Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

18 mai 2017

JUHEL Fabienne/Ceux qui vont mourir.

Juhel

Ceux qui vont mourir.
Fabienne JUHEL.
Note : 4 / 5.
Ne te saluent pas.

Nouveau roman de Fabienne Juhel, dans la collection « Le cercle » des éditions « Sixto ». Roman noir avec un zeste de fantastique.
Il y a des jours et des moments dans la vie où tout va de travers, pour Anne c’est arrivé.
Sa Grand-mère lui dit « C’est le don », oui mais lequel ? Et il semble que ce soit plutôt une malédiction !
Et sa Grand-mère sait très bien de qui elle parle, elle aussi a été dépositaire de cette aptitude. Il y a très longtemps, dans un passé bien sombre, un pays de neige, de privations, une contrée totalitaire sous la dictature du « Suprême ». Une époque heureusement révolue.
Elle a réussi à fuir le camp de Gitans où elle était captive, accompagnée de Nathanaël et de sa flûte qui paraissait magique. Elle a épousé son flûtiste, qui lui a fait un enfant, Matisse, sa mère, et qui a disparu du jour au lendemain…
Mais Anne sème maintenant la mort sur son passage. Elle ne tue personne, mais, semble-t-il, pris au hasard, des gens avec qui elle a des rapports fugaces décèdent !
Une clocharde, une dame au parapluie vert qui lui a demandé son chemin. Ce qui lui a valu une convocation au commissariat de police, la scène ayant été filmée par une caméra de surveillance. Elle succombe, après plusieurs Irish Coffee, au charme de l’inspecteur Antoine Painbonhomme qui était chargé de l’interroger ! Mais très rapidement une femme gendarme meurt elle aussi, elle avait donné un verre d’eau à Anne ! Car celle-ci comme sa Grand-mère est une « Faucheuse », comme d’autres, par exemple Natacha, une femme dont son ancêtre lui parle parfois.
Mais la liste des décès autour d’Anne s’allonge ! Un chauffeur de car scolaire, de retour de Bréhat l’aide a réparer un pneu crevé, le véhicule a un accident près de l’abbaye de Beauport, tous les enfants et le chauffeur périssent.
Un autre danger peut guetter Anne ; un homme ; « Chasseur de faucheuse » est-il à ses trousses ?
Elle sait qu’elle perdra cette faculté un jour… qu’elle ne sera plus une « Faucheuse », simplement une femme ordinaire. Mais quand et pourquoi ?
Existe-il une comptabilité macabre qui la délivrera ?
Elle sait aussi qu’une autre femme inconnue lui succédera et qu’elle Anne sera chargée de lui passer le flambeau.

Le personnage principal est Anne, son signe particulier : elle est « Une Faucheuse ». Est-ce un don ou un handicap ? Elle a hérité de cela de sa Grand-mère dont elle est très proche. Elles sèment la mort sans le vouloir.
La Grand-mère est omniprésente, elle, et aussi certaines de ses amies, ainsi que certains revenants surgissant d’une époque révolue.
Un roman très étrange dans sa narration qui s’articule autour d’un dialogue entre deux femmes. Les retours en arrière, racontés par la Grand-Mère permettent de mieux comprendre le présent et la situation actuelle d’Anne et son éventuel avenir.
Une découverte malgré une lecture relativement ardue.

Extraits :
- Ce qu’elle cherche, Grand-Mère, depuis le temps, c’est une faille dans la mémoire du ciel, et la joue du bon Dieu pour lui coller une gifle.
- Je répugnais encore à appeler « don » ce qui avait commencé à provoquer un début d’hécatombe autour de moi.
- Lorsqu’un avion se crashe, on dénombre les victimes mais on ne parle jamais des animaux qui voyagent en soute. Pareil lors des incendies et des inondations.
- J’ai toujours aimé les dictionnaires. Petite, je croyais qu’il suffisait de les lire pour affirmer qu’on avait lu tous les livres, ce qui est vrai d’un certain point de vue.
- Elle me faisait penser à une toupie pleine de couleurs, avec son tablier vert et rouge, à une poupée russe aussi, une matriochka.
- Je pensais, moi, qu’une bonne guerre aurait eu le même effet.
- C’était des conversations qui sentaient la tisane, la soupe de pommes de terre et les sachets de lavande qu’on dépose dans les grandes presses entre deux piles de draps en lin.
- Maman aurait voulu débourser davantage, elle en avait les moyens : comme acheter une maison sur la côte de Granit Rose, ou un appartement clair et fonctionnel qui donnerait sur les grèves de Paimpol, ou une de ces maisons contemporaines sur le cap d’Erquy.
Éditions : Sixto / Le Cercle (2017)

 

 

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08 mai 2017

11 ème anniversaire de ce blog !

Il y a 11 ans je créais ce blog sans trop savoir ce qui m'attendait.
Beaucoup de joie en définitif!
Cette année, suite au décès de mon beau-père, Nicole et moi avons quitté la Bretagne!
Après quelques mois d'érrance nous avons élu domicile à Maussane les Alpilles.
J'ai délaissé la lecture pour l'écriture, et je fais du bénévolat littéraire à la maison de retraite
Des Baux de Provence!

                                       

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Au pays d'Alphonse Daudet.

 

Auprès de son moulin, il vivait heureux,

Il a dû, hélas, le quitter pour d'autres cieux.

 De mon pays breton depuis des années j'étais fervent.

Mais les choses de la vie en ont hélas décidé autrement.

La mort, cette folie, a pulvérisé mes habitudes.

Remettant en cause mes profondes certitudes.

Ne vivais-je pas déjà, à cette époque et inconsciemment

Dans l'espérance pour ma vie d'un brusque changement ?

Délaissant la Bretagne et les ports lorientais,

Je m'installe pour un temps au pays de Daudet.

Oublieux de Paimpol, ma célèbre ville natale,

Je goûte les plaisirs de l'automne provençal.

Mas situé au milieu d'oliviers centenaires,

Bordé de ruines romaines et millénaires,

Environnement qui semble intemporel.

Cigales, vent dans les arbres, bruits éternels.

Cris des mouettes, me manquerez-vous un jour ?

Ou vais-je, sans le vouloir, vous oublier pour toujours ?

Passer l'hiver ici pour exposer mes vieux os au soleil.

Mettre dans mes pensées ma bretonnitude en sommeil.

Mes lectures anciennes de « Les Lettres de mon Moulin »

Datent de ma turbulente enfance, jours trop lointains.

Ce moulin, avec le temps érigé en objet de culte touristique,

Devient de votre œuvre, la mercantile représentation symbolique.

Je me promets de redécouvrir vos écrits et personnages,

Femmes et hommes de l'époque, vivants témoignages.

Je rencontre leurs descendants aux terrasses des bistrots,

Apéritifs colorés et anisés, accents chantants et verbes hauts.

Devrais-je un prochain jour, peut-être hélas choisir :

Bretagne ou Provence, pour la littérature et les loisirs,

Entre le sombre et poétique Breton Xavier Grall,

Ou l'auteur des « Lettres de mon Moulin », ami de Mistral ?

Éclatante lumière et soleil ardent sur les montagnes finissantes,

Rougeoyante clarté de la mer au bout de journées déclinantes.

Ifs et peupliers sur la plaine camarguaise fièrement dressés,

Mats des vieux gréements, des mers brisant l'horizontalité.

Dunes sablonneuses et vagues iodées des rivages marins

Ou les différentes teintes de vert du sauvage romarin ?

J'ai découvert ébloui et surpris les Alpilles calcaires et lumineuses,

Silhouettes se découpant sous le soleil, lointaines et vertigineuses.

Mais dans mon cœur dominent nos moins élevés Monts d'Arrée,

Et ses petits bourgs isolés, qui dans l'immensité, semblent égarés.

Bretons taiseux, Provençaux volubiles, le crachin ou le soleil !

À chaque pays, ses habitants, ses coutumes et ses merveilles.

Yvon Bouëtté. Arles. Octobre 2016

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14 avril 2017

Collectif/200 pensées à méditer avant d'aller voter.

 

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200 pensées à méditer avant d’aller voter.
Collectif. (Avec la collaboration de Claude Bertal, Julia Hung, Clara Mouche, Marie-Pauline Taillandier)
Note : 4,5 / 5.
Avant l’isoloir !

En cette période d’élection présidentielle, les questions sont les suivantes : aller voter ou pas ? Et pour qui ? Ou alors, comme parfois contre qui ? Le monde de la politique exaspère de plus en plus de gens, cette caste de privilégiés se croyant tout permis, embauchant pour des salaires indécents les membres de leurs familles !
Epouses et enfants, même les mineurs… car chez ces gens-là, Monsieur, on obtient des dérogations ! Bientôt nous verrons les sénateurs donner des emplois à leurs père et mère ! Prenons par exemple, un candidat, ancien premier ministre, qui veut donc gérer les affaires de la France, donc le budget du pays, mais qui n’est visiblement pas capable de gérer ses propres dépenses car il a dû (enfin c’est ce qu’il dit) emprunter de l’argent à sa propre fille, qu’il avait d’ailleurs salarier pendant quelque temps, salaire payé par l’Etat, donc nos impôts. Bon j’arrête là, parlons de cet ouvrage.
Françoise Fressoz signe la préface.

Parmi les deux cents auteurs de ces « pensées à méditer », allant d’ Alain (de son vrai nom Emile-Auguste Chartier) à Oscar Wilde.
Nous trouvons des hommes politiques : Churchill, Clémenceau, le Général de Gaulle, Abraham Lincoln, Robespierre. Des militaires (parfois aussi hommes politiques) Napoléon entre autres. Des écrivains, ils sont très nombreux, en vrac, Voltaire, Flaubert, Swift, Shaw, Renan, Rabelais, Dard, Schnitzler. Des humoristes Alphonse Allais, Pierre Dac ou Raymond Devos.
Toutes mes excuses pour, et ils sont les plus nombreux, ceux que je n’ai pas cités !
Pour chaque « Pensée », une explication succincte mais précieuse, et des exemples de textes de la même veine ou approchants.
Ce livre commence par une citation d’un chansonnier :
- Ce qui nous divise c’est moins la dissemblance des opinions, que la ressemblance des prétentions.
Pierre-Jean de Béranger (1780-1857)

Et comme en France tout finit par des chansons, ce livre aussi.
- Tout finit par des chansons. La dernière, c’est le De profundis.
Paul Masson (1849-1896)
Une réflexion personnelle, pour la première fois depuis 1968 je ne vais pas voter !
Déjà, suite à un concours de circonstances, et aussi le fait que je suis absolument consterné par cette campagne électorale, émaillée d’affaires sordides, de ralliements ou de trahisons !
Déjà pour la dernière, j’avais plus voté contre un des deux finalistes que pour l’autre !
Désolé, messieurs les candidats, je ne vous mets pas tous dans le même sac, mais il me reste un peu d’éthique et de moralité, alors sans moi !
Et que le moins mauvais gagne !
Un livre à découvrir, derrière une très belle couverture en bleu, blanc, rouge du dessinateur Plantu.
De tout temps des hommes ou des femmes ont eu la faculté d’observer la société qui les entourait et d’en analyser les travers !
Florilège de ces pensées :
- La politique, c’est l’art de mentir à propos.
François-Marie Arouet, dit Voltaire, 1694-1778.
- Le meilleur argument contre la démocratie est fourni par une conversation de cinq minutes avec l’électeur moyen.
Winston Leonard Spencer Churchill 1874-1965.
- Il y a deux façons de faire de la politique. Ou bien on vit pour la politique ou on vit de la politique.
Max Weber 1864-1920.
- Le meilleur gouvernement, pour moi, est celui qui agonise, parce qu’il va faire place à un autre.
Gustave Flaubert 1821-1880.
- L’ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c’est ainsi qu’on grimpe dans la même posture que l’on rampe.
Jonathan Swift 1667-1745.
- Les hommes naissent égaux. Dès le lendemain ils ne le sont plus
. Jules Renard 1864-1910.
- Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, on aura fait un grand pas en avant dans la marche arrière du progrès social.
Pierre Dac 1893-1975.
- Comment pourrais-je gouverner autrui, moi qui ne saurais me gouverner moi-même ?
François Rabelais 1494-1553.
- Je ne suis pas assez dépourvu de tout talent pour m’occuper de politique. Anatole France 1844-1924.
- La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier. Victor Hugo 1802-1885.
- Quand les gens sont d’accord avec moi, je sens que je dois avoir tort.
Oscar Wilde 1854-1900.
- La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini.
Ernest Renan 1823-1892.
Éditions : Omnibus/Le Monde. (2017). Famot (1976) pour les textes de Claude Bertal.
Préface de Françoise Fressoz.

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10 avril 2017

GATTIS Ryan / 6 jours.

 

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Six jours.
Ryan GATTIS.
Note : 4,5 / 5.
À feu et à sang !
Roman ou récit ? Documentaire ou œuvre de fiction ? Ce livre mélange allégrement les genres et nous livre la version de l'auteur de ces 6 jours et nous en livre un bilan officiel et commence par quelques pages intitulées :
- Les faits dont voici quelques chiffres et un résumé.
15H15 le 29 avril 1992 le jury acquitte les policiers qui ont passé à tabac Rodney King.17H00 environ les émeutes commencent !
Elles prendront fin le lundi 4 mai.
Bilan chiffré : 10904 arrestations, 2383 blessés, 11113 incendies, 60 morts imputés aux émeutes, mais beaucoup plus en réalité, ces chiffres ne tiennent pas compte des décès hors zone imputables aux diverses guerres des gangs dans une ville sans foi ni loi ! Le chiffre d'un milliard de dollars de dégâts est généralement avancé !
Un livre relatant ces événements ne peut qu'être d'une extrême violence et il l'est.
Le premier jour, la première victime est Ernesto Vera. Il ne fait partie d'aucun gang, donc il semble une victime prise au hasard. Son meurtre est particulièrement atroce. 
En fait il est victime d'une vengeance, son frère Ray aurait tué un membre d'un autre gang. Lupe Vera fille de la famille sera le bras armé d'une autre tuerie.
Ces crimes ne sont pas spécialement liés aux émeutes, mais sont rendus possible par le fait que les forces de l'ordre sont mobilisées ailleurs ! 
Un meurtre appelle un autre crime, la spirale infernale est en route dans une ville apocalyptique, où toute autorité a disparu. 
Des problèmes de communautarisme apparaissent, les Coréens doivent se défendre parfois par les armes suite aux pillages de leurs commerces. Les bandes hispaniques ou afro-américaines s'affrontent pour la main mise du trafic de la drogue.
La ville est devenue une véritable poudrière vue par le monde entier, les télévisions relayant les images du chaos qui règne.
Beaucoup de personnages narrateurs durant ces six jours. En effet pour chaque journée passée, plusieurs voix se manifestent.
Des membres de gangs ou des braves gens, infirmières ou pompiers se côtoient et se retrouvent au fil des pages ou des chapitres. Certains ne verront pas la fin du livre. 
Chaque membre des gangs a plusieurs identités par exemple : Lupe Vera, aka* Lupe Rodriguez, aka Payasa ! 
Une très belle écriture, un livre qui a sûrement dû demander des études très poussées de la part de l'auteur.
Les émeutes ne sont que le fond sonore, lointain qui permet aux gangs de régler leurs différends en l'absence de la police et des pompiers ayant déserté certains quartiers et n'étant vraiment pas les bienvenus.
Une découverte !
En fin d'ouvrage un glossaire indispensable nous permet de comprendre bon nombre de mots ou expressions hispaniques.
Quelques phrases pour expliquer le contexte de Los Angeles à cette époque :
- Tu regroupes un tas de gens venus de partout, tu les maintiens chacun à leur coin de rue, tu fais en sorte qu'ils ne se mélangent pas, qu'ils ne pigent rien à rien. Et ils sont tous à se tirer la bourre, vu que merde, tout le monde à L.A. est tout le temps en train de magouiller pour tout.
Extraits :
- Tu vois, c'est là que je pige qu'il y a un truc qui déconne vraiment. Un truc irréparable, si ça se trouve.
- Ça peut pas pas être du cent pour cent à tous les coups. Pas de regret dans cette folle vie. N'empêche, je savais qu'il risquait de vouloir se venger.
- Elle est blanche, la quarantaine, bronzée, look hippie, une fleur rouge dans les cheveux, mais elle a des formes. Des bonnes cuisses. Un bon cul. Des nichons qui vont avec. Robustes.
- A cet instant, je me rends compte que j'ai sous les yeux une zone de guerre. En plein South Central.
- Tu vois, dès qu'il s'agissait des Mexicains dans cette ville, on n'ignore rien des zazous qui se faisaient dérouiller par les mecs de la marine et tout.
- Une trentaine de personnes nous regarde comme si on était leur quatre heures sur roue.
- Plus de trois mille armes (pratiquement toutes semi automatiques, mais aussi quelques-unes entièrement automatiques) furent dérobées les deux premiers jours. Bien que confirmé, ce chiffre n'a pas été rendu public, et ceci non plus : la presque totalité n'a pas été tracée. Par conséquent, il est impératif de savoir que les gangs blacks et latinos de ce secteur sont fortement armés.
- On débarque, on inflige à ces types une bonne correction, qu'ils sachent qui sont les plus forts et les plus méchants, et ensuite on décampe. C'est un truc digne des hommes des cavernes, mais il se trouve aussi que c'est le seul langage que comprenne les gangs.
Éditions : Fayard et Le livre de poche ( 2015)
Titre original : All Involved (2015)
Traduit de l'anglais (États-Unis)  par Nicolas Richard.
* aka : Also known as, alias.

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03 avril 2017

JAOUEN Hervé / Le vicomte aux pieds nus.

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Le Vicomte aux pieds nus.
Hervé JAOUEN.

Note : 4 / 5.
Silence on tourne !
Après le monde de la chanson dans « L’allumeuse d’étoiles » Hervé Jaouen nous parle dans son nouveau livre de l’histoire du cinéma.
Quand on voit l’importance de celui-ci dans le monde et dans nos vies, il est assez effarant de constater que ce qui est considéré comme « Le 7ème art » date d’un peu plus d’un siècle !
Ce roman en 5 époques (et 68 chapitres) commence durant l’été 1895, au manoir de Penarbily, sis dans la commune de Lesconil, sud Finistère.
La vie des Penarbily s’écoule tel un long fleuve tranquille, enfin pas si tranquille que cela en réalité. Hortense, la mère, encore jeune et belle, veuve, pour subvenir aux besoins de la famille, accueille des hôtes de passage. Son fils Gonzague, lui est plus porté sur le jupon des jeunes anglaises de passage. Mais son mariage avec Rosemarie, fille très quelconque d’un industriel nantais et belliqueux, se termine par la fuite du jeune homme, direction l’Amérique, à la recherche de la fortune.
Un soir de désœuvrement, il assiste à la projection de «  Sortie de l’usine Lumière à Lyon », sa décision est prise… il fera carrière dans le cinématographe !
Mais cette invention attise les convoitises, brevets américains contre brevets français, Edison contre les frères Lumière.
Gonzague va tenter sa chance au Canada, il insiste pour que sa mère le rejoigne. Les films français ont beaucoup de succès. Aidés par un ecclésiastique breton comme eux, ils organisent des projections de documentaires dans les écoles et patronages. L’argent rentre enfin, ils parcourent le pays, mais une erreur de bobine va mettre fin à l’expérience canadienne.
Entre temps, après moult démarches et de grosses dépenses, le mariage de Gonzague est enfin annulé !
Direction les Etats-Unis, New-York en particulier, pour tenter une seconde aventure américaine. Mais ici la demande n’est pas la même et la concurrence particulièrement rude. Hortense tombe en pamoison devant Dermot Listowel, un riche Irlando-Italien, le bonheur est enfin là, l’argent coule à flot. Mais les bonnes choses ont hélas une fin… c’est de nouveau la fuite pour Hortense et Gonzague et Suzanne, la ravissante compagne de ce dernier.
Après des mois d’hibernation à Saint-Pierre et Miquelon, c’est le retour en France, la Bretagne pour Hortense, Paris pour Gonzague et Suzanne.
Le Paris artistique du début des années 1900. L’argent file vite, et les projets cinématographiques du couple sont au point mort, et leur compte en banque à zéro.
En 1912 le prix Goncourt est attribué à André Savignon pour son roman « Filles de la pluie », sous titré « scènes de la vie ouessantine ». Gonzague tient enfin le sujet qui va lui permettre de faire son premier film, qui pense-t-il, sera un chef d’œuvre.
Mais la guerre arrive et hélas, le film est loin d’avoir le succès escompté. Le mot « fin » s’écrit sur l’écran pour la première et dernière fois d’une œuvre signée Gonzague de Penarbily…
Il est beaucoup question ici de personnages réels, précurseurs du cinéma ou artistes en vogue au début des années 1900. Pour les premiers, les frères Lumière, Méliès et un autre beaucoup moins connu le photographe et cinéaste Eugène Pirou.

Pour les seconds, certains peintres débutants qui sont depuis des artistes de notoriété internationale, Picasso, Modigliani, entre autres. Les écrivains Alfred Jarry, Paul Fort et Max Jacob seront aussi des nombreuses fêtes organisées par Gonzague.
Une saga romanesque nous contant l’épopée de la création du cinéma, adulé par certains dès sa naissance mais décrié par beaucoup d’autres !
L’auteur, d’entrée de lecture, nous prévient :
-Le vicomte aux pieds nus doit être pris pour ce qu’il est : basé sur des réalités historiques, un ouvrage de pure fiction.
Le titre de ce roman clin d’œil au cinématographe et à un de ses chefs d’œuvre ne manque pas d’humour !
Extraits :
- Tout lui répugne : ces gens de maison qui éructent une langue barbare ; la puanteur du varech pourrissant sur l’estran ; l’inconfort du manoir, dont pourtant tous les âtres, été comme hiver, sont alimentés en bon bois de chêne, hêtre et châtaignier débités dans les forêts de Plogastel Saint Germain.
- Le monde allait de travers. La République faisait du pied à la classe ouvrière. On venait de mettre en musique les horribles paroles d’une épouvantable chanson
l’Internationale. Un rustre, le général Boulanger, moulinait des discours démagogiques devant la petite bourgeoisie bouche bée.
- L’homme est faible, madame. Et la femme ne l’est pas moins.
- Nos deux pays ont toujours rivalisé en grands hommes. Les Américains sont des gens incultes, mais votre programme pourrait avoir l’attrait de la différence.
- Le prétexte est sécuritaire : risque d’incendie. La vraie raison, c’est le protectionnisme. Ruiner les importateurs en les forçant à renouveler leurs copies, et ce faisant favoriser le cinéma national.
- Il ne restait plus qu’à prier Nonna, Kido, Tremeur, Tudy, Guénolé et autres saints honorés en pays bigouden qu’elle n’ait pas l’idée saugrenue de se faire livrer le
Petit Parisien.
Éditions : Presses de la Cité (2017)

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