Les Jardins

Les jardins statuaires.
Jacques ABEILLE.

Note : 5 / 5.

Ailleurs, mais où ?
J'ai eu envie de découvrir cet auteur à la suite d'une émission de radio. Il est également sous le pseudonyme de Léo Barthe, auteur d'ouvrages érotiques, dont "L'animal de compagnie" chroniqué sur ce blog.
Je commence donc par ce roman qui est, semble-t-il, le premier titre paru. Il a été suivi de nombreux autres dont "Le Cycle des Contrées", ainsi que de romans et nouvelles. Un auteur très prolifique.
Nous sommes dans un pays incertain, à une époque indéterminée, dans des lieux où les jardiniers font pousser des statues.
Un homme, un peu écrivain et explorateur nous narre ses (multiples) aventures dans un monde étrange. Différentes "Contrés" forment la géopolitique de cet univers. Il écrit sa vie aventureuse et ses nombreuses rencontres. Les humains sont, pour les plus nantis, tapis dans de grands domaines, protégés par de vastes murs. Les femmes ne sortent pas de ces demeures, ce sont les hommes qu'elles épousent qui viennent les rejoindre. Les autres, celles qui sont rejetées, finissent prostituées dans des hôtels transformés en vastes lupanars. 
Entre les domaines s'activent des jardiniers qui cultivent, taillent, retouchent et donnent vie à des statues. Répliques des humains, qui vivent et meurent, peuvent être malades et dépérissent, car ils sont l'équivalent de nos arbres! 
Notre héros, personnage sans nom, quitte son hôtel pour se plonger au cœur du "Monde des Contrées".
Il découvrira un univers très loin du nôtre, frôlera la mort de nombreuses fois, il rencontrera l'amour et devra lutter contre de nombreux préjugés, inhérent à l'histoire des habitants de cette époque indéterminée.
Un roman foisonnant, impossible à résumer ici, dans le format habituel de mes chroniques.
Le voyageur, personnage principal de ce roman, en est également le narrateur. Pourquoi voyage-t-il dans des contrées inconnues et dangereuses ? 
Durant son périple il rencontre de nombreux personnages, tous le traiteront avec respect, certains seront bienveillants. Vanina sera très accueillante, mais d'autres voudront sa mort. Avec celle-ci, ils recueilleront une enfant Licia, fille d'une prostituée qui devait être initiée à ce métier malgré son jeune âge.
Il croisera dans les contrées sauvages un Prince à la barbe blonde qui lui annonce qu'il lèvera une armée de barbares pour envahir les autres contrées, celles du Nord et du Sud...
Notre écrivain narrateur reviendra sur ses pas pour prévenir les habitants de ces contrées de cette menace... sera-il écouté ?
Mais a-t-il réellement vécu toutes ces péripéties ou les a-t-il rêvées, ou alors tout simplement imaginées ?
J'ai beaucoup aimé ce roman, pas un pavé, mais presque, pas loin de 580 pages dans son format poche. Une très belle écriture, pleine de poésie et d'imagination.
La fin est pour le moins surprenante et m’incite à lire " Un homme plein de misère" où le narrateur (qui n'est pas le même qu'ici) fera un voyage qui le mènera aux jardins statuaires.
Un roman qui, si j'en crois la quatrième de couverture, revient de loin, plusieurs incidents ayant émaillé sa publication.
Une découverte qui me donne envie de prolonger la lecture de la nombreuse bibliographie de l'auteur.
Extraits :
-La coutume veut que les pèlerins ne se rasent pas. Nul ne se formalisera de vous voir surgir hirsute à la porte d'un domaine.
- Oui, c'est cela. Je voulais connaître toutes les particularités de votre pays et, lorsque j'eus connaissance de cette terre, je ne pus résister au désir de m'y rendre.
-Lorsque vous êtes arrivé, je faisais le travail d'un homme ; maintenant, je vous sers comme un garçon ; plus tard, je me conduirais en femme.
-Elle quitta la chambre ; sa nudité il frémissait encore comme une flamme.
-Seins droits, demies sphères parfaites, qui me tenaient sous leur fixité innée, tangible. Je crus voir la mort même et me sentir calme, car enfin elle était belle.
-Peu de gens avant vous sont revenus indemnes des steppes. On ne sait pas comment vous accueilleront les jardiniers.
-Je peux vous l'annoncer tout de suite ; l'homme existe : je l'ai rencontré.
-N'avez-vous pas remarqué combien les hommes se prennent à rêver quand ils regardent l'eau. On peut tout voir dans l'eau.
Éditions : Attila (2010)/ Folio (2017).
Le frontispice est l’œuvre de François Schuiten, célèbre dessinateur et illustrateur.