Les fantômes
Les fantômes de Belfast.
Stuart NEVILLE .

Note : 4 / 5.
Compte à rebours mortel !
La littérature policière irlandaise est-elle l'ultime secteur intéressant de cette dernière ? En toute connaissance de cause, je pense que oui et après Ken Bruen, Sam Millard, Adrian McKinty, Eoin McNamee et quelques autres, Stuart Neville ne dépareille pas au palmarès.
«  Les Suiveurs » sont douze comme les Apôtres, ils hantent les nuits de Fegan, qui n'est plus que l'ombre de lui-même, seule l'alcool lui vient en aide et encore, il faut beaucoup d'alcool.
Gerry Fegan, tueur de l'IRA, vit mal la « Paix des armes », son sommeil est hanté par la présence de douze personnages qu'il a tués.....pour que lui aussi retrouve un sentiment de paix, il décide de tuer les commanditaires de ces meurtres qu'il a pourtant lui-même exécutés.
Alors consciencieusement guidé par ces ombres qui disparaissent, leurs vengeances accomplies, il va traquer ses anciens amis....tout en gardant apparemment son ancienne appartenance. Il tue Michael McKenna mais assiste à son enterrement, où il est accueilli avec les honneurs dus à son rang passé et à ses années de prison. Au cours de la cérémonie, il remarque une grande et belle femme blonde qui ne semble pas la bienvenue. Poussez pas les « Suiveurs », il continue son œuvre mortelle, mais ses anciens amis commencent à le soupçonner....que le plus rapide l'emporte....
Marie McKenna est un des rares personnages féminins de ce roman. Catholique, membre d'une famille républicaine, elle a eu une fille avec un policier protestant....ce qui n'est pas la meilleure manière de retrouver le giron familial...quand Gerry abat son oncle, elle n'est pas des plus chagrinée...et l'aidera tout en ne perdant pas ses intérêts de vue.
Mc Ginty et Bull O'Kane sont, vers la fin du livre, les deux figures contrastées, opposées et pourtant complémentaires du problème de l'Irlande du Nord actuel. L'un est un politicien arriviste, cynique, costume, cravate et grosse voiture, l'autre est un combattant, homme de la campagne tueur et truand aussi, l'un et l'autre sont très loin de leurs idéaux, uniquement guidés par la puissance et l'argent.
La manne monétaire venant d'Angleterre ou d'Europe explique les luttes d’influences entre les deux communautés religieuses et également à l'intérieur de chacune... Le parlement de Stormont doit fonctionner même au prix des pires arrangements...
Un livre violent fait de fureur et de sang, j'ai été un peu déçu par la fin un peu trop « Règlement de compte à OK Corral » dans la tourbière irlandaise à mon goût !
Certains faits et personnages sont bien réels, la boucherie où se tenait soi-disant une réunion de paramilitaires protestants a bien été victime d'une bombe de l'IRA. Le ministre à l'Irlande du Nord Hargreaves a vraiment occupé ce poste....avec un déplaisir évident si j'en crois l'auteur ! Je ne sais si l'épisode de la belle femme bronzée qui lui vole toutes ses affaires est véridique, mais cocasse !
Une chose est sûre, les gangs étrangers sont peu présents en Irlande, il y a ce qu'il faut sur place ! Et très bien organisés et ce depuis des années en troupes paramilitaires !
Dans les méandres de la « Real »politique en Ulster, il faut s'attendre à tout et il arrive encore bien pire.....un panier à crabes impressionnant où tout le monde trahit un peu tout le monde ; Gerry Fegan est le seul ayant un certain sens de la morale, la sienne, mais enfin, c'est mieux que rien.
A lire....ce roman qui fait un peu le pendant catholique de « Le Trépasseur » qui lui traitait d'un tueur protestant.
Extraits :
- Une émeute, c'est un peu comme un incendie. Le feu se nourrit de lui-même et devient très vite son propre maître.
- Mais il ne se sentait pas concerné par la politique. Plus maintenant. La cause pour laquelle il avait tué autrefois n'existe plus depuis longtemps, depuis qu'elle a été récupérée par des hommes comme McGinty et leur soif de pouvoir.
- Il se souvenait de la colère, de la haine, de la pauvreté et du chômage. On n'obtiendrait rien, sinon en se battant. En chassant les Anglais, en prenant le pouvoir aux unionistes, en se libérant par la force. Voilà ce qu'on racontait tout autour de lui, et il y adhérait.
Sauf que l'histoire avait commencé autrement.
- Fegan considéra les neuf Suiveurs qui erraient autour de lui. Les trois Anglais, les deux loyalistes, le flic, le boucher, la femme avec son bébé. À quoi cela servira-t-il ? À remplir les poches de McGinty ?
- La première fois qu'une femme cracha sur ses bottes, il demeura muet est paralysé.
« Rentrez chez vous, connard ! Dit-elle.
Laisse tomber » conseilla le sergent.
- Fegan haussa les épaules. « Ils appellent cela  une "manifestation" de culpabilité. »
- Campbell avait changé depuis la dernière fois qu'il l'avait vu. Plus mince. Les yeux assombris. La mort colle aux hommes qui l'ont donné comme la puanteur d'un abattoir.
- C'était une pratique courante à Belfast. « Manœuvres diverses d'intimidation », selon la terminologie du fric. Des groupes paramilitaires de tous bords agissaient ainsi pour rappeler leur présence à la population. Cela n'avait rien d'original, pas de quoi s'affoler. Sauf pour ceux qui étaient pris pour cible, bien sûr.
- Vous avez déjà tué des gens, dit-elle. Je sais que vous en êtes capable. Il y a quelque chose en vous qui est cassé et qui n'a jamais été restauré.
- Les mur s'ornaient d'images de héros républicains, tel James Connolly et Patrick Pearse. Au-dessus du drapeau tricolore irlandais était accroché une carte de l'Irlande montrant les quatre provinces.
Éditions : Rivages / Thriller (2011).
Titre original : The Ghosts of Belfast (2009).
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