Un Yankee

Un Yankee au Canada.
Henry David THOREAU.

Note : 4/5.
Marcher et découvrir.
Depuis des années j’ai envie de retrouver mes lectures de jeunesse et Henry David Thoreau était un de mes écrivains préférés. La version que j’ai de « La désobéissance civile » date de 1968. Je pense que c’était l’époque qui voulait cela. La découverte des auteurs américains, Kerouac en tête. Puis Henry Miller et bien d’autres.
Cet ouvrage commence par une préface de Simon Le Fournis, également traducteur du texte.

Nous ne nous rendons plus bien compte maintenant de l’importance de ce genre de voyage à l’époque où ce livre a été écrit. Départ, le mercredi 25 septembre 1850. Prix du voyage Concord-Québec, 7 dollars aller-retour. Distance de Boston cinq cent dix miles (environ 810 km). On peut se poser la question du pourquoi de la participation de Thoreau à ce voyage « organisé » de 1500 Américains dans le bas Canada ?
Le récit de ce périple est divisé en cinq chapitres : « De Concord à Montréal » , « Québec et Montmorenci »(avec cette orthographe!), « Sainte-Anne », « Les Murs de Québec » et « Le passage du Québec et le Saint-Laurent ».
Périple extraordinaire d’une semaine d’abord en train puis à pieds… !
Et toujours semble-t-il un carnet à la main.
Dans ce récit il paraît évident que Thoreau n'était pas que cet auteur casanier que l'on aurait pu penser à la lecture de Walden ou la vie dans les bois.
Thoreau a parfois la dent dure pour les Canadiens français dont il dit qu'ils sont à certains égards incroyablement arriérés. Mais par contre il leur reconnaît d'autres qualités que l'on découvre au fil du récit.
Il note également la très grande religiosité catholique des Canadiens français.
Il constate aussi que la soldatesque est très présente dans les villes, une autre surprise également ; une visite chez un cordonnier pour échanger l'argent américain pour des devises anglaises ?
Un ouvrage où foisonnent les descriptions de la nature, de cette très belle écriture qui caractérise Henry David Thoreau. Ce livre fut publié à titre posthume quatre ans après le décès de Thoreau.
Un auteur que je me plais à redécouvrir.
Extraits :
–Je crains fort d'avoir peu de choses à dire sur le Canada, n'en ayant pas vu grand chose. Tout ce que j'ai attrapé en allant là-bas, ce fut un bon rhume.
–Force m'est de le reconnaître, ces catholiques romains, les prêtres autant que les fidèles, me font l’impression d'un peuple qui est encore très loin de mettre en concordance sa vie et le sens de ses symboles. Comme si un bœuf avait échoué dans une église et essayait de réfléchir.
–Je ne désire rien tant qu'un bon mot. Le nom d'une chose peut aisément signifier davantage à mes yeux que la chose elle-même.–Nous deux nous considérions nulle part chez nous, sauf à l'endroit où se trouvaient notre parapluie et notre baluchon.
–Le poêle était indéniablement un article très important dans l'ameublement du Canada et continuait de servir pendant l'été. Sa taille et le respect qu'on lui témoignait en disaient long sur la rigueur des hivers qu'il avait vus et surmontés.
–D'aucuns ont fait remarquer que les Canadiens français n'étendent ni ne perpétuent leur influence. Les Anglais, Irlandais et autres émigrants, qui ont établi les villes, s'avèrent avoir imité les colons américains et non les Français.
–Si le Canadien manque d'énergie, il possède en revanche ces vertus, sociales et autres, qui font défaut au Yankee, raison pour laquelle on ne peut le tenir pour un pauvre hère.
–Le conducteur, comme d'habitude, ne parlait que le français. Le nombre de ces véhicules est très grand pour une ville aussi petite.
–Bref, les habitants du Canada semblaient pris entre deux feux–la soldatesque et le clergé.
Éditions : La Part Commune. (2006) .
Titre original : A Yankee in Canada (1866) .
Traduit de l'anglais par Simon Le Fournis
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
La désobéissance civile suivie de Plaidoyer pour John Brown.