Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

20 juillet 2016

CREWS Harry / Le roi du K.O.

Le roi

Le roi du K.O.
Harry CREWS.
Note : 4 / 5.
On n’est jamais aussi bien sévi que par soi-même.
J’ai lu Harry Crews avec des fortunes diverses, mais des deux romans déjà lus et chroniqués sur ce blog, aucun ne m’a laissé indifférent. Le verdict, ici, est le même !
Le côté obscur de la Nouvelle-Orléans qui semble peuplée uniquement de personnages sulfureux !
Eugene a plusieurs surnoms souvent un peu péjoratifs « Knockout », « K.O. » ou « Cogneur » Après une carrière plutôt minable comme boxeur, terminée par une série de défaites par K.O., il vivote à la Nouvelle-Orléans ! Pour arrondir ses fins de mois, il se produit dans des endroits louches de la ville. Le clou de ce spectacle est qu’il se met K.O. lui-même. 
Au cours d’un de ses spectacles, il fait plusieurs connaissances qui vont changer le cours de sa vie, et pas toujours dans le bon sens ! Il y a d’abord Jake qui se fait passer pour son manager femme.
La soirée est organisée par l’Huitre ! Qui ??est là en spectateur, nu et tenu en laisse avec un collier à clou, par un jeune garçon obèse ! Le reste des invités est à l’avenant ! Mais cet argent fait du bien. 
Son seul ami est Pete, un autre ancien boxeur, qui l’a défait lors de son dernier combat et responsable de son dernier K.O. en combat. Pete est projectionniste dans une salle de cinéma pour le moins hors normes. La plupart des films sont des « Snuff movies ». Il boit énormément et est amoureux d’une strip-teaseuse, bref une vie de misère pour lui aussi.
L’Huitre est en réalité un riche homme d’affaires, J.Albert Blasingame, qui au cours d’une croisière sur son yacht propose aux deux amis un travail, Il finance l’achat d’un jeune boxeur prometteur et Eugène et Pete deviennent ensemble entraîneurs et coach d’un jeune canut pas trop futé, Jacques Deverouge.
Bonne affaire ou marché de dupe… 
Eugene Talmadge Briggs semble broyé par une sorte de malédiction profonde. Pauvre gars de Georgie du Sud, parents sans instruction, il espérait que la boxe allait le rendre un peu riche et célèbre, mais hélas non. Abandonné à la Nouvelle-Orléans par son dernier manager, après une défaite de trop, il vivote de petit boulot en petit boulot ! Les personnages qui gravitent autour de lui ont eux aussi leur lot de cadavres dans les armoires !
Que sont réellement les « recherches » de Charity ? Ses papiers sont rangés dans le tiroir d’un bureau fermé par un cadenas !  Elle héberge Eugene, semble financièrement très aisée, pouvant se permettre de l’habiller de pied en cape avec des vêtements de prix ! 
Peu de gens normaux dans ce roman, tous semblent à des degrés divers un brin dégénérés ou décadents ! Seul le jeune boxeur, Jacques Deverouge, est humain…pour combien de temps ? 
Un des livres les plus étranges que j’ai lu dans ma modeste carrière. Sorte d’OVNI littéraire.
Un récit envoutant, hypnotisant que l’on dévore pour rester sur sa faim ! Seul le final laisse, à mon goût, un peu à désirer.
Une plongée sans oxygène, dans non pas les bas-fonds, mais les hauts fonds du vice où l’argent semble tout permettre !  
Une fin en forme de fuite… après nous le déluge ! Après nous…
Extraits : 
- Il n'avait pas eu l'intention de faire ça, mais l'intention n'entrait pas en ligne de compte.
- Il savait qu'il aimait sa mère, son père et frère, et qu'eux l'aimaient. Ça il le comprenait. Mais l'amour entre un homme et une femme, c'était un mystère, ça l'avait toujours été. Il n'avait jamais vu son père ne fût-ce que prendre sa mère dans ses bras.
- Il mentait, donc, mais pas vraiment, parce que ici c'était la Nouvelle-Orléans, et il savait qu'une fête dans cette ville n'avait rien à voir avec une fête comme chez lui.
- Il songea qu'il n'avait probablement jamais frappé un boxeur aussi fort qu'il s'était lui-même frappé aujourd'hui. Il saliva un peu de manière à pouvoir parler.
- ... Et c'est ainsi finalement qu'il fut amené à découvrir ce qu'il considérait à présent comme la sous-ventrière poilue et puante de la Nouvelle-Orléans.
- Il lui apparut qu'aller faire son numéro lui était de plus en plus difficile. Il repensa au lion au fond de sa fosse. S'échapper n'était pas seulement impossible, c'était inimaginable.
- Il faut que j'y aille, Jake. Comme on dit en Georgie du Sud, j'ai des cochons à appeler et des poulets à nourrir.
Éditions : Gallimard (1999).
Titre original : The knockout Artist. (1988)
Traduit de l’américain par Nicolas Richard.
Autres titres de cet auteur sur ce blog :

La foire aux serpents.
Nu dans le jardin d’Eden.

Posté par eireann yvon à 09:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


16 juillet 2016

FROMM Pete / Avant la nuit.

avant la nuit

Avant la nuit.
Pete FROMM.
Note : 3 / 5.
Au fil de la vie… et de l’eau.
Recueil de 10 nouvelles que cet auteur né en 1958 dans le Wisconsin que je découvre à cette occasion. Il est devenu célèbre avec son roman « Indian Creek ».
Titres des nouvelles :
- Père et fils. Épuisette. Avant la nuit. Indigènes, wagons et déménagements. Le cours normal des choses. Stone. Ambre. La petite frappe. Pour le gamin et Super Souris et le fromage bleu de la Lune.
Dans «  Père et fils », après le divorce de ses parents et le départ de sa mère au loin qui l’emmène avec lui, ce père n’a pas les moyens financiers de toujours faire plaisir à son fils. Il reste la pêche…
« Avant la nuit » qui donne son titre à ce recueil raconte une partie de pêche entre un homme et le fils de son épouse. Il ne se sont pas vu depuis quelques années. La réflexion très souvent entendue leur revient : « Il faut rentrer avant la nuit ». 
« Indigènes, wagons et déménagements ». L’histoire un peu loufoque d’un jeune homme qui voyage avec « Le Wagon Flottant ». Imaginez un canot pneumatique trouvé et bricolé par deux amis. L’un a quitté la région et l’autre veut le rejoindre pour pouvoir reprendre leurs parties de pêche ! Mais rien n’est gagné pour ce pauvre garçon ! Quel automobiliste acceptera de prendre en stop ce monstre des rivières !
« Pour le gamin » est à mon avis le meilleur texte de ce recueil. Deux amis qui pêchent ensemble depuis très longtemps sont pour la première fois trois ! En effet l’un deux a amené son gamin. Les débuts de la cohabitation sont tendus, surtout que le lieu de pêche n’est pas des plus accessibles !
« Super Souris et le fromage bleu de la Lune ». Un couple part pour une randonnée en canot. Au programme, balade fluviale et pêche. Mais les choses ne se passent pas aussi bien qu’espérées. Mary, l’épouse, se montre lunatique et avoue avoir quelque chose à avouer à son époux.
Les personnages de ces textes sont des américains de tous âges et plutôt de la classe moyenne. 
Les participants à un mariage résolument original, au petit matin. Parfois ce sont des hommes divorcés, cherchant à renouer avec leur fils ou beau-fils souvent au bord de l’eau. Le calme de la pêche faisant parfois des miracles, mais ce n’est pas toujours le cas. Des jeunes gens vont à la pêche, ils parlent des filles. Allen, le chauffeur, n’aime pas car la jeune fille en question est Alice, pour laquelle il a des sentiments. Surtout que le jeune frère d’Alice est parmi les passagers.
Deux hommes et un gamin, un couple sur un bateau, sont des personnages rencontrés au fil des rivières américaines.
La pêche sert de prétexte à beaucoup de ces nouvelles. Mais ce recueil nous prouve que la vie des pêcheurs, même à la ligne n’est pas un long fleuve tranquille.  
Quelques belles descriptions malheureusement noyées à mon goût dans des détails techniques auxquels je n’ai pas compris grand-chose.
Un avis très mitigé malgré des belles descriptions.
Je suis resté sur les berges, regardant l’eau couler, la pêche en eau douce n’est pas ma tasse de thé.
Extraits :
- Parce que, bien sûr, la première chose que tient à faire Carly c'est de rentrer chez elle, en Georgie. Comme si c'était un endroit où l'on pouvait élever autre chose que des cacahuètes.
- Nous nous sommes mariés à l'aube, à l'heure qui convient plutôt aux exécutions.
- L’eau rencontre le feu dans un sifflement, de larges nuages de vapeur s'élevèrent, se mêlant au ciel couleur de plomb.
- Je me préparais déjà à essuyer les tout premiers refus, le premier d'une longue série infinie et désespérante de fins de non-recevoir.
- Le crépuscule était tout proche, la brume les avait trempés tous les deux et le feu de camp n'était plus qu'un faible rougeoiement.
- « Mais tu l'as quand même ferré, alors la... »–, tout ça n'était que pour marquer des points avec ma sœur, rien de plus.
- Je suis en inconnu, après tout, un vieux copain de son père qui jure comme un charretier. On ne peut pas savoir si je vais tout comprendre.
- Elle s'est agrippée un long moment à sa tasse, le regard perdu dans l'aube qui se reflétait sur la montagne de Square Butte. La rivière n'était qu'un long ruban de brume au fond de la vallée.
Éditions : Gallmeister / Nature Writing (2010)
Titre original : Blood Knot (1998)
Traduit de l’américain par Denis Lagae-Devoldère.

Posté par eireann yvon à 09:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 juillet 2016

FAUST Christa / L'ange du porno.

L'ange du porno !

L’ange du porno.
Christa FAUST.

Note : 4 / 5.
La vérité toute nue.
Ce livre vient d’être réédité dans une nouvelle traduction chez Gallmeister sous le titre « Money Shot ». Il est pour l’instant le seul roman écrit par une femme de la collection « Neonoir ».
Ancienne modèle, danseuse de peep-show, ce livre parle d’un milieu qu’elle connaît bien, le cinéma porno.
Angel Dare est pour le moins dans une situation inconfortable, ligotée et bâillonnée et nue dans le coffre d’une vieille voiture, abandonnée sur un parking désert d’une friche industrielle de Los Angeles.
Elle arrive à se sortir de ce mauvais pas et téléphone à Lalo Malloy, un homme sur lequel elle pense pouvoir compter. Effectivement il vient, mais les nouvelles qu’il apporte ne sont pas bonnes, la police est persuadée qu’elle a tué Sam Hammer, un réalisateur de film X avec qui elle a souvent tourné !
Elle se remémore les circonstances qui l’ont amené à cette triste situation. Ancienne actrice elle-même, la quarantaine venue, elle a laissé tomber les tournages. Elle s’occupe dorénavant de l’agence qu’elle a créée « Daring Angels ». Elle fournit des jeunes filles, actrices ou strip-teaseuses aux studios ou aux clubs qui en font la demande. Pourquoi avoir accepté de reprendre le collier, pour un dernier rôle ? L’amitié qu’elle porte à Sam, mais le résultat n’est pas celui espéré. Elle a été tabassée, violée, on lui a tiré dessus et abandonné pour morte.
Elle connaît au moins un de ses bourreaux, Jesse Black, ayant déjà tourné avec lui. Mais qu’elle est la raison de cet acharnement contre elle ?
Faut-il chercher la raison dans cette mystérieuse visite à son bureau, une jeune fille avec une mallette qui lui a demandé de remettre un mot à une de ses protégées, Zandora Dior ?
Cette visiteuse s’est enfuie par la fenêtre des toilettes, on ne saute pas de plusieurs mètres sans une raison sérieuse !
La vie d’Angel Dare va devenir un enfer, les morts vont s’accumuler au fur et à mesure qu’elle cherche à comprendre le pourquoi du comment ! Que contenait cette mallette qui semble susciter tant de convoitise ? De l’argent ?
Angel et Malloy vont plonger dans un monde de violence, de sexe, de trafic de jeunes femmes des pays de l’Est, abusés par des trafiquants de chair humaine sans foi ni loi. Beaucoup d’argent est en jeu, beaucoup trop d’argent, alors tous les moyens sont bons.
Un univers monstrueux, glauque, où la vie humaine n’a absolument aucune valeur.
Angel Dare verra le monde qu’elle s’est construit dévasté par une affaire pour laquelle elle n’est pas partie prenante. Son bureau est dévasté, son amie Didi est torturée et meurt. Elle devra aussi apprendre que la trahison même des êtres chers est possible ! Pour elle un seul motif dans sa lutte, la vengeance… elle tuera pour la première mais pas la dernière fois.
Lalo Malloy, ancien flic révoqué a déjà tué et plusieurs fois. Grâce à lui Angel restera en vie malgré toutes les embûches  et la violence qui se déchaînent autour d’eux.
Restera-t-il sincère jusqu’au bout ?
Un roman très noir, bien écrit sur un monde, celui de l’industrie du film pornographique qui fait froid dans le dos.
Extraits :

- Une bagnole comme celle-ci clamait "bite à louer".
- En vérité, la situation me faisait mouiller. Le sang avait fui mon cerveau pour mon entrecuisse.
- Je ne suis pas vraiment pudique, mais me balader dans un quartier comme celui-ci en tenue d'Ève était la définition même d'une très mauvaise idée.
- Quand je compris que c'était moi, je fus frappée par une sorte d'incrédulité horrifiée qui me donna le vertige.
- Si personne ne rapporte le raffut qu'on a fait, il se peut que les cadavres ne soient pas découverts avant la date où elle est censée quitter le motel.
- Je détournais le regard et mes yeux accrochèrent mon reflet. Cette étrangère dans le miroir. Est-elle vraiment quelqu'un de bien ?
- Le jour où j'ai chargé la série de photos exclusives de la nouvelle Roxette, notre site Internet a connu son plus gros pic de fréquentation.
- Moi-même je ne me serais pas reconnue.
- Je désirais le tuer plus que je n'avais jamais rien désiré d'autre dans ma vie.
Éditions : Thriller Outside. (2011)
Réédition :
Gallmeister (2016).
Titre original : Money Shot (2008)
Traduit de l’américain par Aurélie Tronchet.

Money Shot


 

Posté par eireann yvon à 20:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

09 juillet 2016

TULLY Jim / Vagabonds de la vie.

Vagabonds

Vagabonds de la vie.*
Jim TULLY.

Note : 4 / 5.
Brûler le dur…
J’avais lu, il y a plusieurs années maintenant un livre sur le même sujet : Boxcar Bertha
de Ben Rietman, « Les hobos américains ». Plusieurs ouvrages sur le sujet ont été édités dernièrement dont celui-ci, datant de 1924.
Jim Tully, que je découvre à cette occasion et grâce à la préface de Thierry Beauchamp, fut de son temps un écrivain en vogue avant de tomber dans l’oubli
.
Un jeune garçon, né le 3 juin 1886 descendant d’une lignée de « brigands irlandais, pleins de verve et de grandiloquence ». Au décès de sa mère, il connut l’orphelinat, puis il fut l’esclave d’un fermier fou.
Puis en 1901, sa décision est prise, c’est le voyage, la liberté malgré son jeune âge et les dangers et privations qui le guettent.
Pendant six ans, il mena l’existence des hobos, vagabonds nord-américains voyageant par le rail, squattant les trains postaux de marchandises, de transport de bétails, bref tout ce qui roulait d’une ville américaine à une autre. Soit ils étaient vagabonds, soit ils étaient ouvriers saisonniers passant ainsi d’un travail (mal payé) à un autre (aussi mal payé).
En voiture… et les aventures ne manqueront pas !
Des plus agréables, le vol de la veste d’un pasteur bénissant ses ouailles dans le fleuve, un simulacre de procès en prison où plus l’accusé est un mauvais garçon plus il est absout. Mais les moments de solitude et de désarroi sont les plus nombreux. La mort est omniprésente, la maladie, les décès dus à la violence ou policière au entre eux, pour de l’alcool ou tout autre motif. Il assiste aussi au lynchage d’un noir dans le sud profond. Il connut la vie dans la « Jungle » (déjà !) mais aussi des amitiés profondes avec des jeunes de son âge mais aussi moins souvent avec des femmes que l’on pourrait péjorativement qualifier de mauvaise vie !
Il y a comme dans dans toutes sociétés des forts et des faibles, ici le mot « Jocker » est un être dominant qui exploite un plus jeune qui lui est un « Punck » qui est parfois échangé ou vendu !
Beaucoup de personnages dans les années de cheminots, en particulier « Oklahoma Red » enfant de Dublin, colosse martyrisé durant son enfance qui sera particulièrement bienveillant pour Jim. Il mourra ivre en loupant la marche d’accès d’un train en marche ! Une mort digne d’un hobo !
Edna, jeune et belle prostituée, violée par son père et son frère, l’enfant né de ces incestes mourra à la naissance. Elle tuera ses deux violeurs et sera acquittée de ces meurtres !

Certains critiques américains considèrent que ces écrivains voyageurs furent les précurseurs de la « Beat Generation ».
Il est à noter le vocabulaire parfois très imagé des hobos par exemple « Planteur d’hommes » pour entrepreneur de pompes funèbres !
Les principales villes des États-Unis ont leur diminutif : Cincy pour Cincinnati, Chi pour Chicago, Pittsy pour Pittsburgh, etc…
Un excellent livre d’une lecture très enrichissante, où il est beaucoup question de littérature !
Extraits :
- Merveilleux ! Tu un bel avenir d'ivrogne devant toi, petit.
- Il me fallut des années pour comprendre que les hommes et les femmes sont à peu près les mêmes au sommet et à la base de la société. Mais ces pauvres diables n'en surent probablement jamais rien.
- Quelque chose dans ma nature, à moins que ce soit que cela ne soit né sur la route, me poussait à souffrir seul.
- J'eus accès à une quantité de livres et de magazines. Je vagabondai en Inde avec le King de Kipling et sur les routes d'Angleterre avec la Tess de Hardy.
- J'ai été guéri de la typhoïde et de la malaria, mais la fièvre du voyage me brûlait toujours autant.
- La nature humaine étant ce qu'elle est, j'oubliais mon compagnon de misère et partit avec l'ouvrier au bleu de travail souillé d'éclaboussures de plâtre.
- Des années plus tard, quand mon premier livre fut publié, un célèbre écrivain déclara, non sans une certaine condescendance, qu'il était difficile d'apprendre à écrire pour un ancien vagabond.
Éditions : Les éditions du sonneur (2016)
Titre original : Beggars of Life. Autobiography of a Hobo. (1924).
*Autobiographie d’un hobo.

Posté par eireann yvon à 14:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

06 juillet 2016

MANET Jean-Luc / Trottoirs.

Trottoirs

Trottoirs
Jean-Luc MANET.
Note : 4 / 5.
Sombre bitume.
Jean-Luc Manet est critique musical pour différents magazines. Comme écrivain il a publié de nombreux textes, en particulier « Haine 7 » chroniqué sur ce blog.
Romain est français, Yuliya est Bielorusse, leur point commun, le trottoir. L’une fait des passes, l’autre la manche. Destins tragiques, misère pour lui, épancher la misère sexuelle des clients pour elle.
Ils se connaissent et s’apprécient par de petits et discrets signes d’affection. Lui est veuf, son grand amour, Virginie, est morte de très bonne heure lui laissant des souvenirs fugaces de trop courts moments de bonheur. Elle a suivi le triste chemin de beaucoup de femmes des pays pauvres, son seul bagage, sa beauté, mais c’était très temporaire, hélas.
Un jour elle lui propose de prendre une douche chez elle, il hésite mais accepte, mettant le doigt dans un engrenage de violence. Des coups pour lui et un enlèvement pour elle.
Romain traîne son ennui et son désespoir, ses seuls buts, trouver de quoi manger et boire et si possible un coin pour dormir. Il est « pensionnaire » d’un banc rue Bourdon, en face du commissariat. Et cela avec la bénédiction des policiers, en particulier du commissaire Thiéré, un brave homme.
Mais des meurtres de clochards sèment la panique dans le monde des sans-abris et finissent par attirer l’attention de la police !
Qui et pourquoi s’attaquer à cette population sans défense, faisant partie du paysage urbain.
Le commissaire Thérié demande l’aide de Romain, qui pour l’occasion se rapproche de Yuliya qui a réapparu, pleine de bleues et d’ecchymoses ; sa disparition en voiture ne fut pas une partie de plaisir.
Ses souteneurs, hommes de l’Est, semblent être en cheville avec un Français, qui est-il ?
Et des cadavres des SDF continuent de joncher les trottoirs parisiens…
Romain est un homme brisé mais qui au plus profond de lui-même garde un sentiment de révolte, il retrouvera le courage d’affronter avec Yuliya des gens sans foi ni loi pour qui la vie humaine n’a de valeur que ce qu’elle peut leur rapporter.
Le côté noir et oublié de la Ville Lumière, lumière qui ne brille pas pour tout le monde, la littérature parle rarement des exclus vivant en marge dans les grandes métropoles.
Des balades dans un Paris hors des circuits touristiques, une ville cosmopolite, qui semble-t-il, perd un peu de son âme.
Un excellent roman qui un peu à la manière d’un Maigret permet à l’ancien parisien que je suis de retrouver des images perdues au fond de ma mémoire.
Extraits :
- Comme si ses grands yeux clairs disaient de toute façon, c'était pire avant. C'est tout du moins ce que j'y lisais en croisant leurs bouffées bleues. Et cela me contrariait.
- Nous ne nous l'étions jamais dit, mais nos échanges muets parlaient de la même
chose : d'un futur un brin complaisant qui accepterait d'inscrire les rêves d'hier à l'ardoise du jour.
- C'est ridicule. Il a l'air encore plus pouilleux que nous. T'es sûr qu'il ne s'est pas plutôt étranglé avec un goulot de la Villageoise ?
- Dans cet exigu bistrot des Halles, je bois ses mots et tombe amoureux sur le champ. Pour l'instant c'est plutôt son amour des livres qu'elle me retourne, son souhait d'ouvrir sa propre librairie.
- Alors j'arpente le secteur, je taille la bavette du côté d'Aligre, je bois au goulot sous les arches du quai de la Rapée, et ainsi de suite, tel un pion de Monopoly en goguette dans les coursives de la Cour des Miracles.
- Ce soir ils ne me lâcheront pas. Même pas la peine d'essayer de les distancer, peut-être les noyer. La ronde de nuit s'annonce interminable.
Éditions : Les Editions In8. (2016).
Autre chronique de Jean-Luc Manet sur ce blog:
Haine 7.

Posté par eireann yvon à 09:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,