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Le secret d'une vie.
André CÉLARIÉ.
Note : 4 /5.
Au milieu du Chaos.
J'ai rencontré pour la première fois cet auteur, à une lecture de poésie à la médiathèque de Lorient. Puis je l'ai revu à Carhaix, au petit déjeuner, puis ensuite au salon du livre. Au moment de la dédicace de ce livre, il m' a demandé à quel nom, un peu rapidement j'ai répondu :
- « Yvon et Nicole », ce qui fut considéré comme une grave faute de goût!
La dédicace est la suivante:
- "Pour Nicole et Yvon, et bien sûr pour Yvon et Nicole!". Quel savoir faire!
Une rapide présentation de cet homme charmant, journaliste, il a travaillé pour la radio et la télévision. Notamment à France 3, France Inter et TF1.
Une page d'introduction, nous sommes en mars 2000, un dénommé Clément Le Guevel est prêt à nous conter les événements qui se sont déroulés ici, pendant la dernière guerre. Ce lieu, c'est la forêt d'Huelgoat, terre de mystères et de vieilles légendes.
Au milieu de la rivière, une forme gisante semble épouser la pierre, telle une silhouette humaine aux formes adoucies caressées par le courant.
Retour en 1939, le narrateur avait alors 19 ans, frais émoulu de l'école, il est nommé instituteur au Huelgoat, « La haute forêt » ou « Le bois d'en haut » en breton. Il y finira ses jours, mais la guerre est déclarée. En ces temps plus que troublés, une période d'adaptation est nécessaire, les enfants remplaçant les hommes absents aux champs. Il devient un familier de l'hôtel du roi Arthur, tenu par Auguste et Marie, personnages peu ordinaires, ayant beaucoup voyagé! Avec eux se trouve la mystérieuse Anna, belle femme d'une soixantaine d'années. Il se lie également avec Hervé un ouvrier qui un jour a pris sa défense au restaurant, suite à une altercation avec le père d'un de ses élèves. Tous les trois parcourent la campagne avoisinante, et ils se familiarisent avec les nombreuses légendes locales. Mais la guerre entre dans leurs vies. La débâcle pousse sur les routes des familles entières avec son cortège de malheurs, mais aussi son lot de profiteurs. Auguste Brouillard est de ceux-là, peintre à la mode de profession et goujat de nature, il parle des jeunes filles qui ont servi de modèle à certains peintres qui avaient quitté Pont-Aven, pour la forêt du Huelgoat. Clément remarque que cette évocation met Anna particulièrement mal à l'aise. Elle semble cacher un secret aux tréfonds d'elle même. Petit à petit Clément s'attache à cette femme altière, il tente de retracer les zones d'ombre de sa vie. Il apprend qu'elle a eu un enfant naturel il y a longtemps, que cet enfant est mort à la guerre, puis qu'elle avait séjourné en Egypte avec Auguste et Marie. Qu'elle les avait suivi à leur retour en France, là où elle est née.
L'apparente tranquillité de la région est troublée par l'arrivée des troupes allemandes. Avec cette occupation, le vrai visage des gens se dévoile, la résistance s'organise, et tous les protagonistes de cette histoire vont être partie prenante de l'Histoire avec un grand H.
Ce roman ou ce conte breton est peuplé de personnages très attachants. Clément Le Guevel, du jeune homme sans expérience, il deviendra la mémoire de certaines personnes, dont Anna, car un jour il connaîtra enfin la vérité, mais il continuera d'honorer son souvenir.Anna Abgrall, muse de Sérusier et de Gauguin. Jeune fille de la campagne profonde, rien ne la destinait à cette vie aventureuse. Elle aimera Clément comme son fils disparu.Hervé l'ami, lui aussi, entre dans la résistance et voit la mort passer très près. Le père Jean-Marie Le Moal, ami de longue date d'Anna. Il a fait sa connaissance en 1890, et il confiera à Clément le fameux secret d'Anna, le secret d'une vie.Les personnages célèbres que l'on devine dans le passé, Gauguin, Serusier, Victor Ségalen, qui mourut dans cette forêt. Ces peintres et poètes, ayant fréquenté ce coin de Bretagne, ont tous un rôle à jouer dans ce beau conte, plein d'amour et de tendresse, malgré les circonstances.
A la fin de l'oeuvre, l'auteur nous raconte ce que fut le reste de la vie de ses personnages et pose une ultime question, cette histoire est-elle vraie?
Un très beau livre, court, 87 pages mais pas si facile à lire, malgré qu'il soit très bien écrit. Étant un amateur de peinture, j'ai beaucoup aimé les anecdotes sur les peintres de l'école de Pont-Aven.
A signaler la superbe couverture qui est la reproduction d'un tableau de Paul Sérusier   « Solitude ». D'autres illustrations photos se trouvent dans ce livre.
Extraits:
-« Merci mon messager... »
- Un vrai massacre, et les Bretons, les bouseux comme ils nous appelaient, on était la chaire à canon, toujours en avant.
- Hostilité, non, indifférence oui.
- Tout cela pour vous expliquer ce qu'était la mentalité de cette époque, en Bretagne.
- Les gens de la Gestapo rôdent le soir comme le diable de vos légendes.
- Au bas de la fresque ce titre:
Gausier et Ségurin, au seuil de Ker Kalin.
- J'avais deux frères, j'étais le plus jeune. Donc, selon la tradition en Bretagne, on m'avait gardé pour le bon Dieu.
- Les fées..... Elle a toujours eu confiance en elles.
Éditions : Les éditions Buissonnières ( 2008).
Sur les peintres de Pont-Aven, le livre de Marie Le Drian : Marie Poupée.