Armistice
Collectif
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(Choix des textes et coordination de Jean-Marie Laclavetine)
Armistice.
Note : 5 / 5.
C’était il y  a 100 ans…
Les Éditions Gallimard et la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale commémorent le centenaire de l'Armistice de 1918 par la publication de ce très bel ouvrage comportant de nombreuses illustrations d’une grande beauté.

Les auteurs figurant dans ce livre sont (par ordre alphabétique et également celui des textes) :
Aurélien Bellanger, Yigit Bener, Pierre Bergougnioux, Alain Borer, François Cheng, Velibor Colic, Didier Daeninckx, Marc Dugain, Marie Ferranti, Cynthia Fleury, Sylvie Germain, Roger Grenier, Durs Grunbein, Jean Hatzfeld, Stefan Hertmans, Anna Hope, Alexis Jenni, Pierre Jourde, Hedi Kaddour, Carole Martinez, Akira Mizubayashi, Anna Moï, Scholastique Mukasonga, Marie Nimier, Grégoire Polet, Jean-Christophe Rufin, Alix de Saint-André, Danièle Sallenave, Boualem Sansal, Hans Ulrich Treichel, Philippe Videlier.
De nombreux auteurs étrangers (Anglais, Allemand, Japonais, Turc, Bosniaque, Rwandais, Algérien, Hollandais et j’en oublie sûrement) ont participé à cette aventure littéraire. Comment, dans certains pays pas concernés de manière directe, a-t-on appréhendé cette fin de guerre ?
La préface est signée d’Antoine Gallimard.
Dans le texte d’ouverture, il est question de trains. En temps de paix, ce moyen de transport est signe de voyage et souvent de bonheur, mais en période de guerre c’est souvent la mort au « Terminus ». Nous retrouverons plus tard dans « L’esprit de Babette » la grandeur et la misère du wagon où fut signé l’armistice.
Dans le texte « Armistice ? Quel armistice ? », l’auteur nous signale cette phrase biscornue enseignée dans les écoles turques :
-« C'est parce que nos alliés ont été battus que nous aussi, nous avons été déclarés vaincus. »
Paris était la « Reine du Monde » et l’Europe un continent de lumière, les artistes affluaient de tous les coins du monde dans la capitale française.

« Le dos noir » c’est la narration d’un homme, fruit d’un adultère, le mari au front, qui raconte cela à son propre fils. Quel était le choix pour les soldats, être tués, blessés ou estropiés, mais sûrement cocus.
Dans « L’aurions-nous aimé ? », un soldat avoue avoir peur… de la paix à venir ! Car il sait que lui et le monde ont changé ! Un très beau texte !
« Discours posthume » une lettre envoyée de façon posthume à son fils qui ne l’a pas vraiment connu ; il avait 9 ans à la mort de son père.
« L’an zéro de la paix », l’armistice vu d’Alger… mais pas uniquement. Dans ces quelques pages on découvre beaucoup de choses en particulier de Chine !
Qui est le dernier mort de ce conflit ? Cela n’a pas vraiment d’importance mais c’est triste de mourir à quelques minutes de l’Armistice !
On retrouve et l’on parle de nombreux personnages dans ce grand (par la taille et la qualité) livre. Des hommes politiques et des militaires c’est évident. Le général Nivelle y a une place de choix, semble-t-il, bien méritée, un auteur emploie à son égard l’adjectif  «stupide» mais lui est mort dans son lit et pas au champ d’horreur !
De nombreux écrivains sont cités, Victor Hugo, Apollinaire, Blaise Cendrars, Céline et plus surprenant Flannery O’Connor.Je ne peux pas, hélas, les énumérer tous.

Un livre où l’on découvre beaucoup d’éléments ignorés de cette triste époque, celle de « La Grande Guerre ».
Grâce à François Cheng par exemple, j’ai découvert le rôle des chinois dans ce conflit. D’abord embauchés comme ouvriers non combattants, leur statut changeât quand la Chine rejoignit le camp des Alliés. Dans la ville de Noyelles-sur-Mer un cimetière leur est réservé, il contient neuf cent tombes !
Les écritures sont, comme dans tous les ouvrages de ce type, très variées, chaque auteur gardant son style et sa propre perception de cet événement primordial pour le monde entier que fut l’armistice. Mais, ici tous sont de très grande qualité, ainsi que les illustrations noir et blanc ou en couleurs.
Il est très difficile de choisir quels textes je vais commenter car il n’est pas possible de parler de tous ! Et j’ai été plus réceptif à certaines nouvelles qu’à d’autres.
Ce livre se termine par un texte intitulé « Quelles images pour illustrer l'armistice de 1918 ? » par Martine Branland, puis vient une biographie de tous les auteurs présents dans cet ouvrage.
Certains textes ont été enregistrés le 25 octobre par les comédiens de la Comédie Française et seront diffusés le 11 novembre 2018 sur France culture.
Les extraits seront exceptionnellement plus nombreux que d’habitude.
Extraits :
- On peut raisonnablement se demander si on n'en finira un jour avec les séquelles de la Grande Guerre, le désastre de 1918.
- Les horreurs sont supportables tant qu'on se contente de tourner la tête, elles tuent quand on les regarde en face.
- « Ce que nous gagnions en temps de guerre, a déclaré Dobrica Ćosić, écrivain et père du nationalisme serbe, nous le perdons toujours en temps de paix. »
- La faute à Dieu. Fallait pas nous donner la conscience, on n'avait rien demandé. Nous voilà conscients de la mort, sans savoir quoi faire de nos vies. Autant s'entre-tuer, au moins on s'amuse un peu.
- Et c'est vrai que les images de l'Illustration sont prodigieuses. Mais il vaut mieux ne pas lire le texte.
- Cette guerre qui a causé les plus grands dommages dans les pays européens fut la première bataille des nations à l'échelle industrielle.
- S'il est vrai, comme le dit Nietzsche, que seul ce qui nous a fait souffrir, ce qui a marqué notre cher, demeure ancré dans nos mémoires, il en va tout autrement pour la commémoration. Celle-ci ne possède pas cette dimension de douleur personnelle, ou alors à un degré bien moindre.
- A-t-on jamais tenté d'expliquer notre défaite de 1940 par la victoire de 1918 ?
- Ils ne pensaient pas être des criminels, les causes étaient justes–c'est ce que nous leur disions. C'était de braves petits gars, ils étaient crédules.
- Mais personne parmi ces vacanciers ne veut prendre au sérieux l'alarmisme de la presse, qui depuis des mois chauffe les mentalités et parle de conflit.
- Un jour où nous étions seuls en terrasse, il m'a même offert une bière, la même que lui, pour goûter. Grand-mère aurait fait les gros yeux.
L’armistice est signé, la paix n'est pas revenue. La guerre entre les peuples masque la guerre pour la domination, sociale, coloniale. Dans cette guerre-là, il n'y a pas d'armistice.
Éditions : Gallimard (2018). Collection Blanche.
*Iconographie par Marine Branland