Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

16 novembre 2009

HASKELL John / American Purgatorio.

American Purgatorio.
John HASKELL.
Note : 4 / 5 .
Sur la route*
Seconde lecture dans le cadre des « Belles étrangères », Forrest Grander et John Haskell seront mardi et mercredi à Lorient. C'est ma première lecture de cet auteur, après une tentative infructueuse avec son recueil de nouvelles « Je ne suis pas Sydney Pollock ».
Ce roman est présenté en 7 chapitres principaux, comme les péchés capitaux dont il porte le nom, « Superbia », « Ira », « Indivisia », « Luxuria », « Gula » » »Acedia » et « Avaritia ».
En voyage, Anne et Jack s'arrêtent dans une station-service, celui-ci va chercher de quoi se restaurer. Mais à son retour son épouse et leur voiture ont disparu. Après un long moment d'attente, Jack regagne son domicile. Celui-ci est vide, Anne ne répond pas sur son téléphone portable. Il alerte la police, qui ne prend pas l'affaire au sérieux, puis il se pose la question : pourquoi avoir pensé en premier lieu à un enlèvement? Et si c'était une disparition volontaire! Il découvre dans le bureau d'Anne une carte des États-Unis sur laquelle figure un itinéraire. Il se rachète une voiture et suit la route indiquée sur la carte. Alors commence une longue route, en direction de l'ouest, vers la Californie. Il s'ensuit des rencontres qui, petit à petit, l'amèneront vers des horizons nouveaux pour lui. Mais dans son esprit, obnubilé par Anne, tout semble inachevé et chaotique. Plus rien ne semble une certitude, la disparition d'Anne, mais dans quelles circonstances exactes?
Un soir sur le parking d'un motel, il lui semble reconnaître sa voiture, il espionne le couple, mais surtout Linda la femme. Il lie connaissance, lui raconte son histoire, un certain sentiment semble naître entre eux, mais Anne est là dans un coin de la mémoire de Jack.
De Lexington à Boulder, la route est longue, et San Diego est encore plus loin et Anne.......
Anne, toujours absente, mais omniprésente, mais qu'est-elle réellement devenue, car au fil du temps la version des faits donnés par Jack varie. Où est réellement la vérité ?
Jack suit un chemin chaotique, en voiture et dans sa tête, est-il parfois amnésique ou tente-t-il de se cacher ce qu'il s'est passé! 
Puis une foule de personnages plus typés les uns que les autres, Alex, sorte de voyageur solitaire, auto-stoppeur, adepte du yoga, Laura compagne d'une nuit de questions plus que d'actes. Un vieil homme un peu ermite dans la campagne américaine qui a la photo pour passion lui est présenté par Linda. Fletcher et Feather, couple hippie toujours entre deux festivals de musique, prônant l'amour libre, très libre même que Jack expérimentera, cela évidement dans le chapitre « Luxuria ». Un chauffeur pour qui l'auto-stop n'est pas gratuit, Jumbo et Craig, voleurs à la petite semaine, éternels perdants du rêve américain, mais qui n'hésiteront pas à dépouiller Jack de ses derniers biens. Polino lui sera la dernière bouée avant le Pacifique, mais Jack lui fera perdre ses illusions.
Ce roman semble osciller entre rêve et réalité, sorte de conte onirique ou de voyage initiatique. Jack cherche Anne, du moins, c'est ce qu'il nous dit, s'en persuade t-il? La quête, la route soit, mais pourquoi?
Immanquablement j'ai pensé à Kerouac traversant les États-Unis, l'un et l'autre à la recherche de quoi : de leurs propres identités, d'une femme, du bonheur ou alors tout simplement l'envie de fuir? D'ailleurs les références littéraires qui sont données dans ce livre sont Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Herman Melville et William Blake.
Un roman bien écrit qui se lit très bien, mais dont la chronique m'a semblé très difficile à faire, vu le nombres de rencontres qui forment un vaste puzzle.
Extraits :
- Ce n'est pas exact. Il se passait des choses, mais je ne voyais rien, c'est tout.
- Pas de problème, voulait dire, mais ce n'était pas le cas. La voiture n'était pas là et Anne non plus.
- Sauf qu'il fallait que je fasse quelque chose.
- Et je laisserai le monde me dire ce que je devais faire.
- Il existait un million de versions différentes de la vérité, et je voulais trouver ma version à moi.
- Et je me suis mis en colère. Et parce que j'étais en colère, j'ai fait plusieurs choses.
- Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
- Je n'ai pas seulement le souvenir d'Anne, mais aussi, éventuellement, un avenir.
- Et parce que toute expérience humaine est extrêmement complexe il est possible de ressentir simultanément des pulsions conflictuelles.
- Il se brisait. Le rêve. Le rêve mourait. Et je le laissais mourir. Ce n'était pas si terrible. En fait, ça faisait du bien.
- S'il y avait le fait que j'aimais Anne. Ce qui était toujours le cas. Et elle m'aimait. Elle m'avait aimé et m'aimait.
Éditions : Joëlle Losfeld( 2007)
Titre original : American Purgatorio. (2005)
*Hommage personnel à Jack Kerouac, un des auteurs qui m'a donné le goût de la littérature.
Forrest GANDER En ami.

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13 novembre 2009

JUHEL Fabienne / A l'angle du renard

A l'angle du renard.
Fabienne JUHEL.
Note : 4 / 5.
Le Rigoleur et le Renard
Lecture non sponsorisée.
La petite note en avant propos est juste pour signaler que je ne participe pas à une opération pseudo-culturelle sponsorisée par une chaîne de magasins dont la maison mère fut ou est encore en Bretagne. J'exprime ici un avis qui m'est personnel et qui donc n'engage que moi.
Les avis favorables sont nombreux, mais pas unanimes, et ayant fait la connaissance de l'auteur à Carhaix, je vais tenter l'aventure. Elle sera également présente à Riantec ce dimanche. A noter sur l'une des premières pages, quelques lignes de la chanson de Jacques Brel « Ces gens là », une de mes chansons préférées. Contrairement à ce que laisse entendre le titre de cette chronique, ce livre n'est pas une fable, loin de là.
Arsène Le Rigoleur habite seul dans la demeure familiale, son père est mort, sa mère en maison de retraite. Son seul réel ami est Yvan. Copains d'enfance, ils ont fait ensemble les quatre cents coups. Arsène vit au rythme des saisons et des travaux des champs, un couple d'habitants de la ville, les Maffart s'installent dans la maison voisine avec leurs enfants. Juliette, la fille, rend souvent visite à son voisin, qu'elle appelle « Tonton », le garçon Louis est plus réservé et plus dissipé, il embête la basse cour et chaparde des pommes. Arsène et Juliette de concert lui donnent une leçon, ce qui vaudra à Arsène une visite du père furieux. Arsène, avec l'accord de la mère, va faire les courses avec Juliette. Surprise, à leur retour les gendarmes les attendent, prévenus par la famille de la disparition de la fillette. Cette visite de la maréchaussée n'est pas la première pour Arsène! Puis Louis, jouant à l'espion, se met à suivre Arsène, commence alors entre eux une sorte de jeu du chat et de la souris. Arsène s'en amuse les premiers temps, mais le jeu devient lassant, l'enfant approchant d'un peu trop près certains secrets de la famille Le Rigoleur.......
Arsène Le Rigoleur nous dévoile petit à petit sa vie et celle des habitants de la campagne environnante, enfance dure, éducation stricte, les coups pleuvent plus facilement que les compliments. Il nous raconte son histoire avec détachement et un certain cynisme, comme si tout allait de soi. Son père est fasciné par les renards au point d'essayer d'en apprivoiser un. Décédé, il hante encore les murs de la ferme familiale, la mémoire d'Arsène mais il n'est pas le seul.La mère qui buvait est maintenant en maison de retraite. La boisson pourquoi? Yvan, le quasi-frère, marié, mais pas heureux, annonce un jour qu'il va vendre sa ferme ; coup de massue pour Arsène, pour qui une partie de son existence, de ses repères l'abandonne. Pour François, personnage invisible, mais omniprésent, nous ne saurons que plus tard qui il est. Les Maffart, Monsieur, Madame prénommée Marie, et les enfants Louis et Juliette font donc irruption dans la vie du bourg et dans celle d'Arsène. Si celui-ci s'entend bien avec Juliette, il n'en est pas de même avec Louis. Quant à Marie, le moins que l'on puisse dire est que son attitude est très ambiguë. Marion, jeune fille fréquentant les bals de la région, Marraine Ernestine qui l'a affublé de ce prénom qu'il déteste, Monsieur Lépervier, le droguiste chez qui son père l'envoie le 24 décembre acheter un martinet neuf (vous parlez d'un cadeau!), le ferrailleur, Louise, accoucheuse et faiseuse de cancan et d'anges aussi quand cela est nécessaire sont des personnages furtifs de cette histoire.Ce roman est étrange, oppressant, plein de silence, de non-dits et de secrets de famille. La vie dans les campagnes bretonnes, à l'époque où les transports étaient inexistants, les mariages avaient lieu dans un rayon de 25 kilomètres, ce qui donnait un monde en vase clos. Le renard est un symbole de ce genre de vie, car c'était un animal très présent dans les forêts.
Un extrait qui explique la présence du renard dans ce roman et qui me plait particulièrement :
-Et j'aurais préféré qu'on me laisse le choix. Arsène Le Luern par exemple. Le nom de jeune fille de la mère. Le Luern cela veut dire renard en breton. Le renard, ça c'est un nom. Un nom très convenable même.
Il me semble que le mot « Louarn » soit plus usité en Bretagne pour désigner un renard. Le nom de jeune fille de ma mère est Le Louarn. C'est un clin d'œil personnel.
Extraits :
- Car elle a fait aussi l'homme, son ennemi naturel. Ennemi juré. Ennemi mortel.
- Comme ça, tu vois, ils cassent les gènes de leur souche paysanne.
- La haine d'un môme, c'est quelque chose de terrible. Y'a pas pire. Je sais de quoi je parle.
- Tu me chatouilles, non mais tu es vraiment un rigolo toi !
- Il grommelle dans sa barbe, peut-être un juron en breton. Çà lui remonte parfois de son enfance. Le père d'Yvan était breton, un des terres.
- Yvan s'arrime à son silence.
- C'était sa stratégie de survie à la môme. Le silence, le jardin et ses dessins.
- Elle s'est tournée vers nous, les gens de la terre. J'ai opiné.
- Je lui apporte des nouvelles, celles dont on ne parle pas dans les journaux. Les humeurs des bêtes, l'air des jardins, le silence des pierres.
- De toute façon, c'était plus des cours, mais des mouroirs pour chars à bancs, semoirs et crémaillères.
- La mère d'Yvan, elle, s'est pendue dans son grenier. Y avait encore des poutres à l'époque.
- C'était pas fondé, rien de vécu, juste la haine ancestrale du paysan contre la maréchaussée, la haine du chien contre l'uniforme. Pas plus rationnel que ça.
- Et puis l'hiver est arrivé, avec lui, les mois noirs*.
- C'est Dieu qui l'a voulu. Il a donné, il a repris, disait la Mère. Mais reprendre c'est voler moi je trouve.
Éditions : Au Rouergue/La Brune. (2009).
* Du (noir) novembre. Kerzu (très noir) décembre.

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10 novembre 2009

PETIT Chris / Le tueur aux psaumes.

Le tueur aux psaumes.
Chris PETIT.
Belfast confetti*.
Note : 5 / 5.
Ce livre est comme une pinte de Guinness, le fond est noir, très noir, et il y a une petite couche de blanc au dessus! Mais très mince la couche de blanc, très, très mince ! Une page de l'Histoire de l'Irlande du Nord, avec des dessous pas très propres, pour ne pas dire d'une crasse et d'une puanteur indignes d'un monde démocratique.
Nous sommes en septembre 1973 à Belfast. Candelstick tue un leader protestant, ce meurtre passera en pertes et profits (surtout profits pour certains).
Irlande du Nord, janvier 1985, l'inspecteur Cross fait un cauchemar, mais la vie à Belfast n'est-elle pas un enfer?
Le décor est posé, la mort peut faire son entrée en scène, par psaumes interposés. Ce qui semble n'être qu'un vulgaire vol de voiture, va déboucher sur une série de morts reliée au passé de Belfast. Le premier cadavre présente certaines particularités pour le moins étonnantes, il semble avoir été crucifié, n'a plus de dents et a été congelé! C'est beaucoup pour un seul homme, surtout qu'après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un ancien membre de l'IRA dont la famille a sauté dans l'explosion de sa voiture. Il avait quitté l'IRA et semblait agir en franc-tireur, donc il avait pas mal d'ennemis. Mais pour les autres, une femme aux mœurs un peu légères, une très jeune fille.... Un journaliste aussi est tué , là les motifs ne manquent pas, il s'apprêtait à faire des révélations sur une affaire de pédophilie, celle de Kincora, est-ce la cause de sa mort?
Tout ramène à l'histoire proche de l'Ulster, les groupes paramilitaires, les autorités, la police locale, les Britanniques, tout ce beau monde se combat ou chose plus surprenante fait des alliances contre nature. Et puis le marché de la drogue est aussi une pomme de discorde ou une arme politique.
L'inspecteur Cross est marginalisé au travail comme dans sa vie privée, il est anglais et agnostique, ce qui est la tare suprême en Irlande du Nord. Son mariage s'effrite lentement mais sûrement. Il faut lui reconnaître que sa belle famille, bigote et loyaliste, ne lui arrange pas les choses. Il veut mener cette enquête à son terme, malgré les éclaboussures qui en résulteront. Jusqu'où peut aller le pragmatisme politique, c'est la question qu'il se pose. Westerby est son adjointe, la seule en qui il peut avoir confiance, autant le dire tout de suite, ce qui devait arriver arriva!!!!! Chose étrange, ils ne semblent pas avoir de prénom, ni lui, ni elle.
Candlestick paraît être une marionnette manipulée, pour les Britanniques il tue des catholiques. Puis amoureux et marié à la fille d'un dirigeant républicain, il semble être devenu tueur pour une organisation catholique. Ancien soldat, il a le profil du tueur psychopathe. Faut-il chercher dans son enfance les causes de tout cela? Légalement il est décédé, sa voiture ayant sauté un matin.......
Des autorités se défiant les unes des autres, chacune se cachant derrière le statut politique étrange de cette entité qu'est : ou l'Ulster (alors qu'une partie de l'Ulster est en République d'Irlande) ou l'Irlande du Nord! Mais le sentiment prédominant est le mépris que les uns et les autres portent aux Britanniques (Les Brits!). Lesquels malgré tout tirent les ficelles, et plus la ficelle est énorme, mieux elle passe.
Un récit axé sur le côté politique malgré le fait que l'intrigue soit solide et l'atmosphère générale très glauque. Mais je pense que ce qu'il faut retenir de ce livre, est, si cela était encore un mystère, la collusion entre les paramilitaires protestants, l'armée et la police. Le nombre de catholiques tués par l'armée ou la police est connu (et élevé), mais le nombre de protestants? L'auteur suggère que l'armée en a tué quelques-uns pour attiser la haine contre l'IRA, pourquoi pas? Des attentats de Dublin aux Bouchers de Shankill, ou les grandes grèves protestantes, tout semble fait pour retarder la signature de tout traité. A qui profite le crime?
Un dernier mot, bravo aux éditions Fayard pour avoir édité ce roman, mais dommage qu'il ait fallu attendre plus de dix ans! Ce livre me rappelle « Le trépasseur » d'Eoin McNamee, par l'horreur de l'histoire, mais ce qui est grave, c'est que la fiction est très en dessous de la réalité!
Question qui me tracasse malgré tout, comment vont réagir les lecteurs pas très au fait de l'époque et du contexte historique de ce livre qui nécessite une relative bonne connaissance du problème Nord-Irlandais? Saint-Patrick a chassé les serpents de l'île d'Irlande, mais ici, c'est un vrai nid de crotales!
Extraits :
- A l''époque, à Belfast, c'était plus facile de faire tuer quelqu'un que de traverser la rue.
- L'ambiance, dans le Shankill protestant, cet été-là, était à l'incertitude et à la peur.
- Les dimanches de Belfast lui paraissaient gouvernés par le poids du passé, plus encore que le reste de la semaine.
- Un « COC », c'était un « Criminel ordinaire convenable », par distinction avec les terroristes.
- Quel parti était le plus facile à noyauter, les Provisoires ou les Officiels ?
- Son père avait soigné des hommes qui avaient subi des interrogatoires à Castlereagh. Ils en avaient de terribles séquelles.
- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, notre police dispose peut-être de la technologie la plus moderne, mais elle est arriérée et sectaire, et elle est dirigée comme une école victorienne du XIXe siècle.
- Dieu sait que tout est confus en Irlande du Nord.
- Il y a très peu de chrétiens en Irlande du Nord. Les gens s'y haïssent au nom de Jésus-Christ.
Éditions : Fayard (2007). Folio Policier (2009)
Titre original : Psalm Killer.(1996)
*Titre d'un poème de Ciaran Carson, le mot confetti évoque les débris tombant du ciel après une explosion. Adrian McKinty a donné ce nom au prologue de son roman « A l'automne, je serai peut-être mort »

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08 novembre 2009

GANDER Forrest / En ami .

En ami.
Forrest GANDER.
Note : 3,5 / 5.
Géométrie variable.
J'ai lu ce livre en prélude à la venue de cet auteur à Lorient dans le cadre d'un échange culturel « Les Belles Étrangères* ». L'année dernière, Colum McCann nous avait rendu visite**. Je ne connais pas du tout les deux auteurs invités cette année : Forrest Gander et John Haskell. Commençons par le premier nommé.
La morale de cette histoire pourrait-être « Préservez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ».
La naissance de Lester, qui commence ce livre, ne fut pour personne un moment de joie, mais est un grand moment du livre. Une jeune fille, une enfant presque, une veuve future grand-mère, la sage-femme et deux assistantes.
Plus tard nous retrouvons cet enfant, qui fut très rapidement adopté à Eureka Spring (j'ai trouvé, c'est dans l'Arkansas!). Il est géomètre de profession, poète et artiste par goût et homme à femmes par besoin. Entre Cora, son épouse, Sarah, sa maitresse et les différentes passades, sa vie n'est pas simple. Mais il a élevé l'art du mensonge et de la persuasion au niveau d'une science exacte.
Dans son travail, dans son ombre, dirais-je, se trouve Clay. Celui-ci, avec qui il fait équipe, cherche à pénétrer dans l'intimité de l'homme, puis du couple par l'intermédiaire de Sarah. Mais Lester possède un magnétisme qui attire hommes et femmes, Clay se sent délaissé, alors la jalousie se transforme en haine et une idée de vengeance le travaille. Alors, d'un coup de téléphone, il déclenche la fin du mythe de Lester.......
Lester est incontestablement le personnage central de cette histoire, et pourtant il n'a la parole qu'un court moment en fin de livre. Être un peu cynique, il a cette phrase :
-« D'accord, l'art ne sauvera personne comme peut le faire un sac de riz ».
Il est en perpétuelle représentation théâtrale pour lui même et les autres. Admirateur de François Villon, il vit intensément comme s'il pressentait que sa vie serait courte. Mais pour lui, tel l'ange déchu, la chute sera brusque. D'ailleurs, le dernier chapitre où il est le narrateur se nomme «  chutes de l'interview filmée ».
Clay est le faire valoir, l'amoureux de Lester et de Sarah sa maitresse. C'est lui le narrateur principal, le détonateur du drame. Au cours d'une promenade, la conversation porte sur François Villon, et il se sent exclu. Se voulant l'ami intime, le confident, il n'est qu'un membre de la cour de Lester.
-J'ai pensé alors: Il m'aime.
Sarah, la maitresse, parle d'elle de sa vie et de sa relation avec Lester. Ce passage est sans conteste le plus beau du livre, tout en sentiments et poésie. Amoureuse elle l'est, elle croit son amant quand il lui dit en parlant de son amour pour son épouse:
-Terminé. Il est mort au lit.
Mais hélas la réalité est tout autre, le rêve prend fin un soir....
Cora, l'épouse, n'est là qu'une soirée, celle où il ne fallait pas être!
Un livre étrange, très court et une histoire qui en soit n'a rien d'original, et pourtant!
Malgré des descriptions très fouillées, trop parfois, un final programmé, l'auteur nous force à continuer, l'écriture est belle, poétique et la construction de l'histoire originale. Ce livre m'a fait penser à un univers à la Kerouac, le séducteur, ses maitresses et l'ami amoureux des femmes de l'autre. Et la présence en sourdine, de la musique, du jazz en particulier donne un univers intimiste à l'ouvrage.
Un livre à découvrir mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde.
Extraits :
- Avec l'éducation que je lui ai donné, la jeune fille aurait dû être plus avisée.
- Elle l'imagine. Son enfant perdu. Qu'a-t-il bien pu advenir de lui ?
- Ils savaient tous combien je l'aimais.
- Il pouvait mentir pour une histoire de beurre de cacahuètes dans la cuisine de l'agence.
- J'étais prêt à tout pour qu'il me remarque, pour qu'il me prenne en amitié. Mais je n'avais rien à offrir à un être comme lui. Mon adoration était sans valeur.
- Notre entrée ressemblait à une parodie des rois mages......
- Je sentis soudain que j'avais du pouvoir parce qu'il ne se méfiait pas de moi.
- À mon sens il était clair que Lester ne pourrait pas tenir ses multiples vies en suspens plus d'un certain temps.
- Je n'avais aucun moyen de savoir ce qui allait se produire.
- Villon, ce superbe menteur.
- Moins de dix minutes qu'on se connaissait, et nous échangions des lettres d'amour du coin des yeux.
- Villon, qui a écrit sa propre épitaphe en forme de balade.
- C'est comme je disais. En poète. En ami.
Éditions : Sabine Wespieser (2009).
Titre original: As a Friend (2008).
*Les Belles Étrangères, ici.
**Retour sur la visite de Colum McCann, ici

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06 novembre 2009

FABRE Dominique / Les prochaines vacances

Les prochaines vacances.
Dominique FABRE.
vu par Olivier MASMONTEIL.
Note : 3 / 5.
Retour.
J'aime beaucoup le concept de cette série, un écrivain et un illustrateur, qui oeuvrent de concert. Annie Saumont, Marie Le Drian, Dominique Mainard, Jean-Noël Blanc ou Henri Bauchau, par exemple ont écrit des nouvelles dans ce but.
Le narrateur se souvient de la famille Di Maglio, leur fils Nicolas s'est tué le premier jour où il roulait sur sa moto, achetée après des années d'économie. Nicolas était plus jeune que lui, ils se rencontraient parfois sur les terrains de football. Le père bouleversé par tant d'injustice, regrette de ne pas être mort à sa place. Il perd goût à son travail, et décide de tout quitter! Son épouse Eliane doit pour vivre reprendre l'épicerie-bar de leur petit village des Alpes.
Il est professeur à Paris, et un jour Eliane reprend contact avec lui, elle vient de recevoir une lettre avec l'adresse d'un hôtel à Paris, pourrait-il se renseigner? Il accepte, mais Di Maglio n'est plus là! Les mois passent, Eliane téléphone de plus en plus souvent, et un jour Tony, l'ami d'enfance et de chantier, lui annonce qu'il a peut-être une piste, et qu'il arrive à Paris pour quelques jours, rendez-vous est pris!
Le narrateur vit seul sur Paris, son amie l'a quitté, il connaît la solitude, ayant vécu de foyer en foyer. Il se trouve un peu contre son gré au milieu d'un drame dont il n'est pas partie prenante. Sa vie est une longue quête de son identité, son absence de racines, il semble avoir reporté sur Eliane un amour enfantin.
Di Maglio est rongé par le remords au point de tout quitter pour une existence des plus précaires, travaillant au jour le jour.
Eliane a porté le deuil, mais pour elle, malgré la difficulté, la vie cahin-caha a repris le dessus.
Tony, le copain de chantier, l'ami d'enfance de Di Maglio, est lui aussi un solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé. Grâce à ses connaissances dans le monde du bâtiment, il espère retrouver Di Maglio.
J'ai l'impression d'être passé à côté de ce livre. C'est bien écrit, le thème, le désespoir d'un père après la mort de son fils, est un sujet grave, mais quelque part je n'ai pas adhéré à ce livre. Peut-être est-il trop loin de mes lectures habituelles?
Un mot des illustrations qui sont très réussies avec en particulier la représentation de ciels souvent tourmentés et très sombres. Des paysages de montagne ou des vues de Paris, évoquant la route ou le chemin de fer, le voyage, le retour vers l'enfance.
Extraits :
- Elle a décidé que ce n'est pas une façon de continuer pour elle.
- J'aurai du mourir avant, il a répété à Tony.
- J'aime beaucoup Tony. J'aime ses grosses mains et ses boîtes de galettes Pleyben où il range des photos qu'il a prises sur des chantiers.
-Ses yeux aussi avaient changé, son regard, dans la mesure où c'est possible, je ne sais pas.
- Sur le coup je me suis senti proche d'elle comme jamais je ne l'ai été de ma mère ou d'une autre personne de ma famille.
- La route comme le long ruban noir d'un deuil, évidemment.
- Il est pourtant facile de se perdre.
- Nous ne savons que mentir aux gens qui nous ressemblent, jamais aux autres.
- Les morts ne nous reprochent rien, la plupart du temps. Parfois ils nous regardent, c'est tout, et c'est bien suffisant.
Éditions : Les éditions du Chemin de fer. (2008)

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