Wilson Jerry
Prière pour ceux qui ne sont rien.
Jerry WILSON.

Note : 4 / 5.
Paroles de marginaux.
Je dédie cette chronique à Emmanuel Macron, notre président, enfin celui des très riches, de la part d’un lecteur qui n’est rien. En plus, tare suprême, je suis Breton, ce peuple de mafieux français dont les femmes sont illettrées !
Auteur américain né à Boise dans l’Idaho que je découvre avec ce roman de 14 chapitres.
Une courte introduction nous raconte les évènements qui ont inspiré l’écriture de ce livre. Le nettoyage d’un parc après un match de football américain à Denver et la découverte d’un cubitainer, non ouvert de vin rouge, qu’il donne à un nommé Tom, qui devient le personnage de « Weatherby ».
Boire et déboires d’humains squattant les lieux publics d’une ville américaine.
Dick Swiveller travaille (et semble-t-il, c’est le seul des personnages de ce roman). Il œuvre dans les parcs de la ville. Il en assure l’entretien, et il discute avec les marginaux qui hantent les lieux.

Beaucoup de monde dans les parcs municipaux de cette ville de l’Idaho. L’auteur sans prendre de gants les décrit ainsi, ce sont des êtres abîmés par la vie, des dingues, des alcoolos, des paumés, des losers, des clodos et des gardes forestiers.
Des êtres pour qui j’ai moi-même une certaine tendresse, et que j’aime retrouver dans certains ouvrages.
Beaucoup des situations de ce livre sont sordides ou alors dramatiques. Mais parfois elles côtoient le ridicule comme dans le chapitre « La môme noix de coco » où un couple de lointains cousins fait exhumer une femme décédée depuis quarante ans, pour récupérer une bague de grande valeur qu'elle porte à son doigt.
Dick Swiveller résume avec humour sa carrière à la fin de ce roman :
-
Il lui semblait parfait que tout ce qu'il avait récupéré durant ces années de boulot au département des eaux et forêts prennent fin avec une collection de sexes-toys crados.

Il faut dire que sa carrière ne fut pas de tout repos. Il fut rétrogradé au service de l'entretien des cimetières, puis il finit par donner sa démission.
Étrangement j'ai plus retenu les personnages de ce livre, que les situations dans lesquelles ils tentent de survivre avec un minimum de moyens.
Un des plus attachants est Weatherby, avec son petit chien Ernie, philosophe perdu dans un monde de rustres.

Quelques femmes parmi ces ombres, Naxine, Fern qui vit avec Roy dans la crasse la plus absolue, Sister Christian et Nikki Six, son nounours rose. Rita qui fabrique des cages à oiseaux avec tous les objets de récupérations qu’elle trouve, mais c’est aussi l’infirmière des laissez pour compte des environs.
La quatrième de couverture mentionne que Jerry Wilson est l’héritier de Ginsberg, Bukowski et Steinbeck. C’est, je crois, exagéré, c’est un livre à la lecture un peu difficile, mais que j’ai bien aimé.
Extraits :
- Pour obtenir ce que l'on veut, faut bien faire quelques courbettes et ramper de temps en temps.
- Son haleine était chaude et nauséabonde, comme si on avait lâché un pet devant un radiateur électrique.
- Ce connard de Lester Rood méritait bien qu'on le zigouille, si vous voulez mon avis, dit Toby.
- Il était d'une maigreur squelettique et pâle comme un cadavre passé à l'eau de javel.
- Il avait lu son exemplaire fatigué du Festin nu dans la salle d'attente et la persistance de ces images dans son esprit rendait le décor encore plus hallucinant et cauchemardesque.
- Inutile de dire que Fern et Roy y étaient autant à leur place que des étrons dans un bol de sangria.
- Les mécènes étaient toujours des emmerdeurs.
- Quarante dollars et trente ans de tôle, dit Roddy, cueillant une boule de sécrétion au coin de son œil. Cela m'avait paru un bon plan, à l'époque.
Éditions : Serpent à Plumes (2018).
Titre original : A Kind of Kaddish ( 2015).
Traduit de l’anglais (USA) par Sébastien Doubinsky.