Une jolie poupée

Une jolie poupée.
Jim THOMPSON.

Note : 4 / 5.
Les hauts et les bas de la vie d’un groom.
Les Editions Rivages ont la très bonne idée de retraduire les versions intégrales des romans de Jim Thompson, certains ayant été pour le moins raccourcis dans les précédentes éditions.
Ce roman était paru précédemment en 1968 sous le titre « Un chouette petit lot » que j’ai relu il y a relativement longtemps mais dont je n’avais pas mis ma chronique en ligne à l’époque.
Dusty Rhodes, Bill de son vrai prénom, est groom de nuit dans un hôtel qui se voudrait de classe. Les consignes de la direction sont strictes, avoir une tenue irréprochable avec les clientes esseulées. Mais quand en plein milieu de la nuit arrive la superbe Marcia Hillis, LA FEMME.

La vie de Dusty est pour le moins compliquée, il vit seul avec son père, qui pour avoir signé une pétition a été renvoyé de l’établissement scolaire où il était professeur. Depuis il se laisse aller. La mère de Dusty est décédée, il a donc été obligé d’arrêter ses études et de trouver ce travail.
Travailler la nuit et s’occuper de son père le jour, ce n’est pas une sinécure pour ce jeune homme un peu solitaire… et cette apparition lui rappelle sa mère, beaucoup plus jeune que son père, avec qui il entretenait des relations ambigües.
Durant ses heures de travail nocturne, il fait équipe avec Bascom, équipe est d’ailleurs un bien grand mot. Seul Tud Towbridge, gangster notoire en perte de puissance et locataire à l’année, lui prodigue une certaine considération.
Mais une nuit son existence va basculer. En effet Marcia Hillis lui demande de lui apporter du papier à lettres. L’arnaque est en marche, elle hurle au viol, espérant faire chanter l’hôtel, mais Tud et ses acolytes viennent au secours de Dusty et enlèvent Marcia.
Pour Dusty c’est le début de la descente aux enfers… Il accepte par amour pour Marcia de participer au braquage des coffres de l’hôtel, il doit avoir un rôle passif, mais est pris dans la tourmente. Bascom est tué au cours de l’opération, lui est blessé, ce qui le fait passer pour un héros. Les cadavres des complices de Tud sont découverts, morts violentes et Marcia réapparait.
C’est noir, plein de fausses pistes, de personnages retors  dont un avocat Kossmeyer qui donne à Dusty sa propre version de l’affaire.
Une fin pour le moins déroutante !
Un bon Jim Thompson, pas un chef d’œuvre mais il me semble que cette nouvelle traduction donne une lecture plus fluide que l’ancienne. Mais ce n’est peut-être qu’une impression.

Extraits :
- On ne tient pas non plus un couvent. Tant que nos clients restent discrets, on peut fermer les yeux sur une petite partie de jambes en l’air.
- Elle n’avait plus rien partagé avec lui, ni ça ni le reste. Plus vraiment partagé, comme elle le faisait avant. Il était devenu comme un étranger qui remboursait une dette.
- On aurait dit qu’un échantillon représentatif de la population de la ville avait été prélevé et amené dans cette pièce.
- Elle s’était fait enlever en plein jour, dans un des plus grands hôtels de la ville. 
- Quelqu’un qui ne faisait rien, mais dont il fallait s’occuper. Quelqu’un dont il fallait tenir compte. Quelqu’un qui l’obligeait à se souvenir de choses qu’il aurait préféré oublier. 
- … Oui. Il se souvenait…
- Mais ces choses-là étaient telles qu’elles devaient être. Bill grandissait. Il était naturel qu’il sorte des jupes de sa mère. 
- L’aimant tellement, incapable de s’empêcher de l’aimer, il l’avait aussi haï. Il aurait voulu qu’elle soit châtiée pour la terreur qu’elle lui avait causée.
- Le jour. 
Deux heures et demie du matin, ce jour-là.
Éditions : Rivages/ Noir (2017)
Titre original : A Sweet-Lookin Babe (1954).
Traduit de l’anglais (États-Unis)  par Alexis Nolent.
Précédente traduction : Un chouette petit lot.
Éditions : Gallimard/ Série Noire. (1968).
Chronique de la précédente traduction ici.