De grâce et de vérité.
Jennifer JOHNSTON.
Note :3,5 / 5.
Mon père ce.................!
Dernier roman (pour l'instant du moins) de Jennifer Johnston. Comme j'ai été plutôt déçu par ses deux ouvrages précédents, j'ai quelques appréhensions en commençant ce livre.
La conquête de l'Irak vient de commencer. Sally, actrice de 35 ans, rentre chez elle en Irlande. Elle est comme elle dit "vannée" par cette tournée. Lucidement elle pense que pour les prochaines représentations de la pièce de J.M. Synge "Le baladin du monde occidental", elle devrait abandonner le rôle de Pegeen pour celui de la veuve Quin et laisser la place à quelqu'un de plus jeune.
Dans ce chaos de pensées plutôt moroses, Charlie, son mari, lui annonce qu'il la quitte! Tout en se débattant avec ses problèmes de carrière qui est arrivée à un tournant, elle voudrait changer de rôle, partir aux Etats-Unis faire du cinéma, bref vivre pour elle. Mais avant, elle se souvient du suicide de sa mère et surtout du secret bien gardé qui entoure son père. Qui est-il, pourquoi cette chape de plomb qui semble de rigueur dans la famille, ou plutôt ce qui reste de cette famille. Seul son grand-père, évêque de l'église d'Irlande, pourrait encore la renseigner, mais le veut-il? Est-ce bien nécessaire dans la période déjà assez agitée que vit Sally?
Le personnage de Sally est très attachant. Comme actrice, elle se rend compte que l'âge venant, elle doit évoluer dans sa carrière.
Charlie, son mari, la trompe depuis longtemps, mais cette fois-ci, il veut partir, elle ne le retient pas.
Le grand-père de Sally dont la vie fut vouée à cette étrangeté irlandaise "L'Eglise d'Irlande" est maintenant un vieil homme près de son lit de mort. Austère et rigoureux, il s'est élevé dans la hiérarchie de son église.
J'ai bien aimé l'hommage rendu au théâtre irlandais par l'auteur : John M.Synge et son "Baladin du Monde Occidental, Beckett pour "En attendant Goddot", G.B Shaw. Hommage également à Siobhan McKenna, actrice irlandaise de renom. Jennifer Johnston reprend un thème dont elle a déjà parlé, le secret de famille. J'aime mieux ce livre que "Ceci n'est pas un roman" bien que la trame soit pratiquement la même. C'est bien écrit et le personnage de Sally est plus profond que celui de Sylvia, la mère de famille du roman cité plus haut.
Cela dit, ce n'est pas non plus un roman exceptionnel, agréable soit, mais il manque un petit quelque chose qui semble échapper à Jennifer Johnston depuis quelques temps!
Le théâtre est un monde que connaît bien Jennifer Johnston, son père Denis Johnston fut un des plus grands dramaturges de son époque.
Extraits:
- Aujourd'hui, la somme que j'avais alors payée suffirait à peine à m'offrir une cabane à outils dans une cour.
- Ma vie, cette vie est devenue une prison.
- Fin d'un mariage.
D'une époque.
-
J'avais perdu le seul vrai baladin du monde occidental.
- Je n'ai jamais eu de père.
Ni de frère ou de cousin, aucun personnage masculin dans ma vie que j'aurais pu aimer ou haïr.
- Elle n'était pas âgée. Elle n'était pas malade. Simplement, elle ne pouvait pas supporter de vivre plus longtemps.
- Qui est mon père ?
- Je n'ai pas de passé. J'ai grandi dans le secret. Je déteste ça.
- Et c'est un parpaillot. Un vrai protestant du Nord.
- La porte d'Irlande voilà ce qu'il fut pendant longtemps.
- Tu ne jouais pas aussi bien que Siobhan McKenna. Elle a été la meilleure Pegeen que je n'ai jamais vue. Un peu âgée......
- Oui. Mais assez, c'est assez. Ruth devra apprendre à m'aimer à présent et à m'obéir.
- Aucun enfant de son âge n'écoute ses parents.
- J'ai horreur d'être aussi indécise.
Tout le monde a horreur de cela.
Éditions : Belfond (2005)
Titre original: Grace and Truth.
Autres chroniques de cet auteur :
Le sanctuaire des fous.
Les ombres sur la peau.
Une histoire irlandaise.
L'illusionniste.