Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

21 septembre 2014

DRÉAN Michel / La rupture d'Anne et Brice.

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La rupture d'Anne et Brice.
Michel DRÉAN.
Note : 4 / 5.
Hyères, aujourd'hui, demain.
Changement de style pour l'auteur, après les recueils de nouvelles, les romans noirs et un thriller un peu futuriste, un road-movie. En route, qui sera, bien entendu, semée d’embûches et pleines de rencontres.
Brice arrive à un âge où les questions sont nombreuses et de plus en plus pressantes. La principale étant "Suis-je heureux" et son corollaire "Ai-je réussi ma vie" ? Pas sa carrière non, sa vie à lui, ancien musicien un peu bohème.
Employé de banque, c'est pas spécialement un rêve de gosse, on est là et un peu las. Les rêves d'hier sont restés lettres mortes enfouies dans la monotonie quotidienne. Dans le train-train des jours, des mois et des semaines. La vie de couple n'est plus qu'habitude, vague tendresse et encore. Les enfants sont des espèces d'Objets Connectés incompréhensibles. Bref un jour l'overdose, alors le souvenir d'Anne revient de plus en plus envahissant, Anne le grand amour, celui dont Brice ne s'est jamais vraiment remis, celui hante ses pensées, Anne et les jeunes années.
Alors après mures réflexions la décision est prise, tout plaquer, Brest et la banque, cette famille dont il ne paraît plus faire partie, au bout de la route, la fuite, l'aventure, Hyères, les palmiers et Anne...
Un peu d'argent de poche, et en voiture, quittons Brest direction le sud, fini le crachin breton, au bout du chemin la femme aimée et le soleil.
Sauf que le voyage ne se déroulera pas comme prévu. De bons moments, la visite à Tonton Eugène, peintre d'un certain âge, qui troque les paysages pour revisiter le fameux tableau "L'origine du monde"... Son modèle est bien vivante et trouve Brice tout à fait à son goût !
Mais il faut reprendre son sac et manger son pain noir. Une auto-stoppeuse qui lui fait regretter sa bonté, alors pour s'en débarrasser...le coup de la panne ! Mais hélas cela marche trop bien, le moteur est mort, la galère peut commencer.
Et les coups durs ne manqueront pas. La vie n'est pas un long trajet tranquille.
Beaucoup de personnages dans les tribulations de Brice. Le narrateur lui-même, Brice, qui un beau jour a le courage de faire ce que beaucoup rêvent de tenter ! Tout plaquer ! Le souvenir d'Anne comme but l’inaccessible étoile. Bizarrement Jacques Brel n'est pas cité dans ce livre pourtant très musical.
Les nombreuses rencontres souvent agréables, le veilleur de nuit philosophe, Pedro le routier sympa et Madeleine. La gentille grand-mère qui prendra Brice en stop alors qu'il se désespère seul sous une pluie battante, qui l'invitera à se sécher et à manger, mais qui sera aussi involontairement source d'une grand partie des problèmes à venir.
Il y a aussi l'abruti de service, le beauf, taille XXXL, raciste, radin, truandant le fisc, bref le mec déplorable. Brice aura sa revanche en passant une nuit de toute beauté avec son ex-épouse !
Chaque chapitre commence par quelques paroles de chansons d'artistes différents et d'horizons variés. De Ronan Luce à Jean Patrick Capdevielle en passant par Gérard Blanchard.
On trouve aussi des compositions originales de Michel au fil des pages.
Une lecture agréable pleine de verve et de jeux de mots, sans mort violente, sur le temps qui passe et nos illusions perdues.
Car pour nous tous, tant bien que mal, le temps passe et nous pousse cahin-caha.
A signaler la préface pleine d'humour de l'ami Claude Bathany.
Extraits :
- Alors non, au lieu de cela, je me mets à réfléchir sur le sens de la vie, enfin, sur le sens de ma vie.
- Alors je me mets en mode déconnecté. Une sorte de pilote automatique.
- Et au pays de la mère Veil, on avait forniqué comme des lapins qui avaient perdu tout sens de la mesure et de l’heure. Enfin, ça c’est dans mon souvenir, la réalité est peut-être un peu moins prétentieuse et beaucoup plus prosaïque.
- Même la rue de Siam semble avoir subi un lifting, elle paraît avoir abandonné ses vieilles frusques frileuses dans les prémices du printemps. Un vent plus doux se charge de mer, traîne avec lui des odeurs d’algues et de sel. Les filles découvrent une insouciance retrouvée dans l’offrande des peaux blanches et étonnées de leurs jambes et de leurs bras.
- J'ai aussi embarqué ma guitare, dans son étui. Par superstition ou parce que je pense que cet instrument est le seul capable de faire la jonction avec mon passé. Une connerie de plus sans doute.
- Trop sentimental certainement.
- Quand le jour pointe le bout de sa tronche mal léchée, j'ai le sentiment d'avoir merdé.
- Comme un vrai routard. Kerouac et toute sa clique de beatniks peuvent bien aller se rhabiller. Alors,je pars, le spectre de Sal Paradise à mes côtés, prêt pour l'aventure, prêt pour la poussière et le bitume.
- S'occuper l'esprit, les mains. Faire semblant. Écrire, écrire pour s'empêcher de pleurer.
- Et que je fuis pour aller chercher je ne sais quoi, un parfum éventé, une image flétrie, un morceau tordu de ma jeunesse morte et enterrée.
- Anne, chère Anne, ne me vois-tu pas venir ?
Éditions : Chemins faisant (2014). Les chemins de traverse.

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18 septembre 2014

BANVILLE John / La lumière des étoiles mortes.

 

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La lumière des étoiles mortes.
John BANVILLE.
Note : 4 / 5.
Souvenirs !
Que dire de John Banville, qu'il est certainement un des plus grands auteurs irlandais vivants ! Une œuvre riche mais pas d'un accès facile. Il s'est récemment mis à l'écriture de romans policiers sous le pseudonyme de Benjamin Black, avec semble t-il, un succès certain.
La mémoire devient ici une entité malléable ! Ces événements se sont-ils réellement passés de cette manière ? Les souvenirs du narrateur semblent lointains et parfois enjolivés !
A-t-il vraiment fait la connaissance de Madame Gray de cette façon surprenante, cette femme sur son vélo dont le vent (fripon) soulève l'ample jupe jusqu'à la ceinture offrant une vision furtive, inédite et agréable !
Il a quinze ans, elle en a trente-cinq et elle est la mère de son meilleur ami. Elle devient sa maîtresse, un amour bref dans une petite ville irlandaise.
Revivre cette passion très longtemps après est sujet à caution, vérité ? fantasmes ? faits enjolivés ?Pendant qu'il tente de rassembler ses souvenirs, lui l'acteur de théâtre, Alexander Cleave est contacté pour tenir le rôle d'Alexander Vander dans un film à venir.
Il ne connaît absolument pas le monde du cinéma et doit composer avec la vedette féminine du film, Dawn Devonport. Une tentative de suicide de cette dernière va les rapprocher, ils partent en voyage ensemble sur les traces Axel Vander et de Cass, la fille d'Alexander.
Ce livre fait partie d'une sorte de puzzle qu'est l’œuvre de John Banville où les personnages ont parfois de façon ténue des liens les uns aux autres.
Je me pose la question, est-il nécessaire d'avoir lu les autres ouvrage de l'auteur pour mieux appréhender ce livre ? Je le pense, mais je les ai lus il y a très longtemps et je n'ai plus que de vagues souvenirs ! Vrais ou enjolivés ?
Alexander Cleave est un acteur de théâtre vieillissant ( que l'on retrouve dans plusieurs titres de John Banville). A l'apogée de sa carrière, un trou de mémoire en pleine représentation l'a contraint à se retirer du monde du spectacle, il vit dorénavant avec son épouse, ses souvenirs et le fantôme de sa fille morte.
Axel Vander, personnage fort ambigu (personnage central du roman "Impostures") : il a croisé entre autre Cass Cleaver, la fille défunte d'Alexander. A-t-il eu un rôle dans son décès ?
Dawn Davenport, actrice à succès, est au fait de sa gloire....éphémère peut-être !
Ayant lu plusieurs romans de John Banville, ma première impression est que celui-ci m'a semblé plus facile d'approche que beaucoup de ses œuvres précédentes. Malgré tout quelques mots peu usités se trouvent ça et là, mais cela reste dans la limite du raisonnable.
La question posée par ce roman est la suivante : notre mémoire est-elle fidèle ? Involontairement ou volontairement, ne la travestissons pas à notre profit ? Ne faisons-nous pas l'impasse sur certaines choses désagréables de notre vie !
Personnellement quand je pense à mon service militaire ne me reviennent que les événements les plus joyeux et dans la mesure du possible, j'évite le reste.
La rupture de la liaison entre le narrateur et Madame Gray se révèle, en fin d'ouvrage tout à fait différente de ce que le jeune homme se souvenait !
La mémoire et la vie sont ainsi faites !
Extraits :
- Curieux, ces trous sur lesquels on tombe quand on appuie trop sur le tissu bouffé aux mites du passé. Enfin, quoi qu'il en soit, c'était là.
- Là, je ne vois plus les gants en résille ni le chapeau ridicule. J'ai dû les inventer, dans une impulsion frivole ; Dame Mémoire a ces moments ludiques.
- Appréciais-je alors ces choses comme je les apprécie aujourd'hui où mes délices sont-elles rétrospectives ? Se peut-il qu'un garçon de quinze ans ait l’œil avide et sélectif de mon vieux roué actuel ?
- Cela faisait des semaines maintenant qu'on interprétait leurs amours violents : comment ne pas être plus ou moins dans leurs peaux ?
- Oui, le suicide, même quand il ne s'agit que d'une tentative, suscite un véritable malaise.
- Puis les doigts de Dawn Davenport ont cherché à m'agripper le poignet et tout à coup elle s'est matérialisée dans sa chemise de nuit. Tremblante et haletante elle sentait la nuit et la terreur.
- Elle était partout, séduisante brillance papillonnant parmi d'innombrables ombres anonymes.
- Je n'ai pas rêvé d'elle, après son départ, ou, si ça m'est arrivé, j'ai oublié mes rêves.
- Ces liens qui se déploient à travers le monde, pareils à des fils d'araignée, leurs contacts poisseux me déclenchent des frissons !
Éditions : Robert Laffont (Pavillons) 2014.
Titre original : Ancien Light (2012).
Autres chroniques de John Banville sur ce blog:
Athéna.
La lettre de Newton.
La mer.
Le livre des aveux.
Le monde d'or.

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15 septembre 2014

GRADIS Yvan / Détruire Notre-Dame.

 

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Détruire Notre-Dame.
Yvan GRADIS.
Note : 5 / 5.
Une année dans la vie d'un parisien.
D'Yvan Gradis j'ai lu il y a quelques années un recueil de nouvelles "Avancez vers le fond" que j'avais beaucoup apprécié . De même que j'avais aimé le court échange de mails avec l'auteur. Donc quand il m'a proposé de lire sa nouvelle parution, je me suis empressé d'accepter.
Ce récit commence un 17 janvier pour s'achever le 22 décembre. Ensuite, je pense, viennent les fêtes de fin d'année et pour l'auteur un repos bien mérité.
Bien mérité car les déambulations parisiennes du narrateur et ses nombreuses rencontres laissent des traces et pas seulement écrites !
On découvre un Paris inhabituel, hors des sentiers touristiques, le Paris d'un homme qui y demeure depuis sûrement très longtemps. Ayant moi-même habité Paris très longtemps, je trouve l'exercice très réussi.
Le 17 janvier donc, la station de métro de la Gare d'Austerlitz est le point de départ de ce livre. Et oh surprise, deux infirmiers mettent le corps d'un défunt dans un photomaton pour une ultime photo. Œuvre familiale entamée bien des années auparavant.
Une visite dans un cirque japonais pour y découvrir des macaques jouant du Bach !
N'importe quel touriste venu des 5 continents est capable de s'extasier sur l'avenue Montaigne et les Champs-Élysées ! Mais qui parlera de Marignan (1515 pour ceux qui ont des problèmes de mémoire) et surtout en ces termes :
- Fatale rue de Marignan, triste et froid trait d'union entre l'avenue Montaigne et les Champs-Élysées. Deux cents mètres de nudité aristocratique, hibernation perpétuelle, hantés par le pire des assassins : l'Ennui.
L'auteur se pose aussi la question, un peu par provocation, de l'argent du contribuable dépensé pour conserver leur aspect à différents monuments parisiens. Ne pourrait-on pas les laisser mourir de leur belle mort ?
Le narrateur et une de ses amies, Carine, nous amène au square de la place du Commerce. Pour un moment très particulier. Déjeuner devant la tombe du Goûteur inconnu, personnage à qui nous ne rendrons jamais assez hommage ! C'est peut-être lui le premier qui a osé ouvrir une huître et manger ce qu'il y avait à l'intérieur ! Un homme sans qui la gastronomie ne serait pas ce qu'elle est à l'heure actuelle.
Un des aspects les plus importants de ce livre, c'est la rencontre de personnages, plus baroques ou loufoques les uns que les autres, je vais malheureusement être obligé de faire un choix tant ils sont nombreux.
Par exemple le baron Von Frase, dit le baron Melon à cause de son couvre-chef, un curé possédant un chien sans tête, une employée du ministère de la culture nommée Mlle Yolaine de Lescure, avec qui l'auteur va admirer des statuts dans le parc Montsouris.
Arrêtons-nous quelques secondes sur le cas de Guy, dit le Volubile, qui exerce la profession fort méconnue et très dangereuse de brûleur de publicité ! Métier à risques s'il en est. Il déambule dans les rues parisiennes, en criant pour annoncer sa venue " Brûûû...leur" et poussant devant lui son outil de travail, un landau-fourneau !
Le trois août par exemple, les voisins du narrateur partent en vacances, moment tant attendu. Par contre la destination est pour le moins surprenante. En effet, le père, la mère et les enfants, prennent pension dans un hôtel. Ils visitent Paris en changeant chaque année d'arrondissement, en commençant par le 20e qu'ils ont fait il y a deux ans. Cette année donc en route pour le 18e !
Un aveugle qui enregistre les bruits de clochettes de boulangeries rue de Maubeuge, pour sa collection personnelle.
Spectacle insolite s'il en est, en ce 10 novembre. Un riche mendiant à l'envers :
" à votre bon cœur Messieurs dames, prenez un peu d'argent dans ma sébile j'en ai trop ! "
Si vous voulez changer de la littérature classique, cet ouvrage est pour vous. Cette chronique est un résumé trop bref pour vous parler du foisonnement littéraire qu'il contient.
J'adore ce genre de livre, insolent, provoquant mais jubilatoire! Par exemple quelques jeux de mots sur des noms fictifs (enfin pas sûr).
Ronan Le Boubennec :
- Le nec plus ultra, quand bout la robe de la banque à l'heure des crocs et que sous l'écho du cor la boue court jusqu'au bout du lourd banc de la cour : la benne à bouc.
Heureusement il reste quelques éditeurs pour prendre le risque de publier de tels ouvrages.
Extraits :
- Orgueil et passion ne font qu'un chez les vrais artisans. Le Volubile n'échappe pas à la règle, dont le chapelet d'anecdotes ne pouvait qu'éterniser mon escorte.
- Dans la marge au dessus du cercle Arctique, une phrase, tracée de la même encre bavante :
" Né ici, mort ici. Après le tour du monde, je ressors par où je suis entré. "
- Quoi de plus représentatif que ce maudit père et son fils pathétique dans l'art de défaire en famille ce que l'école construit jour après jour ? De la destruction privée de l'instruction publique. De la déséducation.
- Quel spectacle ! La mort ou l'art du passage.
- ...une plaque commémorative : Dans cet immeuble a vécu, de 1874 à sa mort en 1897, Joseph Chontigne , fondateur de la Ligue pour la protection des pigeons de Paris. Pigeon, souviens-toi !
- Un réverbère, heurté à vélo à l'âge de six ans. Eh oui, un objet fait pour voir m'a enlevé la vue.
- Dans cette rame de métro, même l'Ennui s'ennuyait.
- À bas les jeunes filles, suppôt du Commerce et de la Publicité, vive les vieux messieurs, qui n'ont rien à vendre !
Éditions : Pascal Galodé (2014)
Autre chronique d' Yvan Gradis:
Avancez vers le fond.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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06 septembre 2014

CARIO Daniel / La Camarde.

 

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La Camarde.
Daniel CARIO.
Note : 4 / 5 .
Au bout du chemin....la mort!
Je croise souvent Daniel Cario dans les différents salons littéraires de la région, mais je ne l'avais pas encore lu. C'est désormais chose faite avec ce recueil de nouvelles consacré à la mort. Mais l'auteur nous prévient tout n'est pas noir : "15 récits tragiques et comiques".
La guerre fait assez de morts comme cela, est-ce bien nécessaire de rajouter, pour assouvir une vengeance, ce que l'on nomme "Des dégâts collatéraux" ?
Dans "La veuve", un assassin est sauvé de la prison par le témoignage inattendu d'une femme qui prétend avoir passé avec lui une partie de la nuit du crime ! Sauvé de la prison, mais pour le reste.....
"La passerelle", ou comment faire cohabiter le sauvetage des âmes avec le commerce des corps ! Histoire très originale.
"Mort bleue". Quelle idée saugrenue de repeindre les murs de la pièce où gît le cadavre de son épouse ! Les conséquences seront tragiques.
"Les deux bossus". L’existence est bien cruelle pour des personnes un peu différentes. À la vie, à la mort...
"Le train de 8 h 14 ". Un très beau texte qui me rappelle cette très belle chanson de Georges Brassens :
- A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre.
Surtout quand cette apparition est nue et semble demander de l'aide tous les lundis matins ! Pourquoi ? Un drame peut en cacher un autre.
Ce recueil se termine par un texte assez long " Une grenouille de porcelaine" qui nous transporte pendant la guerre de 39/45. Un allemand plutôt balourd, risée de sa mère et de son frère, est envoyé en Bretagne. Là il fait la connaissance d'une petite fille dont les parents furent tués par les troupes d'occupation ! Un texte poignant sur la stupidité des hommes et de la guerre !
Un homme, sa puce et une prostituée...il y a de quoi se faire du mauvais sang !
Un couple, une masure dans le marais, un nouveau propriétaire terrien qui veut les en chasser. Tout est en place pour le drame.
Quelques empoisonnements réussis, l'un au Sancerre, l'autre aux champignons. Crimes parfaits, la vie pour certains continue ! Un fan de télévision disparaît de la vie de tous les jours, mais parfois il fait de brèves apparitions....pas à Lourdes je vous rassure ! Un aventurier constatera à ses dépens que la vengeance peut être longue à être assouvie et venir de loin.
Apprendre à leur détriment c'est ce que qui aurait pu arriver à deux garnements, les blagues de potaches en temps de guerre peuvent vous coûter la vie.
Professeur de lettres en retraite, c'est pratiquement toujours la certitude d'une écriture de qualité, et c'est vrai ici. Premier recueil de nouvelles pour cet auteur que la quatrième de couverture qualifie de prolifique, mais qui réunit qualité et quantité. Ce qui n'est pas toujours le cas, ni forcément évident.
Extraits :
- Ces deux êtres paludéens étaient nés la même semaine dans des fermes limitrophes.
- Il m'a raconté une histoire incroyable, et j'avoue ne pas être allé fouiller plus loin afin de savoir s'il était vrai, tant j'aurais été déçu si elle ne l'était pas.
- Vous n'allez pas me croire monsieur l'inspecteur : on aurait dit qu'elle priait. Enfin... Elle parlait en latin comme le curé pendant sa messe. Je n'ai jamais vu ça.
- Mon Dieu, Fine, marmonnait-il, la larme à l’œil, te voilà parti sans avoir eu le temps de me dire au revoir...
- Mais de quoi est-elle morte, ma doué ?
- À la rentrée suivante, les deux Faouëtais furent mis en pension au lycée de Lorient, nommé Dupuy-de-Lôme depuis quelques années.
- Demain vous serez transférés à la citadelle de Port-Louis. Là-bas, nous avons des spécialistes qui seront vous rafraîchir la mémoire et vous délier la langue.
- Une charmante apparition gesticulait toujours autant ; les autres passagers dormaient, et je lui adressais un petit signe de la main, mais il était trop tard : le paysage avait déjà tiré son rideau d'arbres.
- Des chevaliers autrement casqués étaient descendus de l'est en juin 1940. La Werhmacht investissait la Bretagne sans aucun scrupule.
- La fillette se sentait moins coupable de ne plus voir son ami affublé de l'uniforme des bourreaux de ses parents.
Éditions : Locus Solus (2014)

 

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03 septembre 2014

MARX Catherine / Moralopolis.

 

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Moralopolis.
Catherine MARX.
Note : 5 / 5.
No sex in the City.
Le futur ne s'annonce pas rose, mais pour le sexe non plus. Et cela est original.
Dans très peu de livres parlant de l'avenir de notre univers, cela s'annonçait sous des auspices heureux. Autant vous dire tout de suite celui-ci ne déroge pas à la règle !
Un monde où la femme n'est plus l'avenir de l'homme, ni de l'humanité, mais son ennemi. Nous sommes en 2050 dans notre ex-douce France, Paris est devenu Moralopolis. Les féministes radicales du mouvement des "Chiennes bafouées" sont au pouvoir. Elsa Mindacier gouverne le pays et comme son nom l'indique la répression visant les hommes est très dure. Les humains de sexe masculin sont des citoyens de seconde zone !
Frank Doutandre est une exception, il n'est pas "formaté" et a été élevé à l'ancienne par ses parents, sa mère n'a pas passé la kyrielle de tests que la loi impose dorénavant. Tout semble aller pour le mieux pour lui dans un monde où les lois sont de plus en plus restrictives, pour ne pas dire contraignantes pour les hommes. À tous les échelons de la hiérarchie les femmes sont omniprésentes. La science remplace la religion, la majorité des naissances passe par un utérus artificiel, le congé parental est obligatoire pour le père, lequel dans tous les cas de figures perdra son procès contre son épouse ou même ex-épouse.
Frank est amoureux, Amandine aussi, le mariage est envisagé....sauf que la visite médicale prénuptiale détecte chez Franck la présence du gène du viol dans ses analyses. Adieu Amandine, mariage et tout espoir de vie "normale".
Puis plus tard, Cynthia repoussera ses timides avances bien innocentes et sera incitée par une de ses amies féministes acharnées à porter plainte.
Franck est condamné au centre de détention préventive, section des délinquants sexuels !
Il découvre l'horreur, joue le jeu de la soumission, trompe son monde et parfois lui-même. Mais comme souvent une punition injuste pousse à passer à l'acte par vengeance. Franck deviendra un violeur récidiviste recherché par la police...
Une phrase prononcée par un homme résume à elle seule le contexte :
- " Pour l'heure, il lui paraît nécessaire que les hommes paient pour les siècles d'oppression qu'ils ont fait subir aux femmes. Et que c'est seulement une fois qu'elles estimeront avoir obtenu réparation de leur préjudice qu'elles pourront revenir à des sentiments plus nobles à l'égard du sexe opposé."
Le héros masculin est Franck Doutandre, un serial-violeur, et pourtant c'est lui le personnage le plus sympathique du livre. C'est un bon garçon qui aurait pu être heureux si l’omniprésente science ne l'avait condamné au nom d'une vague possibilité qu'il devienne un violeur. Il est plus une victime qu'un coupable.
Pour les femmes (prière de laisser la notion de faible au vestiaire), c'est du lourd! D'abord les noms (qui sont autant de trouvailles qui mettent un peu d'humour dans ce livre).
Les politiques : Éléanor Rosse-Svelte, Adèle Pouhain-Tendu, Anaîs Poigne-Deferre.
Les femmes de la vie ordinaire : Cinthya Fiairealure, Julie Arpy, Fabienne Jolicoeur.
Les hommes : Jean Bouteantrin, Charly Mc Abbé, le docteur Dix-Séques.
La policière, Annabelle Garre-Dechiourme, honnie par Frank durant sa détention se révélera une femme aimante, mais fera son devoir jusqu'au bout malgré ce que cela lui coûtera.
L'auteur de ce livre est contrairement à ce que l'on pourrait croire une charmante jeune personne pleine d'humour, très loin des matrones ou autres gardes chiourmes qui hantent ce monde apocalyptique. Qui malheureusement n'est pas impossible car on trouve quelques signes avant coureurs, aux États-Unis par exemple.
C'est le genre de roman qui ne laisse pas indifférent, car il pose le problème de la juste égalité des sexes, combiné avec la liberté individuelle. Tout n'est pas bleu chez les hommes, tout n'est pas rose chez les femmes. Aucun sexe ne doit dominer l'autre et aucun individu ne devrait (vœu pieu) chercher à asservir l'autre.
La frontière est ténue et, comme dans cet ouvrage, toute loi devrait servir au bonheur de l'humanité et non pas à celui d'une seule partie de celle-ci. 
Extraits :
- La normalité qui prévaut dans la société me fait horreur autant qu'elle m'effraie. Je ne savais pas encore à quel point j'en souffrirai plus tard...
- Parce qu'en 2050, personne n'épouse ou n'embauche plus personne sans réclamer un extrait de casier judiciaire....
- Mais il faut bien avouer que nous vivions en marge du monde des humains normalisés quand j'étais môme.
- Avant, ma ville s'appelait Paris. On l'a rebaptisé Moralopolis en 2030.
- Le Gai-Paris fit place au morne Moralopolis.
- Moralopolis pue, elle suinte l'hypocrisie.
- Oui, Franck, tu as trouvé ta voix...Tu es né pour semer la terreur.
- Décidément, se dit-il, on ne peut plus se fier à rien ni à personne aujourd'hui, surtout pas à son flair. La prochaine fois, il évitera de recruter un non-calibré...
- La traque apporte la preuve irréfutable de votre culpabilité. La justice sera appréciée. Avec la Traque t'as plus la trique !
- Non. Je ne séduis plus. Je conquiers. Je repère un objet masculin digne d'intérêt sur le plan érotique et je lui fais explicitement savoir que j'aimerais froisser des draps en sa compagnie.
- Tant qu'à être lésé, autant l'être par soi-même... C'est moins frustrant.
- L'agresseur masculin est toujours coupable. L'agresseur féminin est toujours une victime.
- Contrairement à la plupart de mes contemporains, je sais que je ne suis pas celui que j'incarne. Le talent d'un acteur réside en ce qu'il parvient à le faire croire à ses spectateurs... À chaque fois que j'en ai berné un, j'exulte.
- La pièce, mise en scène par une figure éminente des Chiennes Bafouées, fut d'une débilité consternante. Le Monologue du Clito, rien que le titre est à mourir de rire.
Éditions : Tabou (2012)

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