Le Rose et le Noir.
Frédéric PRILLEUX (Coordinateur).
L'amour!
Note :4,5 / 5.
C'est le quatrième recueil de la série que je commente et je ne m'en lasse pas.
Le thème, une chose avec laquelle on ne badine pas : "L'Amour". Ceux qui pensent oublier ceci y laisseront des plumes et très souvent beaucoup plus, la vie par exemple!
Je ne pense pas qu'il sera beaucoup question d'amour pur et platonique, mais sait-on jamais? La liste des élue est : Claude Amoz, Adèle Ayanok, Laurent Boron, Jean-François Coatmeur, Françoise Conan, Thomas Ehrmann, Patrick Pécherot, Lionel Perrin, Jean-Bernard Pouy et Philippe Thirault.
Certains noms vous sont inconnus, c'est normal ils le sont, mais ne le resteront pas.
La nouvelle qui ouvre ce recueil aurait pu figurer dans la série "Mes chers voisins".
Raymond est retraité, materné à l'excès par une mère possessive et craintive. Il vit un peu plus librement depuis le décès de celle-ci, il a même une compagne qui a débarqué un jour dans sa vie. Des nouveaux voisins aussi ont débarqué, la femme est mignonne et pour Raymond, le mari est un prétentieux qui a tout à fait le type du futur mari trompé. Mais les apparences aussi sont trompeuses!
L'enfer du jeu, dit-on parfois s'il existe, cela doit être "Au cercle bleu"! Club privé pour gens à particule (même petite), mais avec pécule (le plus gros possible), donc une clientèle triée sur le volet. Johan est un grand joueur, mais Muller n'est pas spécialement un nom ronflant. Un jour il est admis au cercle, mais Lucio le patron l'accepte contre vingt pour cent de ses gains! Mais l'amour et le jeu ne font pas bon ménage et tombé amoureux de la régulière du patron n'est pas la chose la plus intelligente possible. Alors entre Lucio et Johan commence une partie de poker où Johan sombrera corps et âmes. Une plongée terrifiante dans le monde du jeu, où il vaut mieux s'occuper de trèfle plutôt que de la dame de coeur!
"La Grise" est une des chattes de Marinette et elle a disparu! Marinette est clocharde dans un Saint-Malo hors saison touristique, Georges est également clochard. Après s'être aimés pendant des années, "Avant qu'on soient poivrots" dit Jacques Brel, elle le déteste. Une tentative de réconciliation fortement alcoolisée est-elle possible? Une histoire sur la vie et ses échecs, une des plus belles nouvelles de ce recueil, l'auteur est Françoise Conan.
"Une fois dans un cactus en fleur" me laisse dubitatif! Une écriture saccadée, une télévision qui hurle, Tijuana au Mexique, tout cela mélangé donne un récit étrange.
On reprend son souffle et l'on prononce après moi "Achitilbuie", charmant village d'Ecosse. Un homme qui se dit mourant veut y envoyer une détective privée de Coventry, ville moribonde, car il veut revoir sa mère. C'est beau l'amour filial. Mais qui joue franc-jeu dans cette affaire?
Dans "Ils s'aiment" d'Adèle Ayanok, c'est la "Sainte Famille" version abjection complète, le décathlon de l'horreur, viol, inceste etc.. et pourtant c'est la famille. La chute est inattendue!
Joueur et flambeur, méfiance, tôt ou tard on se brûle les ailes, et d'autres choses...Le père et la baby-sitter Julie d'un côté, la mère et la fille Adèle de l'autre, Adèle sait la vérité, mais la mère meurt. Rien n'est éternel, l'amour se meurt, parfois "L'amour est assassiné" dans la nouvelle du même nom. Une détective amoureuse qui ne sait plus à quel saint se vouer. Annie, la prostituée, qui ne demande qu'échanger de l'amour. En réponse elle ne reçoit que des coups, et puis Marthe et ses derniers jours à vivre. C'est ça la vie, c'est ça l'amour? L'argent ne fait pas le bonheur même quand c'est en Bavière, où une mère perdra tout pour l'amour de son fils.
Dans ce genre d'ouvrages, les écritures sont toujours très différentes. Complètement déjantée pour Thomas Ehrmann, pleine d'un humour caustique pour Patrick Pécherot.
Les dix élus sur cent soixante huit, ne peuvent que savoir bien écrire!
Faites comme moi, laissez-vous accrocher par ces livres qui sortent une fois par an, vous avez le temps de vous en remettre!
Extraits:
-Ne pas la retenir. Ne pas mendier l'amour, voilà le seul moyen de le garder.
-Une minute de silence c'est long. Avant il attendait qu'on ait douze ans.
- J'étais le prince de l'esbrouffe, le prince des flambeurs.
- C'était une sorte de soupape, le Cercle Bleu, les égouts de la grande richesse.
- Moi, je ne suis pas belle, je ne peux me prévaloir d'aucun talent et les garçons me font peur.
- Pas melon Maman. Pas mamelon. Pas pastèque. Papa steak. Et Judith? Judith pas betterave. Pas bête. Pas rave.
- Sa voix avait l'écho lointain d'une galerie de mine. Une de celles que le tabac creuse lentement dans les poumons.
- Faut avoir eu ça dans les oreilles au moins une fois pour piger les lamentations des bagpipes.
Éditions : Terre de Brume / Granit noir.
Autres chroniques de cette série :
Billets brûlés.
Mes chers voisins.
Le onzième commandement.