Milkman 2
Milkman.
Anna BURNS.
Note : 4,5 / 5.
On raconte que…en dit que...
Premier roman de cette auteure d’Irlande du Nord, traduit en français. Elle est la première écrivaine Nord-Irlandaise à avoir gagné le prestigieux « Brooker Prize 2018 » en Angleterre.
Une jeune fille, personnage principal de ce roman, tente d’avoir la vie d’une jeune fille de son âge. Mais dans une ville qui vit sous haute tension. Tension que l’on trouve dès les premières lignes.
- Le jour où Machin McMachin a posé son flingue sur ma poitrine, m'a traité de vipère et a menacé de m'abattre, c'est le jour où le laitier est mort. Il s'était fait descendre par l'un des commandos de l'État et peu m'importait, à moi, l'exécution de cet homme.
Il est question de drapeaux pour chaque communauté, de commandos de l’État, responsables
de plusieurs morts, de paramilitaires de tous bords. Il y a aussi « Les renonçants » ennemis de État l’ ! Intervient un pays de l’autre côté de l’eau…
Et au milieu de ce chaos, la narratrice tentant de passer
le plus inaperçue possible, réussit tout le contraire. Mais pour se fondre dans l’anonymat, lire en marchant n’est pas réellement une bonne solution. Elle veut rester neutre, mais est-ce possible ? Quelles étaient ses réelles relations avec ce faux laitier, marié et plus âgé qu’elle ?
La mort est omniprésente dans cette ville jamais nommée...
Les personnages de ce roman complètement hors normes n’ont ni noms ni prénoms, mais des surnoms pour le moins étrange !
La narratrice restera anonyme durant tout ce long monologue. Seule concession, elle est sœur du milieu !
Un autre personnage principal sera « peut-être-petit-ami », dont nous ne saurons pas s’il est son petit ami ou pas.
Milkman, par contre pour lui, nous avons deux certitudes, il s’est fait descendre, nous l’apprenons, à la troisième ligne du roman. Et descendu par un commando de l’État. Ce n’était pas le laitier du quartier, et il n’était même pas sûr qu’il était laitier ! Il semblait avoir jeter son dévolu sur la narratrice.
Par contre il y a un autre laitier un vrai lui ! On parle aussi de la famille, m’ma la mère, les sœurs, sœur une, deux, etc... pour les beaux-frères idem, beau-frère un, etc... Un dénommé Machin MacMachin joue les envahisseurs vis-à vis de la narratrice qui elle, la pauvre, a beaucoup de mal à rester hors des évènements qui se déroulent autour d’elle et qui est l’objet de calomnies et de commérages.
Un roman déroutant à tous points de vue, par sa narration. Nous sommes dans une ville qui n’a pas de nom, les personnages n’ont que des pseudonymes suivant leurs degrés dans la famille.
Nous supposons donc que nous sommes à Belfast durant les «  Troubles », mais rien de tout cela est explicite.
Un roman sur les silences, les on-dit, les rumeurs vraies ou fausses dans une ville où règne la peur.
Une lecture très ardue, où l’on perd ses repaires, mais on s’attache à cette jeune fille qui voudrait simplement vivre loin du bruit et de la fureur.
En plus ce livre a une magnifique couverture.
Extraits
- Quant à la rumeur sur moi et le laitier, je l'ai écarté sans même y penser. La curiosité dévorante, à propos de tout un chacun, c'était monnaie courante dans le coin, depuis toujours.
- Et quid des morts-tous ceux qui en sont morts, de ces problèmes politiques ? Est-ce donc à dire qu'ils sont tous morts en vain ?
- Où sont la plupart de leurs maris implacables et puissants, obstinés, maussades, à ces femmes ? Pareil, six pieds sous terre dans le carré des combattants pour la liberté, à l'endroit habituel.
- Assurément il me semblait, à moi, que ce laitier avait bien fait quelque chose, qui s'apprêtait à faire quelque chose que stratégiquement il se préparait à passer à l'acte.
- Et ce, parce que la plupart des ragots sur le laitier et moi circulait
dans mon dos. Mais la situation était elle aussi mauvaise que cela ?
- Selon la police, bien entendu, notre communauté était une communauté-voyous. C'était nous l'ennemi, c'était nous les terroristes, des terroristes civils, et complices des terroristes ou simplement des individus soupçonnés d'en être mais pas encore démasqués comme tels.
- L'une des histoires la concernant, c'est que toute sa famille avait été tuée dans les problèmes politiques.
Éditions : Joëlle Losfeld (2021)
Titre original : Milkman (2018)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Jakuta Alikavazovic.
Sur le même sujet, le magnifique roman de Jennifer Johnston se passant à Derry :
Les ombres sur la peau.