Au nom du bien
Au nom du bien.

Jake HINKSON.

Note : 5 / 5.
Au nom du Père, du fric, de la respectabilité et des apparences. 
Quatrième roman de cet auteur américain rencontré à Penmarc'h au Festival du Goéland masqué et chroniqué sur ce blog.
Récit en trois parties se déroulant le week-end de Pâques, première partie, le samedi matin, seconde partie le samedi soir, troisième partie le dimanche matin et un épilogue un an après.
Richard Weatherford est, selon toutes les apparences, un pasteur comblé, mais les apparences, primordiales pour lui, sont souvent trompeuses. Son église est prospère, ses prêches de plus en plus suivis, son épouse est une femme effacée élevant avec amour leur cinq enfants. La vie à Stock, cette petite bourgade de l'Arkansas où la vente d'alcool est interdite, est paisible. Trop pour une certaine partie de la jeunesse un peu paumée qui voudrait partir mais pour cela il faut de l'argent, le plus possible. Le chantage est un moyen rapide et qui semble sûr.
Lorsque, de très bonne heure ce samedi matin, le téléphone sonne, Richard Weatherford ne sait pas encore que pour lui l'enfer sur terre se rapproche à grands pas. Au bout du fil, un dénommé Gary, avec qui il a eu une courte relation sexuelle, lui réclame 30000 dollars pour le prix de son silence.
Alors commence une course contre la montre pour trouver cet argent, mais sans se salir les mains... que les apparences soient sauves et sa respectabilité d'homme d'église dévoué au service du Seigneur… Cela vaut bien beaucoup plus qu'une messe, quelques entorses à la loi et quelques non respects de la vie humaine.
Peu de personnages mais chacun à tour de rôle prend la parole.
À tout Seigneur, tout honneur, le Pasteur Richard Weatherford est un personnage ambigu. Il nie être homosexuel mais... pour paraître respectable, il a fait cinq enfants à son épouse qu’il délaisse. Son but dans ce roman est de sauver les apparences. 
Un mot sur son épouse Penny, elle aura sa vengeance... bien méritée.
Brian Harten est un « loser », mais même pas magnifique, Sarabeth Simmons et Gary Doane sont des jeunes voulant fuir leurs vies étriquées, mais ils tomberont sur plus malin qu'eux.
Je trouve très pertinente la comparaison et la filiation de Jake Hinkson avec Jim Thompson. Même veine noire dans une Amérique hypocrite, mesquine et violente. L'Amérique des campagnes profondes avec ses us et coutumes, dictées par la religion.
Encore un excellent roman de ce jeune et sympathique auteur américain.
Extraits : 
- T'es une putain de gonzesse. Une gonzesse qui se fait manipuler par sa gonzesse. Une gonzesse qui a aucune idée de ce qu'est un mec qu'a des couilles.
- Il aime rappeler leurs défauts aux gens. Il ne peut pas s'en empêcher. C'est la première chose qu'il cherche à repérer quand il rencontre quelqu'un.
- Je n'ai pas choisi que ça arrive. Cela m'est arrivé. C'est arrivé en moi. Les gens veulent toujours savoir pourquoi. Moi aussi, vous savez.
- Depuis ma dispute avec Richard cet après-midi, j'ai l'impression que nous mentons tous les deux aux enfants. Chaque mot qui sort de ma bouche me donne l'impression d'être un mensonge.
- Maintenant, la réalité du danger dans lequel je me trouve m’a brutalement rendu ma lucidité. Je suis conscient de ce qui doit être fait je suis conscient du danger que ce cadavre représente pour moi.
- Je me suis toujours demandé pourquoi le blasphème séduisait tant. Maintenant je comprends. C'est une manière de faire descendre le Tout-Puissant jusqu'à notre niveau.
Éditions : Gallmeister. Americana. (2019).
Titre original : Dry County (2019).
Traduit de l'américain par Sophie Aslanides
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Sans lendemain.
L'homme posthume.
L'enfer de Church Street.