Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

24 juillet 2010

Vacances !

Copie_de_Vacances_Juillet_2009_032

Vacances !
Je vais retrouver ma boîte aux lettres préférée, près de Plouézec, pour quelques jours.
Puis je pense aller au salon du polar breton, A bientôt.
Yvon

salonpba

Posté par eireann yvon à 22:30 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


22 juillet 2010

PESSAN Eric / Incident de personne.

img104
Incident de personne.
Eric PESSAN.
Note : 5 / 5.
Train de nuit !
Je ne connais pas cet auteur, né à Bordeaux, dont c'est pourtant le sixième roman. Il a aussi beaucoup écrit pour la radio et le théâtre.
Un incident de personne est la pire des choses qui puisse arriver à un voyageur de la S.N.C.F !
J'ai durant dix ans de ma vie pris le train tous les jours matin et soir et cela m'est arrivé beaucoup trop souvent! Je pense que le minimum de retard est d'environ deux heures, alors imaginez lorsque dans le même voyage, cela vous arrive deux fois ! Et cela m'est déjà arrivé! C'est sûrement pour cela que j'ai eu envie de lire ce roman.
Un homme revenant de Nicosie et qui semble au bout du rouleau rentre chez lui à Nantes.
Dans le train une femme occupe la place à côté de la sienne, il la regarde brièvement la tête ailleurs ! Il pense à son appartement vide, la boîte aux lettres pleine de factures, de lettres recommandées et de traites en tous genres. Il n'a plus un sou, plus de travail et pas de famille... Le train démarre, la vie du wagon s'organise, il veut s'assoupir et surtout ne pas parler, il se remémore d'autres voyages, d'autres trains, d'autres pays... Dans la poche de son pantalon, une balle de révolver qu'il triture sans cesse...
Soudain, le choc et l’arrêt brutal, après un moment, une voix hésitante transmise par un haut-parleur :
- Suite à un incident de personne, notre train est arrêté en pleine voie. Pour votre sécurité, veuillez ne pas tenter l'ouverture des portes.
Le compartiment est un monde en vase clos. Les réactions des voyageurs sont toujours les mêmes, le silence, les pleurs d'un enfant, les cris de sa mère, l' homme vulgaire et grande gueule à qui on ne l'a fait pas, celui à qui c'est déjà arrivé, à qui cela arrive toujours,  l'absence de renseignements...
La conversation qui commence,  entre cet homme un peu commotionné et cette femme,  d'abord hésitante, chacun tentant de préserver une part de secret, puis l'homme se livre....La femme écoute... Cet homme a une vie, mais pourquoi en parler maintenant ? Les deux mois qu'il vient de passer à Nicosie,  quinze jours de travail, le reste pour dépenser l'argent gagné... L'atelier d'écriture à l'institut culturel français, cette mystérieuse rencontre et une enveloppe à la réception de son hôtel.
Les ateliers d’écritures, ces anonymes venant chercher un peu de reconnaissance, raconter un peu de leurs vies, sorte d’exutoire à la grisaille quotidienne.  Les pages lues parfois dans l'indifférence, parfois avec la rage au ventre...
Ce narrateur dont nous ne saurons pas le prénom (en a t-il un d'ailleurs?), son enfance somme toute très ordinaire, les parents pas trop bien assortis, la majorité, le départ et la solitude qui peu à peu s'installe.... 
Un homme et une femme dans un train, pris au piège d'un incident qui va les contraindre à passer quelques heures ensemble, côte à côte. Rencontre improbable, la femme est une présence, celle qui incite à la confession, de cet homme solitaire et dépositaire de l'écriture et de la mémoire de personnes rencontrées au cours de multiples ateliers. Les confessions de toutes sortes lues, enfances et femmes violées, familles ruinées.
Une écriture pleine de douceur et de pudeur, les descriptions de la femme du train sont pleines de retenue et d'élégance!
Un roman mêlant le style très intimiste de cette relation, sorte de huis-clos entre deux êtres qui ne se reverront sans doute jamais plus, et le récit du voyage d'un homme dans un pays qui se cherche et qui lui aussi semble se chercher. Un très beau livre sur une histoire qui semble toute simple. Comme semble le dire le proverbe, le hasard fait-il bien les choses ? Que savons-nous des gens qui nous entourent au cours d'un bref voyage? L'incident est souvent le déclencheur de conversations qui cesseront au prochain arrêt.
Une très belle découverte!
Extraits :
- ...vous ne m'avez offert que la fugitive vision de la dentelle recouvrant votre sein, broderie blanche sur peau de lait dans le bâillement de votre pull-over couleur crème, dérisoire impulsion électrique captée par mon regard.
- Je suis en lambeaux.
- Je suis constitué de kilomètres de phrases malhabiles enchaînées les unes aux autres.
- J'aborde le rivage de l'éveil.
- Dans la vitre, je surprends votre regard.
- Vous marquez un temps d'arrêt, vos yeux sont très pâles, d'un bleu que l'on pourrait qualifier de délavé si l'on tenait absolument à les décrire.
- Une seconde nos yeux se croisent en silence.
- Je suis comme cela : je voue un culte fétichiste à la littérature.
- À cet instant, j'aimerais que me quitte toute idée de séduction et de flirt. J'aimerais pouvoir vous considérer de la manière la plus neutre possible.
- Vos cuisses sont longues sous la toile du jean, je devine la finesse de votre taille. Vous avez retroussé les manches du pull blanc crème serré qui met en valeur votre poitrine.
- Je quitte votre visage, un triangle de peau est visible dans la naissance de vos seins, entre l'échancrure de votre pull et les enroulés de vos écharpes.
- Vous me fixez maintenant de votre regard si clair.
- À défaut d'érotisme, c'est de la tendresse que je ressens pour vous à cette seconde : envie de vous protéger, de vous préserver.
- Puisque c'est la nuit de la grande vivisection, il faut que je vous raconte une autre chose me concernant...
- Votre tempe m'érotise.
Éditions : Albin Michel (2010)
Logo_Dialogues

Posté par eireann yvon à 09:45 - Littérature française - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 juillet 2010

JAOUEN Hervé / Aux armes zécolos.

Z_colos
Aux armes zécolos.
Hervé JAOUEN.
 Note : 4 / 5.
Sauvons le saumon!*
Je rencontre Hervé Jaouen au moins une fois par an à Carhaix, cette année nous nous sommes vus à Vannes, où il participait à une conférence en compagnie de Nathalie de Broc, Nelly Alard et Claude Arz. Il est aussi l'auteur le plus chroniqué de ce blog et un de ceux les plus présents dans ma bibliothèque.
La narratrice, Bleunwenn, prénom composé de Bleun (fleur) et de Gwenn (Blanc), est jeune, belle (ce n'est pas dit, mais pourquoi pas!), mais de cela on s'en serait douter Bretonne et fière de l'être! Née à Carhaix, par la volonté de sa mère, il faut dire que ses parents l'on bien éduqué cette petite ! Comme beaucoup ils vivent à Paris, mais la Bretagne n'est jamais bien loin, déjà dans l'assiette avec les dîners celtiques (le menu sera fourni sur simple demande) baignant dans une musique d'ambiance bretonne (le jukebox n'est pas opérationnel pour l'instant).
Revenons à nos saumons. Donc notre jeune narratrice persuade ses parents de poursuivre ses études à Ploumagoat, et vivre pour cela chez Cricri et Lulu, ci-devant grands-parents (maternels) de notre juvénile héroïne. Criri, écumeuse de fez-nos, reine incontestée de la gavotte des montagnes, qui la pauvre a un grand regret! Une petite malformation l’empêche de danser l'an dro ! Le grand souci de Lulu, c'est le canal qui domestique l'Aulne et dont les écluses empêchent les saumons de retrouver leurs lieux de reproduction ! Et Lulu, par moments de grand désespoir, est prêt à se pendre (enfin il en parle, et sait-on jamais....).
Alors par une nuit de pleine lune, même au risque de se faire rembarrer (?), Bleunwenn, usant de charmes typiquement féminins, soudoie Gwendall et décide d'agir.....
Bleunwenn est prête à tout pour Lulu, son grand-père favori (l'autre est en Nouvelle-Calédonie, alors elle s'en fout un peu!), pêcheur et fine mouche devant l'éternel ! Et quand je dis prête à tout, c'est pour l'instant il faut qu'une écluse soit ouverte ou fermée! Et pour les saumons il faut qu'elle soit ouverte ! Alors elle déploie ses charmes (naissants) et en un clin d'oeil entraîne Gwendall qui contrairement à ce que son prénom pourrait faire croire, n'est pas aveugle, mais plutôt plein de ressource (nous parlons d'une rivière) et de bon sens (de la source à la mer!).
Les grands-parents sont des modèles du genre, style vieux (pas trop quand même!), hippies refusant de vieillir, la description que fait Hervé Jaouen de Cricri est très parlante. Pas beaucoup d'autres personnages, les parents dans les premières pages, portraits à déguster également, la maman inspectrice des impôts pleine de mansuétude suivant la consonance des noms est à garder dans son carnet d'adresse, mais hélas, ce n'est qu'une personne fictive....
C'est bucolique, écologique, breton et amusant, bref beaucoup de choses pour me plaire! Et cela m'a plu! Je mettrai ce livre dans la même catégorie que « Pleure pas sur ton biniou », ou l'art et la manière de se moquer de soi, même en abordant un problème grave, l'état de la Bretagne!
Entre pollution des rivières, proliférations des algues vertes, agrandissements des élevages en tous genres, surtout de porcs, la réalité n'est pas brillante. Sauvons la culture bretonne, mais laquelle?
Un bon moment de lecture, beaucoup d'humour, mais aussi de réflexion.
Extraits :
- « Ma pauvre Bleunwenn, qu'est-ce que tu es venue faire en Bretagne ? Tu aurais mieux fait de rester à Paris. Ici tout est foutu... ».
- « Dans le temps. Aaahhhh dans le temps..... »
- À l'école, c'est la galère. Surtout à Paris, où les gens parlent toutes les langues, sauf le Breton.
- En fait je sais très bien pourquoi mes parents m'ont appelé Bleunwenn: tout simplement parce qu'ils sont bretons, et moi aussi, fatalement.
- Le hic, c'est qu'ils ont le chouchen triste, à Paris.
- Et tous de pleurer comme des galettes de Pont-Aven, qui valent largement la madeleine de Proust, pour ressusciter la mémoire gwenn ha du.
- Les Bigoudens sont réputés pour leur radinerie, que ne surpasserait que la pingrerie des Léonards.
- Les aïeules maternelles sont des gens équilibrés. Ils préfèrent la pluie au beau temps. Et puis ils sont jeunes de corps et d'esprit.
- Grande et svelte, ma mémé des monts d'Arrée aborde des volumes parfaits qu'ils n'ont besoin d'aucun soutien.
- Il découvrit que la bureaucratie c'est pire qu'une boîte à leurres mal rangée. Pourtant, il n'était pas né du dernier coup de tampon administratif.
- J'ai cadenassé ma ceinture de chasteté morale et je suis monté direct dans sa chambre.
- Lulu est un contemplatif, un arrière-petit-fils d'un Lamartine sous Valium.
- Il n'avait même pas acquis les bases du flirt bilingue. C'est peu dire que l'enseignement des langues étrangères laisse à désirer dans nos contrées gauloises.
- Front de Libération du Canal. Mais les Keufs croiront que c'est les Corses qui ont fait le coup a t-il ricané entre ses dents. On va les égarer.
- Les chiffres sont irréfutables. Écoute, on est trois millions de bretons et on héberge douze millions de cochons. Or, un porc défèque quatre fois plus qu'un humain.
Éditions : Diabase (2010). Le site ici .
Le site d'Hervé Jaouen, ici.
*Avant son passage en cuisine!

Posté par eireann yvon à 22:08 - Littérature bretonne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 juillet 2010

McNAMEE Eoin /00:23. Pont de l'Alma.

Mc_Namee
00:23. Pont de l'Alma.
Eoin McNAMEE.

Note : 3,5 / 5.
Il (aurait) suffi de passer le pont....
J'ai beaucoup aimé les deux précédents romans* que j'ai lus de cet auteur irlandais.
J'ai mis très longtemps à me décider à lire celui-ci. Le sujet certainement ne m'inspirait pas, la mort de Lady Di, le côté mouvement de foule et gros business, le cadre non irlandais, très différent de ce que j'ai lu de ce romancier. Bref pas mal de réticence de ma part.
Le contenu de ce livre, c'est la mort de cette femme et de son amant sous le pont de l'Alma, sous le regard du zouave qui, lui, est bloqué là depuis des années. Et qui en plus est, du fait de son statut, muet!
Nous avons tous été passionnés ou, comme moi, consterné par la place qu'a pris ce fait divers, quand Pierre, Paul ou Jacques meure dans un accident, certes pénible, la presse, la télévision et tous les médias ne nous serinent pas pendant des heures! Pour que ce livre existe, il faut une cause extérieure à celle du simple accident de voiture, alors tout se met en place pour un complot imaginaire ou pas.
Ce livre commence le 27  août 1997 à l'aéroport Charles de Gaulle. John Harper débarque à Paris. Un coup de téléphone l'a sorti de sa semi-retraite de vigile sur des chantiers de construction de Belfast ! Il a accepté de reprendre du service sous la houlette de Benett, un de ses anciens employeurs! Une simple mission de surveillance, avec l'aide de Grace, son ancienne maitresse. Juste de la surveillance, bien payé et en espèces.....
Le couple Lady Diana, souvent nommée Spencer, et Dodi Al Fayed sont les personnages les plus en vue de ce livre. Il n'est pas nécessaire pour moi de rajouter quoi que ce soit à ce que l’histoire officielle a retenu.
Penchons- nous plutôt sur les autres acteurs de ce fait divers. Henri Paul, le Breton, l'homme qui conduisait la voiture, a existé. Mort dans l'accident, il semble avoir été le coupable idéal, le lampiste de service.... Fortement alcoolisé et sous antidépresseur, il allait vite, trop vite, c'est du moins la version officielle...A moins que …..Les paparazzi sont sur le qui vive. En particulier James Andanson, fan de vitesse et d'électronique, qui semble en savoir beaucoup, beaucoup trop même....
Le monde de l'espionnage, du contre-espionnage, de la DGSE, à d'anciens membres des services spéciaux britanniques en rupture d'Irlande du Nord, comme Benett, Harper ou Grace. Ils sont là pour surveiller, mais qui ou quoi? Des bruits courent...on  parle d'attentats..Furst et Oates sont des mercenaires en provenance d'Afrique du Sud, il y a peu de chance que leur présence soit due uniquement au hasard !
Un panier de crabes sans pitié, baignant dans un monde de fric, de coups tordus, où la vie n'est pas une chose très importante et la raison d'état une excuse bien commode.
Une chose est sûre, c'est que Eoin McNamee ratisse large dans ses références. Des personnalités du monde de la finance, Roberto Calvi qui a été retrouvé pendu à un pont à Londres, ou Adnan Kashoggi qui fut à un moment un des hommes les plus riches du monde, de la politique avec Pierre Bérégovoy, des sectes comme le « Temple Solaire », des frères Kray, jumeaux régnant sur une partie de Londres dans les années 1960/1970 ou Mark Chapman!
Il est à noter l'absence de la formule consacrée :
- « Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existantes ou ayant existé, ne saurait être que le fruit du hasard »....
Ce genre de roman pose la question: « Où est le vrai, où est le faux ? »
L'auteur parle au sujet d'Henri Paul de seize comptes en banque contenant chacun 200 00 francs ? Affabulation ou choses découvertes par l'enquête ?
Même si parfois l'histoire est un peu emmêlée, ce roman se laisse lire et l'intrigue  paraît plausible. Ce livre n'est pas au niveau des deux œuvres qui l'ont précédé, il n'a, en effet, pas la même intensité politique.  Il faut reconnaître aussi que le monde des grands hôtels, des célébrités et de l'argent à outrance me navre un peu et me paraît très surfait.
Extraits :
- Cela aurait pu sortir d'une cave de la Stasi, cela puait la trahison.
- Henri Paul était un employé de Mohamed Al Fayed.
- James Andanson était un employé de l'agence photos Sipa.
- J'ai entendu dire que les temps étaient un peu durs pour les ex-flics de Belfast.
- Sa ville natale, Lorient, était le pays des chalutiers, des pêcheurs de langoustes, des types trapus qui buvaient dans les bars du port. Henri savait comment agir. Il savait que les gens qui traînaient dans les rues voyaient ça à sa démarche.
- Monaco était un endroit ensoleillé pour des gens de l'ombre. Des souvenirs très particuliers s'attachaient aux royautés mineures.
- C'est tout ? Deux mascottes. Ça ne protégerait personne. Putain, elle est complètement exposée.
- Quelque chose dans ce lieu appelait le langage du meurtre, ce langage qu'il avait appris à Belfast, l'argot de la mort.
- Un drame se préparait et à cet instant il ne voyait pas comment s'en sortir.
- Une calamité poursuivait Spencer à travers toutes ces pages saturées de couleur.
- Il règne le calme du quartier des ambassades dans une ville en guerre.
- Elle s'était bien dit que les photographies montraient un homme ordinaire, mais ne l'avait pas imaginé aussi banal.
- Des employés d'aéroport. Des portiers d'hôtel. Des vigiles. Tous vendaient des informations sur les arrivées et les départs,  la chirurgie esthétique,  les adultères.
- À Belfast, il avait appris à quel point il est facile de se retrouver dans des zones dangereuses.
- Les souvenirs de poursuite en voiture lui retraversèrent l'esprit, McQueen dans Bullitt, les pneus à flancs blancs et le grand orchestre en bande-son, McQueen mince et détendu, une icône.
Éditions : Gallimard/Série Noire (2007).
Titre original : 12:23.Paris,31 st August 1997. (2007).

*Le trépasseur.
*Tango bleu.

 

Posté par eireann yvon à 12:00 - Littérature irlandaise - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 juillet 2010

BRUZZONE Félix / Les taupes.

Les_taupes
Les taupes.
Félix BRUZZONE.
Note : 3 / 5.
Errances argentines.
Jeune auteur argentin, il est né en 1976, ses parents font partie des nombreux disparus de la dictature argentine. Ce livre qui mêle road-movie  et conquête du Graal est pour moi une expérience, car ma connaissance de la littérature d'Argentine est proche du zéro.
La grand-mère du narrateur est persuadée que sa fille a eu un second fils durant sa captivité dans les geôles d'Argentine. Le narrateur entend des bribes de conversation à ce sujet, conversations qui s'arrêtent quand ses grands-parents l'aperçoivent !
Plus tard dans un pays en reconstruction politique et en quête de vérité , il cherche lui aussi sa propre identité. Romina est enceinte de lui, mais il refuse cet enfant et ils se séparent, puis il fait la connaissance de Maïra, travesti dont le comportement l'intrigue ! Est-il un agent secret ? Un assassin ? Un  mouchard ?Son demi-frère? Une parole de Maïra le hante :
« Va t-en ou je te tue toi aussi ».
Maïra disparaît, l'errance du narrateur prend un tour dramatique, il perd sa grand-mère, son logis. Commence alors une grande errance l'amenant petit à petit à la clochardisation....Alors il rencontre Marino qui l’héberge et lui redonne un semblant de vie proche de la normalité, ils construisent ensemble une maisonnette, puis décident de partir s'établir à Bariloche....Une nouvelle vie commence pour eux, ils travaillent dans le bâtiment, mais les évènements et les nouvelles rencontres vont de nouveau précipiter le chaos...
Le narrateur, figure centrale de ce livre, semble ballotté par les événements et sombre peu à peu. Sa quête familiale, la recherche de ses parents, père, mère et frère, si ce dernier est réel, sera chaotique, mais l’amènera à rencontrer des activistes politiques et des marginaux de toutes sortes. Sa sexualité sera aussi pour lui une source de questions et de mode de vie.
Beaucoup de personnages dans ce récit, Romina, le première amour, Maïra, travesti personnage très ambiguë dont il s'éprend aussi. Mariano, élève architecte, pense que pour bien faire ce travail, il faut commencer par le bas, monter des murs, manier la truelle, etc...Il apparaît comme un personnage sympathique, au début...Mica, un autre travesti paraguayen, va aussi prendre sa part du voyage initiatique du narrateur. El Alemàn, lui par contre, est le personnage ignoble de l'histoire, machiste, homophobe et vantard, bref le pourri de service.  Une plongée assez hallucinante dans la mouvance des travestis en Argentine, dont certains travaillent dans le bâtiment!
Un monde étrange et souterrain à la lisière de la normalité dans un pays marqué par une histoire très récente. Un pays qui se remet de la douleur des tragiques évènements qui se sont déroulés sous la dictature, avec par exemple les manifestations des HIJOS (organisation d'enfants des disparus).
Une partie de cette histoire se passe à Bariloche au pied de la cordillère des Andes, ville en pleine expansion ( au moment de l'écriture de ce livre du moins), ce qui explique la présence d'un quartier paraguayen, mais aussi coréen! Et cette ville était aussi un lieu de refuge pour certains allemands qui avaient fui l'Europe à la fin de la guerre.
J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce récit, pourtant le style de l'histoire semblait me convenir.
Pas le bon livre au bon moment, dommage !
Extraits :
- À côté de la maison de Moreno, l'appartement n'était qu'une miette de pain, moins qu'un noyau.
- Elle n'avait aucun disparu parmi les membres de sa famille, d'ailleurs chez elle personne ne savait très bien ce que c'était, cette histoire de disparus.
- … on a fumé et on a continué à se disputer comme des ados, sauf que ce n'était plus des trucs d'ados.
- Mais ça, c'était au début.
- Peut-être qu'il essayait de mettre de l'ordre dans sa vie, et la mienne, alors que moi je cherchais juste à me flageller.
- De fait, l'amour n'a pas tardé à arriver.
- Qu'est-ce qui était le plus important, sauver l'amour ou le passé ? L'amour était le futur. Le présent et le futur. Et le passé ?
-Mais avant, il s'est passé autre chose.
- Avec Romina, ça avait été un amour de jeunesse, avec Maïra un amour désespéré, et là, avec Mariano, c'était un amour fraternel.
- D'ailleurs, Rubén semblait adepte de cette espèce de panthéisme pour lequel Dieu était un jour moi et, le lendemain, le premier innocent venu.
- Francisca, les yeux révulsés, parlait d'une voix grave qui neutralisait tout l'érotisme de son magnifique corps nu.
Éditions : Asphalte (2010)
Titre original : Los Topos (2008)
Dialogues




Posté par eireann yvon à 08:36 - Littérature mondiale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
Page suivante »
 
Créer un blog | Hébergé par CanalBlog | Blogs Littérature et Poésie | Signaler