Bussi

T’en souviens-tu mon Anaïs ?*
Michel BUSSI.

Note : 4 / 5

Mémoires et souvenirs.
Auteur que je découvre dans le cadre de mes lectures dans une maison de retraite des Baux de Provence.
Ce recueil comporte quatre nouvelles pour presque 300 pages :
- T’en souviens-tu mon Anaïs, L’armoire normande, Vie de grenier et Une fugue au paradis.
« T’en souviens-tu mon Anaïs ».
L’action se passe de nos jours dans la station de Veules-les-Roses, sur la Côte d’Albâtre. Une femme qui vient de s’installer dans le village avec sa fille Anaïs, un ouvrier lui donne une enveloppe trouvée derrière un mur.

Cette lettre commence par : Veules-en-Caux (ancien nom du village).1851. Elle est adressée à une dénommée Anaïs. Une lettre à Anaïs Aubert, fameuse comédienne de l’époque. La signature est la suivante :
Votre dévoué mousquetaire. Mélingue.
Cet homme était l’acteur le plus populaire de Paris. Quelle découverte !

Autre coïncidence, cette nouvelle arrivée d’une fille qui se prénomme Anaïs ! En fouillant dans l’histoire du village, la légende prête qu’Anaïs Aubert aurait eu une liaison avec Victor Hugo, autre célébrité ayant séjourné à Veules-les-Roses !
Commence alors une histoire étrange autour d’un manuscrit secret du grand écrivain français. Une belle histoire au suspense savamment mené.
« L’armoire normande ». Un couple composé de Gauvin et de Diane-Perle s’offre quelques jours de vacances. Tout est parfait, enfin au début puis des événements étranges se déroulent. Dans leur chambre se trouve une magnifique armoire de très grande valeur qu’il ne faut en aucun cas toucher ! Ils aimeraient bien rencontrer Lefebvre, la maîtresse de maison mais soit elle n’est pas rentrée, soit elle est déjà partie ! Une odeur bizarre devient de plus en plus entêtante. Ils s’imaginent, ces braves vacanciers, que le cadavre de Madame Lefebvre est en train de se décomposer quelque part… pourquoi pas dans l’armoire ? Curiosité contre cupidité !
Le meilleur texte du recueil !
« Vie de grenier ». Un écrivain dont la spécialité est la narration des faits divers survenus dans sa région trouve sur l’étalage d’une « foire-à-tout » tenue par une femme en robe avec des coquelicots des objets qui lui semblent familiers ! Des CD de son fils, des poupées de sa fille, un cheval de bois qui ressemble comme un frère jumeau à celui qu’ils avaient reçu en cadeau ! Trop c’est trop ! Alors plutôt que d’enquêter sur des
faits divers anciens, il est obnubilé par ces troublantes coïncidences !
Il en oublie la rédaction de son roman pour chercher le pourquoi du comment. Il tente de contacter une ancienne nounou des enfants, s’invite chez ceux-ci pour poser des questions. Toujours pas de réponse plausible.
En fin de chapitre les commentaires amusés de Mugette, son épouse !
Une fugue au paradis. L’enfer est soi-disant pavé de bonnes intentions, mais le paradis peut facilement se transformer en enfer ! La pauvre Justine, pâle métropolitaine venue fêter le jour de l’An à la Réunion avec son amie Johana, une native de l’île. Le problème c’est la découverte au petit matin du cadavre d’un homme, flottant entre deux eaux, un couteau dans le cœur ! Pour lui l’année a été courte… ou alors elle n’a même pas commencé ! Particularité de ce texte les chapitres n’obéissent à aucun ordre chronologique. Le premier se situe à Minuit plus sept heures et le dernier à Minuit plus neuf heure quinze, avec différents retour en arrière.
Un final de grande classe !
Une découverte.
Extraits :
- Martineau s'active à côté en sifflant les airs qui grésillent dans son transistor calé sur Nostalgie. L'été indien succède à La maladie d'amour.
- Et cette voix mon Dieu. Je suis persuadé de connaître cette voix.

- Ils l'avaient fait souvent, l'amour dans les champs, il y avait longtemps.
- Diane, sois raisonnable. C'est un jeu, cette histoire de crimes. Nous n'avons aucune raison objective de soupçonner cet homme.
- Au paradis ! Et aux anges qui s'y font bronzer !
- La côte forme un immense croissant illuminé jusqu'à Saint Leu.
Prêts à s'embraser.
Éditions : Pocket (2018)
*Et autres nouvelles.