Bolger
mardi 17 avril 2018
// Panorama de la Littérature irlandaise contemporaine

  • Mardi 17 avril à 18h30 médiathèque Benjamin Priaulet

    Panorama de la Littérature irlandaise contemporaine présenté par M. Yvon Bouëtté
    Entrée Libre – Renseignements : 04.90.93.77.93

Ensemble séparés.
Dermot BOLGER.
Note : 5 / 5.
Magouilles à l’irlandaise.
Dans ce roman, Dermot Bolger nous transporte à Dublin, une ville où le mètre carré est devenu tellement élevé que toutes les magouilles, même les moins légales, sont devenues monnaie courante. Tout est bon pour se faire de l’argent.
L'histoire est séparée en quatre parties, la première commence le mardi 13 mars 2007 à 1 heure du matin, où un homme met le feu à une habitation de Dublin.
La seconde partie se déroule en août 2007, la troisième en octobre 2007, et la quatrième le 17 mai 2009.
Paul Hughes, de manière détournée et par l’intermédiaire d’un homme de paille, rafle une enchère au nez et à la barbe de Chris. Celui-ci est un éternel perdant, aussi bien en affaires que dans son couple. Son épouse au cours d’un accident a tué plusieurs personnes, et a été hospitalisée de longs mois. Elle porte une cicatrice au visage. Depuis, malgré la gentillesse de son mari, elle a perdu beaucoup de sa joie de vivre.
Ronan, lui, est plus fonceur, il veut une chose ou une femme, mais dès qu’il l’obtient, il s’en désintéresse. Sa première épouse l’a quitté, il s’est remarié avec une jeune et belle infirmière venant des Philippines. Bel objet qu’il aime exhiber.
Il conclut une affaire avec Paul Hughes mais se rend vite compte qu’il a été berné. Alors, avec toute la persuasion dont il est capable, il propose à Chris de perdre chacun une partie de leurs jardins respectifs et de faire construire une petite maison qu’ils revendront avec un substantiel bénéfice. Une équipe de travailleurs clandestins vient travailler le soir, les matériaux sont achetés au rabais… Seul Chris finance les salaires et les achats.
Mais un soir où les deux hommes boivent plus que de coutume, ils découvrent le cadavre d’un ouvrier… sur la partie de terrain de Chris.
Que faire ? La solution adoptée dans les vapeurs de l’alcool : jeter le cadavre dans les montagnes près de Dublin.
Et ensuite faire comme si rien ne s’était passé !
Mais bien sûr la suite sera loin de ce qui est prévu.
Deux couples, Chris et Alice Macken (comme l'écrivain), leur fille Sophie, leurs voisins, Ronan, et sa seconde épouse Kim, sont tour à tour, à des degrés divers, les narrateurs de cette histoire.
Des deux couples, Chris et Alice paraissent être ceux qui ont le moins bien réussi. Alice rêve de déménager, l'argent manque, et Chris ne parvient jamais à acheter un bien aux enchères.
Ronan semble beaucoup plus à l'aise, mais l'est-il vraiment ?
D'un côté comme de l'autre, les ménages sont au bord de la rupture, les relations sont tendues entre époux.
Un autre narrateur, un travailleur clandestin venant d'un pays de l'Est, Ezal raconte brièvement son histoire en fin d'ouvrage.
Patricia, membre de la famille d'Alice, intervient mais sans être narratrice.
Dans cet excellent roman, le moins que l'on puisse dire, c'est que Dermot Bolger n'est pas tendre avec son pays, ni avec ses habitants. En effet les Irlandais dont il est question ici, ne sont que des arrivistes corrompus, escrocs, prêts à tout pour réussir. Une phrase résume parfaitement l'esprit de ce livre :
–Bientôt cette bulle exploserait comme toutes les bulles le font.
Et l'histoire l'a prouvé, la bulle a explosé.
Extraits :
- Les buveurs irlandais se délectaient à révéler ces pépites de leur récit national, semblable aux petits-enfants qui montrent des crottes dans un pot de chambre, attendant pour leurs prouesses des louanges excessives.
- Elle était devenue trop dépendante d'un homme apparemment dépassé par cette nouvelle Irlande qui s'emballait autour d'eux.
- Elle n'était pas prête à se laisser de nouveau utilisée par un garçon.
- Mais les romans de Nin étaient narratifs ; une évasion permettant de s'évader.
- Le marché immobilier était un monde de fumées et de miroirs où personne ne disait toute la vérité.
- C'est grâce aux promoteurs que l'Irlande continue d'être solvable et de pouvoir payer professeurs et infirmières.
- Ces grands maîtres avaient saisi le vrai secret de l'argent : il n'avait pas de réalité. Au-delà d'un certain chiffre, il n'était plus qu'une abstraction–la plus importante abstraction de la planète.
- J'ai embrassé mes amis de la fac, diplômés comme moi dans une Irlande transformée.
- Je l'aime à ma façon. Il est un bijou précieux que personne d'autre ne voit comme tel.
Éditions : Joëlle Losfeld (2016).
Titre original : Tanglewood (2015).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas.
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Une illusion passagère.
La musique du père.
Un Irlandais en Allemagne
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