Jo Spain

La confession*
Jo SPAIN.

Note : 5 / 5.
Trois narrateurs et deux enterrements…
Première traduction en langue française de cette romancière irlandaise. Le roman noir de la verte Erin se féminise. Après Lisa McInerney, Louise O’Neill, je découvre donc Jo Spain.
Durant un court prologue situé dans le temps « Aujourd’hui, 2012 ,» nous assistons à une tuerie à coups de club de golf dans une luxueuse villa à Dalkey, banlieue huppée de Dublin.
Julie McNamara assiste au massacre de son époux Harry. Le tueur, d’après le témoignage de celle-ci, son forfait accompli, murmure quelques mots à l’oreille de sa victime.
Les chapitres se suivent avec un personnage se racontant au fur et à mesure que l’enquête avance. Julie parle de sa rencontre avec Harry, riche banquier dans une Irlande conquérante, le coup de foudre, le mariage, mais aussi le sentiment que son époux est un manipulateur.
Celui-ci est accusé de malversation financière, mais est acquitté…
Alice Bloody souffre d’un problème de surpoids, mais c’est une enquêtrice coriace, ne laissant rien au hasard. Elle flaire quelque chose de louche, vu la personnalité de la victime, personnage public, très connu mais pas très clair en affaires… pas le gendre, ni le mari idéal !
JP, John-Paul Carney, arrive au commissariat, hagard et couvert de sang et s’accuse de meurtre, mais il ne sait pas qui il a tué. Il se remémore son passé, les problèmes de santé de sa mère, puis la vie avec son père, brave homme dépassé par les évènements… Il est arrivé depuis peu en Irlande, son père alcoolique est mort noyé, il vit avec sa jeune sœur Charlie, qui semble avoir des fréquentations douteuses…
Et qui est vraiment Julie ? Pas une femme comblée d’après ce qu’elle nous dévoile, Harry voulait un enfant, mais malgré tous leurs efforts cela fut vain. Elle a des doutes sur la fidélité de son époux et ce qu’elle apprend ne va pas dans le bon sens ; d’autres ennuis judiciaires, pas que financiers attendaient celui-ci. Alors elle cherche un peu de réconfort dans la boisson, un peu pour commencer, puis de plus en plus…
Alice va devoir assembler les pièces de ce puzzle, car pour elle JP n’a pas agi dans un moment de démence comme il voudrait le faire croire.
Mais quel est le lien entre cet homme très riche et connu et ce dealer à la petite semaine un peu rangé des voitures ?
Grandeur et chute du Tigre celtique, l’Irlande et d’un homme Harry McNamara, un de ceux qui ont contribué à ce déclin.
Cette histoire est racontée par trois narrateurs, Julie Fergusson, épouse McNamara, Alice Moody, inspectrice en chef chargée de l’enquête et le présumé coupable que tout semble accabler John-Paul (J.P.) Carney.
Un très bon roman, beaucoup de suspense, une fin diabolique et très bien écrit. Une découverte.
L’auteur nous parle de l’Irlande et de sa littérature :
-Tu sais que les plus grands poètes et les plus grands écrivains du monde viennent de là-bas ? Ne laisse jamais personne te dire que l'Irlande n'est pas un petit pays formidable, mon garçon.
Extraits :

- Le craquement d'un crâne fracturé et étrangement et atrocement reconnaissable.
- Maman était catholique jusqu'au bout des ongles. Elle ne faisait les lits que pour les couples mariés.
- HM Capital a nécessité un renflouement de 20 milliards d'euros à la suite du krach de 2007. (Article d'Ireland Today du 5 octobre 2012).
- Non, un événement n'a pas réellement eu lieu tant qu'on n'en a pas parlé sur Facebook–pas même le coma de mon mari.
- Tu as regardé sans rien faire.
- Les pauvres sont tous pareils, quel que soit l'endroit d'où ils viennent. Et ma mère était irlandaise, alors je suis vraiment des vôtres.
- Il y a quelques faits simples que nous ne pouvons ignorer : McNamara a été béni des dieux, et JP, tout le contraire.
- Le Tigre Celtique ne profitait pas à tout le monde, et je commençais à éprouver de la rancœur envers le phénomène et envers tous ces canards prétentieux qui semblaient si bien s'en sortir.
- L'Irlande était entrée dans le nouveau millénaire dans un tourbillon de positivisme face à l'avenir, et il était difficile de ne pas se sentir heureux de vivre.
- L'année prochaine, nous ferons l'ascension de Croagh Patrick pieds nus. Un pèlerinage pour nous racheter. C'est promis.
- L'inspectrice Moody qui monte l'escalier m’évoque l'arrivée du tyrannosaure dans Jurassic Park.
- Vous vivez dans un monde où l'argent a plus d'importance que les épouses, n'est-ce pas ?
Éditions : City. Thriller. (2018).
Titre original : The Confession (2018).
Traduit de l’anglais par Marion Boclet.
*Parfois un aveu est seulement le commencement.