Intérieur Nord.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
La route des morts est la seule qui tienne.*
J'ai lu cet auteur pour la première fois dans le recueil de la Noiraude & la fureur du Noir. Son texte « Inoxydable » était excellent et m'a donné envie de lire autre chose de cet auteur.
Quatre nouvelles, ou plutôt quatre récits sur la solitude de l'homme, solitude voulue ou imposée.
Dans « Musher » Jacques semble déboussolé, il le dit lui même, il ne sait plus ce qui est normal ou pas! Isolé dans sa montagne natale, il repense aux derniers évènements de sa vie. Évènements récents qu'il tente de comprendre. L'arrivée de ce couple, l'homme, Cole beaucoup plus âgé que la femme Lauren. Ils recherchaient le calme, ils pensent l'avoir trouvé. La vie s'organise, le couple descend au village le matin, l'après-midi l'homme se repose, la femme et Jacques font des sorties avec les chiens. Ils visitent la région, de plus en plus loin, et leur relation change petit à petit..... Un jour Jacques lui fait visiter le lieu dit « Le Pas du Paradis », n'est-ce pas plutôt le début de sa descente aux enfers.....
« Prends ton manteau dans le couloir,
et prends mon amour pour escorte »
Dans la nouvelle « Le jardinier » Bruno a un jour oublié son escorte, il a été tué par deux individus en tentant de défendre sa petite amie, qui retirait de l'argent d'un distributeur, mourir pour 200 francs! Son père évoque les bouleversements causés par cette mort dans la famille. Leur couple est brisé, son épouse a rejoint une communauté « L'espérance ». Nathalie la fiancée a refait sa vie, Serge le frère aîné a petit à petit pris ses distances. Alors le père, la nuit roule, avale des kilomètres, et retourne au travail le matin. Les assassins n'ont jamais été retrouvés par la police. Un jardinier ne dit-il pas qu'il faut prendre la mauvaise herbe à la racine et la trancher nette ?
Imaginez un ange, mais un ange un peu particulier :
L'ange accoudé
Avait
Un petit coup dans l'aile
et dans le nez
c'est « L'ange pleureur ». C'est l'histoire d'une longue recherche, celle entreprise par un homme, des années auparavant pour retrouver une femme, et elle est là maintenant devant lui, dans ce café d'Amiens, vieille « pochtronne », interpellant les clients de passage pour un verre de Martini. Trop décatie, elle ne se prostitue plus que très rarement, ou alors pour effacer une ardoise au bistrot. Ce jeune homme l'écoute, lui offre à boire, la raccompagne chez elle, lui parle. Elle lui raconte par bribes sa vie, une enfance difficile mais heureuse, mais il y a bien eu un jour une cassure! Et qui est réellement ce jeune homme, qui doit repartir vers sa vie à lui?
« Jeanne, ma Jeanne », c'est l'amour fou, absolu, celui dont un homme ne se remet pas!
Je n'oublie pas que tu fus celle
que j'ai aimée
la seule.
Lucien, la quarantaine, a été marié, enfin il a plutôt vécu en parallèle avec son épouse, mariage forcé, suite à ce que nous appellerons pudiquement une erreur de jeunesse. Chauffeur routier, il part toute la semaine, leurs relations deviennent de l'indifférence polie, sans dispute, pourquoi continuer à perdre deux vies, alors ils divorcent. Lucien change de métier et devient représentant de commerce, il aime ce travail, un jour il fait la connaissance de Jeanne, il revient la voir, fait la connaissance de Jérémie son fils.... C'est le début du bonheur pense t-il, mais, la vie cette garce en a décidé autrement.
Un montagnard pris au piège de l'amour et de la mort, les grands espaces et ses chiens, il n' a connu que cela. Quand un couple vient s'installer chez lui pour quinze jours, tout sa vie bascule, il ne sera plus jamais le même.
Un homme sillonne les routes la nuit, que moissonne t-il seul au volant de sa voiture ?
Un jeune homme et une vieille alcoolique à Amiens, histoire pathétique de cette femme.
Les histoires d'amour finissent mal en général, celle de Jeanne et de Lucien finira très mal, et la morale ne sera même pas sauve.
De la déraison, des détresse profondes, des hommes qui touchent le fond, tuant par amour, ou aimant à la folie, les deux souvent combinés d'ailleurs. Un très bon livre analysant des gens souvent à la raison à la limite du point de rupture. Des vies qui basculent, sur un mot, un geste, un regard, des existences pathétiques poussées à l'extrême.
A signaler que chaque histoire est précédée d'un texte, plutôt long pour « Musher », d'où sont extraites les phrases en italique.
Extraits :
- Ça m'avait passé, ces histoires, et maintenant, ça me reprend. Mais ils ne sont plus là. Il n'y a plus personne pour me porter.
- C'est à ce moment-là que j'aurais pu dire non. Je sais. Un non ferme et définitif.
- On évite de parler de sa mère. À quoi bon ? Nous savons tous les deux ce qu'il en est. Les choses n'iront pas en s'améliorant.
- Dorénavant, je peux affirmer connaître la véritable valeur de la vie. Et de la mort.
- Si profondément enfouies que même les torrents de Martini que charriaient son sang ne pouvaient les exprimer.
- Elle n'avait pas de grand appétit mais elle avait soif, sempiternellement soif.
- Je ne cherche pas à me justifier, ni à me faire pardonner. Personne ne peut plus me pardonner.
- C'est comme ça : j'ai toujours eu tendance à croire que les gens, dans le fond, sont exactement ce qu'ils ont l'air d'être.
Éditions : Zulma / Roman Noirs. (2008)
* Phrase extraite de « l'introduction ».
Amanda, Bladelire et Tamara parlent elles aussi de ce livre.
Le site de l'auteur, ici.