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La petite chose des jours.
Patrick LARRIVEAU.

Note : 4 / 5.
L'herbe est-elle plus verte au paradis ?
De cet écrivain j'avais beaucoup aimé son précédent recueil de nouvelles "Jo Corre est mort".
Ici il s'agit d'un récit, sorte de voyage vers l'enfermement, du soleil du Maroc à la grisaille triste d'un endroit nommé "Bellevue".
Le périple commence par un meurtre à Chaouen au Maroc, où comme le dit le narrateur "tout s'est mis à dérailler". Avec comme butin, de quoi fumer pour quelques temps. Phil commence l'écriture d'un manuscrit destiné à Chlo, en fuyant et remontant vers le nord. Quitter le Maroc, rentrer en Europe et aussi retrouver les filles au Portugal et profiter de la vie, du soleil, du sexe, du vin et du produit de leurs forfaits. La petite chose des jours, c'est cette succession de petits plaisirs quotidiens qui font qu'une journée soit réussie ou pas.
La vie est belle et bon marché, alors on use et aussi abuse de tout. Le bonheur hélas n'a qu'un temps, car toujours une tempête se lève à l'horizon.
Le danger et les messagers de la mort viendront, vengeance divine ou juste retour des choses du Maroc.
Alors pour les rescapés commence un autre voyage, celui de l'insensé !
Avec le feu purificateur au bout du périple.
Les quatre personnages principaux de ce récit, sorte d'anges aux ailes brûlées, sont : le narrateur Phil, sa maîtresse Chlo, leurs amis Jean-Bé et sa compagne Andréa. Ces quatre personnages représentent l’utopie du rêve hippie. La route et l'amour libre. Dommage que les drogues de plus en plus fortes, comme dans ce récit, ont brisé les idéaux. Et est venu dans la vraie vie le temps du désenchantement et de l'argent roi. Mais là je m'égare !
Françoise, une infirmière, une Allemande, des Marocains de passage, Une "304-Peugeot" pour la route, les ingrédients de l’odyssée sont en place.
Un livre pour le moins déroutant (sans jeux de mots) avec une narration sur plusieurs niveaux qui se croisent en faisant avancer le récit vers un dénouement qui, au fil des pages, semble inéluctable.
Récit nostalgique d'une époque révolue où le monde rêvait et profitait d'une certaine liberté même si certaines dérives comme la drogue étaient aussi un danger mal maîtrisé. La fin d'un monde et d'une certaine innocence.
À signaler la superbe couverture au graphisme noir et blanc très épuré, signée Monique Ducourneau.
Je retiens dans les remerciements cette phrase :
- Je remercie Jean-Sébastien Bach et Neil Young d'avoir accompagné ces lignes.
On peut aussi écouter Neil Young (Needle & Damage Done ou On the Beach) en lisant ces pages.
Un texte très différent de " Jo Corre est mort", mais avec toujours le voyage en filigramme.
Extraits :
- Oui, on pourrait tout dire sur l'écriture, tout et n'importe quoi. Pourtant ce n'est rien d'autre qu'un acte d'amour. Rien d'autre.
- C'étaient elles.
Elles, plus belles que tout.
- J'ai tracé quelques lignes sur un reste de pages. Fin de cahier.
- Elle me tombait ainsi sur la gueule, la vie. Passante, si étrangère, si filante que mon amour pour elle s'en trouvait renforcé.
- J'aimerais m'arrêter parfois, seulement m'arrêter.
- Nouveau cliché hollywoodien. Ça sentait les cheveux, le vêtement mouillé, l'aisselle femelle, la soupe aux choux et le poulet grillé. Nous étions chez nous dans cette grouillante et pulpeuse humanité.
- J'avais leurs corps vivants et chauds contre le mien. Comme une insulte à la mort.
- Du bonheur en overdose. Pour rien au monde.
- L'amour, jadis pâturages gras, était à présent désertique et balayé de nuages à perte de vue, ces saletés de nuages pareils aux feuilles d'automne. Dieu avait ratissé large.
- Fallait pas que la vie nous bouscule car nous n'étions que des lâches.
- Les chansons Neil Young accompagnaient, comme autrefois, ces instants de dérive. Mes yeux s'embuaient.
Éditions : Jacques Flament Éditions / Marges (2014).
Du même auteur :
Jo Corre est mort.