Pascal Garnier
Lune captive dans un œil mort.
Pascal GARNIER.

Note : 4 / 5.
Où suis-je ?
Au village.*
Titre découvert par le plus grand des hasards, d'un auteur que je lis pour la première fois. Il est à noter qu'il a obtenu le Grand Prix de l'Humour Noir en 2006, ce qui m'incite encore plus à le découvrir.
Lassés de la vie parisienne, Martial et Odette Sudre ont acheté une maison dans un lotissement hautement sécurisé du midi de la France « Les Conviviales ».
La vérité est que c'est Odette qui a réellement mené l'affaire. Martial, en bon toutou qu'il est, a suivi.
C'est dur de se retrouver seuls, dans un village à peine fini ;en quelque sorte au propre comme au figuré, ils essuient les plâtres. Et en plus il pleut sans discontinuer. La seule personne qu’ils voient est Monsieur Flesh, gardien et l'homme à tout faire, qui est loin d'être joyeux drille. Beaucoup de choses laissent à désirer, certains lieux sont encore fermés, comme la piscine et le club-house.
Quelque temps après, un second couple arrive, Maxime et Marlène Node, lui est un vieux beau, homme à femmes, quant à elle elle n'a qu'un seul sujet de conversation à la bouche, la huitième merveille du monde, leur fils Régis.
L’installation d'une femme seule, Léa, va un peu troubler l’espèce de tranquillité qui s'était installée. Pas mal de suppositions ont précédé son arrivée, veuve ou divorcée ? Maxime s'en pourlèche déjà les babines...
Mais il s'avère bien vite que le rêve sur catalogue n'est pas forcément la vie rêvée. Enfin une animatrice, Nadine, qui a pris ce travail car elle avait besoin d'argent. Ces seules qualifications sont qu'elle s'est occupée d'enfants il y a quelques années. Entre deux fumages de joints elle finit par se demander dans quelle galère elle est tombée !
Car le rêve vendu sur catalogue, qui n'est pas la vie rêvée, peut se transformer en cauchemar…
Le grain de sable dans le paradis, et une rumeur propagée par Monsieur Flesh comme quoi des gitans se sont installés très près du village…
Sept personnages en tout et pour tout. Les pensionnaires, deux couples, par ordre d'entrée en scène, Martial et Odette Sudre, puis Maxime et Marlène Node. Ensuite arrive une femme seule, Léa. Pour veiller sur ce beau monde un gardien, Monsieur Flesh, et pour amuser la galerie Nadine animatrice-secrétaire !
J'aime beaucoup ce genre de roman qui analyse au vitriol le comportement de certaines personnes, mais adoucit tout cela avec un humour grinçant.
Une découverte.
Extraits :
- Vu d'avion, ça devait ressembler à une sorte d'arête de poisson.
- L'affaire s'était conclue en un mois durant lequel Martial eut l'impression de vivre sous hypnose, signant des papiers qu’il ne lisait même plus, emporté par le torrent d'enthousiasme d'Odette.
- Et puis, avoir des rapports de bon voisinage était une chose, se lier d'amitié, une autre.
- Porter des sandales avec des chaussettes, franchement !…
- À nos âges, c'est rare les messieurs seuls. Bonne nuit, Martial.
- L'enseigne dentaire de Maxime s'éteignit instantanément.
- Si on laissait les gouines, pourquoi pas les pédés ?… Il allait leur écrire au syndic, leur montrer qui il était !…
- Sans doute à cause de la solennité du lieu, toutes affichaient un air de madone constipée, même Léa.
- Ça, pour être calme, c'est calme ! Il y a des cimetières plus rigolos.
- Martial n'avait pas fait la guerre juste l'armée, au ministère de la marine, à Paris. C'était risqué aussi, on pouvait mourir d'ennui.
- Dans sa petite robe à pois rouges, on aurait dit un ballon de plage qui se dégonfle.
- Des gouttes de sueur noircies de teinture coulaient en rigole de ses tempes à son cou.
Éditions : Zulma. (2009)
* Dialogue d'un de mes feuilletons préférés « Le prisonnier ».