Lea carpenter
Onze jours.

Lea CARPENTER.

Note: 4 / 5.

Secret défense.
Découverte de cette jeune romancière américaine dont c’est le premier roman.
Nous sommes à Chadds Ford en Pennsylvanie le 11 mai 2001. Sara décide, pour rompre la routine de l’attente, d’aller courir, et essayer d’oublier cette idée qui l’obsède !

Où est Jason, son fils unique ? Militaire, il est porté disparu quelque part dans le monde. Ce qui est loin d’être une nouvelle réjouissante… des nouvelles qu’elle aimerait enfin avoir. De préférence bonnes ou au moins rassurantes.  Jason fait partie des SEAL, troupe d’élite envoyée en mission ultra secrète, secret qui frise la paranoïa pour les autorités militaires américaines.
Sara est ce que l’on nomme une mère célibataire. D’une relation non officielle avec un homme mystérieux, David, est né Jason.  Elle a appris son décès dans un pays du Moyen Orient, et a donc élevé seule ce fils qui sera son unique enfant qui a choisi la carrière militaire, les troupes d’élite, et même l’élite de l’élite. Nous suivons son parcours (du combattant, c’est vraiment le cas de le dire) la dureté des tests, l’élimination impitoyable des plus faibles, la cruauté de la formation, l’humiliation que ressentent ceux qui abandonnent en chemin, fatigués et brisés.
Jason a réussi tout cela et brillamment et d’un enfant surdoué, il est devenu un guerrier. Du giron de sa mère, il passe dans le giron des forces spéciales, une nouvelle vie s’ouvre pour lui.
Mais pour Sara, les heures d’angoisse commencent… elle ne maîtrise plus la vie de son enfant !
Nous voyageons énormément avec ce récit, dans différents lieux aux États-Unis (parfois dans des camps d’entrainement militaire) et à l’étranger.

L’ordre chronologique n’est pas respecté car l’action (je devrais plutôt dire les actions) se déroule sur plusieurs années. Mais elle commence à Chadds Ford en Pennsylvanie le 11 mai 2011 pour se terminer au même endroit fin mai de la même année.
Nous faisons également un historique des interventions américaines de par le monde, interventions pas souvent couronnées de succès et très lourdes en pertes humaines. Le chiffre de un million trois cent quarante-trois mille huit cent douze est cité, ce qui paraît peu, comparé au chiffre des pertes européennes.
En fin de livre un glossaire des abréviations militaires employées est le bienvenu, car si nous en connaissons certaines comme SEAL, sans trop savoir ce que cela signifie, d’autres nous sont absolument étrangères comme SOG, MBITR ou, et je garde celle-ci pour la fin, DEVGRU !
Extraits :
- Au cours des premières missions, les pairs de Jason se sont délestés de leurs illusions, une par une. Une fois que vous avez vu un homme se faire tuer à bout portant, vous ne verrez plus jamais les choses de la même manière.
- Tu as un don pour ce que tu fais. Et Dieu ne distribue pas beaucoup de dons. Les hommes élevés par des mères seules ont tendance à avoir une haute opinion d'eux-mêmes.
- C'était le problème de la « clôture de piscine », que toute mère connaît bien : la confiance dans une protection visible fait augmenter la probabilité de défaite.
- Manquait-t-il à ces histoires de guerre contemporaine la grandeur et l'ampleur des précédentes ? Sadr City n'était pas la Somme. Cela revenait à comparer Mad Max à Madame Bovary.
- Mais l'absence d'attente est une ruse qu'on l'a entraîné à pratiquer. Le désabusement relatif de la jeune fille et l'optimisme relatif de Jason se repoussent violemment, tels des champs magnétiques opposés.
- Que faisait-il là-bas ? Que lui ont-ils fait, et qui sont ces « ils » ? Elle n'arrive pas à penser clairement.
Éditions : Gallmeister / Collection Americana (2018).
Titre original : Eleven Days (2013).
Traduit de l’américain par Anatole Pons.