Dans la dèche
Dans la dèche à Paris et à Londres.
George ORWELL.

Note : 4,5 / 5.
Dans la dèche ici ou là….
À l'occasion de l'édition d'une partie de l'œuvre de Georges Orwell dans la collection « La Pléiade », j'ai eu envie de lire ce roman, témoignage d'une partie de la vie de l'auteur dans différentes villes, où j'ai moi aussi résidé, mais n'étant jamais dans la dèche.
Dans la première partie de ce livre, nous sommes à Paris fin des années 20, George Orwell est dans une misère noire, il vit d’expédients dans un hôtel qui tient plus du taudis que du reste.
La recherche perpétuelle d’un peu d’argent pour vivre, compter le moindre centime, les espoirs d’embauche pour l’avenir, mais les déceptions des promesses non tenues ou qui ne se concrétisent pas.
Orwell trouve enfin un travail, dans un hôtel de luxe. Il nous fait découvrir l’envers du décor, la crasse des cuisines, la hiérarchie du personnel. La direction, par exemple, demande à Orwell de raser sa moustache, car les plongeurs n’ont pas le droit de la porter ?
Un boulot d’esclave pour un salaire de misère. Il quitte son emploi pour une hypothétique ouverture d’un nouveau restaurant, mais celle-ci est reportée.
Orwell décide de rentrer à Londres, mais même problème, le poste prévu n’est pas encore disponible ! Alors, la galère et son corollaire la misère sont de retour.
La ronde des asiles de nuit pour au moins une nuit, un repas indigeste et une tasse de thé.
Une scène amusante, un asile tenu par des religieuses, tasse de thé contre participation à la messe et aux prières qui suivent.
Parmi les personnages, une faune de marginaux parfois honnêtes souvent sans scrupule. Des employeurs à la limite de l’esclavagisme, des propriétaires proches de marchands de sommeil. Des compagnons de misère parmi eux à Paris, Boris, Russe exilé et ayant un problème de jambe, mais enthousiaste pour toutes nouvelles aventures ou embauches, même si c’est souvent une déception. Sur Londres, Paddy, bien entendu Irlandais dont Orwell dit :
- « C'était la malnutrition, et non quelque tare congénitale, qui avait détruit en lui l'être humain.
et aussi Bozo, dessinateur de rue, personnage victime d’un accident du travail à Paris, homme très instruit pour le milieu où il vit.
Est-il plus facile d’être dans la dèche à Paris ou à Londres ? Faut-il mieux essayer de se soigner de la misère à la bière ou au vin rouge ?
Un peu avant la fin de l’ouvrage, George Orwell consacre quelques pages à l’argot et les jurons en cours dans le monde des trimardeurs londoniens.
Une écriture simple sans esbroufe mais sans pathos, ni misérabilisme.
Une découverte, mais une lecture difficile.
Extraits :
Paris.
-
 Ce n'est que par la suite, quand je commençais à comprendre quelque chose au fonctionnement d'un hôtel, que je parvins à discerner un ordre dans ce chaos.
- Par ailleurs, le chapardage était quasiment élevé au rang d'une institution. Les garçons volent systématiquement.
- Le patron nous octroyait généreusement trois bougies pour la cuisine, mais comme pour la cuisinière trois était un chiffre porte poisse, nous n'en allumions jamais plus de deux.
- Un hôtel chic, c'est avant tout un endroit où cent personnes abattent un travail de forçat pour que deux cents nantis puissent payer, à un tarif exorbitant, des services dont ils n'ont pas réellement besoin.
Londres .
- Donc, en toute équité, nous aurions dû éprouver de la reconnaissance. Mais il n'y avait pas de trace de reconnaissance dans notre cœur.
- Cette masse amorphe et désœuvrée formait dans l'ensemble un assez répugnant spectacle.
- De toute évidence, l'établissement avait pour habitude de rabioter deux pence sur chaque bon que présentaient les chemineaux.
- Tous ces personnages sont de purs mendiants qui exploitent leur apparence misérable. Aucun d'eux n'arrive à gagner, en moyenne, plus d'une demie-couronne par jour.
Éditions : 10/18 (2001). La première traduction de cet ouvrage a été publiée sous le titre « La vache enragée » par Gallimard en 1935 .
Titre original : Down and Out in Paris and London. (1933).
Traduit de l’anglais par Michel Pétris.
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
1984.