L'enfer
L’enfer de Church Street.

Jake HINKSON.
Note : 4,5 / 5.

Une église d’enfer.
Écrivain américain que je découvre avec ce roman, fils de prêcheur baptiste. Il parle donc dans ce roman d’un monde qu’il connait bien.

Récit en trois parties, «  Les méchants et les termites », « L’enfer de Church Street » et « Le pire homme de la terre ».
Un homme, licencié de son travail, braque un automobiliste et sa voiture. Celui-ci n’oppose aucune résistance  et même collabore. Il est prêt à donner tout son argent et son véhicule si son agresseur le conduit à Little Rock en Arkansas et écoute sa confession durant le voyage.
L’homme se nomme Geoffrey Webb et raconte son histoire. Homme d’église il avait trouvé un travail à l’Église Baptiste pour une Vie Meilleure. Sauf que pour lui, c’est plutôt avec l’enfer qu’il avait rendez-vous. La cause de tous ses malheurs, Angela Card, la fille du pasteur qu’il devait seconder. Mineure, elle n’est pas une beauté :
- Elle n'était pas jolie, mais pas laide non plus. Elle avait besoin de perdre du poids, vingt-cinq ou trente kilos, peut-être plus, mais elle était encore en bonne santé et jeune, et à sa manière, mignonne.
Et pourtant ce fut le coup de foudre. Un coup de foudre dévastateur.
Ils perdent leur virginité ensemble, la vie pourrait être belle sauf que le shérif est au courant de cette relation et qu’Angela a moins de seize ans ! Le représentant de l’ordre qui n’est pas des plus honnêtes lui propose un marché : son silence contre une enveloppe qui se trouve dans le bureau du pasteur. Ces documents concernent l’héritage d’une vieille femme, très riche récemment décédée.
Mais Sœur Card le surprend ; dans la panique il la tue… puis il envoie son époux la rejoindre, pour tenter d’effacer le maximum de preuves et sachant Angela absente pour la nuit, il met le feu à la maison !
Noris, le shérif, est fou furieux ; alors entre eux commence une partie de poker menteur, l’un dépendant du silence de l’autre et réciproquement ! Chacun a une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.
Angela a une attitude étrange à l’égard de Geoffrey, lui demandant son emploi du temps la nuit de l’incendie.
La fuite en avant de Goeffrey sera pavée de mauvaises intentions et de cadavres.
Geoffrey Webb cherche la rédemption dans un long monologue en forme de confession…
Angela Card, loin d’être une femme fatale, va malgré elle, être le catalyseur qui va déclencher la mort de plusieurs personnes dont son père et sa mère. 
Le sheriff Noris, corrompu et abusant de ses prérogatives, règne sur la ville, ouvrant ou fermant les yeux, suivant si cela peut ou non servir ses intérêts personnels.
En arrière-plan, les membres de l’Eglise Baptiste et leur lutte pour la direction de la confrérie !
Sur la quatrième de couverture et dans la présentation de ce roman sur le site de la maison d’édition « Gallmeister », il est question de Jim Thompson. La filiation est, pour moi qui suis en train de lire ou relire cet auteur, évidente, une simple phrase le prouve :
- Me sentis-je coupable ?
Question que l’on pourrait retrouver dans plusieurs romans de Jim Thompson. Des êtres qui par amour ou par cupidité sont dépassés par les évènements qu’ils provoquent, ici Geoffrey Webb.

Extraits :
- Je vais vous dire pourquoi je vais aller en enfer. Vous vous rangerez rapidement à l'idée que je le mérite.
- Celui qui n'arrive pas à faire de l'argent dans le business de la religion n'a vraiment rien compris.
- Sans attrait, grosse, elle errait au milieu des gens de son église sans toucher personne. Silencieuse, elle gardait la tête baissée.
- Mais à l'instant où nos mains se touchèrent, je fus embrasé d'un désir irrésistible pour elle. Comment puis-je l'expliquer ? Elle n'était pas jolie, et elle n'était pas vêtue de manière suggestive.
- L'une était une fille noire, grosse, dont la peau avait la couleur du pudding au chocolat, et l'autre était grosse, blanche boutonneuse, avec une peau comme un pudding au tapioca.
- Mes hormones étaient déchaînées, une vraie orgie. Je le jure devant Dieu, c'était comme si j'avais seize ans.
- Il leva les yeux et me regarda par-dessus ses lunettes.
- Au revoir, Monsieur le mort.
- Nous ne sommes pas vraiment dans la petite maison dans la prairie, Frère Webb.
Éditions : Gallmeister/ Neonoir (2015).
Titre original : Hell on the Church Street (2012)
Traduit de l’américain par Sophie Aslanides.