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Le Café des deux gargouilles.
Emmanuelle SÉVÈRE.
Note : 4 /5.
La Palud, ville d'eau.
Je ne connais pas du tout cet auteur née à Morlaix. Elle vit à Quimper et enseigne à Pont-l'Abbé. Ceci est son premier roman.
D'abord situons géographiquement (mais approximativement) La Palud. Cette ville se trouve dans un périmètre compris entre Brest, à l'ouest, Rennes à l'est, Paimpol au nord et Lorient au sud. La ville la plus proche est Prumel. Bien que située légèrement à l'intérieur des terres, c'est une ville d'eau. Non pas de l'eau qui coule de source, mais de l'eau qui tombe du ciel! Et pour la renommée touristique, cela fait une différence notoire!
A La Palud, il y a un fleuve, traversé par un pont, vu qu'il n'y a qu'un fleuve (nous y reviendrons) et qu'un pont (nous y reviendrons aussi), ils n'ont pas de nom. Pour le reste, c'est une petite ville tout ce qui a de normal. Il y a une église (nous n'y viendrons pas souvent), un bistrot qui, comme le titre du livre l'indique, s'appelle « Le Café des deux gargouilles » (nous y viendrons très souvent). Comme nous sommes à la campagne, la ville possède quelques fossés (quelques-uns y reviendront). Partant du principe nécessaire et obligatoire que toute ville possède ses habitants, nous allons en rencontrer quelques-uns. Honneur aux dames, commençons donc par Millie Olligan, veuve et patronne du café (nous y reviendrons, vers la patronne et au café). Un des piliers du dit bistrot est Victor Ellman (il revient tous les jours). C'était l'ancien propriétaire, ivrogne notoire, il est un peu chez lui, et même beaucoup. Enfin faut bien faire marcher le petit commerce. Un seul pilier n'étant pas assez pour tenir une maison respectable, Cham (qui revient souvent également), le cantonnier, est de ceux-la. Une autre dame (j'y reviens) fréquente les lieux, il s'agit d'Hama (qui y revient mais pas tous les jours). Celle-ci est voyante extralucide, lit dans l'avenir, pas dans une boule de cristal, mais dans un verre ordinaire, il n'est pas dit qu'elle préfère le marc de café ou le marc de Bourgogne ! Il y a aussi au deuxième étage au-dessus du café un mystérieux locataire (lui, il ne revient pas à tout le monde!)
Le fleuve coule et la vie s'écoule. Dans cette charmante petite ville, le moyen de transport le plus utilisé est le brouettage! Par exemple, pour Cham, qui, sous prétexte qu'il s'occupe de l'entretien des fossés, pense avoir le droit de les occuper, surtout certains matins où la nuit fut arrosée, mais pas d'eau de pluie. Quelques événements méritent une citation : par exemple le jour où Cham, se souvenant qu'il avait vu il y a longtemps un funambule, voulu faire la même chose sur le parapet du pont en poussant la brouette devant lui. Le funambule était à jeun, Cham hélas non, il manqua la noyade de peu. La brouette n'a plus jamais donné signe de vie. Un autre événement (mais nous y reviendrons) fut un jour l'arrivée d'une femme et de sa petite fille à La Palud. Elle était à la recherche de son mari parti un beau jour sans laisser d'adresse, enfin si, celle de la poste restante de la ville, qui ne comporte pas de poste!(donc les gens n'y reviennent pas). Et si ce mystérieux locataire était le mari ? Mais la femme ne le reconnaît pas ! Elle, répondant au doux nom d'Elevacion, décide de rester dans cette ville (charmante et accueillante). Il y a aussi ces mystérieuses montées des eaux du fleuve! Mais cela n'élève en rien les capacités d'Elevacion à servir au bar, ce que les clients appellent des commandes aléatoires!
Pour qu'il y ait un roman, il faut de l'action, en voici en voilà. Il y aura deux morts : le premier est le curé, personne ne l'aimait beaucoup, donc passons. Pour le second, il s'agira d'un meurtre beaucoup plus important pour l'histoire, car il amènera dans la ville un docteur et des gendarmes. Nous suivons également une passion torride, mais brève, couvant sous la (Breizh) braise, cette passion transformera la vie de ses protagonistes. Il s'ensuivra un mariage, consommé ou pas? Puis un miracle et d'autres péripéties que je vous laisse découvrir!Les personnages, sont ce que l'on pourrait appeler sans beaucoup se tromper des « cas ». Pas de marginaux (quoique?), mais des gens qui doivent manquer de contact avec l'extérieur. Il faut dire que vivre à « La Palud » qui n'est pas, loin s'en faut, une ville lumière, n'incite pas forcément à l'intellectualisme.
J'ai bien aimé ce livre, même, si je l'avoue, je n'ai pas compris toute la symbolique de certaines situations. L'apparition d'un phare (breton évidemment !), une arche de Noël peuplée des habitants du village, une pluie de vin rouge. On pense aussi à la ville d'Ys, noyée sous les flots pour cause de débauche.
C'est très bien écrit, facile à lire, mais c'est ce que je pourrais appeler une oeuvre inclassable. Le genre d'achat que l'on fait sans trop bien savoir où l'on va, mais que je ne regrette surtout pas.
P.S. Si j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre, j'ai également pris beaucoup de plaisir à faire cette chronique. J'espère que l'auteur ne m'en voudra pas d'avoir mis beaucoup d'humour dans ces quelques lignes.
Extraits :
- D'ailleurs, à La Palud, les hommes ne marchaient pas. Ils tanguaient.
- C'était après sa mort qu'elle s'était mise à boire et, en souvenir de lui, avait ouvert son lit aux clients de passage.
- « Pas moyen d'être enterré à La Palud, soupira-t-il, tandis qu'elle posait devant lui un bol de café fumant. Sol trop humide...
- Un cimetière suspendu, reprit Victor, pointant de l'index, pour appuyer ses dires vers le plafond sombre du café...... ainsi un cimetière suspendu, comme un pont habité.
- ... un pantalon de toile couleur de goémon et un pull de laine lie-de-vin...
- La semaine qui suivit fut pluvieuse.
- Les visiteurs étaient rares à La Palud.
- « Je n'en peux plus, je vais tourner barrique... »
- « Madame, vous avez des seins de madone ! »
L'effet qu'eurent ces paroles dépassa, de loin, ses plus secrètes espérances.
- « Il pleut du vin ! Il pleut du vin! » Criait-on de partout, et ses clameurs païennes se mêlaient aux chants religieux...
- « Paraît que tout un village a été englouti »
Éditions : An tu all ar mor. (2002). Imprimerie Keltia Graphique.