Secrets de famille.
William TREVOR.
Note : 4,5/ 5.
Nouvelles d’Irlande*.
Un des nombreux recueils de nouvelles de William Trevor. Celui ci date de 1986.
Ce recueil débute par un récit mêlant vie contemporaine et histoire. Nous sommes en 1948 dans un domaine en Irlande, la gouvernante anglaise pense à ce qu’était la vie cent ans auparavant, elle reprend les mêmes personnages. Mais en 1848, la Grande Famine sévissait, ce récit suit la vie d’une famille anglaise pendant quelques mois. Ces gens ne sont pas les pires, ils embauchent des gens pour rien, mais le champagne coule à flot alors qu’autour d’eux des familles complètes meurent de faim.
Ensuite le propos devient moins dramatique, un père et sa fille partent en vacances à Venise, l’homme y était venu avec sa femme, sa fille avec son amant. Désormais ils vivent ensemble. Pour les deux une époque se termine. La nuit tombe, le père range soigneusement ses affaires, sa vie est derrière lui, la fille regarde par la fenêtre l’obscurité s’installer sur la ville et peut-être réfléchit-elle à sa vie.
Une femme Mrs Simpson renoue avec un de ses ex-maris, ils se retrouvent tous les jeudis, mangent au restaurant ou la femme flirte avec le serveur, beaucoup plus jeune qu’elle. Elle poursuit sa quête du mari idéal, cet homme peut-être qu’elle vient d’apercevoir dans le salon d’un hôtel ou elle vient boire un verre ?
Des êtres insatisfaits comme cette femme qui quitte son appartement pour vivre chez son père ou cette autre qui après plusieurs maris et amants cherchent encore désespérément un remède à sa solitude. La solitude encore, mais dans la campagne irlandaise avec cette femme handicapée, férue de western qui épouse un homme beaucoup plus vieux qu’elle.
Un mari trompe sa femme pour une ancienne adepte d’une secte, sa femme le quitte, sa maîtresse également.
Dans la nouvelle qui donne son titre au livre, une veuve voie la fermeture d’une usine de jouets créée par son mari, malgré la désapprobation de son fils, elle se remarie avec le directeur de cette usine, mais quel est leur secret ?
Une belle américaine disparaît à Florence, un homme qu’elle avait côtoyé pendant quelques jours se pose des questions ?
Je radote d’accord, mais les écrivains irlandais savent écrire
des nouvelles, comment dire en peu de mots l’essentiel d’une situation ou d’une vie, ou simplement d’un moment donné. Et comme Trevor est un maître, alors le résultat est excellent.
A noter également que l’Irlande n’est pas le seul lieu ou l’auteur situe ces nouvelles, l’Italie est très présente.
Un clin d’oeil que William Trevor donne à James Joyce avec le titre d’une nouvelle "Deux autres galants".
*Titre de la première nouvelle de ce livre.
Extraits :
- N’est ce pas extraordinaire, une route qui forme une boucle et ne conduit nulle part ?
- Cette route qui ne mène nulle part, sans véritable but est inutile et absurde, mais il accepte le rôle qu’il joue dans sa construction. C’est la malchance qui a causé la famine de ces gens trahis par la nature.
- Comme le dit le proverbe vous ne pouviez pas être plus Irlandaise que les Irlandais.
- Tu sais Venise, ça n’a pas été qu’une partie de jambes en l’air. Ca n’a jamais été seulement cela.
- Mrs. Nancy Simpson- elle n’aimait pas du tout son nom et aurait préféré s’appeler Nancy le Puys ou Nancy du Maurier.
- " Tu ne peux pas épouser une danseuse de music-hall!". Mais il l’avait épousée ; finalement il avait bien fallu qu’ils avalent ça.
- Celui qui avait été autrefois son mari lui parlait et elle ne l’entendait pas.
- C’est décidé ainsi, lui dit-il le jour où ils convinrent du mariage. Pour sûr chacun y trouvera son compte.
- Choisissez un endroit, ordonna-t-elle avec l’arrogance que confère la beauté.
-Agnew nous manquerait à tous, dit Flanagan. Ce fou de protestant!
- L’agent Froley penserait que Stravinski était le nom d’un cheval de course et Mrs Keane aussi.
Titre original : The news from Ireland. (1986)
Editions Alinéa.(1992)
Autres chroniques de cet auteur :
En lisant Tourgueniev.
Les anges dînent au Ritz.
Mourir l’été.
Péchés de famille.