Astre Blême, Trapu et Costaud, Crève la Faim, Musclor naïf mais cruel, Jo laide et soumise, mais encore un peu fleur bleue....
Une narration originale pour une histoire qui oscille entre gravité et loufoquerie, la vie dans les favelas à travers l'histoire de Pieds Nickelés locaux, les garçons stupides et Jo pathétique ! La playlist habituelle pour terminer en musique bien sûr avec beaucoup de jazz!
Une postface à l'édition françaisetire un état des lieux qui est tout sauf réjouissant ! C'est violent et très osé.....la preuve hélas que l'on peut faire l'amour et la guerre !
Terminons par cette blague de mauvais goût à la philosophie réaliste) dixit l'auteur :
- Le Brésil est le seul pays au monde où les trafiquants sniffent et où les putes prennent leurs pieds !
Extraits :
- Ils portent tous des masques de Ben Laden. Le terroriste à la voix rauque et au blouson vert me braque avec son Uzi.
-Jamais George W. Bush ne va accepter ça, D'autant qu'il s'agit d'un Américain noir dont le père vote démocrate. Je suis mal barré.
- Je suis fier de ma taille. Un mètre quatre-vingt douze. . Une fois ma croissance terminée, d'ici six ou sept ans, je dépasserai allègrement les deux mètres.
- Parfois, maman disait qu'une personne pouvait être laide comme la misère. En observant le visage de Jo je comprends mieux la signification de cette expression en portugais.
- Le corps de Jo s'améliore à partir du cou. Sa poitrine ferme est faite de deux petits ballons frémissant sous le chemisier noir.
- Le fessier, monstrueux, jaillit des hanches larges comme un immeuble érigé illégalement derrière une palissade.
- Je ne suis pas Emimen, je ne suis pas Beastie Boy,
je ne suis pas une vedette, appelle-moi Musclor.
- Moi j'aime que les garçons. J'aime beaucoup les garçons. Je dois me contrôler, parce que je suis la femme de Musclor.
- Mais je ne me plains pas. Limite je me touche en cachette en pensant à un autre. Donner ma chatte en vrai à un autre serai pareil que balancer aux flics comme les X-9.
- Quand il m'a vu dans la chapelle, il est venu me donner l'accolade. Tellement il m'a serré que j'ai senti sa bite durcir contre mon ventre. Le désir ne respecte rien, eh oui hein, pas même le cimetière.
- Un homme pour de vrai, c'est un mec qui fait pas que te baiser. C'est aussi un mec qui paie l'addition.
- Déjà seize ans et pas encore enceinte !? Cela sert à quoi une meuf si elle donne pas de gosses à son mec ?
- Le plancher rouge, lui aussi. Couvert de rouge. On se croirait en enfer. Sainte-croix.
Éditions : Asphalte (2012).
Titre original : Black Music (2008).
* Le sexe non plus d’ailleurs !

JAOUEN Hervé/ Toilette des morts.

Toilette des morts.
Hervé JAOUEN.
Note : 4,5 / 5.
Lavage de crâne !
C'est la première fois que je lis ce livre malgré le fait qu'il date de 1883 et a été réédite en 1992. Donc malgré toutes mes recherches, j'ai encore (et c'est tant mieux) quelques lacunes dans ma lecture de l’œuvre d'Hervé !
Un homme dans un hôpital psychiatrique regarde le livre de cours d'une infirmière militaire.... le chapitre qu'elle étudie est ... « Toilette des morts »...il pense à son épouse récemment décédée. Comment et pourquoi ?
Ollivier commence à travers la France une longue traque pour retrouver et tuer six officiers qu'il juge responsables de son séjour en hôpital psychiatrique et donc du décès de Corinne. Il s'organise, connait le monde des banques, donc l'argent ne lui manque pas, et la haine est un puissant levier.....
Mais ces morts suspectes d'anciens officiers finissent par intriguer le commandant Laforge.....qui cherche le lien entre tous ces décès....
Ollivier Lhostis est, au début de ce récit, un homme de son époque, marié et père de famille, pas très porté sur l'armée et pensant avec juste raison que la France n'a pas forcément besoin de lui, il espère être dispensé de cette corvée d'un an.....il cherche malgré tout une solution médicale pour justifier cette exemption. Manque de chance, il ne choisira pas la plus facile et de ce fait s’aliènera les gradés qui doivent décider de son sort.... A la place de la liberté rêvée, c'est la prison et un drame qui l'attend ! Corinne son épouse est en effet retrouvée morte chez elle ? Il avait une petite fille Valentine...
Le Commandant Laforge, de son nom de code Saint Georges, fait partie d'un service qui n'a plus réellement d’existence légale, donc son rayon d'action est plutôt limité......la mort de ces militaires semble être l'oeuvre du même homme. Mais qui est ce mystérieux tueur, six morts déjà et surtout quel est le lien entre eux ? Et qui peut leur en vouloir à ce point ?....
Les chapitres sont différenciés en plusieurs catégories : O.Lhostis se souvient...d'autres sont des rapports de la sécurité militaire, section Saint Georges, dossier O.Lhostis. Il concerne Ollivier ou son épouse et émane de diverses sources officielles légales ou non.
Hervé Jaouen parle dans ce livre de la toute puissance de l'armée à travers l'exemple d'Ollivier, 25 ans, marié, père de famille, des études et une future belle situation, bref la tête de turc idéale pour certains militaires rescapés de bibine et d'anciennes guerres coloniales !La victoire de la gauche, la suspension de la sécurité militaire, joue un grand rôle dans cette histoire en plus le sus-nommé Ollivier semble, pour la hiérarchie militaire, un dangereux gauchiste, un ex-soixante-huitard, bref un « ennemi de l'intérieur ». Choses qui semblaient courir les rues en France à une certaine époque où pullulaient les barbus, chevelus et autres pacifistes de tous crins et de tous poils!
D'une histoire de vengeance somme toute classique dans la littérature noire, Hervé Jaouen dresse un constat social. Comme dans « Les endetteurs » vis à vis du système bancaire, « Les ciels de la baie d'Audierne » vis à vis de la justice, ici c'est l'armée qui brise des destins et des vies.
Mais où est la réalité ?................
Extraits :
- Un lit de mort c'est un machin haut, avec une tête maousse, en bois sculpté, un chevet, du papier jaune aux murs et une odeur de désinfectant ou de pisse.
- Bien que pathologiquement antimilitariste, Lhostis adorait les armes et cette passion ne simplifiait pas sa vie cérébrale.
- Il les avait provoqués. Ils l'avaient baisé.
- D'homme , devenir un cas psychanaliteux.
- Ils ont sournoisement jubilé. Ils avaient déterré de la masse conscrite un cas sur lequel ils allaient pouvoir épingler une rame d'étiquettes freudiennes.
- Forte tendance dépressive, à surveiller au corps.
Au corps, alors que c'était la tête qui était malade....
- Il s'est couché. Il a sorti ses armes, ses bouquins de combat, un truc auquel il avait pensé pour troubler les psychiatres : l'Ulysse, de Joyce ; Les monts et merveilles, de Lovecraft ; Le procès de Kafka ; et un Proust.
- C'était le début du cauchemar.
- Et, pour ne rien cacher, il cotisait au RPR, sous un nom de code.
- Une vieille gloire de la Cochinchine.
- Il était foutu, désespéré, anéanti, liquéfié.
Ne restait plus que la solution d'un coup d'éclat. Se pendre, étrangler un mec, flinguer un officier.
- Il se retrouva au point zéro, c'est-à-dire un endroit de sa double impossibilité : ni vivre ni mourir.
Entre les deux, il y aura la fuite.
- Tous membres de la sécurité militaire. Tous désignés pour le condamner. Un procès de Prague. Un procès de Moscou. De faux documents, de faux témoignages. Et l'avocat lui-même devait être dans la combine.
Éditions : Fleuve noir (1983)
Collectif (présenté par Aurélien Masson) / Paris Noir.

Paris Noir
MASSON Aurélien (Présenté par)
Note : 4 / 5.
Paris, ville lumière ?
Étrange destin que celui de ce livre d'abord sorti aux Etats-Unis aux éditions Akashic en 2008 puis en France ensuite. Retour aux sources en quelque sorte !
Salim Bachi, Didier Daeninckx, DAO, Jérôme Leroy, Dominique Mainard, Laurent Martin, Christophe Mercier, Patrick Pécherot, Chantal Pelletier, Jean-Bernard Pouy, Hervé Prudon et Marc Villard prêtent leurs plumes et leurs talents à ce recueil. Seul Didier Daeninckx est répertorié sur ce blog !
Trois parties « Ville lumière, ville ténèbres », « Libération perdue » et « La société du spectacle» sont au menu.
« Le chauffeur » et la prostituée, du sexe et du sang, un flic ripoux, mais une belle histoire d'amour.
« Gare du Nord » la monde de la politique, une mystérieuse « Unité », une élection présidentielle, un ancien en poste, un jeune qui brigue la place...alors tout les coups sont permis et la liste des victimes conséquente ! Au nom de la France et des affaires ! Évidemment il faut compter sur quelques dommages collatéraux !
« Comme une tragédie » ressemble dans sa narration à une pièce de théâtre, un homme revient sur les lieux de son enfance, il retrouve une femme qu'il a aimée...mais aussi un copain de longue date. Comme son titre l'indique......
Nico, Teresa et la mafia, tragique histoire de mort et de famille un soir de Noël. Un des plus beaux textes de ce livre.
« La vie en rose » et pourtant elle ne l'est pas toujours cette vie, surtout pour Lalya retrouvée morte, étranglée dans un jardin public. Une pauvre jeune fille qui a cru en sa chance, en sa voix, en sa bonne étoile. Pourquoi et comment cette mort ! Une histoire très touchante sur le monde actuel car elle n'est pas toujours « Belle la vie ». Une longue descente aux enfers pour une jeune fille désarmée et naïve.
Les diamants sont éternels mais certaines charmantes jeunes filles jouent leurs vies à la roulette russe...et à tous les coups on perd, rien n'est jamais perdu pour tout le monde.
« Rue de la Santé » qui clôt cet ouvrage est un texte étrange qui nous promène dans Paris, de la rue de la prison à la rue d'Alésia, de l'hôpital Cochin à des stations du métro aérien......On y parle d'Albert Camus, de Samuel Beckett, de Virginia Woolf et de Jacques Derrida....
Quelques personnages pour le moins ambigus, Sonia devrait prendre ses cachets, pour le bien de tout le monde, un « Grand Frère » érudit qui devrait, normalement donner l'exemple, mais c'est un peu loupé ! Quelques loufiats qui se loupent aussi mais bon cela partait d'un bon sentiment, belle solidarité professionnelle de gens qui entendent bien des choses....Monsieur Robert lui aimerait se souvenirs de certaines choses qui concernent son passé, mais est-ce bien utile et pas sans risques?
Paris dans toute sa splendeur et mais aussi dans toute sa noirceur, l'avantage de ce livre est que je connais bien cette ville, alors il est possible parfois de cheminer visuellement avec les victimes ou avec leurs assassins ! Et j'ai appris une chose, la Rue des Degrés est la plus courte de Paris, six mètres et quatorze marches ! Mais on y meurt aussi, et pas seulement d'un souffle au coeur.
Je parlais il y a quelques temps de l'orthographe, est-ce pire que du temps de « La guerre des boutons » ? C'est en tout cas plus épicé !
- Ma patite Mikette jte kif grav ma paraule. On ce bip ce roisse. Dè foi ke ton daron il çor le iench. On ce top dan la kave. Je te man-jerai labrikot. Pran une douch avan. Biz maï Love.
Comme il est de tradition une présentation des auteurs et une playlist musicale terminent ce recueil. Avec une surprise de taille : Jean Yanne et sa chanson « Pourquoi m'as-tu mordu l'oreille ?».
Un bon cru qui donne envie de découvrir certains auteurs.
Extraits :
- On dit des droits de l'homme, mais les droits de la femme, tout le monde s'en fout.
- Ils ne se changeaient pas pour descendre à Paname. Ils étaient en habits de guerre, le style urgence psychiatrique.
- ...et grandir, un peu comme Joyce fuyant Dublin devenu trop étroit pour son génie.
- L'amant numéro 2 aimait exhiber des filles qui ont la moitié de son âge et le tiers de son salaire dans des endroits à la con, comme le canal Saint-Martin, complètement muséifié.
- Dans le monde d'avant, on ne payait pas pour pisser. Accepter cela est encore une preuve qu'une puce de la soumission a bien été implantée chez toutes les personnes nées après le choc pétrolier.
- Et j'ai écouté, en boucle, « Wild Horses », pas la version des Stones, celle de mon pote Élliott Murphy, last of the rockstars, last of the bluesmen, le loner ultime, comme Dylan, comme Neil Young.
- La gamine a été faite n'importe où et elle est née n'importe où, dans la rue, elle était pressée de voir le monde, les voisins n'ont pas eu le temps de faire venir l'ambulance.
- La recette qui avait fait fortune à Paris, celle qui avait permis, grâce à Beaubourg, au Forum des Halles, à l'Opéra-Bastille, à l'Arche de la Défense, à la très Grande bibliothèque, de vider Paris des couches inférieures, s'appliquait maintenant à la proche banlieue.
- Vous voyez, M. Robert, quand vous vous concentrez, votre mémoire fonctionne. Il est important de la faire travailler. Voulez-vous que nous fassions quelques exercices ? »
- Les gens du 14e, du moins à cette époque, ressemblaient à une classe moyenne prospère et pas encore à une bande de trouillards en voie de paupérisation.
Éditions : Asphalte ( 2010).
Titre original : Paris noir (2008).
Autre chronique chez Gwenaëlle.
Chroniques dans la même collection :
Brooklyn
Londres
Los Angeles
Mexico
Rome
FOURIER Claire / Les silences de la guerre.

Les silences de la guerre.
Claire FOURIER .
Note : 4,5/ 5.
Les silences et les non-dits....
Troisième lecture de cette auteure bretonne, après « Métro Ciel » et « Je vais tuer mon mari ». Ce livre est un hommage à l'oeuvre de Jean Vercors, écrite il y a soixante dix ans « Les silences de la mer ».
Nous sommes dans le Finistère au bord de la mer, en 1943. Glaoda, jeune fille de vingt ans étudiante à Rennes dont les cours sont suspendus rentre à Gwitalmézé près de Brest chez son père veuf. Là-bas, comme partout, l'occupant prend ses quartiers et parfois pour ne pas dire souvent ses aises !
Les relations entre Glaoda et Hermann semblent couler de source, elle jeune fille en éveil, lui plus mûr mais les deux sont des érudits et beaucoup de choses les rapprochent. Par contre la tension entre le père et l'officier allemand est très finement analysée, la méfiance réciproque entre les représentants de deux pays en guerre, l'un est l'occupant l'autre l'occupé sur ses terres et dans sa propre demeure. Aucun des deux ne voulait cette guerre, mais ils doivent la subir avec plus ou moins de désagréments. L'un est résistant, l'autre le sait et doit même l'arracher des griffes de la Gestapo ! La résistance bretonne s'organise et s'intensifie, la mort de l'abbé Perrot pose bien des interrogations et jette des militants extrémistes bretons dans les milices nazies. Les troupes russes et ukrainiennes remplacent les soldats allemands jugés trop laxistes, mais la vie malgré toute ces contraintes continue hélas à tous points de vue de plus en plus difficile....
La guerre hélas reprend ses prérogatives.... l'Allemagne nazie est vaincue, les résistants de la dernière heure paradent et tuent......
Glaoda Ruzcoat jeune fille que rien ne prédisait à connaître un si grand amour dans des conditions pour le moins difficile ! Les frontières séparent mais l'art et la mer réunissent. Un personnage très attachant et fort malgré les circonstances.
Son père veuf, vétérinaire, résistant, avare de paroles mais qui au contact d'Hermann devient plus loquace, il n'en reste pas moins très mystérieux, sa fille pensant même à une maitresse pour expliquer ses absences nocturnes !
L'officier allemand Hermann Christaller qui aurait pu être né suédois, l'histoire l'a fait naitre allemand, anti-communiste viscéral les ayant vu à l'oeuvre dans les pays Balkans, il n'est pas nazi, juste un homme instruit perdu dans une guerre qui le dépasse. Il rêve d'un monde meilleur, un endroit de paix et d'amour, en ces temps troublés. C'est surtout un artisan, un homme de travail pas de guerre il parle avec beaucoup d'admiration du peintre Caspar David Friedrich et Gloada de l'artiste suisse Charles Cottet qui a beaucoup peint la mer.
C'est très bien écrit, plein de finesse et de pudeur, l'histoire qui pourrait-être banale, une jeune fille succombant au charme du « locataire » allemand est une situation connue et souvent décrite en littérature.
A noter, quelques pages en italique qui concernent l'aspect historique de la guerre dans la ville de Brest, le rôle de la STO et de l'Organisation Todt dans la vie quotidienne des Brestois pendant ces temps troublés avec en plus les raids de l'aviation anglaise et la construction du Mur de l'Atlantique. Mais parfois les notes sont plus personnelles, comme un autre regard sur l'histoire avec un H majuscule mais aussi sur ce qui semble être des souvenirs anciens.
J'ai beaucoup apprécié ce livre car il m'a donné envie de faire des recherches sur plein de domaines différents, le duché de Poméranie par exemple, balloté au gré de l'histoire, tour à tour Danoise, Suédoise, Allemande, Russe , Polonaise! La peinture, les écrivains et philosophes sont également souvent évoqués, ainsi que le massacre de Katyn, dont on découvre seulement maintenant une part de la vérité.
J'aime beaucoup la phrase d'Hermann disant à Glaoda:
-Je te montrerai mon pays dans ton pays.
Extraits :
- « Regarde bien, Glaoda, disait mon père, où que tu ailles tu ne verras rien de plus beau, rien de plus somptueux. »
- Cela me rappelle mon pays.... décidément tout ce pays me rappelle le mien, dit l'officier sans me regarder.
- Ma grand-mère était une femme vive, pleine de fantaisie, un tantinet extravagante.
- La plus grande intelligence consisterait à ne pas faire la guerre du tout, lançai-je.
Hélas, « le paradis est à l'ombre des épées », Mademoiselle.
- Chacun était agacé et intéressé par l'autre.
- Je vous l'ai dit vous le voyez : je suis un travailleur manuel..... j'ai été recruté dans le génie.... Je ne suis pas de la Wehrmacht, et encore moins de la police.
- J'étais une Bretonne de vingt ans pleine de mystère. J'étais fraîche et pleine de santé. J'étais bonne cavalière.
Surtout j'étais amoureuse.
- La mer d'Iroise et la mer Baltique brassaient les mêmes flots, soulevaient les mêmes vagues, et nous commandaient d'y nouer notre destinée.
- La Gestapo est une police ordinaire, monsieur Ruzcoat, mais la Wehrmacht est une armée....ni plus ni moins d'honneur que dans une autre armée.
Éditions : Éditions Dialogues (2012)








































