La note américaine

La note américaine.
David GRANN.

Note : 5 / 5.
Osages, oh désespoir !
Ce livre est le fruit d’une enquête menée par David Grann sur les meurtres en série visant les indiens Osages durant les années mil neuf cent vingt.

Un épisode peu connu (et peu glorieux) de la conquête du « Far-West ».
Ces faits et le laxisme de la police amènent la création du FBI par Edgar J. Hoover.
Après des années d’errance, la tribu des Osages, ou du moins ce qu’il en reste, est parquée dans un lieu peu engageant de l’Oklahoma. Une clause aussi inattendue que surprenante va changer le cours de l’histoire.
- « Tout pétrole, gaz, charbon ou autres minerais sur cette terre (...) sont, par la présente, réservés à la tribu ».

Triste destin que celui des Osages. Leurs soudaines richesses vont leur attirer une haine farouche de certains blancs sans scrupules qui affluent en masse, des êtres souvent sans foi, mais toujours sans loi.
Indiens, ils ne le sont plus vraiment, ayant abandonné beaucoup de leurs coutumes ; mais riches ou pauvres, ils ne seront jamais considérés comme blancs, ou au moins ayant les mêmes droits que ceux-ci.
Ils sont, par exemple, jugés incapables de gérer leur soudaine fortune, ils sont donc dans l’obligation d’avoir un curateur ! Aubaine pour ceux-ci !
Dans ce récit, la première défunte est Anne Brown, une des sœurs de Mollie Burkhart, laquelle Mollie a déjà perdu une autre sœur, Minnie, d’une maladie foudroyante alors qu’elle semblait en pleine santé. Mollie est mariée à un blanc, Ernest Burkhart. Elle est, comme ses sœurs, riche, belle maison, plusieurs voitures. Presque simultanément un cadavre d’homme est découvert, deux balles dans la tête… une exécution en bonne et due forme. C’est le début de ce que l’on nommera plus tard « Le Règne de la terreur ».
Hoover délègue un homme sur place, Tom White, policier intègre, Ranger, avec quasiment les pleins pouvoirs.
Des blancs sont aussi assassinés, un avocat, W.W.Vaughan, dans un train de nuit ; un magnat du pétrole, Barney Mc Bride, est retrouvé mort à Washington où il devait prévenir les autorités fédérales de cette hécatombe !

Preuve s’il en est que c’est un véritable complot contre les Indiens qui se perpétue.
Après des mois d’enquêtes et d’autres crimes, deux hommes sont arrêtés (je ne vous donnerai pas leurs noms) jugés et condamnés. Mais uniquement pour le meurtre d’Henry Roan ! Pour le reste aucune preuve, ni aveux, juste de fortes présomptions, pas assez hélas ! Tous ces crimes resteront impunis. Le nombre exact reste vague, les morts violentes sont visibles, (24 meurtres d’après le Bureau des Affaires Indiennes)  mais les empoisonnements sont difficilement quantifiables.
On peut se baser sur des chiffres découverts par l’auteur, par exemple un curateur avait neuf personnes sous tutelle, sept sont décédées dont deux assassinées ! Un autre avait onze dossiers, sur ces onze personnes, huit sont mortes !
Une des méthodes les plus sûres que cette mort passe inaperçue est, je cite l’auteur :
–« Les coupables font boire un Indien, appelle un médecin qui  diagnostique un problème d'alcoolisme et prescrit une dose de morphine ; après le départ du praticien, on injecte une énorme quantité de morphine sous l'aisselle de l'Indien ivre qui finit par y passer. Le certificat de décès mentionne alors que « la mort résulte d'un poison alcoolique ».
Énormément de personnages dans cette enquête, mais hélas très peu sont recommandables.

La photo de la couverture présente deux personnages clefs de l’affaire, Ernest et Mollie Burkart. Le mari, blanc, et l’épouse Osage. Lui mérite le surnom péjoratif donné par les Indiens, de « visage pâle ». Elle devient, suite aux assassinats, de ses sœurs l’héritière de la fortune familiale. De quoi attiser les convoitises.
La nappe de pétrole étant épuisée, sans leur demander leurs avis, des éoliennes seront dressées à la place des derricks ! Bonjour le paysage !
Un livre coup de poing, foisonnant, qu’il est difficile de résumer. L’appât du gain, mêlé à un fort racisme anti-indien, amène certains hommes aux pires extrémités !
Extraits :

- Une lettre envoyée au rédacteur en chef de l'hebdomadaire Independent faisait écho à ce sentiment en traitant les Osages de bons à rien s'enrichissant « grâce au gouvernement qui a eu la maladresse de leur octroyer des terres riches en pétrole que nous autres, les Blancs extrayons à leur place ».
- Un agent du Bureau des Affaires Indiennes reçut un nouveau rapport : Mollie n'était pas du tout en train de mourir du diabète ; elle avait été empoisonnée, elle aussi.
-  Si White préférait enquêter seul, vu le nombre de meurtres et de pistes à étudier, il comprit qu'il allait avoir besoin de constituer une équipe.
- À son arrivée au bureau, Hoover avait créé une division d'identification, un fonds central regroupant les empreintes de tous les criminels du pays. De telles méthodes viendraient à la rescousse des « gardiens de la civilisation ».
– J'ai parcouru des registres de succession pour découvrir à qui aurait pu profiter sa mort.
– « Cette terre est gorgée de sang », commenta Mary Jo.
Editions : Globe, l’école des loisirs (2018).
Titre original : The Killers of the Flower Moon.
The Osage Murders and The Birth of the FBI. (2017)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cyril Gray.