Les ombres sur la peau
Jennifer JOHNSTON.

Note: 4,5 / 5.
Enfant de Derry.
L’amitié d’un enfant et de sa professeur mise à mal par un frère peu recommandable. Pour moi le meilleur roman de Jennifer Johnston, qui quitte ses habitudes littéraires pour ce roman urbain et contemporain.
Joe est un garçon sans problème, pas très doué en mathématiques, un peu rêveur et plus porté sur la poésie. L’ambiance à la maison n’est pas brillante, un père malade et vantard, une mère assumant seule la bonne marche du foyer. Il fait un jour la connaissance de Kathleen, une institutrice un peu plus âgée que lui, cette tendre amitié bouleverse Joe.
Mais nous sommes en Irlande la paix est passagère, le retour du frère aîné Brendan, vivant en marge d’une organisation terroriste va briser le fragile équilibre de la vie de tous ces personnages. Joe jaloux de son frère aura une parole malheureuse, et comme toujours ce sont les plus faibles, lui et Kathleen qui seront les victimes d’une vengeance sordide.
Les hommes de la famille, le père homme malade et aigri, tyrannique et affabulateur, s’inventant un passé glorieux pendant la guerre d’indépendance, et Brendan, son digne fils, vivant dans leurs rêves et leur utopie guerrière. Leur manque de réalisme leur fait abandonner toutes contraintes sur les seules épaules de l’épouse et mère. Quelques dialogues montrent crûment les divergences de points de vue et ce n’est pas les virées nocturnes des hommes au pub qui arrangeront les choses.
Kathleen est pleine de vie et de bonté, elle passe à Derry une année scolaire, puis espère quitter l’Irlande et se marier. Elle n’est pas concernée par la situation politique, elle en subira pourtant principalement les conséquences. L’atmosphère de la ville et la situation tendue est résumée à quelques lignes d’émeutes ou d’arrestations nocturnes. La mort de soldats britanniques puis les fouilles des maisons, la nuit suivante, avec une mise à sac systématique. Mais la tension de la mère de Joe est palpable dès qu’il est en retard, dans ces moments où tout le monde s’imagine le pire.
Un très bon roman sans fard ni complaisance contant la vie d’une famille catholique pauvre et meurtrie par l’histoire.
Extraits :
-Je sais bien, dit sa mère. Rien ne change jamais. Ca empire seulement.
-J’ai vu un soldat dans un pub à Belfast, un soir, pleurer parce qu’il voulait rentrer chez lui.
-Joe et moi, nous nous sommes mutuellement dragués dans la rue. N’est-ce pas Joe ?
Il a bon goût pour un môme.
-C’est une sorte de routine en fait. La routine de la naissance, du mariage et de la mort.
-Je souhaite seulement n’être jamais venue à Derry.
-Pas de bombe dans la poussette, ma jolie ? Fusils toujours prêts. Sacs ouverts. Ne tourne jamais le dos à un Irlandais.
Editions : Le Serpent à Plumes (2001).
Titre original "Shadows on our skin".(1977).