Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

22 mars 2019

BALASKO Josiane / Jamaiplu.

jamaiplu

Jamaiplu.*
Josiane BALASKO.

Note : 4 / 5.
L’étrange est parmi nous !
Recueil de huit nouvelles de cette célèbre actrice que l’on ne présente plus. Tragiques et comiques, souvent futuristes, un très bon mélange des genres.
Titres de ces nouvelles :
Jamaiplu ; Le Boss ; Un scénario d’enfer ; Histoire sainte ; Les explorateurs ; Adopteunzombie.com ;Faites pousser un extraterrestre  et  Le musée de l’Homme. 
Nous commençons la lecture de ce recueil par la nouvelle (la plus longue) qui donne son titre à cet ouvrage.
« Jamaiplu » est un texte très étrange qui met en scène une femme solitaire, la trentaine un peu passée, une grave balafre sur le visage suite à un accident de voiture où ont péri ses parents. Depuis, elle refuse de conduire et exerce son travail de kinésithérapeute en vélo. Elle a un don pour comprendre les animaux… et plusieurs de ceux-ci vont lui faire vivre une aventure hors normes et l’aider également. Un excellent texte pour bien commencer un recueil.
Dans « Le Boss », imaginez un monde de Debouts, de Quatre Pattes qui sont eux-mêmes divisés en de multiples catégories dont les Truffards ou les Griffus. Mais même dans ce monde-là, les Debouts quand ils sont amoureux abandonnent toute dignité.
« Les explorateurs », ce n’est pas terrible la vie sous terre, même à plusieurs, surtout que certains disparaissent et d’autres apparaissent, ceux qui arrivent ne sont pas forcément les bienvenus… mais peuvent être utiles !
« Faites pousser un extraterrestre ». Abel collectionne les anciennes B.D. alors quand il trouve un lot de « Pif Gadget » pour un prix dérisoire, il jubile.
Surtout que dans le lot, il trouve un numéro plus qu’inédit, pas répertorié. Il se laisse tenter et plante la graine qu’il contient comme gadget. Bonne ou mauvaise idée…La suite le lui dira !
Dans « Le musée de l’Homme. » quatre fleurs se réunissent, Lilas, Rose, Violette et Marguerite… un beau bouquet ! 
Beaucoup de personnages pour le moins surprenants, êtres humains, animaux, extraterrestres ou morts-vivants ! Une jeune femme sait peut-être que l’enfer est pavé de bonnes intentions… mais le monde du cinéma, lui, est pavé de mauvaises intentions !

La jeune Angela est une femme de ressources, cela vient sûrement de son prénom. Elle comprend vite comment faire fortune avec les zombies amateurs de sucre et de câlins à outrance ! Bon d’accord, il faut y mettre du sien, car un zombi c’est gluant et ça pue ! Mais on n’a rien sans rien ! 
Des nouvelles pleines d’originalité, très agréables à lire et d’égale qualité.

Un zeste de fantastique, un peu d’humour et aussi une dose de tristesse.
Une découverte !
Extraits :
- Je pensais au poème d'Edgar Poe, et baptisais l'oiseau Jamaisplu. Ça sonnait bien. Jamaiplu le corbeau.
- La Rencontre, selon les critères Debout, était sans doute très belle : blonde et frisée comme un bichon, déliée comme une levrette et des yeux de husky.
- Vous souriez ? Oui, je sais, ça a commencé comme une comédie.
- Si le môme peut bander, rien n'empêche ces deux-là de niquer, conclut le vieux.
- Angela, appelée ainsi par ses parents en l'honneur de la chancelière qui, à quatre-vingt-sept ans, était toujours à la tête du pays...
- Il avait acheté une revue qui n'existait pas dans une librairie fermée depuis dix ans.
- Condoms, gels, coïts interrompus. Désormais, le sexe était totalement safe. La mort avait trouvé un autre chemin.
Éditions : Pygmalion (2019).
* Et autres nouvelles.
PS. À la maison de retraite des Baux de Provence, où je fais du bénévolat, j'ai lu la nouvelle « Le Boss » qui a eu beaucoup de succès.

 

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18 mars 2019

TOPOR Roland / Portrait en pied de Suzanne.

 

Couv Suzanne

Portrait en pied de Suzanne.*
Roland TOPOR.

Note : 4 / 5
Prendre son pied… 
Court roman de ce touche-à-tout des arts, écriture baroque et décalée, mais également dessinateur de grand talent. Les six illustrations de ce livre le prouvent aisément.
Une très intéressante préface d’Éric Chevillard sobrement intitulée « L’homme augmenté » dont je tire cette phrase :
- Car, mesdames, messieurs, le moment est venu pour moi de m'effacer enfin.
Le personnage et narrateur de cette histoire est depuis vingt-trois jours dans une ville étrangère dont il ne parle pas la langue. Ce lieu absolument charmant a pour nom Caracas, mais nous ne sommes pas au Venezuela. Les autochtones prononcent « Carcasse ». Les parents de l'auteur sont nés dans cette ville d'Europe centrale.

« Carcasse » ne peut en aucun cas s'appliquer à notre héros. En effet celui-ci est enveloppé, très enveloppé, et n'ayons pas peur des mots, obèse.
Il faut dire qu'il souffre de boulimie aiguë, et c'est très grave.
Le décor étant planté, commençons le résumé de ce récit absolument baroque.
Avoir faim, très faim, très, très, très faim dans un pays dont vous ne comprenez pas le langage peut avoir des conséquences néfastes. Le taxi qu'il a emprunté pour se rendre dans ce qu’il pense être un restaurant le dépose dans un magasin de chaussures. La vendeuse en minijupe écarte légèrement les cuisses et l'homme obèse achète une paire de chaussures dont il n'a pas besoin. Il part avec aux pieds, à pied, car le taxi ne l’a pas attendu, jusqu'à son hôtel où l'ascenseur est en panne. Et il réside au septième étage.
Son pied gauche n'a pas résisté à ce traitement, il n'est plus qu'une plaie ensanglantée de toutes les couleurs.
Et il a encore et toujours de plus en plus faim… creuser sa tombe avec une fourchette semble être un principe qu’il ne connaît pas !
Mais soudain son pieds torturé et déformé lui évoque son grand amour, Suzanne. Alors commence une autre histoire dans cette ville peuplée de gens plus ou moins farfelus. 
Peu de personnages réels à part le narrateur, une femme surgit du brouillard, un garçon d’étage bien mal jugé, un jeune homme tabassé, et un pied en bien piteux état. Et Suzanne… encore et toujours Suzanne !
D’autres surgissent du passé, un homme qui, pensait-il, faisait l’aumône, grosse erreur, et aussi Olga une allemande aussi obèse que lui avec qui il a passé une nuit. Délicieux souvenir qu’il résume par ces phrases :
- Nos ventres bombés glissaient l'un contre l'autre, avec une perfection accablante. On eut dit de lourdes meules destinées à broyer du grain. Cette fille obèse suffisait à mon bonheur, mais je n'étais pas assez humble pour le comprendre. Ou pour l'admettre.
Une œuvre déconcertante que j’ai beaucoup aimé, et cerise sur le gâteau très bien illustrée.

Extraits : 
- Large est le fleuve, mais nul reflet ne joue au creux de ses vagues.
- À l'école, on me surnommait Bouboule, et plus tard Gros-Bide ou Gros-Lard, ou Gras-Double. Dieu, comme j'ai souffert !
- La femme en noir, personnage essentiel de l'aventure, il serait bon de la décrire.
- Telle une esclave consentante, elle retire mes chaussures. Je suppose qu'elle s'apprête à me laver les pieds, après quoi nous partagerons le pain et le vin.
- La vendeuse soulève l'avant-bras pour protéger son visage, puis, en signe de soumission, ouvre les cuisses.
- Après tant d'années de vie commune, la tendresse est morte. Chacun rend l'autre responsable de sa propre infortune.
- À gauche le charme, la sensibilité, la poésie. À droite le trivial, l'inachevé, le rustique. On ne saurait mettre mes pieds dans le même sac !
- Je sais bien qu'un pied est un pied, que Suzanne est Suzanne, mais mon pied est plus proche de Suzanne que de moi.
- Le malheur des autres ne m’a jamais consolée du mien. Les autres sont trop différents de moi, justement.
Éditions : Wombat/ Les insensés (2019).
*Préface d’Éric Chevillard.
Avec six illustrations de l’auteur. 
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Vaches noires.
Titres auxquels vous avez échappé : Pieds de biche, Chaussure à son pied, Suzanne sur son piédestal.

 

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15 mars 2019

HEINZ Wilfred. Charles / Ce que cela coûte.

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Ce que cela coûte.

Wilfred Charles HEINZ.

Note : 4,5 / 5.

Mise au poing. 
W.C.Heinz (1915/2008) était un journaliste sportif et un homme à tout faire des lettres, romancier et aussi correspondant de guerre.
Un autre de ses ouvrages « Le chirurgien » a été traduit et édité en France par Les Presses de la Cité en 1963.
Dans ce roman datant de 1958, un journaliste Frank Hugues suit, on peut dire pas à pas, les derniers jours de la vie d’un boxeur Eddie Brown. De descendance allemande, son véritable nom est Braun, c’est un boxeur blanc dans une Amérique raciste.
Eddie, après huit ans de carrière, va combattre pour le titre de champion du monde au prestigieux Madison Square Garden.
Sa vie future dépend de ces quinze rounds de 3 minutes, la gloire et la fortune ou l’oubli et une vie très ordinaire d’un boxeur qui aura laissé passer sa chance.
Alors il est nécessaire de mettre tous les atouts de son côté. Avec Doc Carroll, son manager, qui croit vraiment en lui, la vie est dure, en effet le Doc a une main de fer et pas vraiment dans un gant de velours.
Ils s’installent avec d’autres boxeurs qui s’entraînent pour d’autres combats, avec également des sparring-partners triés sur le volet, les conditions de vie sont spartiates et répétitives. Entraînements, rounds sur le ring, courses matinales et travail sur punching-ball. 
Eddie est marié et père alors c’est aussi une parenthèse plus ou moins longue dans sa vie de famille. Les visites de son épouse et de son fils sont de rares moments de détente.
Et toutes ces contraintes sont les mêmes qu’il soit vainqueur ou vaincu…
Les seuls moments de sortie sont la visite médicale protocolaire, une séance de photos et une interview pour la télévision.
Un de ses proches, son entraîneur est trouvé mort dans son lit un matin… et sa bague a disparu. Un vol, mais qui est capable d’une chose aussi ignoble ?
Des hommes qui croient en leur étoile, qui vivent pour un but qu’ils n’atteindront peut-être jamais… beaucoup d’appelés mais peu d’élus.
On croise de nombreux personnages, en particulier un boxeur de grande classe et très attachant, Memphis Kid, mais qui n’a pas eu sa chance malgré toutes ses qualités… est-ce le fait d’être noir ?
Une écriture journalistique, précise et sans fioritures, les conditions de l’entraînement d’un boxeur de haut niveau sont, je pense, fort bien analysées. Savoir que tous ces sacrifices seront peut-être faits en vain ?

Comment quelques minutes de la vie d’un homme peuvent changer son destin. 
Une lecture des plus instructives bien que je ne sois pas un grand connaisseur du monde de la boxe professionnelle souvent décriée car émaillée de scandales.
Extraits : 
- Un boxeur ne fait pas partie de l'ordre normal des choses, dit-il en me fixant à travers ses lunettes. Vous devriez le savoir, pourtant. Un boxeur est un monstre.
- Ce que les années prennent aux anciens, elles le donnent aux jeunes, si bien qu'après sept ans et soixante-dix combats, Eddie Brown ressemblait désormais à beaucoup de boxeurs que j'avais connus.
- Il y a toujours un autre gars. On ne se contente pas de jaillir de son coin pour engager le combat avec un inconnu. Même si on ne l'a jamais vu avant la pesée, ça fait longtemps qu'on le connaît et qu’il nous connaît aussi.
- Vous savez très bien que vous ne voulez pas de l'autre parce qu'il est noir. Admettez-le.
- La commission protège les intérêts du public. Les gens achètent des places d'un combat pour le titre. La commission veut s'assurer que les deux adversaires pourront être en dessous du poids limite le jour J.
- Quand on veut battre un type, on cherche à l'abattre, au sens propre.
Éditions : Monsieur Toussaint Louverture (2019).
Titre original : The Professional (1958).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson.
Autres titres consacrés à la boxe sur ce blog :
F.X. Toole. De sueur et de sang.
F.X.Toole. La brûlure des cordes. (Avec la nouvelle « La fille à un million de dollars).
Thom Jones. Le pugiliste au repos.

 

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12 mars 2019

HAMM Joël / Ivresse de la chute.

 

Ivresse

Ivresse de la chute*.
Joël HAMM.
Note : 4, 5 / 5.

Plus dure sera la chute ?
Recueil de seize nouvelles de ce prolifique auteur de nouvelles dont j’ai déjà croisé la plume dans certains recueils collectifs. En particulier dans ceux de la Noiraude « Tout le monde descend ! » et « À saisir !».

Titres des nouvelles :
Cendres. Monsieur Bobi. Le sourire de l'ange. Portrait posthume. Ivresse de la chute. Sac d'os. La complainte de Mari- Anna. Treize à table. Pater familias. L'autre regard. Les barbelés. Le Signe. Temps de chien. Faussaire. Tempête sur un divan et Le dernier mot.
« Le sourire de l'ange » mélange allégrement passé et présent, échange de courriers et écriture d’un roman historique. Quel était le secret de la couleur des visages des madones peintes par Filippo ?  

La nouvelle « Ivresse de la chute » nous parle de deux enfants, deux amis dont l’un devient un spécialiste des chutes en tous genres… l’autre, adulte, est un as du parachutisme. Gare à la chute ! Au propre comme au figuré. 
« Sac d'os » souvenirs culinaires de la grand-mère, un texte qui vous met l’eau à la bouche, où il est question entre autre de jambon au foin et de cette fameuse recette de « Sac d’os » ! À table.
« La complainte de Mari- Anna ». Je reconnais volontiers que j’ai une tendresse particulière pour cette nouvelle qui me ramène dans ma Bretagne natale à une époque où je n’étais pas encore né. Mari-Anna est une chanteuse publique qui vend les feuillets des chansons qu’elle interprète souvent en breton. Mais hélas son temps est passé… 
« L'autre regard » jongle aussi avec les époques, la guerre en Provence, la mort et bien des années après, une femme se souvient.
« Les barbelés et Le Signe » nous parlent de la Pologne à travers les destins tragiques de deux hommes, durant, puis après la guerre. 
« Le dernier mot » nous raconte la triste histoire de sachets de haricots trouvés dans un congélateur… et c’est vraiment triste ! 
Beaucoup de personnages dont nous faisons la connaissance enfants et que nous suivons tout au long de leurs vies, plutôt courtes !  Comme Valentin Cendre, trouvé sous un porche parisien le 15 février, jour des Cendres, et le lendemain c’était la saint Valentin. Il avait signé pour une vie qui ne serait pas flamboyante, le pauvre gosse ! Un autre se souvient de son chien, Bobi, malade, il fût abattu par son père, ce qui provoqua chez lui un sentiment de vengeance. Treize à table, c’est vraiment à éviter, certains l’apprennent à leurs dépends ! Un homme retourne dans sa famille, mais le temps a passé, un enfant triche pour gagner un appareil photo, faussaire de si bonne heure !  Nous vivons avec un psychiatre nommé Jacques Canal des expériences peu ragoutantes. 
Des textes plutôt très noirs pour la plupart, tous très bon également, de tailles très différentes passant de 2 à près de 20 pages.

Un excellent recueil, une découverte.
Extraits : 
- Nous étions vite devenus copains. Deux cancres réunis par leur mauvais esprit.
- L'été arriva. Mes parents et moi partîmes en vacances dans le sud. Ils décidèrent de s'y installer. Tant qu'à être chômeur autant au soleil.
- Je me sers encore de son livre, je suis ses conseils culinaires, autant que possible. Allez donc trouver du foin sur les grands boulevards de la capitale ou tuer un porc sur votre balcon !
- Sous une bâche de toile huilée, tu abrites les feuilles volantes, les textes des ballades, les gwerzioù que tu proposes aux badauds sur les marchés.
- Et cette frontière d'acier et de béton, en plein Belfast, n'est-elle pas ironiquement nommée ligne de paix ?
- Les effluves ascensionnels des barbecues lancés à l'alcool à brûler n'ont fait qu'aggraver mes dégoûts olfactifs.
- Osera-t-il un jour dire son fait à cette outre puante ? Comment peut-on être riche et aussi
négligé ?

- Seuls les vivants peuvent souffrir, non ? Est-ce que ce genre de tourments nécessite un tel enthousiasme pour ce qu'on appelle la Vie ?
Éditions : Zonaires éditions (2019).
* Préface de Françoise Guérin.

 

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08 mars 2019

BRUDER Jessica / Nomadland.

Bruder

Nomadland.*
Jessica BRUDER.

Note : 5 / 5.
American nightmare!
Je découvre cette journaliste américaine avec cet ouvrage, série de portraits de « Hobos » des temps modernes, nouveaux visages des laissés pour compte de l'Amérique. Les voitures et les vans ont remplacé les trains pris sans titres de transports pour les déplacements saisonniers.
Ce livre se compose, après un avant-propos de l'auteur, de trois parties. Certains chapitres ont des titres très explicites : « La fin », « Survivre en Amérique », « Amazon Ville » , «  Trois petites lettres qui font peur ».
« Amazon Ville » concerne la vie des travailleurs saisonniers, les « workampers » dans ce symbole du libéralisme absolu. 
Le personnage principal de ce livre est Linda May, soixante-quatre ans, grand-mère. Elle voyage avec son chien Coco au volant d'un vieille jeep achetée d’occasion et qui tracte « Squeeze In » (L'auberge serrée), sa maison sur roue.
Elle vit l'existence des travailleurs saisonniers parcourant l'Amérique dans l'espoir d'être embauchée, malgré des salaires très bas ! 
Le chapitre « Amazon Ville » est une sorte de concentré des méthodes de management des multinationales.
Les chiffres font froid dans le dos, l'âge des travailleurs, pratiquement tous plus de 65 ans et certains beaucoup plus, les salaires ridicules (juste pour ne pas mourir de faim), les horaires (démentiels), l'inconfort du poste de travail, (entre 15 ou 30 km à pieds par jour), le climat en période de préparation des fêtes de Noël, (moins 10 degrés dans la journée et moins 16 durant la nuit) pour des gens vivant dans des voitures améliorées ou des caravanes d’occasion.
« The Ruppert Tramp Rendezvous » est l'exact opposé, c'est un lieu de rendez-vous des nomades, ils sont chez eux et il y règne une convivialité et une entraide dont toutes et tous profitent. 
Portraits de laissés pour compte de l’Amérique. Une nouvelle catégorie d'américains est née les « Workampers »

( travailleurs campeurs) nomades des temps modernes, femmes et hommes spoliés par le libéralisme effréné des temps actuels. Tristes constats !
Cette œuvre est tout, sauf un roman, mais une enquête très poussée qui permet de dégager des personnages, anti-héros par excellence mais combien attachants.
Un grand merci à Jessica Bruder de nous les avoir fait connaître et de les avoir sortis de l'ombre.
Un grand livre mais qui laisse un sentiment de malaise et de révolte. J'ai beaucoup de difficultés à le résumer en si peu de pages.
Une question me vient à l'esprit, comment peut-on laisser une grande partie de nos « anciens » vivre dans une telle précarité ? 
Car ces gens ont travaillé toutes leurs vies, mais la cupidité des banquiers et « la crise des subprimes » les ont ruinés. L’argent n'a pas été perdu pour tout le monde !
Laissons le mot de la fin à Bob :  « -Il s'attend à une crise généralisée, à côté de laquelle la Grande Dépression fera l'effet d'une vaste blague ».
Extraits :
- Mais nous découvrons très vite que notre entrepôt (le plus grand de tout le réseau Amazon, d'après notre formatrice, est comparable en taille à plus de dix-neuf stades de football réunis) est un véritable labyrinthe. Plus de 33 kms de tapis roulant acheminent des paquets à travers le site.
- Cette mauvaise expérience lui a fait frôler d'un peu trop près cet acronyme tant redouté : SDF. La plupart des nomades rejette cette étiquette comme la peste. Ils sont « sans adresse fixe ». Les SDF, ce sont les autres.
- La raison pour laquelle les gens veillent tard le soir pour faire et refaire leurs comptes est évidente : le 1 % le plus riche gagne quatre-vingts une fois plus que les gens appartenant à la moitié inférieure de la population, lorsqu'on compare les revenus moyens. Les adultes américains appartenant à cette seconde moitié, soit 117 millions d'individus n'ont pas vu leurs revenus évoluer depuis les années 1970.
- Ce n'est plus un écart salarial. C'est un gouffre. Et tout le monde en fait les frais.
Éditions : Globe (2019).
Titre original : Nomadland (2017).
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nathalie Perony.
* Survivre en Amérique au Amérique au XXIe siècle.

 

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