Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

19 avril 2014

BROWN Carter / Le mufle de la bête.

 

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Le mufle de la bête.
Carter BROWN.

Note : 4 / 5.
Arrête ton cinéma!
De temps en temps j'aime me souvenir que j'ai été un adolescent (d'accord il y a longtemps et c'est difficilement croyable) gavé de lectures pour le moins légères! On dirait maintenant de la littérature de gare, pour moi c'était le métro!
Je n'étais pas spécialement regardant ; cela allait de San-Antonio à SAS (mais oui!) de de OSS117 à Carter Brown.
J'aimais bien Carter Brown, ce n'était pas spécialement malin, c'était écrit avec du papier carbone et avait presque toujours la même trame, mais pour les transports en commun c'était le pied. Et à l'époque je commençais ma carrière dans la chaussure!
Baker et Slivka (Larry et Boris de leur petit nom) respectivement scénariste et producteur semblent enfin avoir gagné le gros lot! Tourner un film pour le cinéma! Enfin la gloire! Sauf que pour cela il faut satisfaire une exigence des studios, que le principal rôle féminin soit tenu par Trudi Lambert. Or cette dernière refuse toutes les propositions qui lui sont faites. Mieux elle ne veut plus quitter l'île sur la Tamise où elle s'est retirée, persuadée qu'elle périra dès qu'elle quittera son refuge nautique.
Nos deux gaillards partent donc pour l'Angleterre pour tenter de convaincre la belle. Ils sont accompagnés (pour le pire pense Boris) de Amantha Hardy (ne supportant plus d'avoir Sam comme diminutif, elle a retiré le S de son prénom).
Et vogue la galère pour Larry qui manque de se noyer ; il est sauvagement frappé le soir au fond d'un bois entre autres désagréments.
Et en plus de tout cela, la star est une adepte des sciences occultes (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit). Donc ils se font passer pour des "parapsychologues"... plus dures seront les chutes, pas toutes de reins.... Des choses bizarres traînent à la nuit tombée! Et pas que des choses bizarres....des messes noires en culte de Satan, les nuits sont agitées. Et pourtant il y a déjà eu des morts violentes dans cet endroit!
Après moultes péripéties, de nombreux verres et quelques parties de jambes en l'air (moins nombreuses que les verres) avec différentes partenaires plus sublimes les unes que les autres, Larry et Boris rempliront-ils leur délicate mission....faire traverser la Tamise puis l'Atlantique à une actrice qui ne veut pas se mouiller?
Pour le savoir, soit vous achetez le livre, soit vous tentez de me soudoyer, au choix! Je pense que l’achat du livre (s'il est encore trouvable) vous coûtera moins cher.
Larry Baker tient ici le rôle de héros, de séducteur mais en contrepartie de punching-ball. Être le principal personnage d'un roman de Carter Brown offre de nombreux avantages mais pas mal d'inconvénients.
Boris Slivka boit des coups , compte les coups et déteste Amantha Hardy, qui, elle, fait partie d'une kyrielle de belles îliennes, pas toutes exotiques d'ailleurs. Quelques autres personnages secondaires et masculins sont là pour compléter le tableau!
J'ai eu en définitive ce que je cherchais en achetant quelques vieux romans de cet auteur chez un bouquiniste très sympathique sur le port du Dahouët.
Pas mal d'humour, un brin potache, une intrigue tirée par les cheveux, c'était, je pense, dans l'air du temps. C'est marrant cela ne mène pas très loin mais cela permet de passer un bon moment et c'est mieux écrit que je ne le pensais. Par contre l'effet rajeunissement n'aura pas duré plus longtemps que la rapide lecture de ce roman.
Il y a toujours de grands moments, les descriptions très imagées des créatures de rêves que l'on croise au fil des pages. Je vais vous en donner quelques exemples ci-dessous.
Le titre original est comme souvent plus explicite.
Extraits :
- (Sa bouille d'épagneul mélancolique se fend soudain en un sourire inattendu.)
- Elle porte une robe de soie verte au décolleté vertigineux qui plonge entre ses seins hauts et fermes, et dont la jupe plissée en corolle s'arrête à peu près à la hauteur de ses cuisses joliment galbées.
- Je parie que vous êtes le genre de fille qui remonte la sonnerie de son réveil avant de commencer à faire l'amour, je grogne.
- Et le perdant.... (Il prend brusquement un air enjoué.) C'est celui qui tuera Miss Hardy en
l' étranglant lentement de ses mains nues!
- Ce qu'il y a de plus palpitant en fait de distraction, c'est de guetter le chant du coucou au début de l'été!
- Son pyjama-bikini violet comporte un soutien-gorge constitué par deux timbres-poste retenus par des bretelles ultra minces, et la culotte est si exiguë qu'on se demande pourquoi elle la porte.
- Son derrière ainsi dévoilé est une sphère parfaitement harmonieuse, et si j'avais le temps j'écrirai un sonnet à sa gloire.
- Pour une fille, le plus court chemin à la vice-présidence passe par le lit du président.
Éditions : Série Noire (Gallimard) (1971).

Titre original : True son of the Beast !(1970) Cycle Larry Baker.
Autre chronique de Carter Brown :
Cash-sex

 

 

 

 

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16 avril 2014

ISLER Joseph / Malgré moi.

 

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Malgré moi*
Joseph ISLER**

Note : 5 / 5.
Qu'aurions-nous fait ?
Un homme raconte son expérience de la guerre. Né dans un petit village près de la frontière allemande, il sera embrigadé de force dans la Wehrmacht.
Né le 3 août 1926, il est incorporé le 16 mars 1944 et ce jusqu'au 7 juin 1945.
La vie, on peut parler plutôt de survie, est dure car inexorablement la victoire change de camp, le peu d'informations semblent indiquer la défaite des troupes nazies.
Il s'ensuit une période de dur apprentissage : comment rester soi-même en toutes circonstances et les épreuves ne manqueront pas.
L'école de la marine pour un jeune homme qui n'avait jamais vu la mer ! La perte du père adoré, maire de son village, respecté par tous.
L'avancée des troupes russes et le manque d'hommes valides sur le front le transforment en homme de troupe, adieu la marine.
Il voyage, contraint et forcé, souvent dans des conditions déplorables. Il découvrira tous les pays belligérants de cette seconde guerre mondiale.
Il tombera amoureux, comme quoi l'amour est le sentiment le plus fort ; il refusera de tuer de jeunes russes de son âge.
Gravement blessé, il sera sauvé par un des derniers avions de la Croix Rouge....une épopée qui le ramènera chez lui bien plus tard.
Ce livre est un témoignage rare, qui mérite que l'on y prête attention.
Il raconte une période de la vie d'un jeune homme dont le seul tort est d'être né dans une zone trop proche de la frontière allemande. Le narrateur nous parle de l’amitié qu'il a pour le peuple allemand et sa détestation pour le régime nazi !
Et pourtant "malgré lui", il va porter l'uniforme allemand pendant de longs mois.
Autre étrangeté, lui et ses "collègues de miséricorde", paysans n'ayant jamais vu la mer sont incorporés dans la marine de guerre allemande ! Et l'auteur d'avoir cette réflexion :
- Va-t-on vraiment devenir marins ?
Car, et ne nous y trompons pas, les moyens de représailles contre les déserteurs étaient nombreux jusqu’à la déportation de familles entières en Silésie, contrée qui est plus proche de l'enfer sur terre que d'un paradis terrestre !
Je pense que pour un jeune de 17 ou 18 ans le dilemme est cornélien !
Et lui, comme ses confrères engagés d'office, subira l’opprobre populaire pendant de nombreuses années.
La Bretagne est loin, mais je voudrais citer ces quelques lignes extraites d'un ouvrage de Roger Hugen "Par les nuits les plus longues". Réseaux d'évasions d'aviateurs en Bretagne.1940/1944 :
- Avant eux , le 9 octobre 1941, "La Morgane", un plaisancier de treize pieds appartenant à M. Le Louarn André, capitaine de la marine marchande, domicilié à Kerity, avait franchi la Manche en appareillant de Poullafret, près de Paimpol. A bord avaient pris place Françis Delery second-maître dans l'aéronaval et Michel Bouëtté, jeune homme de Kerity.
Michel Bouëtté était mon père, il avait lui aussi à peu près le même âge que Joseph. Et il ne m'en a pratiquement jamais parlé !
Un très grand livre, témoignage d'une souffrance morale et physique subie par des gens simples dont le seul tort fut d’être ballottés d'un camp à l'autre par l'Histoire.
Les derniers chapitres, suite à la fin de la guerre, montrent à quel point la vie de ces hommes fut une perpétuelle justification avec cette question : "Étiez-vous nazis ?"
Si je devais mettre une phrase en exergue tirée de ce livre, ce serait celle-ci qui explique la complexité et la méfiance que durent subir tous ces jeunes gens, car n'oublions pas une chose Joseph Isler n'avait que 18 ans :
-"D'ici le jour du départ forcé, il nous reste deux mois et demi pour nous préparer à l'idée de devenir des combattants dans une guerre que nous ne voulons pas, contraints par un dictateur que nous haïssons, en sachant que nous serons suspectés par tous ! Les Allemands évidemment qui nous considéreront toujours comme peu fiables, les Français qui nous verront comme des traîtres ! Les Russes comme des ennemis et les Américains qui n'y comprendront rien ! "
Un grand merci à Simone Isler pour cette écriture simple, mais pas simpliste, qui contribue pour beaucoup au sentiment de vérité qui ressort de cet ouvrage poignant.
Extraits :
- Va-t-on vraiment devenir marin ?
- En 1944, il n'y a plus que trente-sept pour cent de volontaires pour aller dans cette force. Nous, nous sommes l’ersatz, puisqu'il n'y a plus de réserves.
- Je n'ai que dix-sept ans et je me sens débordé, submergé......
- Nous ne devons jamais rien exprimer, sous peine de mort.
- Mais pourquoi sommes-nous si seuls, où donc est lÉglise dans toute cette folie ?
- Les Malgré Nous, nous sommes heureux que les alliés aient enfin débarqué, mais cette joie est teintée d'inquiétude car nous pressentons que les choses vont se corser pour nous.
Éditions : Éditions de la Martinière (2014)
* Enrôlé de force dans la Werhmacht.
* *Témoignage recueilli par Simone ISLER, sa fille.

 

 

 

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13 avril 2014

McCULLERS Carson / La ballade du café triste.

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La ballade du café triste.
Carson McCULLERS.
Note : 3 / 5.
C'est la vie !
Tentative peu concluante que la découverte de Carson McCullers. La préface de Jacques Tournier est très intéressante, et la vie et l’œuvre de cet auteur m’intriguait. Alors fidèle à mes bonne vieilles habitudes, j'ai choisi un recueil de nouvelles.
La très longue nouvelle (plus de 120 pages) qui donne son titre à l'ouvrage concerne les relations entre une femme et deux hommes. Pas très original, me direz-vous, eh bien si justement. La femme, maîtresse femme, devrais-je dire, Amélia Evans, personnage haut en couleurs, qui semble régner en maître sur son commerce et sur la plupart des représentants de la gente masculine de la ville, clients de son café. Les hommes sont Cousin Lymon, bossu débarqué un soir et qui s'installe comme s'il était chez lui, et qui se fait tout à la fois détester et craindre. L'autre homme dont Amelia ne parle jamais est Marvin Macy avec qui elle a été mariée, pour le pire pour lui. Il lui a tout offert sans rien en échange et est parti au bout de dix jours. Voyou il était, voyou il est redevenu, condamné à plusieurs années de pénitencier et le voilà de retour. La tranquillité de la ville est fortement compromise.
Un texte à la conclusion surprenante, qui se lit très bien malgré sa longueur.
Suivent trois nouvelles qui ne m'ont pas vraiment marqué. Elles parlent de professeurs de musique dont une un peu mythomane, qui prétend avoir rencontré le roi de Finlande !
Un autre récit raconte la triste histoire d'un jockey et d'un accident qu'il semble avoir causé un jour.
"Celui qui passe", c'est un homme, John Ferris, qui voyage ; durant un séjour à New-York, alors qu'il cherche quelqu'un pour lui tenir compagnie, il rencontre son ex-épouse. Qui l'invite à manger....Là dans cette famille il se rend compte qu'il n'est en toutes circonstances que celui qui passe. Ainsi va la vie.
Et elle n'est pas simple dans "Un problème familial". Encore une fois le mari découvre sa femme ivre en rentrant du travail. Ils ont quitté avec leurs enfants le Sud chaud, humide, joyeux et sa famille à elle pour New-York, le froid, la grisaille et sa solitude à elle.
Et pourtant le soir en la couchant, il éprouve une grande tendresse à son égard !
Un beau texte « Une pierre, un arbre, un nuage » clôt ce recueil. Un jeune garçon livreur de journaux entre dans un bar pour boire un café. Un vieil homme un peu alcoolisé lui explique les pièges de l'amour. La vie se chargera bien de lui apprendre.
À part Amelia, tous les autres personnages sont des êtres plutôt ordinaires et falots. Les gens insignifiants que nous pourrions rencontrer à tous les coins de rue. Des professeurs de musique et leurs élèves, une femme qui ment pour remplir le néant de sa vie, un mari confronté aux problèmes d'alcoolisme de sa femme, un jeune livreur de journaux face à un problème dont il ne comprend pas le pourquoi du comment.
Je ressors avec un sentiment étrange de ce livre. Seules deux ou trois nouvelles m'ont réellement intéressé, pour certaines autres, j'ai vraiment le sentiment d'être passé à côté de quelque chose que je n'ai pas compris.
Ces textes ont-ils vraiment vieilli ? Ce n'était peut-être pas le bon moment pour moi de les lire ? Cette lecture va-t-elle me donner envie de recommencer avec cet auteur ? Seul l'avenir nous le dira.
Extraits :
- Elle aurait eu pourtant une certaine beauté sans cette tendance à loucher.
- Les choses arrivées sans qu'on y prenne garde, des pensées enfouies dans l'obscurité de l'âme, deviennent soudain apparentes et lisibles.
- À minuit on acheva la naissance du café. Chacun dit au revoir aux autres avec amabilité.
- Celui qui est aimé a toutes les raisons de craindre et de haïr celui qui l'aime.
- La maison n'avait pas été repeinte depuis des années. En réalité, Dieu seul savait si elle avait jamais été peinte.
- En refermant son carnet d'adresses, il eut un élan un étrange sentiment de hasard d'éphémère, presque d'effroi.
- Mr Brook était un être en demi-teinte.
- Le crépuscule bleu lilas se fanait dans les rues humides et, à l'instant précis où l'autocar quittait le terminus, les lumières de la nuit brillaient sur la ville.
- Sa main tâtonna vers ce corps et le chagrin se doublait de désir dans la complexité infinie de l'amour.
- Derrière les vitres du bar, le petit jour était bleu pâle.
- Il commence à apprendre l'amour dans le mauvais sens. Il commence tout de suite par l'apogée. Comprends-tu pourquoi c'est si désolant ? Sais-tu comment l'homme devrait aimer ?
Éditions : Stock (Nouvelles) (2001).
Titre original : The balad of the Sad Café. (1951)

 

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07 avril 2014

THOMPSON Jim / Ici et maintenant.

 

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Ici et maintenant.
Jim THOMPSON.

Note : 3,5 / 5.
Pas ailleurs, ni plus tard, la désespérance !
Premier roman de Jim Thompson écrit en 1942. Je ne suis pas un chaud partisan des défis et autres obligations traînant sur le net. Alors comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, je me suis créé mon propre challenge ! Lire ou relire pour les nouvelles éditions l'intégrale de l’œuvre de Jim Thompson ! Et si possible dans l'ordre des parutions aux États-Unis !
Comme je me connais, il n'est vraiment pas sûr que je réussisse, mais j'aurais au moins essayé !
James Dillon commence son nouveau travail dans une usine de fabrication d'avions. Sa situation aussi bien familiale que financière n'est pas des plus brillantes. Mauvaise nouvelle pour lui, sa première semaine de travail ne lui sera payée que dans huit jours ! Enfin malgré tout, son retour à la maison se passe mieux que prévu !
Mais bonne nouvelle : l'Amérique a besoin d'avions, alors il faut travailler le samedi, chose qui ne le dérange pas, il est mieux au travail qu'à la maison ! Faut dire que chez lui, c'est la foire d'empoigne, et l'alcool est un refuge dont il use souvent.
Et il y a ce projet...devenir écrivain.
Petit retour en arrière, James fait une tentative d'engagement dans l'armée qui se termine par un déménagement en Californie. Il essaye de trouver du travail à Hollywood comme écrivain et scénariste. Finalement il est embauché dans une usine. Pour éviter d'avoir trop d'enfants, il accepte de subir une vasectomie dans des conditions pour le moins étranges....la vie continue. Il s'habitue à l'usine et observe beaucoup de choses qui le déconcertent.
C'est Ubu dans l'aéronautique ! Aussi au foyer et en temps de guerre dans ses deux lieux de vie !
James Dillon, personnage plutôt médiocre, enfance incomprise, un père qui loupe tout ce qu'il entreprend, jaloux de sa sœur, forcé de faire des petits boulots dès son plus jeune âge. Les problèmes avec l'alcool aussi, à cette même époque. Exemple de son propre père, souvent absent et piètre homme d'affaires les obligeant à vivre très modestement.
Roberta, l'épouse de James, a toujours été amoureuse à un point que parfois cela en devient gênant pour son mari ! Elle jure qu'elle le suivra partout, même en enfer !
Jo, fille aînée, a été conçue très vite et capable de défier sa mère. Shannon, fille d'à peine 5 ans, dure à cuire, violente, terreur du quartier qui ne craint rien. Enfin qui semble...Elle n'a pas été désirée et déjà elle s'en rend compte. Mais elle adore son père...enfin jusqu’à un certain point ! Il y a aussi un garçon, Mack, Rebecca, la mère de James et Frankie sa sœur, une grande et belle famille ! Et parfois l'ombre de Lois la femme qu'il a aimé! Et le père absent, mort mais omniprésent !
Beaucoup de références personnelles (déjà) dans ce premier roman, alcoolisme et obsession de l'écriture. C'est, je pense, assez long à démarrer donc il faut un peu se forcer au départ.
C'est parfois glauque, surtout pour Shannon et sa naissance, par exemple, qui a manqué le pactole pour être née douze minutes avant Noël ! Au grand désespoir de ses parents.
Un livre qui démarre lentement et dans lequel j'ai eu de mal à trouver la griffe "Jim Thompson noir" sauf en ce qui concerne cette seconde fille.
La question est : aurais-je continué de lire Jim Thompson si j'avais commencé par ce premier titre, car ici la narration est originale, mais déroutante !
Extraits :
- J'aurais beau essayer, je ne pourrais pas décrire la beauté de son sourire.
- Les choses ne s'améliorent jamais pour nous. Dès que nous réglons un problème, nous sommes confrontés à un autre.
- Ne sois pas comme papa. Ne cherche pas tout le temps une excuse pour échapper à tes obligations.
- Je savais qu'elle la tuerait.
- C'est odieux, quand on y pense. Un enfant - deux enfants - qui souffrent quand on supprime la cause de leurs problèmes. Qui sont perdus et désespérés quand ils en sont privés.
- Oui, je buvais jusqu'à en tomber par terre et je fumais des clous de cercueils.
- Ça devait être l'enfer pour toi, papa. Avoir été un type important, avoir été quelque chose....
- Ça m'a rapporté du whisky, d'accord, et des cigarettes, d'accord, et une femme avec qui je couche, d'accord.
- Je crois que jusque-là, je ne m'étais encore jamais rendu compte de ce que la situation avait de ridiculement désespérée.
- L'enfer, au cas où ça vous intéresserait, existe bien, et c'est la Faculté d'Agronomie de l'université du Nebraska. Vous pouvez me croire sur parole.
Éditions : Rivages / Noir (1995).
Titre original :Now and on Earth (1942).

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03 avril 2014

Le CARRE Stéphane / La cavale blanche (Réedition )

La cavale blanche
Cavale blanche.
Stéphane Le Carre.

Note : 5 / 5.
Gwenn ha Dan.
Stéphane Le Carre est plus connu comme auteur de nouvelles traitant de la musique que comme romancier, normal car celui-ci est son premier édité.
Nous sommes dans une sorte de road-movie immobile dans une Bretagne sombre où la drogue a hélas remplacé le gros rouge "étoilé" qui sévissait habituellement dans les ports et les campagnes.
Daniel se réfugie sur l'île Verte. Blessé il vient d'échapper avec Gwenn à une bande de tueurs qui bien sûr ne lui veulent pas que du bien. Cette solitude lui donne le temps de se remémorer les circonstances de cet état de fait.
Une vie qui lui semble trop étriquée, l'exemple de ses parents dans un bourg du centre Finistère, un début de carrière dans l'enseignement, un rayon de soleil, il fait la connaissance de Gwenn. Son ami Mau est écrivain et semble plus libre, mais d'autres démons l'habitent. Alors lorsque Gwenn part avec lui, Dan, lui, part en vrille. Il démissionne de l'éducation nationale, travaille un peu comme pigiste dans la presse régionale, sous traitant les articles d'un journaliste alcoolique, mais ayant plume sur rue! Mais cela ne dure pas, le contrat tacite est rompu et le fond du trou est proche.
Sauf qu'un jour par hasard il retrouve Mau et Gwenn, qui sont aussi sur une spirale descendante. Mau lui propose un coup facile, très facile, trop facile. L’apothéose finale, le gros paquet de drogue qui bien sûr se convertira en argent, des masses d'argent ! Après adieu la Bretagne, la France et en route toutes voiles dehors pour le Brésil....
Sur les côtes bretonnes, quand le vent souffle du large, il est souvent chargé de sable....dont un grain va faire échouer les projets du trio.....qui devient un duo en cavale.
Commence une fuite en avant mais surtout pour Dan, un voyage initiatique en lui-même et la découverte d'une vérité qu'il était loin de soupçonner.
Peu de personnages,Daniel Moal, son rêve de vie meilleure que celle de ses ancêtres était au départ un signe d'ambition, de se sortir de la masse, hélas la vie ne semble pas en avoir décidé ainsi.Gwenn est partagée ; les lignes où Dan et elle parlent et tentent d'expliquer leur rupture sont très belles, on sent une connivence entre eux, mais aussi ce qui les séparent. Gwenn veut un brin de folie dans sa vie et elle pense que Dan ne lui apportera pas...mais une fois Mau disparu...car ils sont désormais condamnés à faire un bout de route ensemble. Mau lui ne fera pas de vieux os ; faut pas toujours se prendre pour plus malin que les autres, surtout quand en face, c'est plutôt un ramassis de brutes épaisses pas très futées. Bourrick est le dernier de la fratrie, son frère Mataff a été retrouvé mort dans un bassin du port, le couteau qu'il avait encore dans le ventre indiquait que la noyade n'était pas le motif du décès. Il est un peu plus intelligent que le défunt alors...
Beaucoup de références musicales, ce qui est normal pour un écrivain fan de Rock& Roll, mais aussi un extrait d'un poème de Malcolm Lowry qui commence par ces mots:
- Prière pour les ivrognes....
Les pages décrivant les nuit de désespoir alcoolisées de Dan dans les bistrots de Brest, m'ont rappelé, et c'est un très grand compliment, certains passages dans les bars de Montparnasse, de "La fête de nuit", chef d'oeuvre de Xavier Grall.
C'est très bien écrit, parfois très poétique comme ces quelques lignes :
-La ville était moche mais ses gris étaient amicaux et nous, ses enfants perdus, nous croyons rouler vers une aurore.
Un grand livre beaucoup plus qu'un simple roman noir, une histoire d'amour, de haine et de mort dans une Bretagne noire et glauque.
Cette lecture est une sorte de devoir de vacances en vue d'une table ronde avec quelques- uns des auteurs qui aura lieu le dimanche 16 décembre à Larmor-Plage dans le cadre d'un salon littéraire du roman noir sobrement nommé "Larmor aux trousses".
Extraits :
- Un confetti de terre, de quelques centaines de mètres de large. Pas d'arbres, pas d'habitants, un unique abri de pierre, posté comme sentinelle endormie.
- La nuit avalait les derniers morceaux de la Bretagne.
- Le vide avait digéré le verbe. Pouvais-je leur dire seulement que la vie rêvée des romans n' existait pas ? Les héros, les poètes, les justiciers mouraient connement, seuls et impuissants.
- Douarnenez. Dz city. La cité rock la plus à l'ouest du Finistère. La plus à l'ouest tout court.
- Dans la glace, j'avais la figure d'un désastre.
- Je saluais, d'un signe de tête, le paysan devenu gueux, veste déchirée aux épaules.
- L'argent a vaincu. Les moyens justifient la fin.
- .... il regarde derrière ses vitres qui pleuvent des fleuves-
glav braz-ces forces qui ne se commandent pas.....
- Combien de matelots passés à la baille chaque année, happés par une lame, direction le fond, à la vitesse de leurs bottes pleines ? Combien de petits éleveurs à bout se pendaient, ruinés par la chute, centime par centime de leur niveau de vie, décidé au marché au cadran de Plérin, le Wall Street du cochon.
- La balance commerciale bretonne des toxiques ne cessait jamais de pencher du côté négatif. Ça consommait sérieux mais ça ne produisait pas.
- Les vents sont vivants.
- Il fut un amant magnifique pendant trois heures de temps. Il fut un homme perdu avant, pendant et après.
- En Bretagne, il semble exister un climat propice à ces cyclones qui tournoient, invisibles, dans les liquides d'alcool et aspirent d'un coup les êtres faibles.

Editions/ Le cercle Sixto (2014).
ISBN : 979-10-90939-07-3
Réédition.
Prix : 13,50€.
Nantes, mars 2014, 155 p. 13,5 x 21 cm

 

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