Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

24 juillet 2014

YVON Révérend-Père / Avec les pêcheurs de Terre-Neuve et du Groenland.

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Avec les pêcheurs de Terre-Neuve et du Groenland.
Révérend Père YVON.
Note : 5 / 5.
L'enfer sur mer.
Ayant regardé ces derniers jours une série télévisée "Entre terre et mer" qui parlait des pêcheurs bretons du "Grand Banc" au large de Terre-Neuve, j'ai eu envie de relire quelques-uns des très anciens livres de ma bibliothèque parlant de cette pêche, sorte d'antichambre de l'enfer liquide.
Au Groenland par exemple le soleil brillant pendant vingt-quatre heures, il n'était pas rare que les marins en travaillent vingt-deux !
L'auteur est un prêtre capucin, aumônier des Terre-Neuvas, et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. La préface est signée du Docteur Charcot.
Après une très longue et intéressante introduction, l'auteur nous parle de sa "Première croisière". Ce terme me choque profondément, en général on parle de "campagne de pêche", car même pour lui, embarqué sur l'aviso "Ville d'Ys", navire de guerre, ce séjour ne sera pas une partie de plaisir.
Ensuite il embarquera sur un chalutier "L'Alfred" déjà loin des anciennes techniques de pêches aux doris. Mais revers de la médaille, le gâchis avec cette remarque d'un vieux marin :
-"Si j'avais simplement pour mon année ce que l'on rejette à l'eau dans un bon "trait" je pourrais vivre de mes rentes pendant quatre ans...."
Ces campagnes sont très dangereuses, les icebergs pendant le voyage et la brume sur le "Grand banc", la "bouscaille", purée de pois humide et glacée où les équipages des doris se perdaient hélas corps et âmes. Certains miraculés ont survécu à plusieurs jours d'errance à moitié morts de faim et de fatigue.
Le travail est harassant, les conditions de vie à bord insalubres, l'alcool, la fatigue et la promiscuité sont la cause d'accrochages ou de bagarres ! Et que dire de la vie des mousses qui parfois embarquaient avant leurs quinze ans! Et bienheureux ceux qui avaient un père, un oncle ou un proche pour les défendre.
La mort est omniprésente, la souffrance physique et morale aussi. L'alcool pour oublier l'une, l’église pour soulager l'autre !
L'auteur, ne lui en portons pas rigueur, défend sa paroisse, la religion, mais aussi le social en défendant les conditions de travail, car rares étaient les voix qui s'élevaient à l'époque pour défendre ces damnés qui faisaient la fortune de familles très conservatrices.
Il faut se rendre compte que ce livre date de 1935 et que des progrès, certes minimes, avaient été accomplis, mais pratiquement aucun au bénéfice des marins, mais du rendement !
Par exemple avec les voiliers, il y avait 2 marées (pêches), une à l'aller avec dépôt du poisson à Saint-Pierre et Miquelon. Même si la conduite des marins n'était pas des plus chrétiennes (alcool et prostitution), cela représentait une coupure. Avec les bateaux modernes les marins restaient entre huit ou neuf mois à bord sans discontinuer ! Pour des questions de rentabilité, la saison de pêche ne se terminait qu'une fois que la cale était pleine, d'où une durée de travail variable !
Pour une autre pêche, dans un autre lieu, si vous passez par Ploubazlannec, arrêtez-vous pour saluer la mémoire des marins morts en Islande.
La fortune des uns s'est bâtie sur la vie des autres !
À signaler que le R.P Yvon avait embarqué avec caméra et appareil photos, quelques-unes figurent dans cet ouvrage.
On peut voir dans le DVD de la "Cinémathèque de Bretagne" un court film rénové qu'il a réalisé durant ces voyages. Sur le même support un autre documentaires filmé par le Capitaine Lerède sur le trois-mats goélette "Lieutenant-René-Guillon".
Extraits :
- Mais tirer, pied par pied, d’une profondeur de 70 à 100 mètres, des kilomètres et des kilomètres de lignes, debout dans des doris chancelants, crossés par les lames, brûlés par les rafales, en garant leurs doigts gourds des deux mille morsures d’hameçons, alors que souffle la bise ou que tombent les bruines glaciales, et qu’au poids ordinaire des lignes s’ajoute le remorquage de la chaloupe contre le vent et contre la lame, c’est là un travail littéralement exténuant. Et cette levée des lignes, qui dure quatre heures en moyenne, peut en atteindre de huit à douze, les jours de dur tirage.
C’est le grand bonheur de l’aumônier de distribuer lui-même le courrier aux équipages, car, en semant la joie chez les autres, il en récolte pour lui-même. 
-
Qu’il soit souhaitable que tous les navires soient équipés en T.S.F., c’est évident. Que cet équipement soit impossible dans les circonstances actuelles, c’est encore évident, du moins pour l’instant. Mais y a-t-il impossibilité à ce que les navires soient équipés en « postes récepteurs », en « postes d’écoute » ? 
« Mes braves gens avaient bu un petit coup, mais rien de trop ! Jusqu’à la limite autorisée pour un marin de Terre-Neuve, la limite qui a pour effet d’anesthésier un peu les souffrances et de lui faire oublier un peu de ses misères ! La limite thérapeutique de l’alcool !
- U
ne terminologie pour indiquer les pays d’origine. On me présente :
a) « les mangeurs d’orbiches », c'est-à-dire les Cancalais ;
b) « les ventres de margates », c'est-à-dire les gâs de Saint-Suliac ;
c) « les culs de pomelles », c'est-à-dire les gâs de Pleudhihen ;
d) « les chats », c'est-à-dire les gâs de la rive droite de la Rance ;
e) « les maos », c'est-à-dire les bretonnants ;
« Les cloisons n’ont pas cédé ; mes pieds et ma tête non plus, mais je bénis le Bon Dieu d’être né en Bretagne !
Chauffés à la vapeur dans deux cylindres de tôle, les foies, que les marins appellent toute prosaïquement « cochonnerie », secrètent un liquide ambré et presque inodore qui s’appelle
« l’huile de foie de morue ». Les foies sont d’un bon rapport. En 1933, « L’Alfred » en a cuit pour 90.000 francs. 
- « Nos morutiers ont connu les dangers des explorateurs polaires, mais ils n’en connaîtront pas la gloire. Ce ne sont que de pauvres morutiers."
-« – Père Yvon, me dit-il, vous auriez dû venir là-bas pour relever le moral des vrais bagnards !
« Docteur ! où croyez-vous que se trouvent les vrais bagnards ? à la Guyane ou sur les Bancs de Terre-Neuve ?"
« – Vous avez raison, mon Père, me répondit-il, les marins de Terre-Neuve sont plus forçats que les bagnards de Guyane ! 
« – Par conséquent, docteur, ma présence ici est plus nécessaire.

Éditions : 
"Imprimerie du Nouvelliste de Bretagne". Rennes. (1938) 

RP_Yvon_jpg Pêcheurs

Réédition : L'Ancre de marine (1986).
Un excellent roman canadien chez le même éditeur, parle merveilleusement bien de ce 
sujet :
L'ile aux chiens de Françoise Enguehard que j'ai chroniqué il y a très longtemps au début de ce blog.

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18 juillet 2014

CROMPTON Richmal / William le vengeur


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William le vengeur.
Richmal CROMPTON.
Note : 4 / 5.
Poor William !
Dans mon éducation littéraire ma mère a joué un rôle majeur en m'achetant (cela se faisait beaucoup à l'époque) les sélections du "Reader's Digest". Dans certains il y avait à ma plus grande joie les aventures de William Brown, petit anglais d'une douzaine d'années , grand incompris devant la terre entière et surtout par sa famille.
Six courtes histoires aux titres évocateurs :
William le vengeur où celui-ci plein de bonnes intentions veut devenir un scout exemplaire....avec ce que cela comporte de malentendus.
La chute d'une idole où William tente de devenir un élève exemplaire pour les beaux yeux de son institutrice. Le pauvre, tous ses efforts ne lui serviront à rien !
William en satin blanc dans lequel il évite des années d'affront causé par une péronnelle qui ne veut pas comprendre qu'un dur comme William ne peut pas être affublé de satin blanc !
William inventeur de génie dans lequel pour une fois notre jeune héros va être récompensé malgré quelques dégâts causés de part et d'autre!
Simple question de grammaire, récit d'une incompréhension. Deux fois non dans la même phrase équivaut à un oui dit la maîtresse d'école. Donc quand Mr Brown dit deux fois non à William qui veut inviter ses amis c'est donc qu'il est d'accord!
Alors toute la classe est au rendez-vous le samedi suivant.
Le riz au lait, encore une fois un fête est organisée dans la maison des Brown, tous y participent sauf William évidemment, trop petit, trop dissipé.....mais le bougre a plus d'un tour dans son sac à malice!
Dans la famille Brown, je demande le fils William héros malgré lui et victime toute désignée de la logique des adultes ?
Ses parents, Mr et Mme Brown, le reste de sa famille guère mieux que ses parents, sa grande sœur Ethel toujours a chipoter pour un oui ou un non. Quand à son frère le pauvre être affublé du double prénom de John-Robert cela classe (ou déclasse) son homme !
On croise au fil des pages Sybil qui a l'idée farfelue de vouloir transformer William en page vêtue de satin blanc pour son mariage! La honte ! Heureusement sa cousine Dorine va être une alliée précieuse pour contrecarrer les projets de magnificences de la mariée. Et permettre à William de ne pas être vu par ses amis ainsi déguisé !
Mlle Jones l'institutrice dont William tombera follement amoureux mais que le trahira pour une stupide histoire de fleurs.
William a bien évidemment plein d'amis parfois voleurs, indiens, brigands, corsaires mais jamais du côté de l'ordre établi. Ils ont pour noms Henry, Douglas, Ginger que l'on retrouve dans tous les titres de la collection (une quarantaine de titres) commencée en 1922.
Un petit côté vacances que cette lecture. À noter que j'ai appris dernièrement que mon frère profitait des mes absences pour aller les lire dans ma chambre. Et que mes filles ont elles aussi pris beaucoup de joie à lire les aventures de ce jeune anglais!
Extraits :
- William s'ennuyait. Assis à sa place, au dernier rang de la classe où le soleil de l'été entrait à flots, il regardait d'un air blasé les rangées de chiffres alignés sur le tableau noir.
- Lorsqu'elle se redressa pour le regarder en fronçant les sourcils, William remarqua que Mlle Jones avaient les yeux bleus comme le ciel et des joues roses comme de la guimauve.
- Comme on l'aura compris, William n'aimait pas faire les choses à moitié.
- Mlle Jones ne sait même pas ce qu'elle dit. Elle raconte n'importe quoi. Heu oui...C'est l'éternel problème, avec les femmes, admit son père.....
- William fait un don certain pour l'éloquence et toute la famille Brown s'en méfiait comme de la peste.
- Moi, je veux bien y aller que si je suis déguisé en pirate ou en peau rouge, sinon, c'est non.
- Le jour du mariage arrivait à grands pas et le moral du William baissait à la même cadence.
- Non. Lire ou dessiner, c'est pareil que faire ses devoirs. C'est pas ce que j'appelle faire quelque chose.
- Dans ces occasions où les tantes laissaient généralement entendre que la présence de William n'était pas indispensable.
- Il faut dire qu'Emma était d'origine irlandaise et donc d'un tempérament batailleur.
- Il n'y a vraiment personne qui puisse faire taire ce gosse ? lança-t-elle.
- Sa petite voisine le prenait en effet pour un demi-dieu, et il tenait énormément à conserver son prestige.
Éditions : Gallimard. Folio Junior1990.
Illustrations Tony Ross.

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15 juillet 2014

LYNCH Paul / Un ciel rouge, le matin

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Un ciel rouge, le matin.
Paul LYNCH.
Note : 4 / 5.
Un ciel de sang sur une terre de misère.
Premier roman pour ce jeune auteur, étoile montante de la littérature irlandaise. Ce livre a été encensé par la presse irlandaise et anglo-saxonne.
La première remarque qui me soit venue à l'esprit est la qualité de l'écriture, en particulier dans les descriptions des paysages et autres phénomène naturels.
Irlande 1832. Les Anglais sont maîtres du pays. Alors quand un riche propriétaire décide d'expulser les fermiers irlandais qui cultivent leurs terres, employer la force est une pratique courante. Mais Coll Coyle, lui, décide de demander très humblement des explications à Hamilton, au cours d'une altercation, ce dernier trouve une mort accidentelle !
Le destin de Coyle et de sa famille bascule à cet instant.
Il fuit seul, pourchassé par les sbires de la famille du défunt prêt à tout pour le capturer...son salut quitter l'Irlande sur ce que l'on a nommé les "Bateaux-cercueils" où la promiscuité, le manque d'hygiène, de nourriture et la maladie faisaient des dégâts considérables ! Le pourcentage de décès est très important. Sans compter une météo particulièrement hostile à certaines périodes de l'année qui faisait que certaines traversées duraient plus de deux mois.
Et arrivé en Amérique, Coyle se rend compte que les USA ne sont pas l'Eldorado espéré. La mort aussi rode et ses poursuivants l'ont retrouvé ! La violence, la maladie, le travail harassant. La misère est partout la même !
La lassitude le gagne, il veut rentrer au pays quelque soit le danger...
A noter que quelques éléments du récit proviennent de la narration de l'épouse de Coyle .
Personnage principal de ce livre qui reprend un thème récurrent de la littérature irlandaise, l'exil pour échapper à une justice de classe, Coll Coyle ne demandait pas grand chose, une explication, son épouse l'aura, le motif de l'expulsion est dérisoire ! Parmi ses compagnons d'infortune, Cutter périra en Amérique.
Les Hamilton, le fils vaurien enfant pourri gâté, un peu alcoolique, parfaite image d'une certaine 
" Ascendancy" protestante et Britannique qui était toute puissante, car établie en Irlande depuis le 17eme siècle ! Le père lui est sénile, mais il peut compter sur leur homme de main, Faller, qui comme eux n'a que mépris pour les Irlandais.
Un des nombreux livres irlandais sur la puissance des grands propriétaires terriens britanniques possédant le droit de vie ou de mort sur leurs métayers. Pas forcément par les armes, mais en les chassant, sans motif, de terres qu'ils cultivent parfois depuis plusieurs générations et brûlant le plus souvent leurs humbles demeures. Reste l'exil, qui ici est contraint et forcé, dans l'urgence, mais cela ne freine en rien l'esprit de vengeance.
Je me répète, une écriture de grande classe, que je comparerai à celle de John McGahern, ce qui n'est pas peu dire !
Un livre puissant, âpre, dur comme la société irlandaise de l'époque où l'antagonisme colons-colonisés commençait à prendre de l'ampleur.
Mais le pire est à venir.....les grandes famines de 1845 à 1849 ! Puis les révoltes paysannes des années qui suivront.
Extraits :
- Chaque goulée d'air est une écharde de fer qui rugine ses poumons.
- À voir ta tête, je parie que tu as fait des bêtises. J'espère que t'es pas allé tuer quelqu'un.
- Je ne sais même plus où je suis.
- Il devait avoir tout juste quatorze ans à l'époque. Mon pauvre frère.
- La ville est prisonnière d'un tourbillon de pluie.
- À mon avis, le fait que cette chose nous suive est l'augure d'une mort certaine.
- Ce pays est sans pitié pour les gens comme vous, qui ne connaissent personne dans le Nouveau Monde.
- Encore une semaine de travail harassant et la terre montre ses dents, comme offensée par cette ingérence.
- Ils retournent sous les tentes et s'abrutissent d'alcool, et quand ils s'attellent à la tâche le lendemain matin, la terre des sépultures n'est pas encore tassée.
- Un homme se racle la gorge, ils jureraient qu'il vient de lâcher un « saleté d'Irlandais », les regards pèsent sur eux.
- Devant lui la terre corrompue et comble de violence.
Éditions : Albin Michel (2014).
Titre original : Red Sky in Morning (2013).
P.S: Paul Lynch et Peter Cunningham seront à l'Espace parole du festival interceltique de Lorient le samedi 9 août . Je participerai au débat animé par Céline Benabes.

 

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07 juillet 2014

BALEN Noël / Ma nuit avec Neil Young.

 

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Ma nuit avec Neil Young.
Noël BALEN.
Note : 4 / 5.
Rust Never Sleep !
Juste une précision, si je devais choisir comme Laurent Voulzy, je préférerais passer ma nuit avec Kim Wilde ! Quoique lui, comme moi, d'ailleurs la passait sans ! Par contre musicalement pas photo je choisis moi aussi Neil Young.
Entre cigarettes et musique du vieux Neil, comment passer une nuit de souvenirs avec une toute petite touche de nostalgie ? Comme lui, l'auteur et moi, avons été jeunes, mais avec le recul, cela me paraît extravagant de me dire qu'il y a plus de quarante ans que je l'écoute ! De la place de la Nation, à Londres, Alger, Carpentras, Toulon et maintenant la Bretagne avec quelques autres étapes, que je vous épargnerais !
De l'enfance de Neil Young dans un bled perdu nommé Omemee dans le nord de l'Ontario, ses problèmes familiaux, le divorce de ses parents, sa santé plutôt chancelante et ses débuts musicaux au Canada. Sa première voiture, un corbillard portant le doux nom de "Mort". Son départ pour les USA à la recherche de Stephen Stills, la traversée de l'Amérique, le passage pendant le festival de Woodstock, la gloire avec "Harvest", son revers : drogue, alcool. Le suicide musical avec "Times Fade Aways", "On the Beach" et "Tonight the Night". La résurrection, puis le statut d’icône. Bref plusieurs vies artistiques dans un même bonhomme.
La deuxième partie est un long et personnel survol de la discographie (abondante) de Neil Young ! Elle porte un très beau titre "Sa vie, entre deux nuits", tous les principaux disques de Neil Young sont analysés souvent titre par titre. De ses nombreux chefs d’œuvre à commencer par "After the Gold Rush" aux albums plutôt moyens comme par exemple "Are You Passionate ?"
Neil Young encore et toujours , sa famille et tous les musiciens qu'il a côtoyés. L'histoire d'une certaine musique de la fin du siècle dernier et du début de celui que nous vivons en ce jour !
L'âge et le temps qui passent, de 1972 entre la Nation et la Place de la Bastille et 2013 "Les vieilles charrues" à Carhaix avec épouse et enfants, que d'heures d'écoute !
Neil Young, dans la littérature, n'est pas une chose si rare que cela. Les irlandais, Ken Bruen et John Connolly dans les premiers "Charlie Parker", la canadienne Monique Prouxl, les Bretons Yvon Coquil et Hervé Bellec, les américains James Ellroy dans "Brown Requiem", Richard Lang et en France Patrick Larriveau pour n'en citer que quelques-uns, car j'en oublie très certainement beaucoup !
Un excellent livre pour le débutant qui veut connaître la vie et l’œuvre d'un artiste et d'un homme hors normes.
A noter en fin d'ouvrage une discographie comprenant les albums solo, les B.O., les enregistrements publics, les archives, les projets incomplets ou non publiés, les collaborations ou participations! Une filmographie, réalisateurs, acteurs, compositeurs, concerts filmés ou apparitions !
Puis cerise sur le gâteau, quelques biographies en français et anglais !
Bref un travail d'archives énorme et le plus complet que je connaisse ! Avec cela vous pourrez passer pour des fans de la première heure.
Jack Kerouac pour la littérature, Neil Young pour la musique, j'ai mes fidélités !
Et je ne suis pas le seul :
-Et toujours Neil Young comme compagnon de route.
Extraits :
- Neil Young est là, un peu paumé, le regard fixe, comme un lapin traqué par les phares d'une Chevrolet 1959.
- Mais tous ces merdeux angéliques ne m'empêchent pas de rester fidèle à Neil Young. Je ne me force pas, je suis fidèle par nature. Aucun mérite à ne pas le trahir.
- Neil est un copain de vacances à la campagne.
- Bien sûr, aujourd'hui, tout ceci prête à sourire, mais c'est à Neil Young que je dois une certaine idée du dandysme et de l'élégance branchée. D'autant plus incroyable que Neil Young n'est en rien une icône stylée ou un modèle esthétique.
- Il en est ainsi de beaucoup de choses dans une vie que l'on prétend remplir. Chercher la reconnaissance et se terrer. Désirer et ne pas jouir de son désir. Neil Young exagère ce balancement entêtant des émotions, ce revirement épuisant des intentions.
- Encore aujourd'hui, je ne peux pas écouter "Harvest" sans plonger aussitôt dans cet état de nostalgie béate.
- L'homme et l'artiste sont en construction.
- Le triomphe l'embarrasse. Neil en perçoit les effets pervers, la paresse qui menace, les louanges qui paralysent, l'orgueil qui ronge, le confort qui anesthésie.
- Il y a peu de disques dans l'histoire du rock’n’roll où l'on sent autant la tripe, la sueur, les larmes et la nausée.
- La décennie incertaine, cahotante et tragi-comique des eighties s'achève ainsi en demie-teinte, entre illusions fracassées et convictions aléatoires.
- Mais déjà, Neil s'apprête à changer de climat. Il veut se retrouver dans la solitude et le recueillement.
Éditions : Castormusic (2013).
Autre chronique concernant Neil Young.
Neil Young / Une autobiographie.

 

 

 

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03 juillet 2014

MORGAN Cédric / Une femme simple.

 

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Une femme simple.
Cédric MORGAN.
Note : 4 / 5.
Sa petite entreprise !
Auteur dont j'ai lu deux romans que j'avais bien aimé il y a quelques temps déjà.
L'ayant revu au salon du livre de Vannes, j'ai découvert à cette occasion son dernier roman.
J'aime l'idée de "prêter" une vie à un personnage ayant effectivement existé, mais dont on ne sait pratiquement rien.
Jeanne était ce que l'on peut appeler une belle plante, elle était aussi forte, courageuse et résistante que bien des hommes. Le travail aux champs ou autres tâches du monde campagnard ne la rebutait absolument pas. Le travail et la religion dans la Bretagne très catholique de l'époque était son univers. Un marin, nommé Louis, ne fut pas effrayé par les proportions plutôt généreuses de la jeune fille et demanda sa main ! Qu'il obtint et le mariage fut célébré rapidement. Louis s'avéra un bon mari, la vie suivait son cours lorsque Jeanne eut l'idée de créer un système d'acheminement maritime vers la ville de Vannes. L'état des routes (des chemins devrais-je dire) ne permettait pas, surtout pendant les mois d'hiver, un voyage sans embûches.
Le bouche à oreilles fonctionnant très bien, sa clientèle s’accrut rapidement, sa famille aussi, des enfants naquirent. Louis accepta un poste de marin "A l'Islande". La paye était meilleure, mais l'absence durait entre sept à neuf mois.
Elle transportait hommes, femmes, enfants, animaux et marchandises diverses. Une dame très élégante et de noble condition fut sa passagère, elles devaient se revoir plus tard.
Elle sauva plusieurs personnes de la noyade et devint grâce à cela une des figures des environs.
Tout le monde en tira fierté...sauf elle, bien entendu !
Une vie aussi ordinaire qu'exaltante pour une femme qui était devenue célèbre et a su, malgré tout, restée simple. Une grande leçon de modestie.
Jeanne Le Mithouard (1778/1842) fut une figure locale dans le port du Logeo dans le golfe du Morbihan. Un panneau lui rend hommage en ville. C'était une femme de robuste constitution mais pas une géante, comme le dit l'auteur qui, c'est un roman, a un peu travesti la vérité. En réalité on sait peu de choses sur la vie de cette femme, qui a obtenu en 1837 la médaille d'or des sauveteurs en mer.
Une femme très en avance sur son temps, féministe avant l'heure, pleine d'esprit d'entreprise.
D'une grande bonté aussi, elle accueillit chez elle la bonne d'un fermier engrossée et renvoyée par le maître de céans ! Et ce pendant plusieurs mois. Elle l’aidât aussi à refaire sa vie ailleurs.
Louis avait aussi sous ses airs frustes une certaine bonté d'âme.
Mais la vie passe et même pour des gens humbles et sans reproches, la mort vient à l'heure qu'elle décide. 
Louis, comme tant et tant d'autres, périra en Islande et Jeanne quasiment sur ses lieux de 
travail !
C'est très bien écrit comme la vie de Jeanne en toute simplicité, la vie de tous les jours avec le vocabulaire du quotidien.
Dans un post-scriptum l'auteur nous dit ce qui suit :
-Tout-ici est imaginaire : les comportements, les pensées, les actes attribués à Jeanne.
Seuls les lieux ont une réalité.
Extraits :
- Sans quoi on était traité de fière, ce qui scellait auprès des femmes du pays et notamment au
lavoir à une forme de proscription.
- Toute sa personne impressionnait.
- On ne plaisantait pas devant elle. Derrière son dos, on se relâchait.
- Son pouvoir de séduction n'échappait à personne, elle était plutôt jolie. Bien faite, gigantesque mais justement proportionnée.
- Louis tout de suite avait paru différent à la jeune fille.
- Avec Jeanne il était entré dans un autre univers, une magie qui transformait tout.
- Il parut vaguement étonné, puis sans se faire prier, il approuva. D'ailleurs elle ne demandait pas son autorisation, elle informait de ses intentions.
- Et, en plus, elle aimait la mer.
- Un comportement plutôt exceptionnel dans le pays où l'on ne se baisotait guère que le premier de l'an et ne manifestait en général, même en privé, aucune marque d'affection.
- Émerveillés par cette jeune diablesse déterminée et habile, ils aidèrent à établir sa réputation.
- Elle se fâchait presque : naviguer sur un canot, dans le golfe, quand tant de marins, à commencer par Louis, affrontent l'océan pour la pêche à Islande, où était l'héroïsme ?
- Elle se vit différente. Elle qu'on surnommait La France se sentait donc étrangère.
- Et, à cette pensée, elle nourrissait tantôt du regret tantôt comme un espoir engourdi.
- C'était au fond une sorte d'allégorie de son bonheur. 
Éditions : Grasset (2014).
Autres chroniques de Cédric Morgan :
Oublier l'orage.
Le Bleu de la mer.

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Photo : Joëlle Teillet.

 

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