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Bleu horizon.
Valérie BRUN.

Note : 4 / 5.
Dommages collatéraux
Premier roman de Valérie Brun que je lis. Elle est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles que j'ai particulièrement appréciés et chroniqués sur ce blog.
Une famille française prise dans la tourmente de la Grande Guerre, celle de 1914/1918. Jean, l'ancien instituteur du village, est revenu de la guerre. Il retrouve Emma, son épou
se, également institutrice dans un petit village du pays de Tullins. En plus de ses blessures physiques, il paraît évident à Emma que Jean est plus atteint encore moralement ! Quel secret cache-t-il ?
Jean se dérobe, la nuit il hante les rues de la ville créant autour de lui un climat de suspicion pour ne pas dire de peur. Emma est désemparée, elle essaye de comprendre, incitant son mari à reprendre son poste d'instituteur, ne serait-ce que pour quelques élèves. Mais il semble que le reste de la population ne soit pas d'accord. Durant ces longues périodes de solitude et de dépression, Jean se remémore le temps passé dans les tranchées. L'horreur de la guerre, la mort du lieutenant Neyret, et son remplacement à leur tête par le capitaine Leblanc, homme détesté s'il en
était. Homme pleutre incapable, mais arrogant et cassant. Jean, avec son ami Guillaume Goriot, ont élaboré un plan : se blesser mutuellement. Mais les oreilles de Leblanc traînaient dans les environs et la sentence fut aussi terrible que vicieuse. Guillaume y perdit la vie. Chose que son père reprochera à Jean, à qui il vouera une haine profonde.
Emma se sent bien seule pour gérer la vie quotidienne de sa famille, des enfants de son école, sous le regard désapprobateur de beaucoup des habitants du village...
Les personnages sont des gens ordinaires, habitants d'un village de la France profonde avec leurs qualités et leurs défauts, qu'accentue
nt les temps troubles des périodes de guerres.
Emma, l'épouse, femme de tête, sorte d'insoumise avant l'heure. Son combat de tous les jours est admirable. Jean, son époux, est traumatisé dans son âme et dans sa chair, aucun retour de l'enfer n'est sans conséquences. François, le frère de Jean,
a un rôle pour le moins ambigu. Il semble très amoureux de sa belle-sœur, est jaloux que son frère, lui, ne remonte plus au front. Deux narrations se côtoient dans ce récit, mais comme Emma et Jean pendant un très long moment, elles ne se rencontrent pas vraiment.
Un très bon roman sur un sujet peu abordé, la vie d'une petite communauté durant un conflit.
Extraits :
- Malgré les recommandations d'Emma (je peine toujours à l'appeler mon épouse ) impossible d'abandonner cet état d'esprit qui était le mien, là-bas.
- Il ne faudrait pas qu'il découvre la vérité à propos de la mort de son fils.

- Au fil des courriers, les mots tendres laissaient davantage place à la description des conditions de guerre. L'usure morale et physique apparaissait clairement, c'était d'ailleurs étonnant que les censeurs n'aient pas biffé certains passages.
- L'heure de la curée approche.
- Une enquête serait peut-être ouverte, les causes de mes troubles risqueraient de devenir publiques m'exposant davantage à l'infamie.

- Emma découvrit là un monde qui lui était étranger, un langage fleuri, viril et amical.
- Cette boucherie entraîne vers des actes parfois héroïques, parfois lâches. Je ne le juge pas, je m'y refuse.
- Après des années de deuil et de cauchemars, après tant d'enfants, de pères et des
époux enterrés, chacun trouvait là l'occasion d'exprimer une rage et un chagrin si longtemps muselés.
-Des visions cauchemardesques défilaient devant les yeux du spécialiste indigné.
Éditions : Zonaires Editions. (2017) .
Autres titres de cet auteur sur ce blog :
Les papillons noirs .
Le sort en est jeté.