Puis-je
Puis-je m’asseoir à côté de vous ?
Roland GOELLER.

Note : 3, 5 / 5.
Conquête amoureuse ?
De Roland Goeller, j'avais, il y a un certain temps, aimé deux romans, « La nuque » et « Vous me prenez pour quelqu'un d'autre ? ».
Dans un paysage montagneux, une coulée de boue bloque le réseau ferroviaire.
Le chef de gare Monsieur Blanchard avise Madame Duval qu’elle va devoir héberger pour la nuit les quelques voyageurs présents dans ce train. Madame Duval lance le branle-bas de combat, il s'agit de prévenir Firmin le cuisinier et Amarante pour le service.
Madame Duval, en observatrice attentive, remarque rapidement le manège d'un homme qui lui semble être un homme à femmes, vis-à-vis d'une belle femme beaucoup plus jeune que lui.
Madame Duval se souvient d'un homme qu'elle a follement aimé, qui sera tout au long du texte appelé « lui » ou « l'autre ». Elle semble revivre son histoire et espère que cette jeune femme ne tombera pas dans le même piège qu'elle.
L'homme en vieux dragueur, qui ne semble pas à sa première expérience, demande, l'air aimable, à la femme Emma s'il peut prendre place à sa table. Les repas à deux sont plus agréables que seul. Elle paraît accepter du bout des lèvres, mais elle consent... Le loup est dans la place.
Le service suit son cours, Madame Duval surveille aussi d'un œil amusé le manège d'Amarante, qui elle serait plutôt une femme sans tabou, si un homme lui plaît, elle lui fait comprendre sans faux semblant. Elle est particulièrement attentionnée à une table où se trouve deux étudiants. Sur lequel va-t-elle jeter son dévolu ? 
Mais ce qui l'intéresse c'est le match que se livre Emma et Antoine. Madame Duval se verrait bien arbitre ou commentateur, comptant et commentant les points... mais se souvenant de sa propre vie et de ce chagrin qui fait qu'elle est aujourd'hui seule.
Le repas se termine, tout semble bien aller. Antoine et Emma sortent prendre l'air... et un café « Chez Jean », le seul bar du village ouvert dans cette nuit froide.
Tirons un voile pudique sur ce qui va se dérouler ou pas durant cette nuit...
Un trio de personnages principaux, Madame Duval, vivant par procuration ce qui semble être un début d’idylle ou pas ? Antoine et Emma ne sont pas des êtres solitaires, ils ont du moins, c'est ce que pense Madame Duval, qui une compagne, qui un compagnon. Vont-ils les oublier pour une aventure sans lendemain ?
Malgré une très belle écriture et des dialogues ciselés, j'ai un avis mitigé sur ce court roman. J'ai vraiment eu l'impression de rester en dehors de cette joute oratoire, entre un homme qui veut mettre une jeune femme dans son lit, et cette jeune femme qui n'a rien contre mais qui aimerait qu'il y mette les formes et la manière.
Extraits :
- Ce sont des choses qui arrivent dans les gares de Province. Parfois, la situation s'arrange. Autrefois, elle se dégrade.
- Et cette femme indifférente à l'agitation naissante, un livre à la main. Peut-être alors leurs regards se sont-ils croisés pour la première fois.
- Oublier la femme dont il gardait une photo dans son portefeuille ? L'autre n'avait-il pas fait ainsi ?
- La mémoire est prompte à effacer ce qui l’embarrasse.
- Animosité, indifférence, malentendu, sympathie, inclination ? Mais nulle stratégie pour venir à bout de la complexité de tels instants. Seul compte l'instinct.
- Antoine se devait d'éviter cette humiliation et se retirer. Il avait joué et tout estoit perdu fors l'honneur, comme disait un certain roi à l'issue de la bataille de Pavie.
- Car non seulement il n'était pas certain qu'Emma consentit déjà, mais de surcroît, s'éclipser tandis que les autres naufragés n'en étaient qu'au fromage aurait été du plus mauvais effet.
- Mais lequel des deux a gagné ? Car il y a toujours un vainqueur et un vaincu. Toujours un qui cède plus qu'il n'en a l'intention tandis que l'autre ramasse une mise supérieure à ses espoirs.
Éditions : Terres du couchant (2019).
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
La nuque .
Vous me prenez pour quelqu'un d'autre ?