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A la petite semaine.
Chroniques finistériennes et d'ailleurs
Jean LALLOUËT
Note : 4/5.
Chroniques des temps ordinaires.
D'abord je tiens à remercier ma payse Lucy, qui, en citant un article de cet écrivain, m'a remis en mémoire cet ouvrage. Ces chroniques ne datent pas de la dernière pluie tombée sur la Bretagne. En effet, elles sont datées de 1999 à 2001, comme l'odyssée de l'espace. Et ici l'espace n'est pas forcément réduit au Finistère.
Comme dans tout ce genre d'ouvrage, les chroniques très politiques sont les premières à ne plus être au goût du jour, et n'ont plus l'impact qu'elles avaient à l'époque.
Amuser ce qui est facile, mais aussi interpeller, ce qui est plus difficile, alors réussir la gageure de mêler les deux, c'est assez rare pour être signalé.
Un président de la République qui fait un cauchemar, son discours sur le respect des minorités culturelles, sur l'apprentissage de la langue etc.... C'est chez les Inuits qu'il l’a prononcé, pas au Parlement de Bretagne!
Dans « Délits de fuites » l'auteur nous donne un scoop : « D'une part les témoignages recueillis sur les plages sont formels et concordants : l'Erika ne transportait pas de la Guinness ». Dommage la Guinness doit être soluble dans l'eau, je dis bien « doit » car je n'ai jamais essayé.
Les Bretons, en plus de leurs défauts traditionnels (chacun a le droit de dresser sa propre liste, mais il n'y a rien à gagner), une certaine ingratitude. Regardez, le PDG de chez Total, il leur livre gratuitement 25000 tonnes de fioul, et ils réclament des indemnités! D'accord le livreur a laissé la marchandise sur les plages, mais ce n'est pas une raison.
Le « Blues de vache » imaginez ces pauvres bêtes, ne plus avoir bientôt, que des TGV qui vont vite, et des trains pendulaires, qui bien évidement pendulent à regarder! Quelle vie, cela va de mal en pis pour elles!
L'auteur par moment avance certaines choses, ou mêmes certaines théories sans en donner la moindre preuve. Par exemple, il certifie que la sauce ravigote n'est pour rien dans le trou de la couche de l'ozone? Rien ne le prouve soit, mais rien ne le dément.
On passe également une nuit, en invité clandestin, au salon de l'agriculture, et si elle fut bien arrosée, là non plus un trou dans la toiture n'en est pas responsable. Enfin l'auteur voudrait nous faire croire que la vie de journaliste en Bretagne est un sacerdoce (pour le tour de taille, peut-être!) On croise au hasard des lignes des gens connus (peu) comme Antoine Blondin, ou Louison Bobet, en jaune, Jean Le Cam, toutes voiles dehors. Des gens pas connus (beaucoup) et c'est tant mieux. Les personnages sont vous (j'en ai reconnu quelque-uns), moi (peut-être?), bref nous.
Prenez Arouelle, dites-lui que la langue bretonne ne sert à rien! Elle l'a appris chez ses grands parent avec son frère et sa sœur. Pratique pour se raconter des petits secrets à l'insu des parents.
Lisez la chronique «  La graisse antique », c'est un hommage à une charcutière qui laisse ses clients du marché désemparés, elle a pris quinze jours de vacances! Comment vivre deux semaines sans boudins aux oignons roses de Roscoff ?
Il arrive entre les pages d'un livre d'avoir l'impression de parler avec quelqu'un de proche, qui partage un certain degré de savoir bien vivre. D'avoir aussi en commun un humour qui n'empêche pas de poser les vraies questions (enfin celles qui me semblent importantes). Bref même si tout n'est pas parfait, j'ai souvent souri, et très souvent ri.
Un florilège de titres de chroniques : Le coup bas du fidèle gastro ; Quimper, imper et manque ; Le trappeur est sans reproche ; Le bouleau c'est la santé ; De la guerre des goals ; Concours de poids et altesses ; Chic l'été ne sera pas plus vieux ; La pause de la dernière bière ; etc.....
Extraits :
- En revanche lâchez un petit homme dans la ville et vous avez de grandes chances de le retrouver dans un fast-food.
- Parce que cette brochette, ça lui aurait même pas fait un cure-dent à ma copine Margarita.
- Il ne faut pas confondre un troupeau de bovins avec un peloton cycliste.
- Avec son traîneau et ses phoques, il avait l'air aussi ridicule qu'un congélateur débranché sur la banquise.
-...nos innocents enfants ont donc bâfré une semelle d'espadrilles entre deux morceaux de pantoufles. Eux qui sont amoureusement nourris au pain doux et au « chotenn *»
- ...interdire la grosse saucisse des Côtes du Nord (d'Armor) sans laquelle il n'y a plus aucune raison sérieuse de cultiver le coco de Paimpol.
-...j'étais dans un tel état que j'ai boudé les bières de Fanch pour me jeter sur une bouteille d'eau avec la fébrilité d'un coureur cycliste avalant sa trousse à pharmacie au pied du Ventoux.
- J'ai personnellement trouvé ces jeux de boules pour Inuits désœuvrés plus reposants qu'un bol de tisane au millepertuis.
Éditions : Coop Breizh. (2005).  Imprimerie Keltia Graphic.
*Joue de porc rôtie.