Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

29 janvier 2009

RUSSEL James / Peindre au noir

James RUSSELL.
Peindre au noir.
Note : 4,5 / 5.
Âmes soeurs et heures sombres.
Cette oeuvre est la première traduction française de cet auteur. Il est très connu en Grande-Bretagne, où il a déjà édité 11 de ses romans.
Un couple se promène dans un sous-bois et découvre un homme de petite taille dépeçant un cadavre à coups de hache. Dans la campagne anglaise, un homme et une femme boivent le thé, l'homme meurt, mais de mort naturelle. Cet homme, Murdo, aidait la femme, Sidonie Keene, qui était une amie de longue date, à vendre des tableaux peints par la soeur de celle-ci. Sidonie nous raconte sa vie, celle de Murdo, et également celle de Naomi, sa soeur. Nous sommes en 1997, les élections anglaises approchent. Pendant l'enterrement de Murdo, un homme, Ticky cambriole la villa de Sidonie. Il agit pour le compte de Gottfleisch, son patron.
Commence alors un double récit, l'ancien qui commence dans les années 30 avec Sidonie pour narratrice. Nous faisons la connaissance de sa famille, sa mère qu'elle déteste, son père qui l'adore, l'insouciance de ses années, mais la guerre approche.
Un peu sur un coup de tête, Sidonie épouse un Américain et part vivre avec lui ; rapidement, elle divorce, mais reste en Amérique. Sa soeur reprend contact avec elle, car du fait du testament de sa mère, elle a hérité de la grande majorité des biens. Naomi voudrait vendre la propriété familiale car il semble qu'elle ne soit pas la bienvenue en Grande-Bretagne! Que s'est-il passé pour elle, au cours de ces années de guerre et pourquoi vit-elle dorénavant en Suisse? Le temps passant, son oeuvre picturale a pris beaucoup de valeur, ce qui intéresse fortement Gottfleisch, un marchand d'art peu scrupuleux, qui est le commanditaire de Ticky. Cette entrée par effraction dans la villa de Sidonie va réveiller des souvenirs que tout le monde aurait voulu oublier. En effet, quelques années après la guerre, le rôle assez trouble de quelques britanniques semble sortir de l'oubli et Naomi et Sidonie étaient de celles-là. Nous les suivons en Allemagne, leurs vacances, leurs rencontres avec certains dignitaires du régime nazi Gobbels, Goering, ou Himmler. Sidonie évoquera également Unity Mitford, les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la tristement célèbre « Nuit des longs manteaux ».
À la suite de ce cambriolage, Sidonie est aussi victime d'un chantage d'une personne proche de son entourage. Elle est en plus très sollicitée par Hugo Gootfleisch, qui semble d'un seul coup s'inquiéter de sa sécurité. Son véritable motif est surtout de savoir si elle possède encore des toiles de sa soeur!
Le personnage principal de ce livre est Sidonie Keene, elle est le lien entre deux époques, témoin privilégiée des bouleversements de la société britannique. Après une jeunesse passée près d'une mère qui la déteste, elle découvre le monde dans les années 30. Une période brillante où beaucoup d'artistes commencent à se réfugier en Grande-Bretagne. Elle fréquentera quelques peintres célèbres, aura quelques amants dont Murdo, militaire dont elle dit avoir fait le siège. Elle mettra un an avant de l'attirer dans son lit. Ils resteront très bons amis tout le restant de leur existence. Femme de conviction, elle s'engagera politiquement dans la « British Union of Fascists », parti ouvertement pro-nazi et sera emprisonnée pour cela. Mais elle ne reniera jamais ses idées, même des dizaines d'années plus tard.
Naomi, sa soeur, est morte oubliée et dans la misère. Elle est décédée dans un accident de voiture quelques jours après son retour en Angleterre. La presse a un moment soupçonné Sidonie d'avoir un peu aidé cette mort! En effet sa mère l'avait déshérité au profit de Naomi.
Hugo Gottfleisch, marchant d'art, arnaqueur et receleur, est un être obséquieux, prêt à tout pour arriver à ses fins, en usant de la manière forte, il obtient la fameuse enveloppe qui permettait de faire chanter Sidonie.
Ticky est un de ses hommes de main . Celui-ci, suite à un accident, est défiguré et handicapé, il aime les jeunes garçons, fugueurs de préférence, et il semble en avoir trouvé un, Cy. Commence alors un voyage dans le Londres des squats et des paumés. Mais Cy, sous ses airs de gentil garçon, prendra vite l'ascendant sur Ticky.
Murdo Fyffe, ami et agent de Sidonie, était-il si honnête que le pensait cette dernière ? En tout cas ce n'est pas ce que pense, Angus, son fils, personnage falot, ne réussissant rien par lui-même, perpétuellement à la recherche d'argent, qu'il perd dans des combines pour le moins ratées.
Et nous retrouvons notre couple, dans un sous-bois, et un homme de petite taille dépeçant...........
Un excellent roman, très bien écrit et je pense très bien documenté également. La chronologie n'étant pas toujours respectée, ce livre requiert une attention soutenue. Il nous raconte l'histoire de ces soeurs qui, ayant vécu malgré tout des existences en marge des normes, finissent toutes les deux dans une sorte d'opprobre national. En effet ce livre en plus d'être un roman sur le monde de l'art, est aussi un rappel historique sur une période assez sombre de l'Angleterre. La montée des mouvements pro-nazi, dont Sidonie fera partie, son admiration pour Oswald Mosley, mais nous apprenons également, que suivant le modèle des États-Unis, beaucoup d'étrangers furent arbitrairement emprisonnés, ainsi que certains Britanniques connus pour leur opinion pro-nazi ou pacifiste. Nous suivrons donc l'ascension rapide de ce groupe fasciste, mais sa chute sera principalement due à l'emprisonnement de beaucoup de ses membres dirigeants.
Ce côté historique est vraiment un plus pour ce roman, et une découverte de cet aspect relativement caché de la guerre en Grande-Bretagne. Un livre parfois gênant, les opinions de Sidonie choquent maintenant, mais fort intéressant. Un peu long (460 pages) et l'auteur s'attarde parfois en route, surtout pour l'intrigue policière.
Extraits :
- « Les soeurs de la tentation », voilà le surnom qu'il nous donnait.
- Avec le temps, Naomi aussi peindrait dans le noir.
- Avant-guerre, la Grande-Bretagne était confiante.
- Même quand j'étais petite, Naomi ne pouvait rien faire de travers -Sa peinture était encensée, ma musique ignorée. Elle était talentueuse, moi terne. Elle ravissante, moi si ordinaire.
- Oh ne vous occupez pas de moi : je ne fais que radoter. Je sais qu'il est impossible de dire à quoi ressemblent les choses il y a combien... 60 ans.
- Un ami de l'Allemagne ? Oui, il l'était, mais au même titre que notre gouvernement d'alors, la famille royale et la grande masse du peuple britannique.
- Il préférait les rassurantes platitudes d'hommes en costume. Il croyait qu'en ne faisant rien, ils assureraient la paix.
- Nos amis d'avant-guerre s'étaient largement dispensés de venir. Les amitiés d'après-guerre, quant à elles, n'était pas encore nées.
- Derrière ce masque, elle conservait les vestiges d'une grande beauté et le mystère intemporel des femmes.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original : Painting in the Dark.

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26 janvier 2009

SÉVÈRE Emmanuelle / Le Café des deux gargouilles

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Le Café des deux gargouilles.
Emmanuelle SÉVÈRE.
Note : 4 /5.
La Palud, ville d'eau.
Je ne connais pas du tout cet auteur née à Morlaix. Elle vit à Quimper et enseigne à Pont-l'Abbé. Ceci est son premier roman.
D'abord situons géographiquement (mais approximativement) La Palud. Cette ville se trouve dans un périmètre compris entre Brest, à l'ouest, Rennes à l'est, Paimpol au nord et Lorient au sud. La ville la plus proche est Prumel. Bien que située légèrement à l'intérieur des terres, c'est une ville d'eau. Non pas de l'eau qui coule de source, mais de l'eau qui tombe du ciel! Et pour la renommée touristique, cela fait une différence notoire!
A La Palud, il y a un fleuve, traversé par un pont, vu qu'il n'y a qu'un fleuve (nous y reviendrons) et qu'un pont (nous y reviendrons aussi), ils n'ont pas de nom. Pour le reste, c'est une petite ville tout ce qui a de normal. Il y a une église (nous n'y viendrons pas souvent), un bistrot qui, comme le titre du livre l'indique, s'appelle « Le Café des deux gargouilles » (nous y viendrons très souvent). Comme nous sommes à la campagne, la ville possède quelques fossés (quelques-uns y reviendront). Partant du principe nécessaire et obligatoire que toute ville possède ses habitants, nous allons en rencontrer quelques-uns. Honneur aux dames, commençons donc par Millie Olligan, veuve et patronne du café (nous y reviendrons, vers la patronne et au café). Un des piliers du dit bistrot est Victor Ellman (il revient tous les jours). C'était l'ancien propriétaire, ivrogne notoire, il est un peu chez lui, et même beaucoup. Enfin faut bien faire marcher le petit commerce. Un seul pilier n'étant pas assez pour tenir une maison respectable, Cham (qui revient souvent également), le cantonnier, est de ceux-la. Une autre dame (j'y reviens) fréquente les lieux, il s'agit d'Hama (qui y revient mais pas tous les jours). Celle-ci est voyante extralucide, lit dans l'avenir, pas dans une boule de cristal, mais dans un verre ordinaire, il n'est pas dit qu'elle préfère le marc de café ou le marc de Bourgogne ! Il y a aussi au deuxième étage au-dessus du café un mystérieux locataire (lui, il ne revient pas à tout le monde!)
Le fleuve coule et la vie s'écoule. Dans cette charmante petite ville, le moyen de transport le plus utilisé est le brouettage! Par exemple, pour Cham, qui, sous prétexte qu'il s'occupe de l'entretien des fossés, pense avoir le droit de les occuper, surtout certains matins où la nuit fut arrosée, mais pas d'eau de pluie. Quelques événements méritent une citation : par exemple le jour où Cham, se souvenant qu'il avait vu il y a longtemps un funambule, voulu faire la même chose sur le parapet du pont en poussant la brouette devant lui. Le funambule était à jeun, Cham hélas non, il manqua la noyade de peu. La brouette n'a plus jamais donné signe de vie. Un autre événement (mais nous y reviendrons) fut un jour l'arrivée d'une femme et de sa petite fille à La Palud. Elle était à la recherche de son mari parti un beau jour sans laisser d'adresse, enfin si, celle de la poste restante de la ville, qui ne comporte pas de poste!(donc les gens n'y reviennent pas). Et si ce mystérieux locataire était le mari ? Mais la femme ne le reconnaît pas ! Elle, répondant au doux nom d'Elevacion, décide de rester dans cette ville (charmante et accueillante). Il y a aussi ces mystérieuses montées des eaux du fleuve! Mais cela n'élève en rien les capacités d'Elevacion à servir au bar, ce que les clients appellent des commandes aléatoires!
Pour qu'il y ait un roman, il faut de l'action, en voici en voilà. Il y aura deux morts : le premier est le curé, personne ne l'aimait beaucoup, donc passons. Pour le second, il s'agira d'un meurtre beaucoup plus important pour l'histoire, car il amènera dans la ville un docteur et des gendarmes. Nous suivons également une passion torride, mais brève, couvant sous la (Breizh) braise, cette passion transformera la vie de ses protagonistes. Il s'ensuivra un mariage, consommé ou pas? Puis un miracle et d'autres péripéties que je vous laisse découvrir!Les personnages, sont ce que l'on pourrait appeler sans beaucoup se tromper des « cas ». Pas de marginaux (quoique?), mais des gens qui doivent manquer de contact avec l'extérieur. Il faut dire que vivre à « La Palud » qui n'est pas, loin s'en faut, une ville lumière, n'incite pas forcément à l'intellectualisme.
J'ai bien aimé ce livre, même, si je l'avoue, je n'ai pas compris toute la symbolique de certaines situations. L'apparition d'un phare (breton évidemment !), une arche de Noël peuplée des habitants du village, une pluie de vin rouge. On pense aussi à la ville d'Ys, noyée sous les flots pour cause de débauche.
C'est très bien écrit, facile à lire, mais c'est ce que je pourrais appeler une oeuvre inclassable. Le genre d'achat que l'on fait sans trop bien savoir où l'on va, mais que je ne regrette surtout pas.
P.S. Si j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre, j'ai également pris beaucoup de plaisir à faire cette chronique. J'espère que l'auteur ne m'en voudra pas d'avoir mis beaucoup d'humour dans ces quelques lignes.
Extraits :
- D'ailleurs, à La Palud, les hommes ne marchaient pas. Ils tanguaient.
- C'était après sa mort qu'elle s'était mise à boire et, en souvenir de lui, avait ouvert son lit aux clients de passage.
- « Pas moyen d'être enterré à La Palud, soupira-t-il, tandis qu'elle posait devant lui un bol de café fumant. Sol trop humide...
- Un cimetière suspendu, reprit Victor, pointant de l'index, pour appuyer ses dires vers le plafond sombre du café...... ainsi un cimetière suspendu, comme un pont habité.
- ... un pantalon de toile couleur de goémon et un pull de laine lie-de-vin...
- La semaine qui suivit fut pluvieuse.
- Les visiteurs étaient rares à La Palud.
- « Je n'en peux plus, je vais tourner barrique... »
- « Madame, vous avez des seins de madone ! »
L'effet qu'eurent ces paroles dépassa, de loin, ses plus secrètes espérances.
- « Il pleut du vin ! Il pleut du vin! » Criait-on de partout, et ses clameurs païennes se mêlaient aux chants religieux...
- « Paraît que tout un village a été englouti »
Éditions : An tu all ar mor. (2002). Imprimerie Keltia Graphique.

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23 janvier 2009

DISCH Thomas / Le prisonnier

Le prisonnier.
Thomas DISCH.
Note : 5 /5.
Le numéro 6 est mort, vive le numéro 6.
Le numéro 6 est mort, désormais nous dirons « Adieu chez vous! » Enfin cela ne nous rajeunit pas.
Je fais partie des gens qui ont vu quelques épisodes en 1968, lors de sa première diffusion à la télévision. J' avait été à l'époque fortement impressionné par le côté futuriste et inventif de cette série. J'ai recherché dans ma bibliothèque ce vieux livre, qui date de 1979.
Ce court roman a inspiré Patrick McGoohan, qui l'a fortement étoffé, mais en gardant la trame et surtout le côté étouffant et oppressant.
Dans un luxueux restaurant renommé,un homme et une femme dînent en tête-à-tête. Il est question d'un départ en vacances, au pays de Galles où l'homme a réservé une maison. Ce départ est prévu pour le soir même, la femme n'est pas convaincue par la destination. Le repas terminé, ils quittent le restaurant, le serveur change la nappe et remet l'étiquette de la table, c'était la numéro six.
Plus tard, sur le quai numéro six, l'homme monte seul dans un train. Il se réveille au petit matin dans une gare inconnue. Le panneau d'affichage des horaires indique une arrivée, mais aucun départ. Cette gare est anonyme. Il se renseigne du nom de cette ville ; une dame charmante répond que ce n'est pas une ville, mais un village. Le nom de ce village, demande l'homme? « Le village » tout simplement, lui répond la femme! Commence alors pour l'homme baptisé numéro 6 un long cauchemar, avec un seul but en tête, s'évader de cet endroit mystérieux. Pour cela il devra apprendre la hiérarchie de cette société, ses us et ses coutumes. Dans ce décor de carton-pâte, vivent des gens étranges, résignés, apeurés, et liés par des liens mystérieux à cet endroit.
Les premiers chapitres ont pour nom « Le village » « Les villageois » « Quelque chose de blanc ». Il fera à ses dépens connaissance avec cette chose blanche, parfois appelée « le rôdeur », une sphère qui agit comme un chien de chasse, rapportant le fuyard au village à chaque tentative d'évasion.
Mais quel est le but de sa présence dans ce lieu qui ressemble fort à une prison en plein air, où tout semble fait pour briser la volonté de chaque être humain ?
La seule chose que l'on semble lui demander tient dans cette phrase:
- Nous voulons des renseignements !
Le personnage principal est évidemment cet homme, seul contre tous. Dans cette société totalitaire, où plus aucune personne possède son libre arbitre, il est seul à se battre, au nom de la liberté individuelle.
Les nombreux numéros deux, qui se succèdent, sont tous à la recherche de ces fameux renseignements, et tous les moyens sont bons. Pratiquement tous, ayant échoué, disparaissent mystérieusement.
Une des très grandes qualités de ce livre, ce sont les dialogues montrant le duel entre le numéro 6 et les différents numéros 2. Un jeu du chat et de la souris, d'une grande précision entre deux personnes l'un voulant faire parler l'autre, l'autre voulant ne rien dévoiler. Des joutes oratoires pleines de subtilités, de ruses ainsi que de non-dits. Le temps passe, les tentatives d'évasion se succèdent, les numéro deux aussi! De traitement psychiatrique en lavage de cerveau, tous les moyens sont bons pour faire plier le numéro six. La femme du restaurant réapparaît ; quel est son rôle véritable ?
C'est aussi, bien évidemment, un plaidoyer pour la liberté individuelle, bien menacée dans ce livre, et maintenant dans la vie de tous les jours. Ce semblant de démocratie est bien mis en exergue, dans de fausses élections, où l'on permet au numéro six de se présenter.
Un excellent livre, qui est diffèrent de l'oeuvre télévisée sur certains points, mais qui possède une justesse de ton, de description et de dialogue. J'ai abandonné il y a très longtemps la lecture de la science-fiction, j'ai donné tous mes livres, je n'ai gardé que celui-ci, du moins il me semble.
Dans ce livre, le numéro six brûle 17 bobines de films. La série télévisée compte 17 épisodes
(J'ose espérer que personne ne les brûlera un jour). Hasard ou coïncidence voulue par Patrick McGoohan?
Phrases célèbres, qui ont fait la gloire de ce feuilleton télévisé :
- Je ne suis pas un numéro je suis un homme libre.
- Bonjour chez vous! (Be seeing You!)
Extraits :
- C'est délicieux. Si le gibier est seulement moitié aussi bon, je vous épouse. Que diriez-vous de ça ?
- Oh, pas au pays de Galles ! Il faut quand même établir une distinction très nette entre indépendance et ennui.
- ... il plaça, à côté de nouvelles fleurs, la petite plaque de bois portant gravé et doré le numéro de la table : 6.
- Il y a une arrivée à 6:30. Il n'y a pas de départ.
- Pourriez-vous me dire le nom de cette ville, s'il vous plaît ?
Dites plutôt village.
- Le chauffeur démarre et son passager remarque que la conduite est à droite.
-... une espèce de Walt Disney sinistre lâché en liberté sur le monde de la vie quotidienne.
- C'est comme si on avait mis des soldats de plomb de 10 cm dans un décor exigeant des acteurs d'une taille presque humaine.
- Qu'est-ce qui est réel ?
- Vous êtes prisonnier, numéro six, c'est aussi simple que cela.
- C'est la liberté que je vise, pas le pouvoir.
- Adieu, Numéro six. Pardonnez la part que j'ai prise à tout cela.
Éditions : Presses Pocket/ Science-fiction (1979)
Titre original: The Prisoner.

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20 janvier 2009

CORNWELL Bernard / Le Chant de l'épée.

Le Chant de l'épée.
Bernard CORNWELL.
Note :4 /5.
En un combat sans Mercie!
Je ne suis pas, loin s'en faut, un lecteur d'ouvrages historiques, c'est donc, si je m'en souviens bien, une première. L'auteur est un des grands spécialistes du genre en Grande-Bretagne, et paraît-il le plus lu. Oublions John Boorman et son très grand film « Excalibur» et les Monty Python et leur non moins excellent « Sacré Grall ». Voyons l'histoire avec un grand H.
Nous sommes en l'an de grâce (pas pour tout le monde, hélas!) 885, le roi du moment et d'une partie de l'Angleterre est Alfred le Grand : le pire est que ce roi a vraiment existé! Bref, Pépin n'a rien à voir là dedans, la future Grande-Bretagne est encore un pays de sauvages. Des tas de gens et de peuples cherchent à prendre le pouvoir, et en général, ils se vouent une haine farouche. Les Bretons n'aiment pas les Saxons qui le leur rendent bien. Les peuplades vikings eux sont représentées par les Danois et les Norvégiens. Pour arranger le tout, certains rois se sont convertis à la foi chrétienne, mais d'autres ont gardé les dieux nordiques comme seuls guides. Un narrateur et héros, Uthred, nous emmène à la conquête de Londres, tout en essayant de respecter ses engagements, mais aussi ses aspirations personnelles, le pouvoir qui lui a été promis par un soi-disant mort-vivant !
De mariage d'intérêt en alliance, loin d'être désintéressés, un beau panier à crabes. Evidemment les faibles seront mangés par les puissants. D'intrigues de cour, de batailles en massacres, l'histoire se fait devant nos yeux.
Pour les personnages et les lieux, il vaut mieux s'armer, non pas d'une épée (qui toute tranchante qu'elle soit ne servira pas à grand chose), mais d'un décodeur, d'un dictionnaire et de beaucoup de patience.Les personnages, donc, à tout seigneur tout honneur, Alfred Le Grand, roi des Saxons, souverain malin et retord. Il reste dans l'histoire comme celui qui a mis en déroute les Danois, c'était un homme érudit.Un autre seigneur, Uthred, vaillant guerrier qui reprendra Ludene, mais qui devenu vieux et désabusé, donnera sa propre version de l'histoire. Car la victoire ne lui fut pas attribuée, pour de sombres prétextes de rang de noblesse. Ayant fait allégeance à Albert, la Mercie perdra toute indépendance.
Il y a évidemment beaucoup de personnages secondaires, des nobles et des soldats, des prêtres aussi. À titre d'exemple quelques noms : Æthelred, un noble plein d'ambition, il épousera Æthelflæd, la fille d'Alfred, il a plus d'ambition que de talent. Sigefrid, Erick et Haesten, les Danois qui règnent sur la ville de Ludene. Les religieux dont le pouvoir commence à s'affirmer, comme l'évêque Erkenwald, sorte de conseiller politique et spirituel du roi Albert. Finan, l'irlandais et Steapa sont des guerriers fidèles à Uthred.
Pour les lieux, royaumes et autres, on peut consulter « wikipedia* », les villes ont pour nom Ludene par exemple, le fleuve, la Temse, les mariages royaux se déroulent dans la cathédrale de Wintanceaster.
On s'étripe avec vigueur, on se massacre allègrement, on extermine gaiement d'un côté comme de l'autre, on pille et on tue sans état d'âme et ainsi de suite, on ripaille également, et la prise d'otage avec demande de rançon était déjà à la mode. Mais cela reste lisible, car bien écrit et si j'ose dire très vivant.
J'ai été agréablement surpris par ce roman. Une leçon d'histoire d'une période qui n'est pas des plus connues (et des plus agréables) de l'histoire du Royaume Uni, qui était très désuni à l'époque.
Déjà en ce temps là, le secret d'état et le pragmatisme politique menaient les souverains.
En fin d'ouvrage, l'auteur reconnaît qu'il y a plus de romanesque que d'historique dans ce livre, mais que certains personnages ont réellement existé, et il admet également qu'il en a un peu noirci d'autres.
Le seul moment de poésie dans ce livre est le nom des armes d'Uthred, « Souffle de Serpent » et « Dard de Guêpe »
Extraits :
- C'était un chant délicat, presque inaudible, celui de la lame qui appelle le sang : le chant de l'épée.
- Oh, la joie d'être jeune, d'avoir la force de mes 28 ans et d'être un seigneur de guerre. Tout s'est enfui désormais...
- Je lui tranchais la main droite avant de le laisser aller, afin qu'il ne puisse plus jamais manier l'épée.
- On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s'ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politique ou de mesures d'état.
- Par Dieu, quelle langue de vipère ! Elle fendrait une dalle d'ardoise rien qu'en lui parlant !
- C'était un homme rusé et aussi peu digne de confiance qu'une fouine qui souffre d'éparvin.
- C'est ainsi, pensais-je, que les morts parcourent notre monde, car les morts reviennent.
- Dans la bataille, un homme risque-tout pour forger sa réputation. Dans la couche il ne risque rien.
- Un poète aurait dû écrire le récit de ce combat.
C'est à cela qu'il serve.
- La mort régnait, en ce matin. Les rues empestaient le sang sous un ciel jaune et rempli de suie.
- L'amour est chose dangereuse. Il avance masqué et change nos vies.
- Nous utilisions rarement ce nom à l'époque : Angleterre. C'était un rêve, mais Alfred, dans sa colère, avait levé le voile sur son rêve....
Éditions : Michel Lafon
Titre original: Sword Song (2008).
*http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercie

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17 janvier 2009

Pétition / Littérature irlandaise

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Pétition!
Je n'ai pas pour habitude de parler des pétitions qui circulent sur le net. Pour une fois (toute règle mérite une exception) je vais vous solliciter! La cause n'est pas une cause humanitaire, ce n'est pas non plus une grande cause, c'est uniquement une cause culturelle qui me tient à coeur.
Certainement au nom de la crise, l'état irlandais, en vue sûrement d'économies veut, fermer l'« Irish Writer's Centre ». Une pétition est à signer sur leur site:
http://www.writerscentre.ie/
Depuis plusieurs années, je suis abonné et je reçois régulièrement leur programme. Je ne sais pas si un autre pays a ce genre d'organisation, mais je pense très sincèrement que la littérature a une grande part dans le rayonnement de la culture irlandaise dans le monde. J'ai pu m'en convaincre lorsque j'ai assisté à la conférence que donnait Colum McCann dernièrement à Lorient.Parmi les signataires, on trouve les noms de John Banville, Sebastian Barry, Maeve Binchy, Anne Enright, Seamus Heaney (Prix Nobel de littérature) Roddy Doyle et quelques autres.
C'est sûrement un coup d'épée dans l'eau, mais j'aurais eu l'impression de faire quelque chose.
Je tiens à remercier le site « Critiques Libres » pour avoir repris l'information.
Vous en remerciant par avance.
Yvon.
Liens : http://www.herald.ie/entertainment/around-town/chicklit-authors-fail-to-sign-funding-petition-1604423.html

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ROGER Marie-Sabine / La tête en friche

La tête en friche.
Marie-Sabine ROGER.
Note : 4,5 /5.
Et le coeur en jachère.
Après une longue pause, je reviens au prix Cezam, avec la lecture de ce roman, qui sera le quatrième. Cet auteur m' est quasiment inconnu, malgré une production déjà relativement importante.
Suite à un coup de foudre, Germain adopte Margueritte, normale me direz-vous ! Pas sûr quand on sait que Margueritte a 86 ans, et Germain beaucoup moins. Pourtant tout les oppose, Margueritte est petite et fluette, lui est plutôt colosse et bien en chair, elle a fait des études, lui les a plutôt fuis. Elle aime lire, lui préfère la belote. Pourtant une certaine complicité les unit. Pourquoi ?
Germain est un personnage, avec des idées bien arrêtées, même si elles sont un peu farfelues. Par exemple, il veut que son nom soit écrit sur le monument aux morts, la mairie lui fait remarquer que heureusement (ou malheureusement), il ne remplit pas la première des conditions : être mort! Ce n'est pas un problème, répond-il, je ferai noter cette volonté sur mon testament.
Son enfance ne fut pas des plus heureuses, étant né d'une relation fortuite, il ne connut guère la chaleur d'un foyer. Sa période scolaire ne fut guère plus réjouissante, car il fut la tête de turc de l'instituteur. Plus tard, émerveillé par les vitraux d'une cathédrale, il voulut devenir vitrailleur, ce qui lui fut pas accordé. De rage, il refusa un apprentissage de verrier. Quelle erreur, mais ainsi va la vie de Germain!
Ne les trouvez-vous pas attendrissants tous les deux sur leur banc? « La Belle et la Bête », version littéraire! Dans ce jardin, ils comptent les pigeons, ou alors certains jours Margueritte fait la lecture. « L'étranger »  de Camus par exemple, et il y prend goût, Germain !
Margueritte, adorable grand-mère, instruite, pleine de gentillesse, elle l'aime bien son Germain !Presque autant que ses livres et que les oiseaux du parc. Germain Chazes est le narrateur de sa propre vie. Il n'est pas réellement stupide, mais il n'est pas très intelligent non plus. Il est pour reprendre l'expression de mon amie Marie Le Drian « limité ».
Annette, sa maîtresse, dont la description vaut le détour :
-elle est bizarrement foutue, Annette : elle a une taille menue, j'en ferai le tour d'une main et des seins gonflée à l'azote, tout ronds et durs, qui te prennent la paume en entier et qui résiste à la pression vous pouvez me croire. Elle n'est peut-être pas jolie avec ses yeux cernés, sa figure maigre et son regard de chien battu mais elle a quelque chose-.
Germain sous son air fruste a beaucoup de sentiments.
Les copains de bistrot sont des copains bistros!, Blagueurs, ils se moquent volontiers de lui. Mais eux aussi à leur manière portent chacun, enfouis au fond d'eux-mêmes, quelques drames personnels. Alors ils boivent sec.
J'aime beaucoup ce genre d'écriture qui ne s'embarrasse pas de règles. C'est rythmé, facile et à mon goût jubilatoire. L'humour est toujours présent, malgré un côté un peu désabusé de Germain. Le langage parfois cru, mais pas trop. Un bon moment de lecture, pour un livre plus grave qu'il n'y paraît au premier abord.
L'auteur nous donne quelques leçons de grammaire en nous indiquant la définition de quelques mots plus ou moins usuels, par exemple :
Illettré – qui ne sait ni lire ni écrire. Voir : ignorant.
Intrigué – voir : exciter la curiosité.
Version – voir : interprétation.
Trajectoires – ligne (parabole) décrite par un projectile, après sa projection.
Irrationnelles – voir : anormal, fou, gratuit.
Hérédité – ensemble des caractères des dispositions que l'on hérite de ses parents.
Inculte – qui n'est pas cultivé. Voir : friche, etc. etc.
Une histoire magnifique, un bien beau roman. Une étonnante découverte que je conseille à tous.
Extraits :
- J'ai décidé d'adopter Margueritte. Elle va bientôt fêter ses 86 ans, il valait mieux pas trop attendre.
-Les vieux ont tendance à mourir.
- Mais il ne faut jamais rien regretter, dans la vie : ce qui est passé doit rester en arrière.
- Elle parlait de façon compliquée, tout en guirlande et poil de cul, comme les gens bien élevés. Mais les vieux sont souvent plus polis que les jeunes.
- La mère m'appelait aussi le taré ou l'andouille. Et quand je me suis mis à grandir : le grand con.
- Mon cerveau est en haut, mes burnes sont en bas, et je ne confonds plus entre les deux étages.
- Entre vivre et comprendre la vie, et il n'y a pas vraiment de rapport, vous voyez?
- Quand on n'est pas éduqué, comme moi, vous ne pouvez pas savoir comme c'est compliqué, la lecture.
- Margueritte, sans le vouloir, elle m'avait déclenché une sacrée envie de réflexion, comme une bandaison de la cervelle.
- Chez les vieux, tout finit par se ressembler, penser, mourir, faire la sieste...
- Je crois que je commence à comprendre la différence entre le sexe et l'amour, pour parler poliment.
- Observer, c'est regarder l'utile, en se disant qu'on veut se souvenir. Et du coup on voit mieux. Forcément.
Éditions : La Brune aux éditions du Rouergue.
Les avis de Joëlle, Sylire,Flora. Mais il y en a plein d'autres!
Il est à noter que pour une fois Joëlle et moi sommes d'accord!

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14 janvier 2009

O'FARRELL Maggie/ L'étrange disparition d'Esme Lennox

L'étrange disparition d'Esme Lennox.
Maggie O'FARRELL.
Note : 3,5 / 5
Une vie escamotée!
Quatrième roman de cet auteur Nord-irlandaise née à Belfast. J'ai toujours un avis mitigé sur ses romans, et je n'ai pas pu finir « La maîtresse de mon amant ». Mais j'avais bien aimé « La distance entre nous ».
Entre l'Inde et l'Ecosse la non vie d'une femme enfermée pendant soixante ans dans un asile.
Iris a ses habitudes, un petit magasin qui la fait vivre, un chien qu'elle aime et un amant marié, bref une vie tranquille. Des lettres et des appels téléphoniques lui signalent que l'asile Caulstone va fermer ses portes et qu'il faudrait prendre une décision pour une dénommée Esme Lennox, soeur de sa grand-mère! Elle n'avait jamais entendu parler de cette parente, et tombe des nues.
Suite à différentes complications, elle doit héberger cette femme pour le week-end malgré la désapprobation de l'ensemble de la famille et de ses amis. Petit à petit, les deux femmes apprennent à se connaître, mais Iris se pose malgré tout beaucoup de questions. Pourquoi Esme, qui est sa grand-tante, a t-elle été enfermée et quasiment rayée de la mémoire collective de la famille ?
Une enfance aux Indes, un retour en Écosse dans le monde austère de la bourgeoisie et pas très bien vécu, surtout par Esme. Une adolescence et une éducation dont le seul but est de trouver un mari. Un avenir étroit et une vie terne semblent les seules perceptives des deux filles Lennox, mais si Kitty trouve cette situation normale, ce n'est pas l'avis d'Esme. Mais la vie peut être cruelle pour une jeune fille de seize ans dans un monde où les conventions servent de mode de pensées.
Soixante ans plus tard, elle retrouve la maison de son séjour écossais et tous ses souvenirs, et revient sur son admission dans cet asile.
Une multitude de personnages qui sont dus à un changement d'époque et un imbroglio familial!
Esme dont l'existence était un secret enfoui dans l'histoire de la famille. Indépendante et volontiers rebelle, elle était en avance sur l'époque. Elle le paiera au prix fort et deviendra une paria pour son entourage.
Kitty, sa soeur se mariera, elle aura un fils, père d'Iris. Iris Lockhart, petite-fille de Kitty, se trouvera un peu contrainte et forcée de recueillir Esme. Mais une complicité réelle naîtra entre ces deux femmes.
Alex, frère de Kitty par alliance, mais pas par le sang, désapprouve sa sœur. Luke, amant de Iris, avocat et homme marié, n'approuve pas non plus le dévouement de celle-ci.
Les personnages du passé, Hugo, le frère d'Esme et de Kitty, décédé en Inde, James, un voisin des années écossaises, Duncan, le mari fantôme de Kitty, passent aussi dans ce livre. Entre le début de l'histoire,et maintenant, plus de soixante ans se sont passés, la vie d'une famille en Inde n'est pas la même que dans l’Écosse contemporaine. Les mœurs ont heureusement évoluées.
Différentes narratrices et de nombreux retours en arrière ne rendent pas cette lecture aisée, et l'histoire en elle même est à mon goût trop compliquée. Pas le meilleur roman de cet auteur, qui me laisse l'impression que ce genre d'ouvrage n'est pas ma tasse de thé, car j'ai vu de très bonnes chroniques pour ce roman. Pour Maggie O'Farrell, j'ai l'impression d'aimer un livre sur deux, alors vivement le prochain !
Extraits :
- Vous êtes la parente à contacter, affirme tranquillement l'homme.
- « Ça fait soixante ans qu'elle est enfermée? hurle presque Iris. Qu'est-ce qui cloche chez elle? »
- Elle a peine à y croire. L'espace d'un instant, elle a reconnu les traits de son père dans ceux d'Esme.
- Ses doigts crispés referment les bords de son manteau. « C'est pareil, et pas pareil. »
- « État maniaco-dépressif. Réagit aux électrochocs par des convulsions »
- « La mer dit Esme en posant le couteau. J'aimerais que vous m'emmeniez au bord de la mer .»
- Toute sa famille -elle même, Kitty, Hugo, tous les autres bébés et ses parents- se résume à présent à cette fille, la seule qui reste.
- Nous venons au monde en tant qu'anagrammes de nos ancêtres.
- Ils avaient dû se marier en Inde, bien sûr, maman était une jeune fille des colonies, et papa venait de débarquer de la mère patrie.
- Les sorcières étaient étranglées dans certaines régions écossaises, n'est-ce pas? Ou enterrées vivantes.
- Il n'est pas un vrai frère non plus, pas un frère de sang. Une sorte de pièce rapportée.
Éditions : Belfond
Titre original : The Vanishing Act of Esme Lennox.
Voir la chronique de Florinette.

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10 janvier 2009

PENNEY Stef / La tendresse des loups.

Babelio

La tendresse des loups.

Stef PENNEY.
Note : 4 /5.
Cavales au Canada.
Premier roman de cette jeune auteur écossaise native d'Édimbourg. Ce livre comporte plusieurs parties qui ont pour nom « Disparition », «Les Champs célestes », « Partenaire en hiver » et « La maladie de la pensée qui dure ».
Nous sommes en 1867, à « Dove River », petit village canadien abritant une communauté de descendants d'Écossais. Un trappeur français, Laurent Jammet, est trouvé mort dans sa cabane. Il a été égorgé, puis scalpé. Qui peut être responsable d'un acte aussi horrible ? Francis qui a mystérieusement disparu ? Ou y a-t-il une raison plus mystérieuse ? La compagnie de la baie de l'Hudson dépêche trois personnes pour mener l'enquête. Mais cette compagnie est-elle vraiment neutre dans cette affaire, car il semblerait que son monopole soit mis à mal et que Jammet faisait partie d'un groupe de trappeurs qui venaient de fonder une compagnie rivale ! D'autres personnages apparaissent cherchant le trappeur défunt. Certains sont connus dans la région comme Thomas Sturrock qui n'a pas laissé une bonne impression à certains habitants du village. Enquêtant sur une affaire de disparition d'enfants, les soeurs Seton, il n'a pu résoudre cette énigme. Mme Ross s'inquiète de la disparition de Francis. Un autre trappeur, un métis du nom de William Parker, est lui aussi à la recherche d'un mystérieux objet que détenait Jammet.
Francis, presque mourant, a été recueilli par une communauté religieuse norvégienne, et, petit à petit, tout le monde va se retrouver dans cet endroit. Mais le mystère reste entier. En effet, Francis avoue à Donald Moody qu'il a vu l'assassin et qu'il s'est lancé à sa poursuite. Mais il l'a perdu dans l'immensité glacée! Mais cet assassin, qui est-il ? Francis ne peut en donner une description précise. Et surtout, quel est le motif réel de cet assassinat?
Il y a beaucoup de personnages dans ce roman. Certains chapitres ont pour narratrice Mme Ross. Ayant eu des problèmes psychiatriques dans sa jeunesse, et ayant perdu une petite fille en bas âge, elle a reporté son affection sur Francis. Pour lui, elle est capable de tout, même de partir avec un homme qu'elle ne connaît pas, affronter la nature hostile. C'est une femme particulièrement attachante. Son mari, Angus, et son fils adoptif, Francis, forment une famille pour le moins étrange. En effet, Angus semble être d'un stoïcisme absolu. Francis, lui par contre, malgré qu'il répugne à tuer un animal quelconque, est capable de colères violentes.
Donald Moody est dépêché par la compagnie de la baie d'Hudson pour enquêter sur ce crime. C'est un nouvel arrivant au Canada dont il ne connait pas toutes les règles de vie. Un problème de coeur lui brouille un peu l'esprit. En effet il n'est pas insensible au charme de la belle Susannah. Il est aidé par Jacob, un Indien qui lui est très attaché, et il en a bien besoin, car leur périple n'est pas de tout repos. Ils ne sont pas seuls sur la piste de Francis. Thomas Sturrock et William Parker, un trappeur métis, sont également à sa recherche. Quelles sont les motivations profondes de tout ce beau monde? Les Knox et leurs deux filles, Maria et Susannah, sont des habitants de ce petit village, qui participent également au déroulement de l'intrigue. Les soeurs Seton, qui ont mystérieusement disparu il y a plusieurs années, faisaient partie de leur famille. Cette disparition n'a toujours pas été élucidée.
Un roman un peu long et touffu, mais qui se lit malgré tout très bien. L'écriture est agréable et facile, les descriptions des paysages canadiens et des conditions de vie sont très réalistes. Une réussite pour un premier roman qui vaut plus pour son cadre que pour son intrigue. Une oeuvre très forte qui je pense plaira à beaucoup de monde.
Extraits :
- Il ne s'agit ni d'un incident ni d'un suicide. On l'a scalpé.
- C'est là une réaction plutôt banale dans un pays aussi vaste et aussi faiblement peuplé.
- Il a 17 ans, maintenant. Son accent irlandais a disparu, mais d'une certaine manière il est toujours aussi étranger qu'autrefois.
- Assez vite, Donald a compris qu'entrer dans la compagnie équivalait à être expédié dans un camp de travaux forcés, la paperasse en plus.
- Dans ma petite chambre, les mots que je n'ai pas prononcés m'oppressent : Francis est parti ; un homme est mort. Bien entendu, il ne peut pas y avoir de lien.
- Les discussions abstraites, l'ennui et les déclarations fleuries, chargées d'émotion, la mettent mal à l'aise.
- Knox sent monter en lui une pointe d'antipathie. Il commence à trouver ce stoïcisme énervant, pour ne pas dire répugnant.
- On ne peut pas apprivoiser un animal sauvage parce qu'il se rappellera toujours d'où il vient et voudra y revenir.
- Le ciel est d'un bleu métallique luisant ; il n'y a pas un souffle de vent, et aucun bruit d'aucune sorte. Le silence est écrasant.
-Bien qu'il fût intelligent et capable de s'exprimer, il était pris entre deux mondes et ne savait pas bien où se situer.
-A présent, le bruit court que d'autres hommes se préparent à partir. À la recherche de ceux qui sont partis à la recherche de Francis.
Éditions : Belfond (2008).
Titre original: The Tenderness of Wolves.
Voir la chronique de Cuné.

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07 janvier 2009

THORARINSSON Arni / Le dresseur d'insectes

Le dresseur d'insectes.

Arni THORARINSSON.
Note : 3,5 / 5.
A la une du journal!
Auteur qui vit à Reykjavik où il est né en 1950. Diplômé de de l'université de Norwich en Grande Bretagne, il collabore à plusieurs journaux islandais. Il semblerait que ce roman soit le second de la série.
Ce roman commence par un conte « Ma mère dans l'enclos à brebis » et sa transposition très glauque, qui semble ne rien présager de bien réjouissant!
Et pourtant c'est la fête des commerçants dans la charmante ville du Nord de l'Islande, Akureyri, la fameuse Tout- en- une. Ce genre de manifestation qui draine tous les alcooliques à la ronde, et même plus loin. Bref un jour de cuite avec ses violences quasi rituelles, bagarres, agressions sexuelles et racistes, comme d'habitude, la police fait son boulot. Mais cette année, certaines choses semblent plus graves, des traces de sang dans la partie arrière d'un dancing font penser à une grave agression, mais pas de trace de corps. Einar, un peu au chantage, car il a des photos prises pendant une fête, obtient une interview de deux vedettes américaines qui doivent tourner un film en Islande, oeuvre qualifié de soft-X, par un couple d'acteurs, lui noir, elle blanche. En plus il a quelques soucis avec sa direction, ainsi qu'avec sa fille, qui semble avoir le même problème d'alcool que lui.Une femme, qui avait déjà téléphoné à Einar sous le nom de Victoria, le rappelle pour lui donner l'adresse d'une maison, soi-disant hantée! Il y trouve le cadavre d'une femme étranglée gisant dans une baignoire. Qui est cette jeune fille? Quelle est son histoire et pourquoi et comment est-elle morte? La maison où le cadavre est découvert doit servir de lieu de tournage pour ce film américain. Victoria lui donne l'identité de la jeune morte. Elevée par une mère célibataire, elle a eu beaucoup de problèmes dont la drogue. Mais quelle tristesse de finir ainsi! Einar cherche également à percer la véritable identité de Victoria. Là aussi la réalité est sordide, alcool, drogue et prostitution. Victoria tente une énième cure de désintoxication, mais elle meurt dès son arrivée à l'hôpital! Einar n'admet pas cette mort, il cherche la vérité. Alors, il entre en cure!Einar, journaliste, et ancien alcoolique, se bat contre son penchant pour la bouteille. Ses relations avec certaines personnes sont très compliquées, en particulier avec son rédacteur en chef, partisan de scoops dévastateurs, même s'ils sont loin de la vérité.
Sa fille, aussi, souffre d'un problème d'alcoolisme, héritage de ses parents. Elle est jeune (16 ans), mais mène une vie très libre, arrivant chez son père avec son petit ami noir.
Victoria, la médium, qui noie la violence de ses visions dans des flots d'alcool. Personnage ambiguë mais très attachante, son comportement est déroutant, mais ses visions précises ; elle semble détenir des secrets qui peuvent causer des ennuis, alors son élimination est inéluctable.
August Orn, jeune photographe remplaçant, il est un peu imposé à Einar, étant de la famille d'un policier relativement haut placé, mais bizarrement, alors que tout semble les opposer, une certaine forme de familiarité va naître entre eux.
Beaucoup de personnages secondaires dans cette histoires, quelques policiers, d'autre journalistes,
les pensionnaires et le personnel de l'hôpital où se passe la cure de désintoxication. Ce roman n'est pas facile à lire, beaucoup des gens croisés au fil des pages ont des noms ou des prénoms double, voir triple, ce qui n'aide pas la compréhension, ni le repérage dans l'intrigue.
L'auteur s'attarde sur différentes choses, qui de prime abord retarde la progression du livre, mais il est nécessaire de nous expliquer l'ambiance de cette fête de tous les excès commis par une minorité.
L'histoire en elle même est très captivante, et les pistes nombreuses, mais bizarrement je ne suis jamais réellement rentré dans ce livre. Fallait-il d'abord lire la première histoire?
Extraits:
- Il y a eu beaucoup d'abus d'alcool, mais il fallait s'y attendre. Les Islandais n'ont pas l'habitude de donner dans la demi-mesure dans ce domaine.
- On dirait une version plus jeune et soldée de Denzel Washington.
- La dopamine, dis-je en lançant un regard à August Örn. C'est un compromis entre la dope et les vitamines.
- Je crois bien avoir presque retrouvé mon humilité grâce à cette dose appropriée d'ironie.
- Vous savez quel est le pluriel de médium? Média n'est-ce pas?
- Je m'appelle Victoria, comme la reine d'Angleterre. Vous savez qui c'était?
- Ha! Cette faculté est justement réputée pour former des blablateurs et non des journalistes.
- Lui, il serait heureux d'apprendre que je suis une légende morte dans la profession.
- Quelle conception du journalisme serait donc là?
- Je suis un épicurien qui s'est peu à peu transformé en alcoolique, je commence par annoncer.
Titre original : Dauði trúðsins
Éditions : Métailié Noir.

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03 janvier 2009

COLLECTIF/ En Bretagne ici et là....

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En Bretagne ici et là.
40 lieux, 40 auteurs.
Collectif.
Note : 5 / 5.
Histoires d'Armor et d'Argoat!
Quarante auteurs parlant de quarante lieux de Bretagne. L'idée était originale et voilà le résultat. Il est à noter que dans ce livre, certains textes sont en français, en breton (normal) , en gallo (c'est déjà plus original) et un texte est en anglais! Certains grands-bretons aiment bien l'autre Bretagne, la nôtre! Je présente mes excuses, je ne pourrai pas parler de tout le monde, ou alors il faudrait que je fasse plusieurs chroniques, pourquoi pas d'ailleurs!
La Bretagne, non les Bretagnes, ces « pays » unis par le sentiment d'être une entité dans beaucoup de différences.
De qui parler? Des auteurs ou des lieux, je ne connais pas tous les auteurs, ni tous les lieux d'ailleurs! Faire un commentaire sur les écrivains que je connais? Donner une chance aux autres? Faire deux chroniques? Encore une fois laissez vos guides touristiques dans la boîte à gants, laissez vos yeux courir sur ce livre!
Des personnages, ici il y en a peu, mais des lieux, là oui! Quand j'ai ouvert ce livre, j'ai cherché Paimpol, Kerity, Ploubazlannec et je n'ai pas trouvé! Mais j'ai découvert d'autres lieux, qui certainement, méritent d'être cités.
Dans les personnages évoqués, Hervé Bellec nous parle de Léo Ferré, et du fait que la plus belle fille du Centre Bretagne ne peut donner que ce qu'elle a! Mais ne pas connaître Ferré quand celui-ci est dans la voiture de Glenmor! Cela mérite-t-il d'être jeté dans le fossé? Roger Gicquel évoque Xavier Grall et aussi Pierre-Jaskez Hélias. Gérard Alle, lui, le chanteur Erik Marchand, il parle aussi, mais n'y voyez aucun rapport, des établissements Rivallan-Quidu? Vous ne connaissez pas? Un petit indice, vous trouverez cette boutique à Guéméné sur Scorff.
La Bretagne intérieure ( Kreiz-Breizh) est très présente dans ce livre, par l'intermédiaire de Marie-Josée Christien dans « La tranché de Glomel ». Jean Kergrist navigue sur « Les canaux bretons ». Jean Failler, lui, remonte l'Odet. Olivier Cousin chemine « Le long de l'Aber-Wrac'h ». La visite se poursuit au fil de l'eau, Roger Gicquel ne regarde plus la télévision, mais « La Rance à ma fenêtre ». Pierre Tanguy nous invite à lire le « Journal du canal », Alain Le Saux se souvient de son enfance dans « L'eau qui reste », Gilles Baudry, assiste à la rencontre de la rivière et de la mer à Landévennec.
Mais la mer n'est jamais bien loin, les îles non plus. Marc Le Gros et « L'île d' enfance », Charles le Quintrec, qui est décédé depuis, et son texte « Vu du Golfe », l'estuaire de la Loire ou la baie d'Audierne sont également à l'honneur.
Un petit mot des écrivains des environs de Lorient, Guenane nous raconte dans un poème très iodé « L'île chauve ».
- "Certaines calvities
se distinguent et s'apprécient ".
Mon voisin, Patrick Argenté, nous parle du ressentiment qu'il éprouve pour Dinan, sa ville natale. Alain Jégou dans « Fort Bloqué, for ever » en deux pages nous fait passer du 5 mai 1953 au 9 avril 2000, la mer, elle, est toujours là. Irène Frain nous parle de Port Louis et de l'époque où elle « faisait le museau ». Jacques Thomassaint, lui, jette l'ancre (noire) dans « La petite mer, de la côte rouge à l'océan », moitié prose, moitié poésie.
Quelques textes sont très beaux et émouvants, celui de Martial Caroff « Chaos », lieu dont parlait également André Célarié dans son roman « Le secret d'une vie ». Porspoder est « Mon pays au bout du monde » comme le dit si bien René Cloitre, très beau chant d'amour pour le village natal.
Angèle Jacq en deux poèmes bilingues nous amène à Brennilis :
-  Au pied du provocateur, assaillant la porte de l'enfer
La haute muraille du nucléaire :
Aujourd'hui ossature de Lucifer!
Une oeuvre originale, très agréable, un voyage dans la Bretagne intérieure de chaque écrivain. L'unité ici n'est que de lieux, pas d'écriture, ni de style, prose et poésie font bon ménage.
Ce livre se termine par quelques pages de présentation des auteurs, qui est très utile et un index des lieux.
Le mot de la fin, car il faut une fin, sera pour Alain Emery :
« Que voulez vous, je suis d'Erquy.....C'est dans ma viande ».
Extraits :
- Personne ne m'y attend, sauf ce visage d'enfant qui n'est plus moi et qui me regarde insolemment. Je lui filerais bien des taloches pour qu'il aille se cacher derrière le créneau. Et je ne serais plus, enfin, de nulle part.
Patrick Argenté.
- Comme si Dieu avait oublié de ranger ses calots après une partie endiablée avec Lucifer.
Martial Caroff.
- « Quand j'étais gamin »....Et si tout le secret de mon amour pour mon village natal résidait en ces quelques mots.
René Cloitre.
- Le secteur n'a pas connu son Angela Duval, ni son Grall, ni son Hélias.
Olivier Cousin.
- Retentit
la chanson des trois lanternes
et la Paimpolaise de l'autre con.
Gilles Durieux.
- Seulement la mer résiste et subsiste dans son immuable et incontrôlable splendeur.
Alain Jégou.
- Et puis l'arrivée sur l'Erdre, notre Nil breton.
Jean Kergrist.
Éditions : Keltia Graphic. (2008)

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