Philippe delerme ; la vie en relief
La vie en relief.
Philippe DELERM.

Note : 4,5
 / 5.
Dans l’air du temps !
Philippe Delerm raconte par petites touches pleines de pudeur sa vie.
Après quelques lignes de présentation de Dominique A, Philippe Delerm revient sur différentes périodes de son existence.
Une vie d’écriture et de littérature qui commence par ces lignes :
- Je veux être de tout mon temps.
Des gens ordinaires, le bouilleur de cru de naguère, et leurs passages annuels dans les campagnes françaises, époque révolue.
Le passage du cirque, le football, sport universel de tous les gamins du monde.
Beaucoup de références artistiques, cinématographiques, par exemple, avec un très beau film italien « La Strada » de Federico Fellini avec Anthony Quinn, et la merveilleuse Giulietta Masina.
Cinéma encore avec cet autre chef d’œuvre (enfin à mon goût) « Les vacances de Monsieur Hulot » de Jacques Tati dont il analyse très justement les scènes finales de fin de vacances, les sourires, les embrassades, les échanges d’adresses qui ne servent à rien !
La littérature est très présente aussi, Paul Léautaud, Louis Ferdinand Céline, Proust et ses fameuses madeleines, entre autres .
Comme dans toute vie, nous côtoyons beaucoup de monde, des inconnus, mais aussi des gens avec qui nous vivons, la famille en particulier. Ici c’est Martine, l’épouse depuis de longues années, les enfants, Vincent en particulier, le plus connu qui fait une belle carrière de chanteur.
J’ai beaucoup aimé ces quelques lignes de René Guy Cadou :
Temps charmant des brumes douces
Des gibiers des longs vols d'oiseaux,
mises en musique il y a maintenant très longtemps par Gilles Servat.
Quelques souvenirs de l’auteur coïncident avec les miens, le zoo de Vincennes, dont je voyais le rocher de la fenêtre de ma chambre, la station de métro Robespierre à Montreuil ou l’athlétisme au vieux stade de Colombes.
J’aime bien cette écriture un peu minimaliste, allant en peu de mots à l’essentiel. Pas d’esbroufe ni d’effets de manches, des mots simples pour décrire une existence quasiment ordinaire, mais racontée avec une multitudes de souvenirs.
Extraits :
- Les maisons austères du coron renforcent cette sensation de revenir à une ère
 ouvrière où celui qui errait par les rues était, peut-être, un colporteur, un chemineau.
- Mais elle est belle aussi la crispation extrême des vieillards. Ils vont quitter la vie, tout ce qui fut la vie. Et la vie est immense, et ils s'y noient, et ils ont peur.
- Plus intense que le fruit, le désir du fruit. La transparence des alcools forts.
- Monsieur Loyal, c'était Roger Lansac, un personnage tout en long, teint farineux, un vieux beau cérémonieux à l'écœurante obséquiosité.
- En même temps que la mienne, je vis la vie de Paul Léautaud.
- C'est un défi : écrire deux pages sur ce presque rien. Mais ça dépasse le territoire de l'écriture.
- À la fin des vacances de Monsieur Hulot. Pendant leur séjour tous les estivants se sont côtoyés sans vraiment se connaître.
- Je crois que j'ai toujours aimé l'ennui. J'ai commencé à m'ennuyer dans un monde où les enfants doivent rester à table, quelquefois très longtemps.
- On sait bien
 qu'il suffirait de quelques pas en contrebas pour retrouver l'hôtel et le bar du Singe en hiver.
- Dans 
Le grand Meaulnes, on est François Seurel. Il dévore les livres, vit toutes les aventures dans les romans.
- De regard en regard, la vie est en relief.
- La pandémie vient questionner mon projet d'écriture. En quoi la vie est-elle ainsi mise en relief ?
Éditions : Seuil (2021) .
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
L’extase du selfie.
La tranchée d’Arenberg et autres voluptés sportives.