Fanch

13 nouvelles cruelles de Bretagne*.
Fañch REBOURS
.

Note : 5 / 5.
Ainsi va parfois la vie…
Auteur que je découvre avec ce recueil de nouvelles. Professeur de breton, c’est en plus quasiment un voisin si je me base sur mon lieu de naissance. En effet il est né à Paimpol, enseigne le breton aux enfants du Goëlo et réside à Lanloup. Il est auteur de trois romans policiers (chez le même éditeur) et d’un roman « Transport(s) » aux éditions de la Gidouille (que je salue au passage).
Cerise sur le gâteau, ce livre est dédié à Hervé Jaouen et préfacé par un autre écrivain de Bretagne, Alain Emery.
Treize nouvelles comme le titre l’indique :

Funèbres. La famille mobylette. Des petits cochons. Radar. Au couteau. 4+1=1. Home Jacky. Une pensée de Pascal. La pédophobe. Téléphone. Blanchard et les sept chiens. Le corbeau de Guingamp et Adultère sémantique.
« La famille mobylette »
Un musicien joueur de biniou se retire dans une chapelle pour préparer et enregistrer un disque. C’est un retour aux sources. Le son est excellent, seul bémol… une famille qui se déplace en mobylette. Pour la pureté du son, le mélange des deux, pétarade et biniou sont peu compatibles.

Dans la fratrie il y a Rosa qui n’a pas froid aux yeux mais le feu au cul…
La fin sera tragique !
« Radar ». Quand vous êtes pressé et que vous êtes verbalisé par un gendarme tatillon mais droit dans ses bottes, il y a de quoi être en colère surtout qu’au bout du compte vous êtes en retard. Dans la seconde partie de la nouvelle, trois personnes sont sur la plage, un homme, le narrateur qui, tel Jack Kerouac à Big Sur, veut écrire au bord de mer, un jeune homme véliplanchiste enchaînant les figures et une femme le photographiant. L’accident qui devait arriver arriva… La vengeance est paraît-il un plat qui se mange froid mais peut aussi se consommer dans le lit d’une chambre d’hôtel !

4+1=1. Rassurez-vous, bonnes gens, ce texte n’est pas un traité de mathématiques erronées ! C’est même une de mes nouvelles préférées. Cela commence par une novice enceinte. Péché à peine atténué par un mariage forcé avec le fornicateur et un renvoi immédiat. Les années passent ; nous rencontrons Bernadette, fille de joie dans un restaurent nantais, Quai de la Fosse. Du plaisir et de la joie,  elle en donne, elle a deux passions, les desserts et les hommes. Après le repas, elle peut être, contre rétribution, le digestif.
Le narrateur a gouté à ce divin nectar. Un jour de manifestation nantaise il espère offrir le digestif à son ami Bernard, mais il y a un tirage au sort car il y a plusieurs amateurs ce soir-là…
J’ai l’impression de bien connaître culturellement ce narrateur, même passion pour la culture bretonne, même lecture « Comment peut-on être Breton » de Morvan-Lebesque, plus Xavier Grall que Jaskez Hélias, Servat, Glenmor et Stivell pour la musique.
Le corbeau de Guingamp : Dans ce texte, la ville de Guingamp est un exemple de tolérance, mais toute tolérance a ses limites. Un homme marié entretient une relation ambiguë, le football lui sert de prétexte, mais un corbeau veille.
« Adultère sémantique ». Un peu d’humour, un auteur est dragué par une de ses fans… ce n’est pas prudent un rendez-vous nocturne sur le parking de l’ancienne école de Kerity. Et de là c’est parti pour une balade qui devrait être touristique, Plouezec, la pointe de Minard, ce que fait dire à Fañch Rebours :
-Elle est la plus belle femme du monde posée sur le tableau paysager du plus beau coin du monde.
Pour la femme, je ne peux pas dire car je ne la connais pas, mais pour le paysage je suis absolument d'accord.

Des femmes et des hommes que la vie n’épargne pas, certains s’en sortent mieux que d’autres. Certains sont sympathiques d’autres odieux. Comme dans le monde réel. Un patron des pompes funèbres escroquant les familles en deuil et pensant que le droit de cuissage est encore un dû.  On croise un gendarme borné ou une mère alcoolique qui par ses paroles sous l’emprise de la vodka détruit l’avenir amoureux de son fils.
On rencontre aussi des militants qui œuvrent pour une Bretagne réunifiée. On croise aussi un bon père de famille qui s’est saigné aux quatre veines en saignant des dindes dans un abattoir, mais le monde moderne et le capitalisme sauvage se moquent des hommes et des femmes laissés sur le carreau, alors que reste-t-il ?

Il est question du monde agricole dans : "Des petits cochons", du travail dans les abattoirs dans « Home Jacky », d'un certain enfermement culturel dans le Ker Breizh dans le très beau texte « Blanchard et les sept chiens ». Et cela se termine toujours mal !
Pour être cruel, c’est parfois cruel, mais on trouve, rarement c’est vrai, un petit rayon de soleil dans l’histoire de Bernadette et de Bernard par exemple. Il est vrai que la morale n’est pas toujours respectée, mais dans la vie de tous les jours, non plus.

Une découverte.
Extraits :

- Elle avait un besoin permanent de satisfaire son goût de paraître, d’exister toujours mieux aux yeux de ses congénères.
- Nous étions chez nous, nous étions increvables, nous avions vingt ans.
- Dans un monde idéal de compromis, un panneau de soixante-dix aurait satisfait chaque partie. Mais nous ne vivions pas dans un monde de compromis.
- Bernadette fut, pendant plus de trente ans, en son alcôve sise au troisième étage d'un immeuble du Quai de la Fosse à Nantes, l'infirmière des cœurs et des corps nécessiteux de la capitale bretonne.
- Moi, je suis délinquant. Enfin, j'étais. J'ai pris ma retraite. J’ai dix-neuf ans.
- Commune de deux cents âmes, à la croisée de trois départements en plein Kreiz-Breizh, La Croix assumait son étymologie au propre autant qu'au figuré.
- Il fallait, bien entendu, si nous voulions sauver la langue du pays, l'aider à regagner une portion du rôle social qu'elle avait perdu en raison d'un abandon générationnel et de politique volontariste de dénigrement.
- Mais si ! Vous trouverez bien un mensonge je vous fais confiance. Vous êtes écrivain. Soyez créatifs dans votre vie aussi ! (Elle se moque de moi.) À demain ?
Éditions : Astoure (2017). Nouvelles noires.
* Préface d’Alain Emery.