Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

20 mars 2017

JAOUEN Hervé / L'Allumeuse des étoiles.

l'allumeuse d'étoiles

L’Allumeuse d’étoiles.
Hervé JAOUEN
Note : 4 /5.
La musique n’adoucit pas forcément les mœurs.

Réédition aux « Presses de la cité » de ce roman d’Hervé Jaouen datant de 1996.
Après maintes déconvenues et amours brisés, Evelyne atterrit au « Modern Dancing », salle de bal perdue au milieu des Monts d’Arrée. Elle chante pour un public de tous âges et de toutes conditions. Couples d’anciens, femmes seules venues s’encanailler, jeunes en goguette cherchant soit la bagarre, soit la bagatelle.

Elle remarque assez rapidement une femme qui s’offre généreusement à tout ce qui porte un pantalon. A chaque fois un jeune homme vient la rechercher, c’est Roparz son fils.
Ils habitent une vieille ferme dans un endroit désolé, le Yeun, dernière station avant l’Enfer sur Terre !
Roparz lui montre le livre qu’il a écrit « 
Marie-Thérèse du Yeun », ouvrage qui raconte sa vie et celle de ses parents, dans la mesure où l’on peut parler de vie !
Mariage par dépit pour tenter d’atténuer deux solitudes, union par intérêt foncier aussi, bref tout sauf l’amour. Pourtant un fils naîtra, mais n’apportera rien de concret dans le couple. Roparz est comme un inconnu dans sa propre famille, garçon rêveur, poète dans un monde de brutes. Il écrit pour tromper sa solitude. Une dispute plus violente que les autres en présence de sa tante Emilienne, le marquera pour longtemps. Mais l’incitera à écrire des poèmes et d’autres textes. Il poursuivra ses études à Rennes grâce à sa tante. Pendant ces années, la ferme périclitât, malgré les conseils avisés et onéreux d’un pseudo mage- marabout. Son père passa de vie à trépas, personne ne le pleura, ni son épouse, ni son fils. Marie-Thérèse commençât une nouvelle vie, qui ne fut pas plus réussie que la précédente. Roparz a composé une chanson parmi d’autres « L’allumeuse d’étoiles » qui semble écrite pour Eva… et qui devrait leur apporter succès, gloire et richesse.
Paroles d’impresario, mais encore une fois la vie est cruelle et le drame jamais loin de la future réussite.
Eva doit fuir, un contrat de plusieurs mois dans un club de vacances en Turquie. Le disque était enregistré, et avec lui enfin la reconnaissance. Son ami, en tout bien tout honneur, car homosexuel,
Tello qui a eu une petite carrière dans le show-biz lui conseille de se battre pour faire reconnaître ses droits.
Le contrat du club de vacances arrivant à sa fin, retour à Paris, dans le paradis des requins…
Evelyne la blonde, Lyne parfois, et la brune, Eva, trois facettes de la même femme, la blonde fille du Nord, devenant la brune Ava, chanteuse de blues. Hélas pour elle, la vie n’est pas toujours une douce mélopée, et le succès n’est pas synonyme de bonheur.
Roparz, dont la vie ne fut pas un long fleuve tranquille, devient son amant et compose pour elle un tube, qui devrait les faire sortir de l’anonymat, mais le destin n’est pas toujours bienveillant dans le monde de la chanson.
Tello, gentil membre de club de vacances, blanchit sous le harnais de nombreuses années d’expérience et de saisons de travail. Il deviendra l’ami et le confident d’Evelyne.
Fanch et Marie-Thérèse, les parents de Roparz, René faux mage, mais vrai escroc, sont les principaux personnages de la première partie de ce roman en deux parties, la première très sombre se déroule pour la presque totalité dans les Monts d’Arrée, la seconde plus lumineuse (du moins pour le soleil) dont l’action se passe dans un club de vacances en Turquie, mais avec un retour sur Paris, ville lumière.
Dans cette réédition, Hervé Jaouen, avec beaucoup d’humour, nous parle du décor de la fin de ce roman :
- Le trouver en Turquie tel que je l’ai décrit, me condamner à y séjourner une semaine…
Extraits :
- Un gant de crin sur cent mille clitos, devinez l’effet.
- L’abstrait, ils en ont rien à branler. Ce qu’ils réclament, c’est tout simplement plus de fringues, plus de bagnoles, plus de films de culs à la télé, faut pas chercher plus loin.- Les musiciens jouaient, étaient en harmonie avec leur public. Ils ne se sentaient pas supérieurs à lui.
- Pour moi qui venais du plat pays, ces collines étaient de vraies montagnes.
- Mon image a quitté la vitre : j’ai franchi le seuil de la salle de mixage où on venait de graver L’allumeuse des étoiles.
- Ces gens-là, qui avaient lu
Walden ou la Vie dans les bois, de Thoreau, appréciaient la solitude de l’Argoat l’âpreté de ces habitants et la relative douceur du climat, et les prix très bas.
- La libraire et le bonhomme vivaient un concubinage à but lucratif.
- Roparz n’éprouva ni remords ni véritable satisfaction.
- Il n’a pas voulu. Son livre, c’était à prendre ou à laisser. Ils l’ont laissé et il a laissé passer sa chance.
- Cela ne vous dira sûrement rien, vous êtes trop jeune, mais votre timbre me rappelle la voix d’une Juliette Gréco, d’une Barbara, je ne sais pas, d’un Jacques Brel, ou plutôt de sa sœur, une très jolie petite sœur, avec par moments l’ingéniosité d’une Marylyn Monroe et la force de conviction d’une chanteuse de gospels.
Éditions : Presses de la Cité (2016). Première édition Denoël 1996.

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06 mars 2017

CHOPIN Kate / Charlie.

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Charlie.
Kate CHOPIN.
Note : 4 / 5.
Femmes de Louisiane.
Auteure américaine, dont le nom de jeune fille est Catherine O’Flaherty, née à Saint Louis dans une famille d’origine irlandaise et française.
Je la découvre avec ce recueil de seize nouvelles d’une jeune maison d’éditions basée à Saint Rémy de Provence.
Ces textes sont présentés ici par ordre chronologique, de « Émancipation » écrit en 1869 à « Charlie » datant de 1900.
« Émancipation », sous titré « Fable d’une vie », commence ce livre. Un récit étrange où le personnage principal est un animal naissant en cage… mais un jour, par négligence la porte reste ouverte…
« Le mensonge du Docteur Chevalier » est l’histoire d’un acte de pure bonté d’un homme devant la famille d’une jeune fille morte d’une manière tragique.
Dans « Au delà du Bayou », une femme nommée par son voisinage « La Folle » ne quittait jamais les alentours de sa modeste maisonnette, mais un jour par amour, elle ose franchir cette fausse frontière…
« Miss McEnders » est une femme très à cheval sur les conventions et la moralité. Elle refuse de continuer de donner ses toilettes à confectionner à sa couturière habituelle, car celle-ci est fille- mère. Elle s’en repentira bien vite. Un peu de compassion, Madame, vous aurait épargné bien des déconvenues.
« Questions de préjugés » concernent les réactions pour le moins étranges d’une vieille femme d’origine française qui déteste toute autre culture. Elle ne parle plus à son fils qui a épousé « une Américaine » ! La venue d’une petite fille dans son jardin va changer bien des choses. Et c’est tant mieux !
« Rêve d’un instant ». La vie et la mort au bout du rêve d’un grand bonheur ! Bref texte très original !
« Une affaire de famille ». Une femme obèse semble profiter des biens qu’elle a bien mal acquis en spoliant le reste de sa famille de l’héritage de leurs parents. Faire venir une nièce pour s’occuper d’elle coûterait moins cher que d’embaucher une domestique. Mauvais calcul, la jeune fille n’est pas aussi docile que prévu.

« Charlie » qui donne son titre à l’ouvrage et qui le clôt, est le texte le plus long et aussi un des plus élaborés. Charlie est ce que l’on peut appeler un garçon manqué dans un monde féminin, qui de ce fait bénéficie de toute la mansuétude de son père. Son plus grand plaisir, écrire de la poésie. Un jour par accident elle blesse d’un coup de revolver un jeune homme. Son père décide de l’envoyer en pension à la Nouvelle-Orléans. Ou d’ailleurs réside le jeune blessé ! Charlie change du tout au tout, elle devient une jeune fille élégante et raffinée ! Mais plusieurs évènements font la faire rentrer au bercail !
Pratiquement que des personnages féminins, les hommes ayant la plupart du temps des rôles secondaires, sauf dans « Le mensonge du Docteur Chevalier ». Une jeune femme va à la ville, pour un motif très futile ; la déconvenue sera à la hauteur de l’espoir. Zoraïde est amoureuse mais c’est une esclave, alors ce n’est pas elle qui décide, mais son maître. Une autre retrouve un soir d’orage un amour du temps jadis.
La France est très présente au moins dans les noms de nombreux personnages, le Docteur Chevalier, le Père Antoine, La Folle dont le prénom est Jacqueline, etc. Mais on rencontre aussi une famille d’origine allemande dans « Plus sage qu’un Dieu ». On apprend (enfin pour ceux qui comme moi l’ignoraient) que le français était la langue majoritaire en Louisiane à l’époque de l’écriture de ces nouvelles.
Une écriture classique, très classique, avec malgré tout des dialogues en créole, ou en un langage très parlé où beaucoup de lettres sont oubliées, surtout de la part des esclaves :

- Miss Charlie j’vais l’di à ton père ! Cette fois j’vais lui di’ comme i’ faut, sûr !
Extraits :
- Petit à petit les salons s’emplissaient du tumulte ravissant qu’un essaim de femmes peut produire lorsqu’il se trouve à proximité de la gente masculin.
- Pauvre vieille ça c’est sûr, Azénor. Mais que peut-on espérer d’une femme qui ne franchit jamais le seuil de la maison de Dieu.
- C’était une femme noire, les épaules larges et sèches, passée la trentaine. Son vrai nom était Jacqueline, mais tout le monde à la plantation l’appelait La Folle, car un évènement pendant son enfance l’avait effrayé jusqu’à l’éloigner de tout sens commun.
- Ses pensées étaient libres de se repaître de la fureur qui l’avait conduit à le sortir de son chenil.
- Seule une poignée de ces personnes demeurait inconnue pour Mademoiselle de vue en tout cas, car elle connaissait aussi bien leurs vies privées que la sienne.
- Le soleil couchant était suffisamment bas pour étirer des ombres bienveillantes. Il en était une où une jeune femme se reposait derrière une meule de foin au milieu d’un petit champ.
- La maison – une vieille demeure espagnole, vaste, basse et entourée d’une large terrasse – se situait tout en bas, dans le quartier français de la Nouvelle Orléans.
- Elle avait une théorie originale selon laquelle la voix irlandaise est pénible pour les malades. 
- Il y avait des livres en français que maman vous a envoyés, un de Daudet, un de Maupassant et bien d’autres encore. 
- C’était paru dans les journaux ce qui avait d’elle une héroïne pendant une ou deux semaines.
- Si seulement elle avait pensé qu’elle n’avait pas la rougeole au lieu de penser si fort qu’elle l’avait, elle ne serait pas morte. C’est une nouvelle religion. 
Éditions Eternel (2016).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Camille Vourc’h.

 

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27 février 2017

JOSSE Jacques / Chapelle ardente.

 

chapelle ardente

Chapelle ardente.
Jacques JOSSE.

Note : 5 / 5.
Mise en bière.
Court roman de Jacques Josse qui nous transporte dans un décor qu’il connait bien. La côte bretonne battue par les vents et la pluie, mais où règne encore une certaine chaleur humaine.
Nous sommes, de bon matin, au bar « La Iza » où sont réunis une soixantaine de personnes. Les habitués sont venus en nombre rendre un dernier hommage au patron qui sera inhumé ce matin.
Ils suivent la progression du fourgon mortuaire, qui paraît ou disparait au gré des virages. Ses phares éclairent la route luisant sous la pluie.
Le bar est transformé en chapelle ardente en hommage à celui que tous respectaient et qu’ils appelaient affectueusement «Le Barbu ».
Le lieu est chaleureux, la retenue initiale disparait après quelques verres, car il n’est pas question d’accompagner le Barbu à sa dernière demeure sans arroser sa mémoire.
Un sujet tarabuste beaucoup les convives, comme cet homme, force de la nature : oser partir défier la mer et les éléments déchaînés en cette nuit tragique. C’était une météo à rester au lit avec une de ses conquêtes, péché de chair était moins dangereux que de pêcher en mer !
Les nombreux amis du défunt arrivent à tour de rôle, personnages haut en couleur, « des gueules » comme on dit dans les milieux du cinéma.
Les croque-morts tentent de faire accélérer les choses, ironie de la vie, l’un d’eux est de mariage dans l’après-midi ! Raccourci saisissant, enterrement d’un homme d’âge mûr, puis enterrement de la vie de célibataire pour le plus jeune !
Des personnages savoureux comme on en rencontre encore dans les bistrots de campagne, des anciens revenus de tout et revenus aussi au pays, l’un après la guerre d’Indochine où il a perdu une jambe, un autre de retour du Havre avec une sale blessure, ou un troisième, ancien terre-neuva alcoolique. Didier Pouilly, ex-cascadeur qu’un accident de travail a privé de l’usage de ses jambes, qui boit sa bière assis dans sa voiture, et repart en jurant qu’il va se jeter du haut de la falaise…
Pierrot Le Loup, un ex-cheminot, François Le Pélican qui ne prononce plus un mot en public depuis le décès de son épouse.
Le maître d’œuvre de cette cérémonie peu protocolaire est « Le Professeur », ancien instituteur, avec qui le tenancier avait de longues conversations culturelles. Certains sont venus à pied, sorte d’hommage au barman, puis arrive le grand copain, le boucher, compagnon de tournées dans les gargotes de la campagne profonde, bistrots malades car désertés. Tout ce beau monde se prépare à l’ultime voyage… sous l’œil humide de Gilbert, le labrador…
Un court texte plein d’humanité, une petite merveille d’observation d’un monde en voie de disparition, celui des bistrots de campagne avec ses clients, pleins de vie et je le concède bien volontiers, mais aussi et très souvent pleins de vin !
Extraits :
- Ils ont tenu à rendre hommage au patron en se rassemblant dans l’estaminet coloré qu’il avait su rendre si chaleureux. Ils y ont établi leur chapelle ardente.
- En guise de réponse, celui-ci rapplique avec une bouteille. Et remplit leurs verres à ras-bord.
- Convoquer les morts du coin lui permet de se sentir toujours bien présent de ce côté-ci du monde.
- Savent les douleurs, les disparitions, les bateaux perdus et les noms de tous les péris dont les tombes restent désespérément vides au cimetière. Elles ont en mémoire des coups de tabac identiques à celui qui a causé la perte de Barbu.
- « On s’immisçait dans des sortes de cavernes d’Ali-Baba, dit-il. Dans des bazars étiquetés « café-épicerie-tabac », tenus pour la plupart par des vieilles qui perpétuaient une tradition familiale qui devait, elles le savaient, se lamentaient, n’y pouvaient rien, vu le désert qui s’amplifiait alentour, s’éteindre avec elles ».
- Plus loin, une vieille femme voutée redresse son buste, se fige et se signe en regardant passer l’enterrement.
Éditions : Le Réalgar (2016).

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20 février 2017

LEROUX Marilyse / Grand A, petit m

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Grand A, petit m .
Marilyse LEROUX.
Note : 3,5 / 5.
Abécédaire !
Premier recueil de nouvelles de cette poétesse confirmée ayant obtenu en 2014 pour son livre « Le temps d’ici » le prix de la poésie de l’Association des Ecrivains Bretons. Elle anime régulièrement des ateliers d’écritures pour enfants ou adultes.

Titres des textes figurant dans ce recueil :
A fondre ; Bleu horizon ; Cas de conscience ; Derrière chez moi ; Et si ; Fatale ; Grande braderie ; Hésitation ; Inoubliable ; J’aurais pas cru ; Kenavo ; Le troisième jour et Mystérieuse.
Dans
« Bleu horizon » nous sommes dans une ferme où l’on célèbre des fiançailles. La jeune femme pense à un jeune homme qu’elle a aimé un jour… il est parti à la guerre… est-il encore vivant ou bien mort ? Un très beau texte sur le désespoir d’une fille de ferme en ces années de guerre.
« Et si » nous transporte à Haïti avec une femme qui, comme beaucoup, tente d’aider le pays à se reconstruire… elle se lie d’amitié avec une petite fille qui, elle aussi, est à reconstruire. Avec l’aide des écrivains et de la littérature.
« Grande braderie », l’instant où une femme  voit sa famille brader tout ce qui a fait sa vie ! Beau texte plein de compassion, un peu de pitié ne fait de mal à personne.
La nouvelle « 
Le troisième jour » oscille très nettement vers le fantastique ! Méfiez-vous, belles jeunes filles, de certains séducteurs de bonne famille !
Beaucoup de personnages souvent très ordinaires, mais des situations qui ne le sont pas toujours ! Un homme contemple d’un air gourmand une très belle femme dans le romantique décor d’un salon de thé ou d’une pâtisserie. Un autre décide qu’il est plus que temps de prendre une décision ! Après la décision l’action ! Un crime parfait pour une emmerdeuse de première ? Un peu de vie saine ne peut pas nuire à la santé ni morale ni physique, alors en avant marche, même si tout ne se déroule pas comme prévu ! Un homme faible et une femme fatale, combat perdu d’avance. Une petite fille passionnée de peinture et d’écriture ! Un homme abandonné seul avec son verre, quelle vie de chien !
Une question s’impose à la fin de cette lecture : 13 nouvelles, dont les titres commencent par les 13 premières lettres de l’alphabet ! Une suite de 13 nouvelles, avec les 13 dernières lettres cette fois ?
Une belle écriture, une lecture aisée même si ce n’est pas mon genre de textes préféré.
« Kenavo » fait également partie du recueil « Collectif /Longères, bombardes et ressacs. 15 histoires morbihannaisses.»
Extraits :
- Si elle se lève, il pourra prolonger la ligne du corps, qu’il envisage généreuse. Il aime les formes capiteuses, de celles qui donnent plus qu’elles ne promettent.
- Un silence de mort éteignit le fonds des verres.
- Dès que je l’ai vu, mes doigts ont su énumérer les plaisirs d’une possible confrontation, en expert aguerri aux grâces féminines les plus improbables.
- A défaut de mon âme, il était temps que je prenne soin de mon corps. Terminée la malbouffe, le tabac, la porte du frigo ouverte à n’importe quelle heure, les acides gras, les triglycérides et autres plaisanteries du genre.
- La poésie est un miracle, elle le savait, c’était son véritable noyau, le seul vraiment irréductible, le dernier point d’attache avant la dilution.
-
Elle, une mystérieuse. Dans nos virées, il disait toujours elle, si bien qu’on n’a jamais su comment elle s’appelait.
- Cette magie, mêlée de terre et d’eau, lui appartient, elle le sent. Les mots déjà se sont mis à peindre, aussi vivants et colorés que ce qu’il désigne.
- Jolie, très jolie même, sans trop le savoir. Une sorte de candeur angélique qui avait immédiatement mis ses sens en éveil.
Éditions : Stéphane Batigne. (2016)

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13 février 2017

COQUIL Yvon/Métal amer.

métal amer

Métal amer.
Yvon COQUIL.
Note : 4/5.
Métal à la mer.

Recueil de nouvelles de l’ami Yvon Coquil que je croise régulièrement dans les salons littéraires de Bretagne.
Ayant fait sa carrière professionnelle à l’arsenal de Brest, ses récits se déroulent pour la plupart dans la capitale du Ponant.
Onze titres :
En rade, Les sapajous, Sans atout, Rive droite, L’enterrement du beau-frère, Défense passive, Camping de la Rade, La patte folle, Ti-bout, Paris Brest et Les Hespérides.
Dans « En rade », des jeunes, dans une voiture qui a connu des jours meilleurs, bien meilleurs et il y a bien longtemps, partent pour un samedi soir qui s’annonce bien arrosé… mais rien ne se passera comme prévu. Les seules victimes des lapins et un porc !
« Les sapajous » nous racontent l’éducation syndicale d’un jeune homme et de son mentor, syndicaliste à l’ancienne et d’un gabarit qui impose le respect ! Nous suivons aussi ses démêlés avec « La Tique » gendarme maritime pour le moins tatillon ! Et en plus un jour de grève !
« Sans atout », dans certains jeux de cartes, un joueur fait le mort. Dans la vraie vie, qui pour beaucoup d’ouvriers n’est pas un jeu, les joueurs de belote meurent aussi !
« L’enterrement du beau-frère » est une série de portraits parfois cruels de membres d’une famille venue pleurer et enterrer un des siens. La ronde des hypocrites ! Ce texte pourrait se résumer par cette phrase « Plus dure sera la chute ». 
« 
Camping de la Rade ». On dit souvent que la meilleure défense c’est l’attaque. L’ordinaire de ces travailleurs vacataires se logeant comme ils peuvent suivant la ville où ils sont embauchés pour des périodes variables.
Pour
« Ti-Boud », la vie n’est pas rose tous les jours, il habite dans un quartier à problèmes, sa mère vit de ses charmes. Malgré son jeune âge, il veut tenter le gros coup, celui qui les libérera lui et sa mère, et qui aussi lui permettra de se venger !
Un de mes textes préférés.

Des turfistes pensionnaires attitrés d’un rade sur la rade (je ne pouvais pas la louper !), des joueurs de belote, des jeunes en piste qui rencontrent des éleveurs de porcs en colère, les échappées dans un peloton ne sont pas forcément ceux qui s’échappent d’une prison !Un fils de famille assassin pour « exister », la vie de la prison n’est pas de tout repos pour lui, un homme accepte d’en défendre un autre, ancien copain de jeunesse, malgré qu’ils ne se soient pas rencontré depuis des années. Un ouvrier en arrêt de travail qui va tout perdre pour une bière fraiche ! Un dénommé Arsène, très raciste et un peu ivrogne (ou très raciste et très ivrogne), ne supporte pas ses voisins asiatiques ! Et pourtant il leur doit une fière chandelle.
Un petit mot sur un grand souvenir pour le coureur cycliste breton, Christian Seznec, vainqueur de l’étape de Morzine avec plus de 9 minutes d’avance devant… Bernard Hinault ! C’est la fête au village !

Le monde ouvrier, en particulier celui des chantiers navals, avec ses
vicissitudes personnelles et professionnelles. Travailleurs mis aux placards et remplacés pour des questions de rentabilité par des travailleurs venus de pays où les charges sociales et les salaires sont moins élevés qu’en France ! Et aussi un personnel plus docile ! Ainsi va la mondialisation.
C’est noir, mais avec une bonne dose d’humour… noir.
Extraits :
- Pour rire, je dis souvent que mes vieux cirent les comptoirs, celui du café de la Terrasse pour l’un et celui du bureau des entrées de l’hosto pour l’autre.
- C’est que du pâté Hénaff, ça vaut pas celui de chez Perchoc, gast ha gast.
- Son père ! Un con, mais aussi le dernier Garde rouge du président Mao ! Personne n’y croyait plus sauf lui.
- Tu verras, d’ici six mois je serai de retour à la Baule, farniente et Cuba Libre. Seuls les gueux restent en taule.
- Son visage a toujours été plus lourd que celui de sa sœur mais aujourd’hui, ravagé par les larmes, on dirait un sac à patates, enflé et mouvant. Moite. Couperosé.
- C’est une seule et même entreprise mais les frontières intérieures sont malgré tout assez hermétiques.
- Je suis entre une demi-douzaine de polonais qui sont là depuis trois mois et huit bulgares qui viennent d’arriver.
- Par ces temps de canicule, heureusement qu’il restait les bistrots.
Éditions : Sixto/Cercle noir (2017).
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Romans :
Black Poher
Docks
Dernier train pour Ouessant
Nouvelles recueils collectifs :
Sur le fil du rasoir
Le Butin

 

 

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