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Paradoxia *
Lydia LUNCH .

Note : 4 / 5.
Sexe (multiple) in the (multiple) city.
Ayant été vacciné (enfin je le pensais) avec « Déséquilibres synthétiques », j'ai commencé gaillardement (et c'est nécessaire) la lecture de ce livre, qui n'est pas réellement à mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles et coincées de tous bords, passez votre chemin ! Pour les autres, je pense qu'il y a deux solutions : on aime ou on déteste ! J'ai aimé même si parfois les scènes de « Sexes» à répétition sont un peu lassantes (mais variées!).
L'auteur, sa vie sexuelle (maintenant je connais), son œuvre (littéraire je commence à connaître) de son enfance à maintenant (enfin en 1997, lorsque ce livre a été écrit) ! Je ne connais pas son œuvre musicale... je vais me soigner.
La vie est belle, copulons avec ardeur ! En réalité elle commence de manière pour le moins sordide cette existence, un père incestueux, mais partageur !
La première phrase du texte donne le ton :
-J'ai été tellement malmenée par les hommes – un homme : mon père- que je suis devenue comme eux.
La fuite est la seule porte de sortie, même très jeune, alors direction New-York, pour un mélange d'alcool, de sexe et de drogue. La prostitution pour subvenir aux dépenses courantes et les squats divers et parfois sordides, pour ne pas dépenser cet argent gagné dans des conditions de violence sexuelle maximum.
Les hommes et les villes défilent, les hommes plus vite d'ailleurs, Los-Angeles, La Nouvelle-Orléans, l'Europe aussi, Amsterdam, Londres et maintenant Barcelone.
La liste des personnages qui d'ailleurs est celle des amants marquants de l'auteur(e) est impressionnante ! Bonjour les fous furieux ! Johnny, l'un des plus agressifs, le sexe et une bataille, un coup de couteau et une tentative de suicide inciteront Lydia à fuir New-York ! Pour Marty, elle quittera L.A. Styn, spécialiste des effets spéciaux, premier européen aux manières si différentes des amants américains, mais guère plus sain d'esprit que les autres.....Avec Smiffy je dirai que le maximum du glauque dans une chambre sordide est atteint.....Arrêtons là le palmarès.
Quelques femmes aussi ont profité des ardeurs de Lydia, seule ou pendant des orgies noyées sous des flots d'alcool et de drogues.
Après une préface de Virginie Despentes et une introduction ( ? ) de Hubert Selby Jr, on sait à quoi s'en tenir et il est toujours temps de lire autre chose!
Après si le lecteur prend le risque de continuer, il découvrira une écriture très réaliste, appelant une chatte une chatte mais ne tombant pas dans la vulgarité. C'est cru, osé, glauque, sordide mais pas moraliste. Une femme qui explique sa vie gâchée par un père incestueux pour qui la seule parade est la fuite de ville en ville. On pense qu'elle devient ce qu'elle qualifie elle-même de prédatrice un peu par vengeance, mais pas uniquement pour cela, car elle a aidé et aimé des hommes pas toujours les plus recommandables. L'amour est aveugle, Lydia Lunch est lucide et surtout honnête avec elle-même, le monde actuel et la vie des déshérités du système américain. Tout en remarquant que tout le monde n'applique pas sa thérapie !
Le goût des extrêmes poussé à ce point est une sorte de fuite intérieure, un reniement de son corps, un témoignage saisissant. Mais combien de femmes (et d'hommes aussi d'ailleurs) n'ont pas pu sortir de la spirale du rejet d'eux-mêmes due à l'inceste subi durant leur enfance.
Extraits :
- Mon but était rarement de mutiler ou de tuer, mais toujours de satisfaire. De me satisfaire. Mes intentions étaient toujours sincères. Envers moi-même.
- Il n'aurait jamais dû me laisser conduire. Je venais d'avoir 13 ans. Je promis de le rembourser avec mon cul. Il se retourna, me dit de rentrer chez moi.
- Priant toujours que l'un d'eux, n'importe lequel, puisse effacer de ma mémoire le souvenir poisseux des mains moites de mon père. Des mains qu'il ne pouvait pas garder dans ses poches.
- De cruels salauds pour lesquels j'avais un faible.
- Sal et Gina baisaient ensemble depuis des années, une baise dont le moteur était la haine.
- New York ne m'a pas corrompu, j'y suis allée parce que je l'étais déjà.
- New York m' offrait le luxe de l'anonymat. Une cour de récréation pour le diable.
- La fin n'est pas un soulagement mais un spasme d'extinction.
- On était des salopes au grand coeur, n'est-ce pas ?
- Tapiner était pour moi l'ultime liberté.
- Et puis merde, je ne suis pas un ange. J'ai toujours été du côté des méchants.
- L'alcool lubrifie la libido et affaiblit la résistance de mes proies. Ouais, comme si les mecs en avaient besoin.
- La plupart des hommes avec lesquels j'ai vécu ont tenté de se suicider au moins une fois. J'étais toujours déçue qu'aucun n'y parvienne. J'ai secrètement souhaité leur mort à tous, un jour ou l'autre.
- Plus nous approchons de la mort plus nous sommes vivants.
- Essayez de rester sain d'esprit à New York, je vous mets au défi. Même l'oxygène est un narcotique, un psychotrope qui accélère le pouls.
- Comme amant, c'était un pasteur tordu, un communiant dévoué, un conjurateur expert, tout cela comprimé dans le corps adolescent d'un artiste dément, empoisonné par les vapeurs d'aérosols. Un mélange intoxiquant.
Éditions : Au Diable Vauvert (2011).
Titre original : Paradoxia (1997)
* bien voir avant la lecture le sous-titre « Journal d'une prédatrice » , et de changer de livre !
Autre chronique de cette auteure :
Déséquilibres synthétique.
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