03 juillet 2009
BIRRIEN Jean-Paul / Bloody Mairie.

Bloody Mairie.
Jean-Paul BIRRIEN.
Note : 4 / 5.
Quand tout le monde trinque!
Premier roman de cet auteur que je ne connais pas, mais qui en a écrit plusieurs autre depuis. J'ai vu quelques chronique très élogieuses sur ses ouvrages, alors pourquoi pas? Jean-Paul Berrien est né à Chateauneuf-du-Faou dans le Finistère.
Nous sommes dans la charmante station balnéaire de Mervillec-sur-Mer. Charmante, à la réflexion c'est peut-être un peu vite dit! Nous faisons la connaissances des notables du lieu, son médecin d'abord le docteur Méribois, qui tue froidement un de ses malades! Continuons notre visite des notables ou des décideurs du cru, Louis Brazellec, bétonneur en entreprise ou entrepreneur en béton. Pour le littoral, hélas cela ne change pas grand chose! Puis pour la respectabilité, il est nécessaire de rendre visite au notaire, le sis devant Mathurin Le Quellec! Mais les eaux qui baignent la plage et le reste sont plutôt troubles, voire vaseuses, pour ne pas dire plus. Car pour ces trois personnages, il est évident que la fortune n'est pas venue en dormant, ni même par des moyens légaux. Alors c'est SOS, alerte générale, Midway, le branle-bas de combat bref la panique! Car dans ce panier à crabes tout le monde a fait son beurre (salé) pour se partager la galette (là il y a la choix, Traou-Mad, Pleyben, Fouesnant, et dans ce cas précis la fameuse « Galette de blé (au) noir! »
Et en dessous des crabes, il y a les étrilles, qui eux aussi ont faim, qui aimeraient bien passer des crêpes dentelles au plat de résistance! La famille Brazellec et sa pièce rapportée le gendre, devenu maire a les dents (de la mer) longues et un appétit féroce! Alors quand Pujol, un « étranger » pied-noir rapatrié menace de briser le pacte, c'est comme s'il dénonçait un trafique d'ormeaux! Pour le docteur Méribois, le serment d'Hippocrate n'est plus qu'un souvenir de jeunesse! Et le piston est celui de la seringue qui est trop pleine.
Mais, les affaires enflent, les ficelles deviennent trop grosses, les finances de la mairie trop maigres, la famille Brazellec et le gendre Le Moallec, propulsé maire par son beau père, ne sont plus aussi fringants, ni sûrs d'eux. Surtout qu'un comptable,Thomas Merlin (et cela n'enchante personne) jeune et plein d'idéaux est chargé de vérifier les comptes de la ville! Et la veuve de Pujol lui remet discrètement un dossier que son époux cachait.... Sur les chantiers de construction, les choses ne sont pas des plus nettes non plus, pas de syndicats, des travaux sous-traités, de la main d'oeuvre en situation irrégulière, un accident du travail que la direction ne vaut pas déclarer va mettre un ouvrier en face de ce vaste trafic qui permet de gagner un maximum d'argent en un minimum de temps. Alors sonne l'heure de l'hallali, de la débandade et des morts violentes, le bateau prend l'eau, la station de balnéaire devient déficitaire. Les langues se délient, mais les crabes tels des bigorneaux, s'accrochent....
Une belle brochette de personnages peu recommandables, spécialistes de la corruption en tout genre, du chantage et des pots-de-vin. La famille Brazellec, le père, Louis, les deux fils Louis et Marcel et la fille Elisabeth, les mousquetaires « Tous pour un et un pour tous » Belle devise, mais par gros temps......
Elisabeth, maîtresse femme d'affaire, elle a longtemps pensé maîtriser son corps, mais celui-ci entraînera sa chute. Le Moallec, le gendre, qui croyait avoir réussi en épousant la belle Elisabeth, et en obtenant la mairie, le rêve à une fin et un prix!
Goran Vlazovic, un ancien footballeur yougoslave, milieu de terrain reconverti dans le milieu, homme de basses besognes tient ce beau monde grâce à quelques secrets d'alcôve pour certains. Dans le milieu du football, on parle de marquage à la culotte, ici, il tient les gens par la culotte! Mais lui aussi a des comptes à rendre, les gens qui sont au-dessus de lui, sont maintenant après lui!
Thomas Merlin, comptable, est stupéfait de ce qu'il découvre, Sénéchal, le mécanicien a vu des ouvriers clandestins , Sabatier,un jeune inspecteur de police, et Raymond Fernandez, le journaliste, eux veulent comprendre le pourquoi de la passivité des services de l'état ?
Un très bon livre qui sort des sentiers battus et rabâchés, mais un peu long à mon goût. Un roman policier, si j'ose dire municipal. En tant que directeur des services municipaux, l'auteur sait de quoi il parle, mais il n'empêche qu'il a beaucoup d'imagination. Car penser que des hommes politiques ou des élus locaux se servent de leurs positions pour obtenir certains avantages, c'est réellement loin de la réalité.
Extraits :
- Ce qui était sûr, c'est qu'il avait disjoncté ! Quand son père était là il marchait droit !
- Pendant la guerre il avait fait beaucoup de marché noir et un peu de résistance sur la fin.
- La fille Brazellec cataloguée comme un des plus beaux partis de la région était admirée mais peu courtisée.
- Il dit aussi aux gars que, s'il y avait un vrai syndicat, ça ne se passerait sûrement pas comme ça !
- Mais cela se fait aux dépens de la commune et des contribuables de Mervillec ! Et si vous voulez mon avis, cela n'a fait qu'augmenter le profit des promoteurs et des constructeurs !
- Et pour leur ouvrir les yeux, peine perdue ! Brazellec ici, c'était le bon Dieu.
- Cette époque était révolue, et la concurrence avait changé.
- Tous les moyens étaient bons, pourvu que ça rapporte !
- Quand Thomas expliqua l'objet de sa visite, il sentit se réveiller le Colombo qui sommeillait en lui.
- Avant de partir, Thomas fit le tour de la petite école maternelle, qui ressemble à n'importe quelle école, sauf que tout y était écrit en langue bretonne.
- Il s'agissait sûrement d'un truc breton. Moallec détestait ces ploucs et leurs biniouseries, mais il s'était toujours montré généreux pour leur école et le reste.
Éditions : Liv'éditions. Suspense. (2004)
Trois autres de ses romans ont été édités aux Éditions du Palémon.
30 juin 2009
DAGIER P. & QUÉMÉNER H. / Jack Kerouac, Breton d'Amérique.
Jack Kerouac, Breton d'Amérique.
DAGIER Patricia & QUÉMÉNER Hervé.
Note : 4 /5.
Les poissons de la mer parlent breton*
En retrouvant Jack Kerouac, j'éprouve souvent deux sentiments, la joie de le lire, et un petit brin de nostalgie. C'était il y a longtemps, mais j'ai gardé précieusement mon vieux volume de « Sur la route ». J'avais lu il y a quelques années « Jack Kerouac, au bout de la route ...la Bretagne » des deux mêmes auteurs. Ce livre n'est pas la réédition du précédent ouvrage, mais le résultat de dix années de recherches supplémentaires.
Prenons la route qui nous mènera des forêts du Huelgoat en 1720 jusqu'en 1969 en Floride où est décédé Jack Kerouac dont la quête de son ancêtre fut vaine .
Urbain-François Le Bihan, fils de François-Joachim de Kervoac, notaire et « principal bourgeois de la ville du Huelgoat » est dans une situation peu brillante. Il est accusé de vol, et ce n'est pas, semble t-il, la première fois! Après quelques péripéties judiciaires, il rejoint le lot des fils de familles mis à l'écart du scandale en Bretagne. Une pratique qui consiste pour les pères à envoyer par une lettre de cachet leurs fils dévoyés au loin le plus légalement du monde! Donc pour Urbain, à nous deux la « Nouvelle-France » Au début il sera chasseur, trafiquant avec les indiens des peaux contre de l'alcool, mais une de ses premières préoccupations est de se forger une nouvelle identité, et là, commence la valse des noms, prénoms, surnoms, et autre pseudo titre de noblesse! Chose rendue possible par des préposés aux archives à l'orthographe plutôt fantaisiste, bien aidée par Urbain lui même. Quelque exemples : Carouch, Caroak, Karoüak, Querouac, Kerouacq, Kyroique, Kerouac. Son acte de décès s'établit comme suit:
- « Le 5 mars (1736) , Alexandre Keloaque, breton de nation, âgé d'environ trente ans et faisant fonction de commerçant décède à Kamouraska après avoir reçu tous les sacrements ».
Cette écriture à deux mains, la généalogiste et le journaliste, est particulièrement intéressante, surtout pour le parallèle entre les vies de Jack et de son ancêtre. Même complexité des individus, Urbain étant nettement plus roublard que Jack et étant très souvent à l'extrême limite de la légalité. Autre point commun, ils mourront tous les deux très jeunes après des vies, si l'on peut dire, bien remplies. Ils seront également des aventuriers et voyageurs, chacun à leur époque.
Deux personnages avec leur soif de vivre, même si celle-ci a tué Jack avant l'heure, deux destins semblables comme si, ironie de l'histoire, le premier traçait la route au second!
Urbain et Jack à des époques différentes auront eu leur « Conquête de l'Ouest ».
Un bon livre pour un néophyte qui voudrait connaître l'essentiel de l'oeuvre et du personnage de Kerouac, en particulier sur ses relations avec sa mère Gabrielle (dit Mémère!). Hervé Quéméner s'attache en particulier, ce que l'on ne trouve pas dans les autres ouvrages consacrés à Kerouac, à son attachement (parfois excessif ) à la Bretagne. Quelques très belles lignes sont consacrées aux rencontres et à l'amitié qui liait Kerouac et Youenn Gwernig.
Par contre, il est absolument nécessaire de s'accrocher pour suivre Urbain-François Le Bihan de Kervoac dans ses nombreuses péripéties! Et tout cela sous des noms d'emprunts qui ont dû rendre le travail de Patricia Dagier pour le moins ardu, mais passionnant.
Les auteurs signalent quelques livres de Kerouac au sujet de la Bretagne, « Big Sur » pour le poème en fin d'ouvrage, et « Satori à Paris ». Dommage que cette édition ne reprenne pas les photos et la généalogie figurant dans « Jack Kerouac. Au bout de la route....le Bretagne ».
On peut retrouver des témoignages de gens ayant côtoyé Kerouac dans l'excellent ouvrage (mais est-il toujours disponible, car il date de 1978?) « Les vies parallèles de Jack Kerouac » de Barry Gifford et Lawrence Lee aux éditions Henry Veyrier.
Extraits :
- En effet, deux personnages cohabitent dans la douleur chez Jack Kerouac.
- Il reste toute sa vie un petit garçon de Lowell, Massachusetts, fils de Canadiens français, catholiques et conservateurs.
- « Ti-Jean, n'oublie jamais que tu es breton », lui répétait son père.
- Il s'agissait en effet d'un conflit de classes sociales. Et le notaire du Huelgoat, du fait de sa condition, s'imaginait jusqu'alors intouchable.
- Tout se passe comme s'il avait des rapports incestueux avec sa mère. Ce qui n'a jamais été avéré.
- Ils ne sont pas les seuls à converger vers l'océan. L'appel du large et le plus fort et il n'est pas nécessaire d'être issu d'une famille de marins pour y succomber.
- Une garantie pour les pères, qui se débarrassent ainsi de leurs progénitures, sûrs de ne pas les voir rentrer au bercail de sitôt.
- ... »On the Road en anglais (il, Jack ») n'aurait pas traduit le titre par « Sur la route », mais par « Sur le chemin ». Cette précision n'est pas dénuée de sens. Elle ajoute l'intention de donner au livre une dimension de quête physique.
- Il affirme même que la seule conséquence de ce défi aura été de réveiller ses instincts de marins bretons !
- Mais ces moments sont de plus en plus rares. Jack se complaît dans une spirale suicidaire et se consume à l'eau de feu.
- Et cette paternité, la postérité la lui a imposé.
Éditions : Le Télégramme (2009)
*Phrase extraite de « La mer ». Bruits de l'océan Pacifique à « Big Sur », qui termine le roman du même nom.
Ouvrages de Jack Kerouac sur ce blog:
Maggie Cassidy.
Vraies blondes & autres.
Visions de Gerard.
Les souterrains.
28 juin 2009
FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.

Comme deux gouttes d'eaux.
Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.
25 juin 2009
STEVEN Kenneth / A l'ouest du monde.

A l'ouest du monde.
Kenneth STEVEN.Note : 4 /5.
Saint-Kilda priez pour eux.
Première oeuvre de cet auteur écossais né à Glasgow en 1968 que je lis. Ce court roman nous raconte l'histoire de Roddy Gillies habitant Hirta, la plus grande des îles de l'archipel de Hiort (gaélique écossais) ou Hébrides Extérieures. Elle fut évacuée en 1930 à la demande de ses habitants, une centaine environ.
Un enfant, jaloux de son petit frère, tente de le jeter du haut d'une falaise de l'île d'Hirta, l'intervention du père évite le drame. De nombreuses années plus tard, à New-York, un homme se meure dans un hôpital. Un raccourci saisissant de la vie d'un homme, son corps est usé, mais sa mémoire intacte. Il pense qu'il est le dernier survivant des habitants d'Hirta. Alors il écrit ses mémoires. La vie n'est pas simple dans ces îles inhospitalières sans cesse battues par des vents violents. Si vivre est dur, la mort par contre est familière, Roddy assiste un jour, complètement tétanisé et incapable d'agir, à la mort d'un agneau qui vient de naître, puis une vieille femme du village, et Ewen, un jeune garçon qui, lui, tombe de la falaise ! Les premiers touristes visitent les îles, Roddy sent leur mépris pour ces enfants en haillons. Le prêtre semble accomplir une mission, éduquer des sauvages, faute de l'Inde ou de lointaines colonies, il lui faudra vaincre les croyances anciennes. Mais le temps fait son oeuvre, le père décline, son orgueil lui joue des mauvais tours, la mort est là. Mais une autre mort plus insidieuse approche, l'exil volontaire demandé par les habitants!
Roddy vit avec Ian et Morag, la mère meurt comme beaucoup des ces gens déracinés. Morag se marie, Roddy fuit le mariage et part pour Glasgow. Là-bas la vie est terrible, la solitude malgré quelques foyers de « gaélisants ». La minuscule chambre, le travail harassant, les humiliations quotidiennes. Il retourne voir sa famille, sa soeur a un enfant, Colum, et est très heureuse. Mais son frère Ian l'accueille très mal! Alors l'unique solution, l'exil lointain et définitif.
Les Gillies sont une famille très austère marquée par un protestantisme rigoureux! Travailleur et dur au mal, le père ne supportera pas la déchéance physique due à l'âge. La mère, personnage discret, élèvera ses enfants malgré la précarité des habitants de l'île.
Roddy semble avoir été un être solitaire toute sa vie. Un jeune garçon, Kevin, vient le voir à l'hôpital, seule visite qu'il semble avoir.
Sa soeur Morag a réussi sa vie, elle s'est mariée à un homme simple et honnête. Quand Roddy part en Amérique, elle a un enfant. Mais elle a de gros problèmes avec son frère Ian. Celui-ci, victime d'un accident du travail qui l'a laissé diminué, laisse apparaître la violence de sa vraie nature!
Un monde et une partie de la civilisation gaélique a disparue avec l'évacuation de ces îles. Ces hommes et femmes, subissant une sorte d'exils multiples ; îliens, ils doivent devenir terriens, écossais, ils le sont mais ne parlent pas la langue de leur pays. Ils seront dispersés, comme s'il fallait qu'ils disparaissent. Beaucoup mourront très rapidement, d'autres commenceront à boire, certains continueront leur route, l'Amérique dans le cas de Roddy . Des allers et retours incessants entre l'enfance, la jeunesse et la vieillesse d'un homme. Un livre qui, bien qu'il soit un roman, est dans la lignée des écrits de Peig Sayers et de Tomás O'Criomhthain, écrivains des îles irlandaises des Blaskets qui furent elles aussi évacuées par les autorités. Un bon roman très agréable à lire, pas très long. Ces hommes et ces femmes ont perdu leurs âmes et leurs racines en perdant leur île. Il est bien que des témoignages et des romans leur rendent l'hommage qu'ils méritent.
Extraits :
- Les femmes péroraient et jacassaient, on aurait dit une troupe de poules bien en chair.....
- Notre île était en train de mourir, et nous, ses enfants, pleurions sa mort.
- Nous avons dû ressembler, ce jour-là, à des gens qui surgissent du milieu du siècle passé.
- Mais maintenant, nous étions éparpillés ; le petit rameau de survivants avait été dispersé aux quatre coins du pays. Rien ne nous réunirait plus, pas même la toute puissance de la mort.
- ... avions-nous pris la bonne décision en choisissant de quitter notre île?
- Un mal qui ronge l'âme.
- Son gaélique était étrange, je devais me concentrer pour capter les mots.
- « C'est trop tard Roddy. Elle est partie maintenant. Partie ! »
- J'avais l'impression que plus personne ne se souciait vraiment de moi ; en quelque sorte j'avais tout perdu. Jamais je ne m'étais senti aussi seul.
- Ce jour même, au coin d'une rue, je tombais sur deux vieilles femmes qui bavardaient en gaélique. Je fus si surpris que je m'arrêtais net, perplexe et heureux.....
- Quelques milles marins nous avaient séparé ; en termes d'identité : un gouffre immense.
Éditions : Autrement Littérature.
Titre original : West of the World. A Highland Trilogy 3
SAYERS Peig. Peig
O'CRIOMHTHAIN Tomás. L'homme des îles.
21 juin 2009
MILLAR Sam / Poussière tu seras.

Poussière tu seras.
Sam MILLAR.
Note : 5 / 5.
Sur le fil du rasoir.
Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit ; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l'IRA , il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier « Petit Dickey ». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui. L'enquête sur la découverte du corps de Nancy Mc Tiers amène les policiers à s'intéresser à Joe Harris et Jeremaih Grazier, les coiffeurs et barbiers du quartier. Or, chez Joe qui a disparu, les enquêteurs découvrent des magazines pédophiles qui en font un coupable idéal. Jack recherche désespérément Adrian, un coup de téléphone lui offre une possibilité de revoir son fils, un chantage en forme de test : s'il ne réunit pas les vingt et un points nécessaires, son fils sera tué! Avec son ex-collègue Benson, qui est également le parrain d'Adrian, la course contre la montre peut commencer!
Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants. Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très « fouillées ». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
L'âme humaine est mise à nue ; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
Extraits :
- Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
- Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
- Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capital : à grandes villes, grandes maladies.
- Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
- Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi ?
- Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
- Ne laisse jamais l' émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
- Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
- On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
- Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
- Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)
L'avis de JML, « Actu du noir », ici.
Site de l'auteur, là.




