29 novembre 2007
Télévision!
Télévision!
Bonjour à tous.
Ce courrier pour parler de l'ingérence d'une émission de télévision dans la vie d'un petit blog tranquille.
Mardi soir vers 23 heures/23 heures 15, j'éteins mon ordinateur, après un dernier coup d'oeil aux chroniques lues ce jour et constate un chiffre plus qu'honorable. Je vais donc me coucher avec la sensation du devoir accompli.
Le lendemain, surprise, plus de 70 pages lues en à peine trois-quart d'heure! Et en plus 85 dans la nuit entre minuit et 7 heures 30. Les statistiques donnaient pour les 100 dernières pages vues, 61 pour "La mariée rouge" d'Hervé Jaouen dont j'avais parlé en février!
Beaucoup d'entre elles venait de :
http://critico-blog.viabloga.com/news/la-mariee-rouge-herve-jaouen
J'ai donc envoyé un mail à la personne qui s'occupe de ce blog:
Je suis très étonné d'avoir eu une centaine de visites provenant de chez vous entre cette nuit et ce matin pour ce livre dont la chronique date du 02/02/2007
http://critico-blog.viabloga.com/news/la-mariee-rouge-herve-jaouen
61 Accès pour Hervé Jaouen "La Mariée rouge
Relevé à 10h ce matin
46 accès pour le même titre.
Je trouve cela très étrange et honnêtement pas très normal!
Auriez vous une explication?
Yvon
Puis j'envoie un mail à Jean-Yves BOIVIN qui s'occupe du site d 'Hervé Jaouen:
Bonjour Jean-Yves
Je n'ai rien compris à ce qui s'est passé hier soir?
Yvon
et je lui signale les 61visites sur les 100 dernières pour le livre d'Hervé.
Voici sa réponse dans l'après midi :
Demat Yvon,
A la lecture de votre courriel de ce matin, j'ai cru comprendre que vous vous interrogiez sur ce
qu'il s'est passé cette nuit au niveau du nombre d'accès à votre blog, plus précisément sur la rubrique concernant "La Mariée rouge".
Je vais vous donner l'explication.
Je ne regarde pas souvent la télévision mais hier soir, après avoir bossé sur l'ordi, j'ai allumé le
poste à 22 h 45 pour regarder sur France 2 "Faites entrer l'accusé". Il s'agissait de l'histoire sordide de ce couple sado-maso qui, entre le 27 décembre 1985 et février 1986, a violé 8 femmes, en tuant 2.
Peu avant minuit, à la fin de l'émission, une juge d'instruction qui témoignait s'est interrogée
pour savoir si le téléfilm de Jean-Pierre Bastid (nom pas cité) "La Mariée rouge", tiré du roman
d'Hervé Jaouen (nom pas cité), diffusé le 18 décembre 1985, soit 9 jours avant le premier enlèvement et viol, n'avait pas influencé le couple qui était très télé.
Plusieurs articles de presse ont été montrés à l'image, avec en gros "La Mariée rouge".
A la fin de cette émission, des téléspectateurs internautes se sont "rués" sur leur ordinateur pour
en savoir plus sur cette "Mariée...". D'où le pic de visites, d'autant que vous êtes en tête des recherches au moyen de Google.
Pour ma part j'ai constaté le même phénomène dès cette nuit : depuis la fin de l'émission et jusqu'à midi ce jour (soit en 12 heures), 53 visites ont eu lieu sur le site d'Hervé. (En tant que webmaster, je les ai en temps réel).
Si je n'avais pas regardé cette émission, j'aurais été comme vous, bien interrogateur sur cette
soudaine "flambée" de visites. (15 visites/jour en moyenne depuis la création du site).
Voilà, vous avez la clé... Peut-être que dans vos relations vous aurez quelqu'un ou quelqu'une qui aura vu l'émission et réagi en voyant ce titre "La Mariée rouge".
Et en tout cas, la "Mariée" d'Hervé fait toujours parler d'elle !
Que pensez-vous de tout cela ?
Kenavo.
Jean-Yves.
Je transmets ce mail au responsable de Criticoblog qui me répond ceci:
Bonjour, Yvon,
Je vous joins un rapide copié collé des statistiques des 10 meilleures requêtes Google de critico-blog pour ce jour et à cette heure :
la mariée rouge |
: |
film la mariée rouge |
: |
la mariee rouge |
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le joueur d'échec stefan zweig |
: |
film la mariee rouge |
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la mariée rouge film |
: |
mariée rouge |
: |
l'affaire caïus |
: |
l'elegance du herisson |
: |
la mariee rouge film |
: |
En ajoutant les autres moyens d'accéder au blog, j'ai constaté comme vous, qu'il y a eu 224 consultations de l'article ce jour.
Je détecte ce genre de pic de consultations à l'occasion d'un passage "médias" (télé - radio), c'est assez courant mais pas toujours rassurant quand on se rend compte du contexte et de l'immense pouvoir de prescription de certaines émissions.
Cordialement, labosonic, pour critico-blog
Je remercie Jean-Yves Boivin et Labosonic pour leur aide.
Mais je trouve qu'il y a quelque chose d'hallucinant dans le pouvoir d'un émission de télévision, surtout à cette échelle! Quelle promotion pour un livre datant des années 1980! Surtout que certainement très peu de personnes connaissaient l'existence de ce roman? Faut-il s'en plaindre? Autre constatation, pratiquement toutes les visites se sont contentées de cet article.
Cerise sur le gâteau, hier j'ai fait mon meilleur score de pages lues depuis la création de ce blog! Avec encore un pourcentage impressionnant pour cette oeuvre, donc aujourd'hui je peux dire "Vive la mariée".
J'avais déjà constaté cet effet, un jour où ma chronique pour le livre de Jean Rhuys "Les tigres sont les plus beaux" était particulièrement visitée, suite à une mention faite dans une émission littéraire. Mais comme c'était une émission littéraire, les retombées furent moindres.
A bientôt à tous (Ceux qui ont un exemplaire de ce livre sont des chanceux!!!)
Yvon
28 novembre 2007
LOUGHRAN Peter / Londres Express

Londres Express
Peter LOUGHRAN
Note : 4,5.
Sabordée, sa bordée!
Certains classent Peter Loughran parmi les écrivains irlandais, d'autre dans les écrivains inclassables, et il est le condensé des deux! Mélange donc très détonnant.
Né en 1938 à Liverpool, ce qui n'est pas surprenant pour un irlandais, il faillit être prêtre, chose aussi assez courante chez les irlandais de l'époque. Ensuite, c'est le plus grand mystère! Un autre mystère : pourquoi ce livre écrit en 1966 est le seul de cet auteur à avoir été traduit?
Dans un long monologue, le personnage principal de ce livre nous raconte sa nuit précédente, celle où avec des amis il était parti en bordée. Marin, il rejoint son bateau par le train. Il a une gueule de bois carabinée ; pour tuer le temps, il s'achète quelques revues pornographiques et se trouve un compartiment vide. Mais horreur, des religieuses et une petite fille s'installent avec lui! Alors il commence la narration des événements qui l'ont conduit là.
Parti en fête, avant un long voyage vers l'Afrique du Sud, sa dernière nuit commence par une longue beuverie entre marins, puis il part au hasard des ruelles et rencontre une prostituée.
Est-ce avant ou après qu'il a cassé toutes les vitres d'une rue? Ils ont erré longtemps pour trouver une chambre d'hôtel, et puis la mémoire embrumée de vapeurs de bière n'est plus très fidèle.
Suite à quelques divergences avec sa conquête, sa nuit devient une sorte de Bérésina, Waterloo triste et norme ruelle, Trafalgar (pour un marin vu du côté français ou pour Nelson du côté anglais), Jack l'éventreur, le retour. Bref tout et plus encore.
Il a pris des coups, son état le prouve, il s'est perdu pendant une partie de la nuit, et surtout son bateau est parti sans lui. Donc le voilà dans ce train, déversant sa frustration et sa rage, passant d'un souvenir à un autre.
Personnage de tous les excès, le marin (il n'a ni nom, ni prénom) est un être absolument sans états d'âme, mais d'une philosophie certaine, quoique douteuse, glanée au cours de ses nombreux voyages et auprès de son maître à penser Jimmy, ancien marin. Son plaidoyer pour les maisons closes, qui permettrait de régler l'ensemble des problèmes du monde, est très éloquent (et jubilatoire). Par contre il est farouchement anti-clérical, la présence des deux religieuses dans le même compartiment que lui le dérange au plus haut point. Il déteste la police, ainsi que tout ordre établi, en dehors de la marine.
On croise également les ombres de copains de cuites ou de bordels, personnages furtifs,
rencontrés au gré des ports, des soûleries et des maisons closes.
Cette manière d'écrire me rappelle celle adoptée par John Banville dans "Le livre des aveux", un homme raconte sereinement un acte horrible, sans remords ni repenti. Dans ce livre l'auteur va plus loin, c'est vous et moi les coupables, la société toute entière de l'église au monde politique. Mais lui, non!
Une écriture d'écorché vif, style je suis une teigne et le revendique. Marin, anarchiste et parfois poète, quel mélange! Cela fuse dans tous les sens avec une chronologie des plus étranges.
Ce livre n'est pas réellement un roman policier, mais inclassable, c'est sûr! Une bonne dose d'humour et (mais rarement) de tendresse donne un peu d'humanité au récit. En particulier quelques lignes quand il rencontre une jeune geisha au Japon, mais la triste réalité reprend ses droits, et en quels instants il redevient un client abject!
Un portrait peu flatteur du genre humain, c'est le moins que l'on puisse dire.
A lire! Mais il est très possible que l'on déteste ce genre de littérature!
Extraits :
- Rien me fait peur, à moi, surtout pas une bande de suceuses d'eau bénite déguisées en Ku-Klux de mes deux Klan.
- T'as les calots comme deux plaques de sang frais.
- D'ailleurs, il y a pas de séance d'institut de beauté qui vaille sept ou huit bonnes pintes d'ale. Dans la lampe je veux dire. Tout paraît merveilleux, à ce moment-là.
- Jimmy, il avait un nom pour çà : "Du sexe il y en a deux sortes, il disait : le conjugal et le brut".
- Ce qui vous montre bien comment sont les gens : pensent qu'à sauver leur propre peau sans se soucier une miette du gars qui est sensé être leur meilleur copain.
- Un homme pour montrer un peu de cran, faut qu'il soit plein comme une barrique ou bien à dix contre un.
- Dans le monde où on vit, c'est à qui bouffera l'autre ; si tu bouffes pas ton voisin, c'est lui qui te bouffera.
- On n'a pas idée de plaquer un pub pour prendre la mer! Tous les matafs que je connais, ils en deviendraient dingues, d'envie de plaquer la mer pour les pubs.
- Tous pareils, ces calotins, une bande d'hypocrites ventrus toujours toujours en train de vous agiter leur tirelire sous le nez.
Éditions : Folio policier
Titre original: The train ride.
24 novembre 2007
PRILLEUX Frédéric / Le rose et le noir

Le Rose et le Noir
PRILLEUX Frédéric (Coordinateur)
L'amour!
Note :4,5
C'est le quatrième recueil de la série que je commente et je ne m'en lasse pas.
Le thème, une chose avec laquelle on ne badine pas : "L'Amour". Ceux qui pensent oublier ceci y laisseront des plumes et très souvent beaucoup plus, la vie par exemple!
Je ne pense pas qu'il sera beaucoup question d'amour pur et platonique, mais sait-on jamais? La liste des élue est : Claude Amoz, Adèle Ayanok, Laurent Boron, Jean-François Coatmeur, Françoise Conan, Thomas Ehrmann, Patrick Pécherot, Lionel Perrin, Jean-Bernard Pouy et Philippe Thirault.
Certains noms vous sont inconnus, c'est normal ils le sont, mais ne le resteront pas.
La nouvelle qui ouvre ce recueil aurait pu figurer dans la série "Mes chers voisins".
Raymond est retraité, materné à l'excès par une mère possessive et craintive. Il vit un peu plus librement depuis le décès de celle-ci, il a même une compagne qui a débarqué un jour dans sa vie. Des nouveaux voisins aussi ont débarqué, la femme est mignonne et pour Raymond, le mari est un prétentieux qui a tout à fait le type du futur mari trompé. Mais les apparences aussi sont trompeuses!
L'enfer du jeu, dit-on parfois s'il existe, cela doit être "Au cercle bleu"!
Club privé pour gens à particule (même petite), mais avec pécule (le plus gros possible), donc une clientèle triée sur le volet. Johan est un grand joueur, mais Muller n'est pas spécialement un nom ronflant. Un jour il est admis au cercle, mais Lucio le patron l'accepte contre vingt pour cent de ses gains! Mais l'amour et le jeu ne font pas bon ménage et tombé amoureux de la régulière du patron n'est pas la chose la plus intelligente possible. Alors entre Lucio et Johan commence une partie de poker où Johan sombrera corps et âmes. Une plongée terrifiante dans le monde du jeu, où il vaut mieux s'occuper de trèfle plutôt que de la dame de coeur!
"La Grise" est une des chattes de Marinette et elle a disparu! Marinette est clocharde dans un Saint-Malo hors saison touristique, Georges est également clochard. Après s'être aimés pendant des années, "Avant qu'on soient poivrots" dit Jacques Brel, elle le déteste. Une tentative de réconciliation fortement alcoolisée est-elle possible? Une histoire sur la vie et ses échecs, une des plus belles nouvelles de ce recueil, l'auteur est Françoise Conan.
"Une fois dans un cactus en fleur" me laisse dubitatif! Une écriture saccadée, une télévision qui hurle, Tijuana au Mexique, tout cela mélangé donne un récit étrange.
On reprend son souffle et l'on prononce après moi "Achitilbuie", charmant village d'Ecosse. Un homme qui se dit mourant veut y envoyer une détective privée de Coventry, ville moribonde, car il veut revoir sa mère. C'est beau l'amour filial. Mais qui joue franc-jeu dans cette affaire?
Dans "Ils s'aiment" d'Adèle Ayanok, c'est la "Sainte Famille" version abjection complète, le décathlon de l'horreur, viol, inceste etc.. et pourtant c'est la famille. La chute est inattendue!
Joueur et flambeur, méfiance, tôt ou tard on se brûle les ailes, et d'autres choses...
Le père et la baby-sitter Julie d'un côté, la mère et la fille Adèle de l'autre, Adèle sait la vérité, mais la mère meurt. Rien n'est éternel, l'amour se meurt, parfois "L'amour est assassiné" dans la nouvelle du même nom. Une détective amoureuse qui ne sait plus à quel saint se vouer. Annie, la prostituée, qui ne demande qu'échanger de l'amour. En réponse elle ne reçoit que des coups, et puis Marthe et ses derniers jours à vivre. C'est ça la vie, c'est ça l'amour?
L'argent ne fait pas le bonheur même quand c'est en Bavière, où une mère perdra tout pour l'amour de son fils.
Dans ce genre d'ouvrages, les écritures sont toujours très différentes. Complètement déjantée pour Thomas Ehrmann, pleine d'un humour caustique pour Patrick Pécherot.
Les dix élus sur cent soixante huit, ne peuvent que savoir bien écrire!
Faites comme moi, laissez-vous accrocher par ces livres qui sortent une fois par an, vous avez le temps de vous en remettre!
Extraits:
-Ne pas la retenir. Ne pas mendier l'amour, voilà le seul moyen de le garder.
-Une minute de silence c'est long. Avant il attendait qu'on ait douze ans.
- J'étais le prince de l'esbrouffe, le prince des flambeurs.
- C'était une sorte de soupape, le Cercle Bleu, les égouts de la grande richesse.
- Moi, je ne suis pas belle, je ne peux me prévaloir d'aucun talent et les garçons me font peur.
- Pas melon Maman. Pas mamelon. Pas pastèque. Papa steak. Et Judith? Judith pas betterave. Pas bête. Pas rave.
- Sa voix avait l'écho lointain d'une galerie de mine. Une de celles que le tabac creuse lentement dans les poumons.
- Faut avoir eu ça dans les oreilles au moins une fois pour piger les lamentations des bagpipes.
Éditions : Terre de Brume / Granit noir.
Autres chroniques de cette série :
Billets brûlés
Mes chers voisins
Le onzième commandement.
20 novembre 2007
GUERIN Françoise /Mot compte double
Mot compte double
Françoise GUERIN
Note : 4,5.
En fin de compte!
J'ai stupidement, je le reconnais (je sais, ce n'est pas la première fois), hésité à lire ce recueil de nouvelles qui m'a été (en plus, quel manque de savoir vivre!) offert par une amie (elle se reconnaîtra). Une autre amie me conseille de lire son dernier ouvrage, alors, face à cette double recommandation, je ne pouvais que m'exécuter.
Quand, après quelles recherches, je me rends compte que j'ai déjà lu une nouvelle* de cette auteure et que j'ai beaucoup aimé, alors allons-y!
Seize nouvelles que je vais tenter de résumer : "Un Lundi avec Claire" où un psychiatre tombe amoureux de sa cliente battue par son mari alcoolique. Évidemment la mort du dit mari serait une aubaine. Vision un peu simpliste, monsieur je sais tout!
La nouvelle qui suit "Les nattes" est celle qui m'a fait découvrir cette auteur, découvrez-la à votre tour, elle est magnifique.
"Je serais là jusqu'au bout" est très complexe et me laisse très perplexe. Un vieil homme meurt ; son agonie sur un lit d'hôpital s'entremêle de souvenirs d'une fuite il y a très longtemps et d'un voyage en Pologne! Un texte déroutant et poignant.
"Un robinet du diable" où le progrès arrive non sans mal, une femme, fille de pharmacien, et un homme, son mari, maçon italien, un enfant handicapé et un robinet alors que la lumière soit, non que l'eau coule!
Dans " Les uns par les autres", ce n'est pas l'eau qui coule, c'est l'alcool. Une nouvelle grave, mais très belle.
Certaines histoires sont étonnantes : "Instinct paternel" : un trio somme tout classique, une femme, un homme, un landau, détrompez-vous, ce n'est si simple que cela. D'autres sont détonantes et cruelles comme "La madone sans regard" et ne me parlez pas de regarder quelqu'un avec les yeux de l'amour. Ce serait très mal vu.
Jusqu'où un homme peut aller par amour, un amour pur teinté de pitié, très loin pour certains?
Jusqu'où une femme peut-elle aller par amour et par intérêt, et surtout pour éliminer une rivale, très loin pour certaines? Le progrès est-il une invention du Diable? L'eau qui en coule est en effet rarement bénite. Une île et un enfant, belle métaphore, mais dans "Antoine", la mer est là envoûtante mais dangereuse, surtout pour un mousse.
Une femme battue se réfugie dans le confort du coma pour se venger de son tortionnaire de mari. Une petite fille victime de la haine que se portent ses parents, un grand-père, son jardin et son petit fils, une belle leçon de vie. Un autre grand-père, un autre jardin, mais une petite fille cette fois.
C'est beau des mots sur une page, je suis tombé sous le charme de ce recueil de nouvelles, malgré que certaines soient vraiment très dures. Une découverte!
Un mot sur le texte qui clôture ce recueil "Tiramisu et vieilles rancoeurs", ce mot c'est "Bon appétit".
Extraits:
- Je me prépare des lundis terribles. Des lundis sans Claire.
- Entre Julien et Anka se noua une relation légère et douce à laquelle je ne fus pas conviée.
- Décidément, j'aurais tout raté, même ma mort.
-Je dis leurs marins de maris, tête froide et peau rude, embarqués pour des campagnes de quatre mois, jetés dans la tourmente et qui s'encorde au bastingage pour résister aux lames qui lèchent le pont.
- Ce type-là aime les femmes mais délaisse les mères.
- J'ai longtemps cru que la langue polonaise ne comportait que des noms de gourmandises.
- Elle collectionnait les hommes moustachus. Faut dire que l'on habitait une ville de garnison avec maman.
-Steve McQueen raccroche son colt, ce n'est pas cette année qu'il le conduira à la prison du shériff. Ils poursuivent leur route chacun de leur côté. Les héros ne sont pas ceux que l'on croit.
- Et rien pour l'homme-absence, l'homme-rentre-tard, l'homme-pas maintenant, l'homme télé-foot, rien.
Éditions : Quadrature
*http://eireann561.canalblog.com/archives/2007/05/27/5089686.html
Merci Marie et Sylvie (par ordre alphabétique). Elles se reconnaîtront, du moins je l'espère.
19 novembre 2007
ARGENTE Patrick / Voisinage du vent
Voisinage du vent.
Patrick ARGENTE
Note : 3,5
En bon voisinage.
J'ai rencontré Patrick Argenté par l'intermédiaire de la responsable du club de lecture de la médiathèque de Lorient. Cela m'a également permis de découvrir "La Part Commune", maison d'éditions rennaise. Je ne me prétends pas un connaisseur en poésie, donc je parlerai ici plus de choses ressenties que d'une quelconque qualité d'écriture.
La vie comme elle va, ses bonheurs et ses soucis, ses chagrins également. Et la mort aussi évidement. La solitude, que l'on croit deviner paysanne, dans le poème "Héritage".
La naissance avec cette phrase étrange :
- des femmes enceintes de leur landau.
La venue au monde, encore évoquée dans "Faire-Part"
La solitude aussi dans "Derrière le mur" ou dans "Présence". La routine qui dicte la vie de chacun d'entre nous :
- Chaque jour est plus intense
que de raison.
Le marché un matin d'hiver, une gare, un jour avec toutes ses interrogations:
- On ne sait qui s'en repart
on ne sait où vont les trains
les hommes ni les chiens.
La pluie dans "Temps chagrin", un banc qui amène cette question :
- Qui pense à s'asseoir?
Un cauchemar ou un tricot, des choses ou situations pas spécialement littéraires mais dont l'auteur tire partie.
Un très beau texte sur le temps passé (ou du moins c'est la manière dont je l'ai ressenti) "Cinéma" :
- ravagé par les années à attendre la fin des guerres et le retour des âmes dépossédées.
Ou encore dans "Le temps" :
- A regarder partir les chalutiers
on perd sa vie.
Peu de personnages dans ces courts textes, mais la figure marquante de toutes jeunesses:
- c'est ma grand mère revenue
de si pourtant longtemps morte
Ma grand mère joueuse de carte
par les matinées d'angine.
Et la Bretagne, celle de l'intérieur dans le très beaux poème du même nom. Un hommage tout en douceur et pudeur.
Les animaux sont omniprésents dans ces écrits et dans les titres. Ormeaux, chameaux et chacals (ils ne figurent pourtant pas dans la faune animale bretonne ces deux-là , mais dans l'humaine si!), poulets, âne et cheval, chats et doryphores, bref une vraie ménagerie.
Le monde tel qu'en lui même sans complaisance, ni fioritures mais avec tendresse et espoir.
J'ai bien aimé certains textes, la majorité d'ailleurs ; pour d'autres j'ai éprouvé plus de difficultés.
A noter l'absence quasi-totale de ponctuation!
Un bon coup de vent mais de celui qui réveille par une lecture sereine et apaisée en communion avec la nature.
Extraits:
- On ne dit pas de quoi est mort l'écureuil
si l'escargot vit dans le plaisir de son estomac
et l'ormeau de son arc-en ciel intérieur.
- A deux doigts de l'ombre épaisse
à quoi servirait d'être riche?
- Une maison
c'est pauvreté pour un homme seul
- Il n'y a pas de sagesse qui pousserait
comme les herbes dans les prés
- Toutes les vaches sont mouillées
et noires comme les saints des chapelles.
Éditions : La Part Commune.
17 novembre 2007
BRUEN Ken / En effeuillant Baudelaire

En effeuillant Baudelaire
Ken BRUEN
Note : 4
L'aura de Laura.
Roman de 2004, traduit, je pense, suite au succès de l'auteur avec ses séries Jack Taylor et R&B. Et c'est tant mieux.
Mike est moyen, voir étriqué, anonyme incognito, mâtiné de passe partout.
Bref quand une charmante femme comme Laura lui fait du charme, que dis-je, le vampirise, il devrait se méfier, mais non il fonce dans le mur et dans le tas, et dans ce tas, il a beaucoup à perdre!
Non pas sa vertu, sa conscience peut-être ou ce qui lui en reste, son honneur, sa vie en dernière extrémité, bref il va falloir jouer serré, Mike! Car entré par un mariage plus qu'arrangé dans une famille de fous furieux, ce n'est pas de tout repos, ni mentalement ni sexuellement. Entre un chantage et une tentative d'assassinat, un enfant qui débarque tout fait et à l'improviste, il y a de quoi perdre un peu la tête, qui pourtant semblait celle de l'emploi!
Encore une galerie de personnages qui redonne espoir dans le genre humain!
Mike Shaw, faux naïf, non pas aux quarante enfants, mais d'un seul qui va changer le cours de sa vie.
Brad, le copain homosexuel, est très vite débordé par la situation qui lui vaudra un nez cassé et la perte de son ami, qui ne sera pas perdu pour tout le monde.
Harold (Harry, le papa) et Mandy, la maman de Laura dont les descriptions donnent envie de les connaître, enfin de loin, même de très loin.
Doit-on voir un hommage à "The Rocky Horror Picture Show" où Harry deviendrait le super amant tous terrains! Non content d'honorer Brenda, l'ex-fiancée en titre (en sous-titre plutôt) de Mike, il comble aussi de ses largesses sexuelles Brad, le meilleur ami du même Mike! Et Mike découvre après coup que Laura, sa nouvelle fiancée est partie avec Brenda! Nuit de Chine, nuit câline, nuit d'amour!
Pas d'inquiétude, il y a quand même de manière sous-jacente une histoire policière!
Et comme nous sommes en Angleterre, il est question de cricket (un sport assommant d'ailleurs!) qui servira de base à une vengeance qui ne tournera pas rond (le stade s'appelle "Oval").
Un bon roman, mais j'ai l'impression que loin de Galway, l'écriture et les histoires de Bruen perdent de leurs folies narratives pour presque devenir des romans policiers classiques.
A noter, et j'en remercie l'auteur, que non seulement il mentionne dans ce livre Baudelaire mais également Mouloudji*.
Il parle aussi de Joe Orton, dramaturge britannique tué à coup de marteau par son amant (le travail manuel peut être dangereux, surtout quand son amant est marteau!).
Au détour d'une page, on trouve une citation de W.C. Fields pleine de misogynie (pouvait-on attendre autre chose de sa part?) que je laisse au futur lecteur la joie de découvrir par
lui-même!
Extraits:
- Si c'était le femme de Harold, elle devait avoir entre cinquante et soixante ans, mais elle en faisait facilement vingt de plus.
- Le virus, c'est lui.
- Alors mère, est-il d'accord pour le tuer?.
- En la voyant un seul mot vous venait à l'esprit : Ravageuse.
- C'est ce que les Irlandais appellent un compliment : d'un côté ils vous flattent et de l'autre ils vous baffent.
- L'Alfa Romeo, la promotion...le compte en banque bien garni. Pourquoi ne partez-vous pas? En laissant tout cela derrière vous?
Éditions : Fayard Noir
Titre original : Dispatching Baudelaire.
Autres chroniques de cet auteur :
Jack Taylor :
Delerium tremens, Toxic blues, Le Martyre des Magdalenes.
R&B :
Le Gros Coup, Le Mutant apprivoisé.
*Pour Marcel Mouloudji :
http://www.paroles.net/artis/1685
14 novembre 2007
KEROUAC Jack / Vraie blonde et autres.

Vraie blonde et autres.
Jack KEROUAC
Note : 4
Écrits pour magazine!
Rassemblés en 1993 et 1994, ces textes ont été publiés entre 1957 et 1967. Ils parurent dans diverses publications dont "Playboys" par exemple ou "Esquire".
Ils sont précédés d'une préface à l'édition américaine ainsi que d'une seconde préface (appelés notes) à l'édition française cette fois.
Fidèle à mes habitudes, je ne lirai celles-ci que ma chronique finie. Dernière précision, ceci est ma première lecture de ce livre, ce qui n'était pas le cas de Maggie Cassidy" et de "Les Souterrains".
Ce livre commence par deux leçons d'écriture à la Kerouac : "Croyance et technique pour la prose moderne" écrit en 1959, suivi de "Principe de prose spontanée", édité en 1957.
Avec le recul quelques petites choses amusent : "Débarrasses-toi de toute inhibition littéraire, grammaticale et synthaxique". Kerouac a pourtant passé une partie de son temps dans des corrections pour pouvoir être édité!
Dans "La grande traversée de l'Ouest en bus", nous suivons l'auteur dans un périple de fou, San-Francisco/New-York en autobus! La lente traversée des Etats-Unis avec quelques lignes sur le Montana avec un nom de ville écrit comme cela "Missoula" qui à l'époque ne devait être qu'un trou minable, un tout petit point sur une carte!
Le récit d'un autre voyage "En route vers la Floride" est une expérience originale, Kerouac part en voiture avec un photographe Robert Frank pour confronter leurs impressions, Jack dira:
"Le résultat: quoi que cela puisse être, c'est l'Amérique. C'est la Route Américaine et chaque fois ça réveille l'oeil".
Des souvenirs des fêtes de Noël dans deux courts textes : "Il n'y a pas longtemps on était fou de joie à Noël" et "Noël à la maison", on sent une nostalgie certaine dans le coeur de Kerouac et la fin de l'innocence. Ce sentiment que l'on retrouve dans " Mon Chat Tyke".
L'observation d'une ville sert de décor à "Esquisses de Manhattan", style dans lequel Kerouac excellait.
Musique et littérature complètent cet ouvrage avec une question " Naît-on ou devient-on écrivain?"
Les personnages croisés sont le plus souvent les laissés-pour-compte de la société américaine, comme ce vieux vagabond noir du Sud, qui en une chanson et une nuit prophétique lui fait reprendre la route.
Ou cette fille superbe de "Vraie blonde" en maillot de bain et grosse voiture de luxe, le prendra en stop de Dallas à San-Francisco. Le voyage se fera à grand renfort de Benzédrine, la jeune fille lui fera le coup de la panne d'essence, les pompistes l'envieront et Jack qui se posera toujours la question "Que voulait-elle?".
On trouve aussi les amis écrivains, Gregory Corso entre autres.
Relire l'oeuvre de Kerouac, c'est pour moi voir la vérité de plein fouet, le monde a changé, mais pas en bien. Kerouac, ou Brel ou Brassens, ne serait-ils pas rejetés par des directeurs artistiques-comptables, circulez, vous ne vendez pas assez!
Dans ces textes, l'écriture est soignée et la lecture aisée. Les récits de voyages, l'Ouest, la Floride ou autres sont des moments où l'on sent que Kerouac maîtrise son sujet et ses descriptions, "La traversée de l'ouest en bus" et Vraie blonde" en sont des exemples.
Ses tentatives d'explications au sujet de son appartenance à "La Beat Génération" sont plus confuses pour ne pas dire contradictoires. Avec lucidité, il dit "Il ne reste en fait plus rien de la Beat Génération originale.
Un livre intéressant permettant de mieux cerner les multiples personnalités de l'auteur.
Extraits:
- Mais il marchait dans la nuit américaine.....
- Je n'avais rien d'autre à faire que de lire le paysage ; j'étais seul.
- Et derrière, un Paysage Américain d'une désolation indicible indescriptible, à faire frissonner Marcel Proust.
- Une expérience bien morose, traverser Richmond, Virgine, sous une pluie diluvienne à minuit.
- Ce n'est pas le problème, je ne voudrais même pas avoir d'enfants, ils ne naissent que pour mourir.
- La Beat Generation n'est pas une bande de voyous.
- Mais de l'autre côté de la rue un presbytère triste.
- Puis j'ai lu Joyce et écrit tout un roman juvénile à la "Ulysse" intitulé "Vanité de Duluoz"
Éditions : NRF/Gallimard
Titre original: Good blonde & Others (pour l'essentiel des textes.)
Autres chroniques de cet auteur :
Maggy Cassidy.
Les souterrains.
CARONE Modesto / Résumé d'Ana

Résumé d'Ana
Modesto CARONE
Malchance!
Note :2,5
Écrivain plutôt prolifique. Ayant enseigné à Vienne, il est surtout connu comme traducteur de Kafka dont il est un des spécialistes.
Une saga familiale qui se confond avec l'histoire de la région de Sao-Paulo.
Ce livre se présente en deux parties : la première "Résumé d'Ana", la seconde "Ciro".
Personne dans la famille ne parle volontiers de la grand-mère maternelle, Ana Badochi, née Godoy de Almeida. Il faudra toute la persévérance d'un enfant pour, bribes par bribes, reconstituer son destin.
Orpheline, Ana est passée de famille en famille. Parfois considérée comme la bonne, parfois d'une manière plus amicale, elle partira à Sao-Paolo. Puis reviendra dans son village pour se marier avec un boulanger avec qui elle gravira les échelons de la notoriété, agrandissant leur affaire, faisant des enfants dont un fils Circo, mais sans sauver leur couple. L'alcool et la tuberculose auront raison du peu de vie qui lui restait, elle avait 45 ans.
Dans "Ciro" l'auteur reprend la même histoire dans une narration un peu différente de la naissance de l'enfant jusqu"à la mort de la mère, puis son départ sur les routes avec son père.
Ensuite nous suivrons ses errances professionnelles et familiales, avec son cortège de malheurs et une mort sans gloire, suivi d'un enterrement de troisième classe.
Un échantillonnage de personnages, aux sorts plus tragiques les uns que les autres, je cherche quelqu'un qui ne soit pas victime de tous les malheurs du monde. Les filles Lazinha et Zilda peut-être, parce que l'auteur en parle peu!
Le fils Ciro, genre pauvre garçon malade et soigné par sa mère, résultat, il ne peut plus tourner le cou d'où son surnom "Couraide". Il apprend à lire sur les étiquettes de diverses potions magiques que vend son père. Il tombe amoureux d'une superbe blonde de 16 ans, qui se prostitue depuis plusieurs années. Il en épouse une autre qui souffre de tuberculose! Il la trompe pour une belle rousse qui finira en prison pour avoir assassiné son père à coups de couteau!
C'est bien écrit et cela évite le mélodrame lacrimal, mais de justesse! Sinon, ce n'est pas la Bibliothèque Rose, c'est plutôt "Sans famille", façon Samba, "Les misérables" version cariocas! Tous les malheurs du monde sur la même famille et sur un siècle. Par moment, on a envie de dire cela devient grotesque et cela le devient. Trop c'est trop, dommage.
J'avais une forte envie de lire ce livre, ne connaissant pas grand-chose du Brésil ni de sa littérature brésilienne et de son histoire.
Les soubresauts politiques de la seconde moitié du 20ème siècle ont rendu misérables des gens qui vivaient petitement comme Ciro et sa famille, c'est ce côté historique, je pense qui sauve un peu ce livre.
Extraits :
- La vie d'Ana ne fut en rien amène, ainsi soumise au zèle et au bon vouloir de sa maîtresse et du mari.
- D'ailleurs quel enfant peut juger avec discernement la vie affective de ses parents?
- A ce qu'il semble, Joao France ne resta pas insensible à l'intérêt d'Ana mais, pour une raison impénétrable, il décida de l'en punir.
- Lazinha parvint à le retenir sur le pas de la porte et il ne dut qu'à cette circonstance d'assister au décès de son épouse.
- Pour Ciro, pleurer devint une seconde nature.
- Quand il se fut ainsi alphabétisé avec son père, les notices et les almanachs devinrent ses lectures aux heures de détente.
- La relation ne fut guère sereine : il s'irritait de ne pas voir sa bien-aimée tous les jours.
- La vie du couple s'écoulait tranquillement jusqu'au jour où Anita eut une altercation avec le patron.
- Ils vécurent dès lors des expériences pénibles qui, d'après Anita, les firent vieillir tous deux avant l'heure.
Éditions : Editions Chandeigne.
Titre original: Résumo de Ana. (Brésil) Traduit du Portugais.
Un dernier petit mot, j'aime beaucoup la couverture qui a été la première chose qui a guidé mon choix.
11 novembre 2007
LEROY Gilles / Alabama Song.

Alabama Song.
Gilles LEROY
Note : 4
Oh, ma Zelda c'est fini Montparnasse*
J'aurais aimé lire ce livre avant le prix Goncourt et le tapage médiatique qui s'en est suivi. Parlons de mes premières lectures lointaines, aux environs de mes 20/25 ans, les classiques américains, la découverte de ce couple que l'on pouvait envier pour sa richesse, son style de vie. Mais pour le jeune lecteur que j'étais, l'histoire était déjà écrite, vie brillante, mais brève.
L'auteur nous livre ici un portrait romancé de cette femme brillante mais tourmentée, de son enfance en Alabama à sa mort tragique, brûlée dans l'incendie d'un hôpital psychiatrique où elle était internée.
"Belle du Sud", jeune fille libre ne se souciant guère des convenances, ni des préjugés mène sa vie à sa guise. Fille d'un juge et comme elle le dit elle même : "que voulez- vous qu'il m'arrive dans une ville où une rue sur deux porte mon nom?".
Elle rencontre Scott Fitzgerald, l'épouse pour le meilleur (parfois) et le pire (souvent). Ils deviennent les coqueluches du monde des arts new-yorkais, les romans de Scott se vendent très bien, l'argent rentre, puis repart en somptueuses soirées, en voyages et en boissons, fortes de préférence.
C'est l'âge d'or du couple, les voyages en Europe, la vie rêvée!
Les premières failles apparaissent, Zelda a une aventure, Scott l'enferme et la fait surveiller, lui boit de plus en plus. Le couple s'installe sur la Côte d'Azur pour se qui semblerait être une tentative de sauvetage. Mais un autre problème entre dans leur vie, Lewis O'Connor. Et surtout l'alcoolisme de Scott devient très préoccupant et la santé mentale de Zelda se dégrade.
Scott et Zelda, quand, comme moi, on se contente d'un survol de leurs existences, semblaient l'incarnation d'une vie magnifique, beauté, argent, renommée. Mais sous le vernis, c'est une longue descente aux enfers avec ses ingrédients habituels, sexe, alcool et jalousie.
Quel gâchis, mais cela était-il évitable, je ne le pense pas.
Plusieurs personnages célèbres dans ce livre outre les deux protagonistes, Tallula Bankhead qui fut une actrice renommée et une femme très libérée pour l'époque.
Quand au personnage de Lewis O'Connor, après quelques minutes de recherche, nous devinons que c'est Ernest Hemingway, que Zelda détestait. Pourquoi lui avoir donné un pseudonyme?
Une écriture de qualité, mais la construction de ce roman oblige à une certaine attention, les dates écrites en marge aident heureusement à situer l'action.
Une question reste pour moi sans réponse, pourquoi et comment cette jeune fille de caractère, libérée de contrainte d'obéissance s'est-elle laissée priver de la possibilité de tenter sa propre carrière?
A mon avis, un prix Goncourt mérité.
Extraits:
- Je suis Zelda Sayre. La fille du Juge. La future fiancée du futur grand écrivain.
- L'Europe nous l'aurons. Nous l'aborderons, mais sur le pont des premières classes. Et sans l'uniforme.
- La belle flasque allait beaucoup servir, cadeau étrange et criminel, quand j'y repense.
- C'est nous qui avons inventé la célébrité et son commerce.
- C'est là que j'ai ressenti le manque d'Alabama, le manque de cette terre abhorrée qui était la mienne.
- Puis ce gros lard est entré dans notre vie. L'amateur de corridas et de sensations fortes. L'écrivain le plus pute et la gloire montante de notre pays.
- " Vous ne vous êtes pas mariée ma jeune dame. Vous avez signé un contrat publicitaire"
- J'ai épousé un artiste ambitieux, me voici douze ans plus tard flanquée d'un notable ivrogne et couvert de dettes, telle la dernière des rombières.
- J'ai perdu la beauté et la fraîcheur qui exonèrent du scandale.
- Au départ, je me foutais de lui, à la fin il se foutait de moi.
Éditions : Mercure de France.
*Alain Souchon. Paroles extraites de "Rive Gauche"
09 novembre 2007
JOHNSTON Jennifer / De grâce et de vérité.

De grâce et de vérité.
Jennifer JOHNSTON.
Note :3,5
Mon père ce.................!
Dernier roman (pour l'instant du moins) de Jennifer Johnston. Comme j'ai été plutôt déçu par ses deux ouvrages précédents, j'ai quelques appréhensions en commençant ce livre.
La conquête de l'Irak vient de commencer. Sally, actrice de 35 ans, rentre chez elle en Irlande. Elle est comme elle dit "vannée" par cette tournée. Lucidement elle pense que pour les prochaines représentations de la pièce de J.M. Synge "Le baladin du monde occidental", elle devrait abandonner le rôle de Pegeen pour celui de la veuve Quin et laisser la place à quelqu'un de plus jeune.
Dans ce chaos de pensées plutôt moroses, Charlie, son mari, lui annonce qu'il la quitte!
Tout en se débattant avec ses problèmes de carrière qui est arrivée à un tournant, elle voudrait changer de rôle, partir aux Etats-Unis faire du cinéma, bref vivre pour elle.
Mais avant, elle se souvient du suicide de sa mère et surtout du secret bien gardé qui entoure son père. Qui est-il, pourquoi cette chape de plomb qui semble de rigueur dans la famille, ou plutôt ce qui reste de cette famille.
Seul son grand-père, évêque de l'église d'Irlande, pourrait encore la renseigner, mais le veut-il? Est-ce bien nécessaire dans la période déjà assez agitée que vit Sally?
Le personnage de Sally est très attachant. Comme actrice, elle se rend compte que l'âge venant, elle doit évoluer dans sa carrière.
Charlie, son mari, la trompe depuis longtemps, mais cette fois-ci, il veut partir, elle ne le retient pas.
Le grand-père de Sally dont la vie fut vouée à cette étrangeté irlandaise "L'Eglise d'Irlande" est maintenant un vieil homme près de son lit de mort. Austère et rigoureux, il s'est élevé dans la hiérarchie de son église.
J'ai bien aimé l'hommage rendu au théâtre irlandais par l'auteur : John M.Synge et son "Baladin du Monde Occidental, Beckett pour "En attendant Goddot", G.B Shaw.
Hommage également à Siobhan McKenna, actrice irlandaise de renom.
Jennifer Johnston reprend un thème dont elle a déjà parlé, le secret de famille.
J'aime mieux ce livre que "Ceci n'est pas un roman" bien que la trame soit pratiquement la même.
C'est bien écrit et le personnage de Sally est plus profond que celui de Sylvia, la mère de famille du roman cité plus haut.
Cela dit, ce n'est pas non plus un roman exceptionnel, agréable soit, mais il manque un petit quelque chose qui semble échapper à Jennifer Johnston depuis quelques temps!
Le théâtre est un monde que connaît bien Jennifer Johnston, son père Denis Johnston fut un des plus grands dramaturges de son époque.
Extraits:
- Aujourd'hui, la somme que j'avais alors payée suffirait à peine à m'offrir une cabane à outils dans une cour.
- Ma vie, cette vie est devenue une prison.
- Fin d'un mariage.
D'une époque.
J'avais perdu le seul vrai baladin du monde occidental.
- Je n'ai jamais eu de père.
Ni de frère ou de cousin, aucun personnage masculin dans ma vie que j'aurais pu aimer ou haïr.
- Elle n'était pas âgée. Elle n'était pas malade. Simplement, elle ne pouvait pas supporter de vivre plus longtemps.
- Qui est mon père ?
- Je n'ai pas de passé. J'ai grandi dans le secret. Je déteste ça.
- Et c'est un parpaillot. Un vrai protestant du Nord.
- La porte d'Irlande voilà ce qu'il fut pendant longtemps.
- Tu ne jouais pas aussi bien que Siobhan McKenna. Elle a été la meilleure Pegeen que je n'ai jamais vue. Un peu âgée......
- Oui. Mais assez, c'est assez. Ruth devra apprendre à m'aimer à présent et à m'obéir.
- Aucun enfant de son âge n'écoute ses parents.
- J'ai horreur d'être aussi indécise.
Tout le monde a horreur de cela.
Éditions : Belfond
Titre original: Grace and Truth
Autres chroniques de cet auteur :
Le sanctuaire des fous
Les ombres sur la peau
Une histoire irlandaise.
L'illusionniste.



