AG2
Au grenier.

Daniel CARIO.
Note : 5 / 5.
C’était un petit bonhomme…
Quand Daniel Cario s’essaie aux thrillers psychologiques, le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est une réussite. Après de nombreux ouvrages se situant en Bretagne, un recueil de nouvelles est consacré à la mort, une nouvelle palette de son talent de conteur.
Évelyne Cascarel habite dans une grande demeure isolée. Son époux, sculpteur à succès, s’est suicidé en pleine gloire. Elle l’avait surpris faisant l’amour avec l'une de ses modèles. 
Il lui reste leur fils Franck, « Le petit bonhomme », petit blondinet qui est le soleil de sa vie. Aujourd’hui pour son dernier jour de l’année scolaire, elle l’attend, le car passe, mais ne s’arrête pas. Franck n’est pas dedans. Où est-il ? 
À la ferme voisine ? Il se serait arrêté pour jouer avec ses petits voisins ?
Au téléphone, Madame Daubert, la directrice de l’école, lui confirme que la journée s’est passée normalement et elle est sûre que Franck a bien pris le car, comme tous les autres jours de l’année. Il faut attendre, il arrivera, sauf qu’à 19 heures, il n’est toujours pas rentré. Elle se décide alors à prévenir la police, elle sent une odeur de chloroforme et sombre dans un sommeil comateux…
Elle se réveille au grenier, enfermée, séquestrée dans cette pièce qui servait d’atelier à son mari, en compagnie d’une statue la représentant nue ! Que fait-elle là, qui est son geôlier et qu’est devenu « Petit bonhomme » ?
Les souvenirs lui reviennent, les différents âges de sa vie, la faim et la soif se font sentir…
Les questions tourbillonnent dans sa tête et l’angoisse grandit… Des hurlements la pétrifient, l’homme qui la séquestre torture Franck, son « Petit bonhomme » adoré…
Elle ne sait plus depuis combien de temps elle est emprisonnée, la faim et la soif se font de plus en plus présentes. Enfin le monte-charge installé pour les repas de son mari lui apporte du pain et de l’eau.
Elle dévore à pleines dents et boit avec la même voracité, pour se rendre compte que l’eau est droguée, et que son tortionnaire est passé la voir durant son sommeil. 
Elle tente de s’échapper par la lucarne, ce qui n’est pas une mince affaire, elle se sert de sa propre statue pour atteindre son objectif, mais tombe et se blesse.
Des pas lourds dans l’escalier, l’homme est là, silencieux derrière la porte, la surveillant à travers un trou qu'il a percé dans le bois.
Évelyne commence à désespérer, sombre petit à petit dans une sorte de démence avec des éclairs de rébellion, elle parvient à se hisser sur le toit, tente d’appeler à l’aide, elle revoit cet homme au long manteau marron qui l’avait un jour surprise nue à sa fenêtre, un espoir enfin ?
Les jours passent, comble de l’ignominie, elle reçoit un jour un doigt d'enfant, de son Franck bien entendu, que faire pour se débarrasser de ce cauchemar !
Dans la seconde partie de l’œuvre, les rôles sont inversés, l’agresseur est prisonnier du grenier et Évelyne découvre petit à petit la tragédie qui s’est jouée dans cette demeure. Elle trouve un cadavre dans le placard... et ce n'est que le début de l’horreur !
Peu de personnages dans ce huis-clos crépusculaire, une femme, mère et épouse, un mari décédé et un enfant « homme de la maison ». Évelyne est une femme ordinaire, elle se reproche le décès de son époux et « coucoune » Franck, peut-être au-delà du raisonnable ?
Un excellent roman qui fait froid dans le dos.
Dans sa dédicace, Daniel Cario écrit la phrase suivante : 
- « Le plus angoissant dans cette histoire, ce n'est pas son caractère dramatique, mais le fait qu'elle soit plausible ».
Extraits :
- Ne pas capituler, garder sa lucidité tant que sa raison n'aura pas dévissé. Ce grenier, elle connaissait, bon Dieu ! Il devait bien exister un moyen d'en sortir...
- Évelyne Cascarel a trente ans. La porte du grenier est fermée, et elle monte terrifiée à l'idée de ce qu'elle craint d'y trouver... non, à cela elle ne veut pas penser... elle ne veut plus penser.
- Évelyne Cascarel se résignait, se recroquevillait.                         

- Évelyne Cascarel devait se ressaisir, elle n'était pas seule, il y avait Franck en bas, qui dépendait d'elle, et si elle cédait à la faiblesse, il mourrait lui aussi, puisque l'homme ne le gardait vivant qu'afin de contrôler les réactions de sa prisonnière.
- Évelyne Annel a quitté sa prison. Une musique venue d'ailleurs naît dans son cerveau halluciné ; c'est une valse lancinante que sa grand-mère lui faisait écouter sur un vieux phonographe.
- Spectacle hallucinant que ce corps nu en train de tituber lourdement dans un grenier poussiéreux, dans le déhanchement grotesque de ses fesses grasses. 

- Alors seulement tu auras ma peau. Si tu es le plus fort.
- Une idée la titillait : en laissant cette issue à sa disposition, en l'anéantissant à travers son fils, ne voulait-il pas la pousser au suicide ?
- Vaincue par l'horreur de l'hallucination, elle perdit connaissance.

- Elle guettait son ennemi en jubilant, l'opercule couina, mais retomba aussitôt : son œil n'avait rencontré que ténèbres.
Éditions : Palémon Editions (2014)