Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes.
Michel TREMBLAY.
Note : 4 / 5.
Et le spectacle continue.
Un chanteur revient sur le seul disque qu’il a enregistré, il y a trente ans.
L’histoire d’un homme, d’une courte carrière avec en tout et pour tout un trente-trois tours, dix chansons, donc dix chapitres.
François Villeneuve commence l’écoute du CD qui résume toute sa vie, et il se rappelle son passé à travers chaque morceau de musique. Sa gloire éphémère, sa jeunesse, l’étiquette de chanteur comique qu’une de ses chansons lui a valu !
Son "gérant de carrière" qui est en même temps son amant, leurs querelles artistiques. Ses premiers succès dont "Le petit comique" en souvenir de son oncle Pit, homme complexé par sa petite taille, boute en train de toutes les fêtes de famille. Chanson qu’il compose en rébellion contre son imprésario, en une nuit. De vedette "américaine" il passe au statut de vedette, de première partie, il devient l’artiste principal, son premier disque sort. Il ne sait pas à ce moment-là que c’est le dernier. Nous suivons à l'écoute de ses dix chansons, sa jeunesse, sa débauche, son penchant pour l'alcool, sa déchéance à l'annonce de sa différence sexuelle, une carrière avortée et une vie entre parenthèse. Le concert pour le lancement de ce disque ou courageusement, mais naïvement, en avouant à mots couverts son homosexualité, il brisera sa carrière. Tremblay parle également du fait, pour un chanteur, de se retrouver prisonnier d'une chanson qui ne le représente pas du tout et qui le fait passer pour un humoriste. C’est encore vrai maintenant ou très peu de gens arrivent à se sortir de cette espèce d’étiquette qui leur colle à la peau. Seule note d'espoir, en 30 ans, les choses ont heureusement évolué sur le plan de la libération des mœurs.
J'ai aimé ce livre, étant de la même génération que l'auteur, je me représente le fait d'avouer son homosexualité en 1964, surtout que le Montréal de l'époque ne passait pas pour un modèle de libération sexuelle ou littéraire (comme le reste du monde d'ailleurs). Et en plus Michel Tremblay nous parle de Jacques Brel, de Georges Brassens et de deux grandes chanteuses françaises, Colette Renard et Pia Colombo, en plus de tous les chanteurs québécois de l’époque. Une histoire qui sonne vrai et je rejoins tout à fait Cuné, qui disait que les textes de ses dix chansons manquent, quelque part dans la tête et dans le roman.
Extraits
- Il se dégageait de ce bureau une atmosphère d’évident de je m’en foutisme distillée par des années de routine et de laissez-aller.
- Maintenant il avait cinquante-cinq ans et il était incapable de faire face à son passé.
- Puis le résultat final dont il avait été fier. Et qui avait été sa perte.
- Il avait toujours préféré les déprimes post-marijuana aux lendemains de veille d’alcool ; pourtant il avait plus bu que fumé.
- François Villeneuve est de retour ! Une bouteille de Beefeater à la main. Ou un joint. Ou un condom.
- Il devient presque l’auteur du seul "Petit comique" et ça le rend fou. Il est devenu l’esclave d’un coup de tête.
- S’il voulait absolument boire. Au point de vouloir mourir. Après avoir écouté jusqu’au bout ce qui restait de son année de gloire.
- Il se rend compte que l’alcool a déjà commencé à embrumer son cerveau.
- Des chansonnettes ! Mes chansons, des chansonnettes !
- Ben oui. Il avait failli. Comme lui, François avec sa naïveté et sa grand gueule.
Editions Actes-Sud.