Chaos
Cadavres.
François BARCELO.
Note : 3,5 / 5.
Une cabane au Canada !
Prolifique auteur québécois, il a écrit des romans, des livres pour la jeunesse et des recueils de nouvelles. Ce titre a été adapté au cinéma.
Nous sommes dans la campagne profonde canadienne, un homme Raymond Marchildon, roule dans sa voiture d’un âge antédiluvien. Son plus gros problème est que son toit fuit, une balle l’a traversé. La seconde a tué sa mère, dont il a jeté le corps ! N’ayant plus d’argent il appelle sa sœur au secours. Celle-ci est la vedette d’une émission télé « Cadavres » et malgré que l’on soit le 31 décembre, elle vient ! Ils ne trouvent plus le corps à l’endroit présumé, normalement situé entre les bornes indiquant que l’on entre dans Saint Nazaire de Mainville, donc que l’on sort de Saint Barnabé (et l’inverse dans l’autre sens). Par contre il découvre le cadavre d’un motard dans le fossé ! Qui pourrait avoir fait cet échange peu standard ?
Les relations entre les membres de la famille sont très étranges et même amorales. Raymond se souvient d’avoir couché avec sa sœur il y a quelques années, laquelle lui pose crûment la question de savoir si lui et sa mère couchaient ensemble !

Je laisse l’auteur parler de ces deux femmes :
- Avec un minimum de soins, maman aurait été une publicité parfaite pour vanter les vertus de tous les abus : « Buvez, fumez, baisez n'importe comment, ne faites jamais d'exercice, manger n'importe quoi et vous aurez l'air de ça à cet âge-là. ».
- Angèle aussi, je gage qu'elle buvait trop, qu'elle baisait n'importe qui et n'importe comment. Et cela semblait lui réussir autant qu'à maman.
La situation d’Angèle, malgré sa BMW neuve et son appartement dans un quartier chic, n’est pas des plus brillantes. La série « Cadavres » marche très bien, basée sur la théorie des 3 S (sang, sexe, seins). De nouveaux épisodes sont envisagés, mais sans elle ! De grandes chances que la source de fric soit coupée !
Raymond vole sa sœur, sa voiture, puis le peu d’argent qu’il lui reste, et prend la route… mais les remords l’assaillent et oh miracle il décide d’être bon ! Et rentre à la maison. Il pense au motard qui gît dans le fossé, et décide de lui donner une sépulture, dans la cave familiale qui va finir par ressembler à un caveau.
Ensuite cette histoire voit un défilé de personnages hétéroclites (désolé pour ceux que je vais oublier) ; Paulot et Paulette (c’est Paulot qui porte les épaulettes, mais tous deux portent tous les malheurs du monde sur leurs épaules, phrase qui ne sert à rien, mais que j’avais envie de mettre dans cette chronique) viennent récupérer la drogue sur le cadavre du motard ! Des petits cochons destinés à une porcherie clandestine en voie d’achèvement, un policier amateur de rôti de porc (et mateur des seins d’Angèle), un curé qui passera de vie à trépas, des malfrats voulant aussi récupérer la came…
J’arrête là cet inventaire à la François Barcelo, mais sachez qu’il y a un nouveau cadavre pratiquement à chaque chapitre, que ceux-ci sont au nombre de neuf…
En plus il faut, je pense, rajouter le cochon de lait !
On rit, jaune souvent, car c’est de l’humour noir, très noir !
Un roman qui commence très bien mais qui perd de son côté noir pour se terminer comme une parodie.
Il faut aussi remarquer le savoureux vocabulaire québécois !
Extraits :
- Je l'ai souvent imaginé dans un panneau réclame conjoint des fabricants de cigarettes, d'alcool, de fauteuils inclinables et de fast-food.
- Disons qu'il était salement désagréable tout en étant bizarrement séduisant. Comme maman.
- Dans ma chambre, j'ai honte de dire ce que j'ai fait. Mais s'il faut que je ne vous raconte rien de ce qui me fait honte, on n’aura plus rien à se dire. Alors, je vais l'avouer et tout de suite.
- Alors voilà, tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.
- Je lui ai encore dit, toujours dans mon meilleur anglais, que personne n'avait plus que moi une tête de québécois né au Canada.
- Je voulais savoir comment on se sent quand on fait le bien. Oui, je sais que rendre quelque chose qu’on vient de voler, ce n'est pas exactement de la charité. Et quand même ce n'est pas rien.
Éditions : Gallimard / Série noire (1998).