Fantasia
Fantasia chez les ploucs.
Charles WILLIAMS.
Note : 4 /5 .
Quel été !
Déjà le nom de l'auteur est ridicule, princier soit, mais ridicule quand même. Ensuite le titre! D'accord Marcel Duhamel était un grand monsieur, traducteur et éditeur de génie, mais quand même transformer « The Diamond Bikini » en « Fantasia chez les ploucs » il fallait oser. Sans rancune Marcel, c'est sûrement un peu grâce à toi que j'ai commencé à lire. Et puis une petite récréation littéraire ne fait jamais de mal!
Billy a une vie pour le moins chaotique, son papa n'est pas très à cheval, ni sur les principes, ni sur l'application des lois. Il faut reconnaître que son métier de conseiller en placement hippique lui vaut d'être parfois « rappelé » pour des périodes plus ou moins longues. Alors Billy est hébergé provisoirement par des dames des bonnes œuvres. Mais le jour où son père lui parle de vacances à la campagne, chez son oncle Sagamore, c'est le bonheur ! Surtout que l'aventure est au bout du chemin !
L'aventure a les traits agréables de Miss Harrigton, riche héritière qui souffrant d’anémie a besoin de repos à la campagne, elle est accompagnée de son médecin le docteur Severance, donc tout concourt à ce que le calme et l'harmonie règnent dans ce coin de la campagne américaine.....
De la rivière à la rivière de diamant (en plus ce n'est pas dans une rivière, mais dans un lac que notre belle jeune femme apprend à Billy à nager) le tout baignant dans du jus de tanin, une histoire qui fleure bon le roman noir de jadis..... Quelques cadavres, bien sûr... on apprend par exemple que l'anémie est une maladie contagieuse.
Des personnages dignes de « Délivrance », une belle jeune fille peu vêtue (ou fortement dévêtue, c'est au choix), tous les ingrédients sont là.
Billy le narrateur, brave gamin plein de candeur, un peu dépassé, mais on le serait à moins ; son chien Sig Frid, heureusement, est là, car le reste de la famille, c'est un peu limite du point de vue moral !
Son père, Sam dit Pop, dont le charmant métier, l'amène, dirons-nous, à fréquenter les champs de courses qui ne sont pas spécialement des endroits pour un petit garçon !
Ses oncles Sagamore, le débrouillard, pas très regardant sur les lois en vigueur, bref un charmant personnage tout en finesse. Finley, le pieux, pour ne pas dire le mystique, qui comme Noé, croit que le jour où la pluie viendra, elle viendra pour de bon !
Miss Harrington est telle Vénus sortant de l'onde, mais dans le cas présent uniquement vêtue d'un bikini, et qui plus est en diamant, cela attire forcément les convoitises ! Certains le paieront rubis sur l'ongle.
Son protecteur, le docteur Severance son médecin traitant, est là pour veiller sur elle.
On trouve dans ce livre des chasseurs de lapins, de vrais braconniers entre nous soit-dit! Car enfin chasser le lapin hors-saison et avec des mitraillettes en plus à l'époque où on ne parlait pas encore d'écologie, certains auront leurs peaux! En parlant de peaux, certains en manqueront de pot, croire que la noble famille Noonan ne manque pas de potenn, enfin parait-il que l'argent n'a pas d'odeur, mais le tanin, oui!
C'est d'un ton moins grave que « 1275 âmes », mais plus sérieux que la série américaine « Shérif fais moi peur » auquel on pense immanquablement.
Des petits blancs du sud, débrouillards, un peu hors la loi (un peu seulement) dans une histoire amusante un peu amorale (un peu seulement), des représentants de l’autorité ridiculisés (un peu seulement), bref j'en reprendrais bien un verre (et pas qu'un peu seulement!).
Extraits :
- Ça se voit tout de suite, laquelle c'est qui commande ; il y a qu'à jouer gagnante celle qui a les plus gros lolos.
- Elle a grosse poitrine, aussi grosse que celle d'une dame des bonnes œuvres, mais elle est beaucoup plus jeune naturellement.
- Elle s'est changée, mais la petite barboteuse qu'elle a maintenant est toute pareille à l'autre, à part qu'elle est rayée comme un bâton de sucre d'orge.
- Miss Harrington repart en dansant, et, tout en tournant, elle enlève le petit machin de dessus sa poitrine et l'agite comme si elle dirigeait un orchestre.
- Impudique créature ! il dit, l'air furieux. Ça ose se pavaner ici, les jambes toutes nues, ça vient apporter la tentation et le péché.
- Bien sûr, il n'y en a pas gras, de costume. Rien qu'un fil à la hauteur de la ceinture, avec un tout petit carré à trois coins sur le devant, mais tout est en vrais diamants.
- Et bien ! Je disais qu'avec tout ce terrain inoccupé, par ici, on pourrait leur faire un petit enterrement privé et oublier cette pénible histoire !
- J'aimerais autant que tu cesses de tourner autour de Miss Harrington. L'anémie ça peut être contagieux.
- C'est ça qui lui donne cet aspect Kentucky trois étoiles, dix ans de barrique.
Éditions : Gallimard (1957). Folio (2003)
Titre original :The diamond bikini.(1956)