éloge de la fluidité
Éloge de la fluidité.
Patrick LARRIVEAU.

Note : 5 / 5.
La vie au fil de l’eau...
Je continue ma découverte de Patrick Larriveau, découvert il y a déjà quelques années grâce aux éditions Jacques Flament.
Des chapitres très courts, avec des titres résumés en un seul mot :

Naître. Penser. Connaître. Partager. Écouter. Regarder. Paresser. Abandonner. S'alléger. Cheminer. Souffrir. Respirer. Rire. Jouir. Veiller. Se taire. Écrire. Résister. Être. Faire. Adoucir. Vieillir. Mourir et la fluidité.
Tous ces verbes nous les avons tous, au moins une fois dans notre vie pratiqués, sauf, pour l'instant le verbe mourir.

La fluidité de notre existence est-ce une réalité ou une utopie ?
La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille, elle est même souvent une rivière en furie. Rivière qui comme notre vie ne revient jamais en arrière sauf par nos souvenirs.
La première chose qu'il est nécessaire pour faire vivre tous les verbes qui sont nommés ici, c'est de naître.
Ensuite et ensuite seulement, nous pouvons penser, penser pour essayer de connaître. Connaître pour tenter de savoir, savoir pour partager.
J'ai personnellement beaucoup aimé les quelques pages consacrées au verbe écouter, et également celles pour le mot regarder, pensant que l'on peut et qu'on le fait très souvent regarder sans voir.
Cheminer est également un mot que j'aime beaucoup, cela suggère une certaine tranquillité d'esprit, une découverte nonchalante, souvent aussi le plaisir d'être seul.
Écrire, et comme l'écrit si bien l'auteur « tracer des lignes, signe des traces », dépasser l'angoisse de la page blanche et essayer souvent en vain, de mettre ses pensées sur cette page blanche.
Dans le dernier chapitre, l’auteur nous donne plusieurs définitions trouvées dans différents dictionnaires, car ce mot a plusieurs significations. Celle à laquelle on pense en premier, la fluidité d’un liquide, ou celle qui ne vient pas forcément à l’esprit, celle d’un marché. Parmi celles-ci, j’ai choisi la suivante :
- Souplesse, intelligence, facilité pour aborder et résoudre les difficultés.
Beaucoup d’originalité dans cet ouvrage, l’absence de personnages autres que le narrateur.
Une autre originalité de ce livre, après le nom des chapitres en un mot, la même fin de phrase pour clore tous ces chapitres.
Une œuvre déroutante, qui se dévore mais que j’ai relu ensuite une seconde fois.
L’écriture est d’une grande qualité, très recherchée en particulier dans les premières lignes de chaque chapitre, par exemple :
- Co-naissance. Co-n’être.
Tu renouvelles constamment ta présence au monde.
Je dois reconnaître que j'ai eu beaucoup de difficultés à faire une chronique qui me satisfasse.
Extraits :
- Respiration. Tu entres dans les roulis, le mouvement mouvementé. Je plonge dans le flot. Le liquide des jours.
- N.B. bien sûr le tu employé dans ces pages est autant féminin que masculin.
- La part de soi, la part des autres. Les parts océanes. Navigation.
- S'adonner à l'abandon. Dans l'abondance du don et du bon.
- Cheminer c'est se retirer sans cesse. Se défaire encore et encore des tourments. Tes accessions sont des exodes, des partances, des accostages.
- L'autre, comme toi, est ivresse, déploiement de sève, volupté, élixir de promesses, porteur de joie.
- Se terre. Cillant ce silence si lent des lents courants.
- Écrire c'est pénétrer lentement entre les maux.
- Parfaire, refaire, défaire, à faire. Affaires.
- Les maux de l'âge sont modelage.
- Trépasser. Passage encore. Décéder. Céder sa place. Aller voir ailleurs si tu y es !
- Que tu le veuilles ou non, tu es dans le flux. À quoi cela te sert-il de te débattre ? Pourquoi vouloir passer en force ? Pourquoi aspirer à tout maîtriser ?
Éditions : 
Jacques Flament ( 2019).
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Un après-midi.
Jo Corre est mort.
La petite chose des jours.