Mogelson Luke
Ces morts heureux et héroïques.

Luke MOGELSON.
Note : 3,5 / 5.
Après la guerre…
Première œuvre de ce jeune auteur américain. Militaire, il a été basé en Afghanistan, puis comme reporter pour le New-York Times, il a couvert le conflit syrien. Que certaines morts soient héroïques, cela me semble évident, par contre qu’il y ait des morts heureux, c’est une question sans réponse !
Recueil de dix nouvelles :
Cap au lac ; Du bar ; Nouvelle directive ; En temps de paix ; Un pays magnifique ; Visites ; Gamins ; Proche est le port ; Un cri humain  et Éclipse solaire totale.
« Du bar ». Un homme, Jim, pas le bienvenu chez son épouse, part et vole le chien de la famille ! Son fils vient le voir, ils vont ensemble au restaurant…
« Nouvelle directive ». L’Afghanistan sert de décor, la guerre de prétexte, et les dommages qui en résultent. Collatéraux ou pas !
« Un pays magnifique ». Tous les pays peuvent être magnifiques en temps de paix. Mais quand la guerre les ravage, c’est une autre histoire. Un transport de fond peut y être attaqué, comme au bon vieux temps des diligences.
« Visites ». Une femme, Jeanne, fait des kilomètres en voiture pour voir son fils en prison. Elle apprend les us et coutumes du monde carcéral, et se lie d’amitié avec d’autres mères ou épouses.
« Proche est le port » est comme son nom l’indique la seule aventure marine. Qui bien entendu se terminera plutôt mal !
« Éclipse solaire totale » qui termine cet ouvrage se passe en Afghanistan, on y fait la connaissance d’un Français… pas reluisant le personnage ! On rencontre aussi la naïve Sue Kwan, qui malheureusement y laissera la vie.
Essentiellement des personnages liés de près ou de loin au monde militaire. Un homme tente de joindre une femme au téléphone, mais cela se termine au poste de police après un accident de la route. Et de curieuses rencontres. Un homme pour qui le temps de paix n’est pas celui de la paix des ménages. Feldman n’a rien d’un militaire, ancien professeur, une déception amoureuse, le départ de son épouse, il pourrait être sous-officier, mais il est simple soldat, ce qui ne va pas sans inconvénients pour lui. Des braconniers chassant l’ours, pendant que des fermiers élèvent des porcs.
J’ai un avis mitigé sur ce livre, les fins n’étant pas, à mon goût, toujours à la hauteur des histoires qui elles, sont très souvent déroutantes.
Extraits :
- Au final, Bill était comme Lilly, comme tout le monde. Les gens qui ne respectaient pas le pacte des rapports humains.
- Mon père nous attendait sous le porche. Aujourd'hui j'ai du mal à me rappeler qu'alors c'était un jeune homme. Il avait à peine trente ans.
- Avant nous, c'était une unité polonaise qui tenait la région. Quand on avait atteint l'avant-poste, on les avait trouvés en état de siège.
- C'est ça que vos hélicoptères ont apporté ? Demanda-t-il. Du chocolat et des chaussettes ?
- Mais au fur et à mesure que passaient les mois, je remettais sans cesse à plus tard les retrouvailles avec ma femme. J'étais bien comme ça.
- À plus d'une occasion, Healy a entendu des hommes et des femmes blancs qualifier ce pays de magnifique. Regardant le paysage il pense à la façon dont lui-même réagirait si on lui demandait de le décrire.
- Je me sentais trahi. Ne comprenait-il pas que, gros comme il était, Kahananui aurait déclenché cette putain de bombe même s'il avait été nu comme un ver et affamé ?
- Je connaissais ce Français. Il travaillait dans les pierres précieuses ou les pièces d'hélicoptère ou quelque chose dans le genre, et c'était un alcoolique imprévisible et dangereux. Conséquemment, bien que le Français fut en train de polluer la salade de tomates avec ses ongles sales de Français et même ses phalanges poilues de Français, j'avais fait comme si de rien n'était.
Éditions : Gallmeister/ Americana (2018).
Titre original : These heroic, happy dead. (2016).
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt.