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Amerika Blues.

Louis BERTHOLOM.
Note: 4 / 5.
Amérique des illusions perdues ! 
Il est toujours difficile de parler de l’œuvre de quelqu’un que l’on connait, surtout, en sachant pertinemment que nous avons très souvent les mêmes goûts littéraires. 
Nos rencontres et nos discussions se déroulent autour de l’œuvre de Kerouac et autres écrivains de la Beat-Generation.
Suite de textes, mêlant poésie ou prose.
De la Floride à la Bretagne en passant par le Québec, de Jack Kerouac à Aimé Césaire, de Rosa Park à Janis Joplin, du poète amérindien, Lance Henson, à Charles Bukowski, des coups de cœur ou des coups de gueules ! 
Mais jamais d’indifférence envers des gens avec leurs qualités énormes, mais aussi leurs faiblesses. 
Dans un préambule de cinq pages, l’auteur nous explique comment lui est venu ce goût de l’Amérique. Comme beaucoup d’entre nous à l’époque la lecture de livres illustrés (pas des BD, mais de petits ouvrages bon marché que l’on pouvait facilement cacher dans son cartable !) les héros Bleck Le Rock ou Kid Carson ! On ne peut rester indéfiniment des gamins, alors on passe à la musique américaine, à son cinéma et à sa lecture. 
Surtout la contre-culture, la marginale, les Burroughs, Ginsberg, Bukowski (Hank, titre du poème que Louis consacre à cet auteur) et surtout Kerouac, solidarité bretonne ?
Livre 1 : Et la route…
Omniprésente, long déroulé de bitume dans la Floride éternelle mais que rattrape la modernité et surtout le fric roi là-bas aussi, surtout là-bas :
- Miami, ville de vioques friqués.
Hommage à Rosa Park qui un jour en Alabama refusa de se lever pour laisser sa place à un homme blanc, un peu de musique avec l’évocation de deux monstres sacrés, dont Woody Guthrie et cette inscription sur sa guitare :
- Cette machine tue les fascistes.
Puis dans les références musicales vint Janis Joplin :
Lionne frêle goulonnant la Southern Confort.
Autre référence au cinéma et à la musique qui me touche particulièrement :
Maheo. Grand esprit. En référence au film « Dead Man » de Jim Jarmush (1995) avec Johnny Deep sur une musique exceptionnelle de Neil Young. 
Livre 2 :
« Stèle pour Kerouac » termine cet ouvrage. Xavier Grall avait de son temps écrit un très beau livre qui avait pour titre « Stèle à Lannemais ».
Quelques poèmes, « Ange de Feu » ange déchu, ange de la désolation, ange tu ne l’étais sûrement pas, mais tu ne le revendiquais pas ! Tu t’es battu contre l’image que l’on voulait te faire porter… « Roi des Beatniks » couronne trop lourde à porter… sous le poids tu as cédé !
Puis une très belle « Lettre finistérienne à Jack Kerouac », un texte profond qui rend aussi hommage à Xavier Grall à travers ces quelques lignes tirées de « Kerouac Song »:
- Il y a un barde qui s’en va, il y a un barde qui s’en vient.
Extraits :
- Le roman « Sur la route » et « Les clochards célestes » de Kerouac m'ont révélé la Beat Generation et la liberté de l'errance dans toute sa splendeur et sa déchéance.
- Au bout de la route 66
dont tu étais le pré-beatnik,
maigre et souriant
marchant vers la lumière.
- Soûlographe lumineux
loin des obscurantismes de tous ordres
des mièvreries de salon,
vieux dégueulasse des nuits glauques
de Los Angeles.
- dans la mouvance des sables
l'île clame à la mer
sa liberté.
- le temps est souple,
a nonchalance se dilue
dans les sourires, les regards inquisiteurs.
- Moi le Breton dont on a extirpé la langue
avant même la naissance,
- Jack Kerouac, beatman zen,
« désespéré lucide », idéaliste
a rempli son sac d'amitié.
- Puis tu as rencontré à New York, notre Grand Youenn Gwernig et tu as naturellement lié une amitié solide avec celui qui restera ton frère de sang au-delà des temps dans la personnalisation de ton rêve armoricain.
- Moi aussi j'écoute les poissons de la mer parler breton... et les saumons filer leur ultime mémoire, sublimer leur mort.
Éditions : Éditions Sauvages/ Collection Askell (2009)