3 femmes en noir

Trois femmes en noir.
Daniel CARIO.

Note : 4 / 5.
Trois Louis sur un bateau.
Long roman noir de Daniel Cario.
Port Louis, gros bourg situé en face de Lorient, se réveille avec la gueule de bois ! Ici, il ne se passe pas grand-chose, quelques ivresses sur la voie publique, parfois accompagnées de quelques coups. C’est un peu plus animé durant la saison touristique, mais enfin rien de bien préoccupant pour la gendarmerie locale.
Mais ce matin, l’affaire est d’importance, le  viol et le meurtre d’une jeune fille du bourg, Eugénie Le Livec. Celle-ci était une femme un peu singulière, mais sans plus. Elle travaillait au Musé des Indes et était appréciée. Comment et pourquoi était elle sortie, de nuit malgré les recommandations de sa mère qui l’élevait seule !
Des signes qui semblent avoir été tracés par la victime, laisse à penser que le meurtrier se nomme Louis, une croix grossière fait penser aux enquêteurs  à un bateau de pêche du port le « Saint Louis » ! Les trois hommes à bord se prénomment Louis, Louis Le Tennier, le patron ; les deux matelots Louis Kerjean et Louis Forner.
Pour les reconnaitre le patron porte son prénom breton, Loeiz,  Kerjan c’est Lili et Forner, le plus jeune P’tit Louis ! Le chalutier était-il en mer  au moment du crime ? L’autopsie n’est pas très précise sur l’heure du décès.
Un joggeur signale à la gendarmerie avoir vu Chim (Joaquim) Gahinet s’enfuir de bon matin près du lieu de la découverte du corps.
Le « Saint-Louis » ne donne plus de nouvelles, les spéculations vont bon train, panne radio, fuite pour protéger un des marins, ou pourquoi pas les trois, Eugénie aurait subit un viol collectif. Ou alors la dernière possibilité, la plus redouté, le naufrage. Surtout que le chalutier ne rentre pas au port à la fin de la période de pêche.
Trois femmes sont concernées au premier chef par les événements, Mauricette Le Tennier mère de Loeiz, femme de caractère, elle est une des dernière a porté la coiffe, Lucie Kerjean qui tient un café dans le bourg est l’épouse de Lili, Rozenn Forner est la jeune sœur de P’tit Louis.
La rumeur public partage le bourg, Chim qui n’est pas trop bien dans sa tête, se mure dans un silence absolu. Est-il le coupable ? Il était ami avec Eugénie mais il est jeune et une violente pulsion sexuelle peut être la cause de son acte.
Rozenne se pose aussi des questions sur son frère et sa sexualité ? Surtout qu’elle découvre des magazines érotiques dans sa chambre !
Le « Saint Louis » ne rentre toujours pas, l’enquête piétine, les cancans et les fausses nouvelles se répandent rendant l’atmosphère d’habitude paisible de Port-Louis  quasi irrespirable. La question qui est sur toutes les lèvres est la suivante : QUI ?
Alors, Mauricette, Lucie et Rozenn aidées de Mélanie Gahinet vont prendre les choses en mains et continuer les recherches.
Le destin est souvent capricieux, et un jour de marcher la vérité va enfin voir le jour.
Les femmes ont les beaux rôles dans cet ouvrage, femmes de gens de mer elles ne manquent pas de caractère. Trois beaux portraits !
Une très belle écriture pour une histoire prenante, la vie d’un endroit paisible est bouleversée par un crime horrible  et par la rumeur insidieuse qui s’installe…
C’est toujours agréable de suivre les protagonistes d’un roman dans une ville que l’on connait.
Extraits :
- Dans la petite ville portuaire, les nouvelles ruisselaient plus vite que ne fientaient les goélands sur les toits. Alors un crime… Aggravé d’un viol…
- Mélanie Gahinet. Son nom de jeune fille, puisqu’elle ne s’était pas mariée. Elle n’avait jamais voulu dénoncer celui qui l’avait engrossé à l’aube de ses vingt ans.
- C’est vrai qu’elle était bien fichue, mais sérieuse, malgré qu’elle n’avait pas les idées solidement arrimées.
- Il lui arrivait bien sûr de lorgner le corsage de sa camarade et de suivre le balancement de ses hanches généreuses quand elle cheminait devant lui ;  alors il sentait durcir dans son pantalon l’appendice qui lui servait à uriner, se demandait ce qu’il lui arrivait.
- Beaucoup de rudes marins ont fini au fond de l’eau à nourrir les crabes même s’il n’y avait pas de tempête.
- D’une tournée à l’autre, les supputations allaient bon train. Il n’était pas nécessaire d’être un fin limier pour effectuer le rapprochement entre la disparition du Saint- Louis et l’assassinat d’Eugénie Le Livec.
- Silence dans la salle. Ce n’était pas une preuve, mais quand même…
- Une cervelle d’oiseau dans un corps de femme. La proie idéale pour un obsédé qui a envie d’une partie de jambes en l’air.
- L’ambiance à Port Louis était celle d’un ciel de traîne après une nuit de tempête. Restée sur sa faim, la vindicte populaire refusait de se résoudre à l’ignorance.
Éditions : Presses de la Cité (2017)
Autre titre de cet auteur sur ce blog.
Les coiffes rouges.
Au grenier.
La Camarde.