Et Tati créa Monsieur Hulot
Et Tati créa Monsieur Hulot.

Jean-Claude CHEMIN.

Note : 5 / 5.
Et Tati inventa un nouveau cinéma...
Je suis un fan de ce cinéaste alors je me suis régalé à la lecture de cet ouvrage qui a dû nécessiter des années de recherche. 
Après de courts billets d’élus de la ville de Saint-Nazaire, et une préface pleine de tendresse de Philippe Delerm, Jean-Claude Chemin nous parle de ce merveilleux film qu’est « Les vacances de Monsieur Hulot.
Peu de français à l'époque partaient en vacances, environ 17%. On trouve dans ce livre des reproductions d'affiches vantant les mérites de la Bretagne, et en particulier ses plages. 
Jacques Tatie choisit Saint Marc sur Mer, qu'il qualifia de studio de plein air, qui réunissait tous les éléments qu'il cherchait.
Pour le côté technique, le film se déroule sur quatre plateaux, la rue Charcot, le tennis (une des scènes cultes avec le service en trois temps à la Hulot), la plage et l'hôtel.
Les répétions furent longues et nombreuses ce qui valut à Tati, le surnom de Tatillon ! Mais cela s'explique aussi par le prix de la pellicule, la première prise devait être la bonne.
En réalité, il y avait peu de comédiens professionnels sur ce tournage : l'exemple le plus frappant est celui de Martine, la belle jeune femme blonde est une amie du couple Tati. Il est à noter que beaucoup de techniciens ont aussi de petits rôles.
Un excellent livre plein d'anecdotes sur le tournage de ce film que j'adore. Il contient également de très belles photos du tournage, des reproductions d'affiches en particulier du film à l'étranger, Angleterre ou Espagne entre autres.
Les dessous du tournage d'un grand film des prémices jusqu'au montage final.
Après avoir fini ce livre, il ne me reste plus qu'à regarder pour l'antépénultième fois ce chef d’œuvre... puis de me refaire l'intégrale des films du grand Monsieur Jacques Tati !
Avec toujours autant de bonheur.
Extraits :
- Quelques années auparavant, avec Martine, la femme de ma vie, nous avions bien aimé les plages du pays de Retz, où nous étions allés un peu mélancoliquement en souvenir des premières balades amoureuses de René Guy et Hélène Cadou. (Philippe Delerm.)
- L’arrivée le 28 juin, à Hôtel de la Plage, de « M. Jacques Tatti (sic) » n’est pas passée inaperçue. La presse régionale est là pour accueillir « l’excellent interprète de “Jour de fête” ». « Metteur en scène et facteur… à l’américaine » titre le quotidien Ouest-France dans les pages locales de son édition du vendredi 29 juin.
- En fait, le critique soupçonne, sans s’en rendre compte, ce vers quoi s’achemine Tati : un comique basé sur l’observation.
-Mais il sait ce qu’il attend de lui : « qu’il soit véridique, qu’en le voyant chacun se dise : “J’ai connu ce type d’homme quelque part…” Il faut aussi, et cela reste l’essentiel, que sa nature le mette en situation comique chaque fois qu’il agit. » Voici déjà bien défini le cahier des charges du futur Monsieur Hulot.
-« Nous avons démarré avec un personnage qui s’appellerait Hulot et qui allait prendre ses vacances », raconte Lagrange.
-« Tati ne s’imaginait pas une seule seconde capable de réaliser. C’est parce que René Clément n’était pas libre pour L’École des facteurs qu’il a décidé de le tourner lui-même. Tati est devenu accidentellement réalisateur. Il le serait peut-être devenu après, mais ses débuts de metteur en scène sont fortuits », confiera Sophie Tatischeff, la fille de Jacques Tati.
- Et si, au début des Vacances de Monsieur Hulot, la gare est le théâtre d’un tel mouvement de foule, c’est plus à cause d’une insuffisance en matériel ferroviaire que l’effet d’une ruée estivale. 
- Mais « sa distraction, sa maladresse ou, peut-être, un destin facétieux, lui feront accumuler catastrophes sur catastrophes, l’enferrant sans cesse davantage dans la mauvaise opinion que les gens dits “sérieux” se font de lui… ».
- « Le récit sera lié par une jeune fille qui regarde Monsieur Hulot et ses ennemis – les ballons, les animaux, les enfants – de sa fenêtre d’hôtel », annonce Jacques Tati.
On s’entiche des films made in Hollywood, des auteurs américains publiés dans la « Série noire », des comics, du jazz annonciateur d’autres styles musicaux. Et on ne manque pas de truffer ses propos de mots anglo-saxons.
- Le rugby : le sport qui lui permettra de se révéler, moins par sa maîtrise du ballon ovale au sein de l’équipe réserve du Racing Club de France que par sa capacité à animer de ses pantomimes les troisièmes mi-temps et les galas du club… 
« Quand je dis que je tourne par cœur, précise-t-il, c’est que je connais mon scénario par
cœur ».
Sur un quai de gare envahi par la foule des départs, un jeune garçon écope d’une claque sonore. À l’instar de W. C. Fields, un de ses maîtres, Tati détesterait-il les enfants ? Non, et il leur donnera de multiples occasions de se venger des adultes. 
- Conséquence du soin méticuleux que Tati met dans son travail et qui lui vaudra le surnom de « Tatillon », le tournage a duré 108 jours, ce qui est beaucoup à l’époque. 28 800 mètres de pellicule ont été consommés, ce qui est en revanche peu pour un tel film. Vient le temps du montage.
Éditions : Locus Solus (2019)
Préface de Philippe Delerm.
Dessins originaux de Pascal Rabaté.