Les dix petites noires
Ricardo MONTSERRAT.
Comme les femmes en noir,
triste et seule elle m'attendra
.*
Note : 3,5 / 5.
Je ne connais pas cet auteur, mais le thème de la nouvelle noire se déroulant en Bretagne m' intéresse vivement. Ricardo Montserrat, écrivain engagé et homme de théâtre, est né en Bretagne dans une famille de réfugiés catalans. Il anime des ateliers d'écriture un peu partout en France, mais surtout dans les milieux des exclus de la société libérale.
Marie n'a « Rien dit », peut-être qu'elle aurait du, mais elle n'a rien dit, quand son mari est rentré de captivité. Mais elle n'a rien dit encore une fois, alors après c'était peut-être trop tard?
Lucienne, pleure sa jeunesse et sa vie. Son père a été enlevé par la résistance, retrouvé mort après avoir été torturé, par qui? pour quoi? Elle s'interroge et regrette, si j'avais été un garçon....
Anna est une nouvelle qui m'intrigue et qui malgré plusieurs lectures me pose un problèmes de compréhension et de chronologie. Mais ici encore les dénonciations et la mort sont au coin du bois.
Josèph, chrysalide, papillon de la mort, brûle les ailes de ceux qui l'approchent de trop près, et pourtant, comme attiré par sa lumière d'autres fascinés viennent, encore et toujours..... une nouvelle très étrange.
Minie est petite, comme l'indique son surnom, alors elle se donne de la peine pour grandir. On lui parle à l'école des grands hommes d'états, des géants de la littérature, pauvre Minie un jour les Allemands sont venus à la ferme, et elle était toute petite, et bien jeune......
Madeleine est née « déhanchée » en plus elle a épousé un ivrogne, c'est quoi sa vie, « Un chemin de croix » . Mais après un accident son existence devient un calvaire.
Renée, elle ne veut pas grand chose « Deux sous de bonheur », encore faudrait t-'il que cette monnaie ait encore cours, sinon cela risque d'être cher payé. Que dis-je au prix fort!
Marcelle a une soeur jumelle, qui lui prend évidemment tout, l'amour de sa mère, le lait, l'affection etc.... Jeanne devient belle, c'est l'honneur de la famille, mais Jeanne meurt, alors le monde change et Marcelle....
Louise a aimé Valentin, ils se retrouvaient avec tous les jeunes du village aux pieds du calvaire, ils étaient tous les deux nés le 14 février! Amour ou calvaire! Une belle leçon de courage, pauvre Louise, mais elle se vengera, elle ainsi que toutes les femmes bafouées.
Momone est sur scène, elle parade, l'homme de sa vie vient de mourir entre ses bras. Une nouvelle écrite comme une pièce de théâtre en un acte, avec poésie et chansons.
On baisse le rideau, le livre est fini!
Dix femmes, dix prénoms, dix histoires et autant de morts si ce n'est plus. Les séquelles et les changements survenus en Bretagne après la guerre à travers l'histoire tragique de dix femmes, avec bien évidemment des hommes, qui ont toujours ou très souvent le mauvais rôle, celui du mort. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ce n'est pas toujours les femmes qui les tuent! Mais toujours, ce sont elles les victimes. Trop jeunes ou alors soudain devenues trop vieilles, jamais à la bonne place au bon moment, trop naïves ou amoureuses, mais portant toujours le poids du monde sur leurs épaules.
C'est très bien écrit, mais parfois je n'ai pas réellement compris toutes les subtilités de ces nouvelles.
Par contre j'aime bien la tournure de certaines phrases :
-Le marin revient. Il avait marié un restaurant. Au Soleil Levant.
D
es histoires noires, très noires, un humour grinçant et cynique des gens bêtes et très méchants, aussi infréquentables les uns que les autres. Je garde de ce livre un sentiment mitigé, mais un ouvrage très attachant et surprenant.
Extraits :
- Son coeur a cessé. Le deux avril 1952, à deux heures et demie.
-Oh, il m'en avait voulu. Il savait compter.
-Je ne pouvais pas savoir qu'il reviendrait.
-Vu dans l'état dans lequel ils l'ont laissé.... Les nazis n'auraient pas fait pire.
- C'était un homme honnête. Un facteur. Il savait garder les secrets. Il n'allait pas à confesse.
- Ma mère n'avait pas 18 ans qu'elle était déjà fatiguée.
-....ma mère avait pleuré sa jeunesse qui s'en allait entre les mains du temps.
-Mon père était parti comme les autres, avec les autres qu'il connaissait, pour se battre contre d'autres qu'il ne connaissait pas.
- ...j'écrivais des cartes postales et soignais ceux qui n'avait pas voulu mourir à la première escarmouche.
-Les femmes s'occupent davantage des enfants que sont les hommes que de leurs propres enfants.
- Cet amour là n'existe pas. Les hommes sont lourds et grossiers.
- Ici, seuls les ivrognes et les députés parlent trop.
- Je n'étais pas sa jumelle, j'étais son ombre.
- Ceux de la communes sentaient tous la même chose, le poisson et le linge bouilli. La Cologne le dimanche.
- Où est ta coiffe, Louise?
- Un rapide, rigolaient les cochons, à chaque bal il trempait son poireau dans au moins trois marmites.
- Les couilles tirent vers le bas, les ailes vers le haut. C'est connu.
- Je n'aime pas les gens qui se cachent derrière une barbe.
- Le matin, il avait la tête d'un trépassé.
Éditions : Ramsey.(2000)
*Gilles Servat, la blanche hermine.