CROQUIS_DE_BRETAGNE_ET_D'AILLEU_-_Anatole_Le_Braz

Croquis de Bretagne et d’ailleurs.
Anatole Le BRAZ.
Note: 4, 5 / 5.

Croqué sur le vif.
Réédition par An Armorik Editions d’ouvrages anciens écrits par quelques-uns des plus grands noms des lettres bretonnes du 19ème. Il est à noter que ces titres existent également en format Epub chez le même éditeur.
Anatole Le Braz fut sa vie durant un grand voyageur et un écrivain fécond. Il a par exemple publié des carnets de notes prises durant des séjours en Irlande, au Pays de Galles et en Angleterre que j’ai lus il y a plusieurs années.
Des portraits d’humbles femmes piochés au gré des pérégrinations de l’auteur dans la Bretagne de l’époque.
Une aïeule à Rennes, un détour vers Quimper où il s’extasie, et on ne peut que l’approuver devant la beauté de la ville. Il ne manque pas non plus d’évoquer la superbe cathédrale Saint Corentin, un des bijoux de la foi bretonne.
Poursuivons notre route vers Douarnenez où plane encore l’ombre  des « Penn –sardines » où le Braz semble s’attarder. Le premier chapitre consacré à ce port se nomme « Fille de fabrique » qui commence par ces lignes :
-Nulle part, je pense, l’éveil de la mer, en été, sous la première caresse de l’aube, n’offre plus de charme qu’à Douarnenez.
La mer n’était pas un lieu de plaisance, mais de travail, dur labeur de la pêche, puis de la conserverie et tout cela pour un salaire de misère. Mais c’est aussi un superbe spectacle que l’on contemple à l’infini. Toujours pareil, mais à chaque fois différent.

À Châteaulin l’eau est apaisée, l’Aulne coule majestueuse au fond d’une vallée, superbe spectacle.
Partons ensuite à la découverte de Morlaix, l’envers du décor :
-  Eh bien ! au cœur de ce Morlaix-là, il y en a un autre, inconnu, insoupçonné, d’un pittoresque pourtant plus authentique, quoique les « guides » l’ignorent et qu’il faille le découvrir avec son instinct. 
Métier de misère dans l’île de Batz que cette femme « Brûleuse de goémon », Plougastel-Daoulas, retour vers la Bretagne-Sud, à Pont-Aven, Concarneau, Fouesnant, Kerity (Penmarch).
Retour vers le Nord, la rencontre d’une tricoteuse à Lannion, d’une veuve à Saint Brieuc, et d’une marchande à Guingamp.
Pour terminer, nos pas nous transportent en Vendée, Saint Jean-de-Monts, les Sables-D’Olonne.
Une écriture ancienne mais qui n’a pas vieilli, les temps ont bien sûr changé en apparence, mais les inégalités et la misère sont toujours hélas présentes. Cela semble si loin et pourtant, cela fait du bien de se souvenir de la vie de nos ancêtres.
Je terminerai par cette phrase :
Nulle autre démonstration, d’ailleurs. L’« amitié » bretonne est pleine de réserve.
Extraits:

- La mémoire des Bretonnes est infinie comme leur rêve.
- Le Stêr surtout communique à la vieille ville cornouaillaise je ne sais quelle grâce vénitienne.
- Quatre, cinq cents bateaux défilent et décroissent, striant derrière eux la face éclatante des eaux de mille rayures de diamant. Assise dans l’herbe, une penn-sardinn suit des yeux leur procession qui s’éloigne. Et l’on rêve du temps où la blonde Yseult regardait ainsi, de ces mêmes bords, s’évanouir sur la mer de lilas et de pourpre la flotte qui emportait Tristan.
- C’est le temps et l’heure où elle est particulièrement douce à contempler. Les filles de Douarnenez le savent. Une secrète parenté de nature les unit à la mer natale.
- Et c’est tout simplement une « pauvresse de la mer » occupée à réduire le varech-épave, péniblement recueilli le long des côtes, en une pâle cendre iodée que les industriels de la ville lui achèteront, à un prix dérisoire, pour en extraire de la soude, ou les cultivateurs des paroisses terriennes pour l’utiliser en guise d’engrais.
- « Les autres, dit-il, sont des laboureurs : nous, à Plougastel, nous sommes des jardiniers. ».
- Pont-Aven – un joli nom clair et dont les syllabes semblent glisser d’une fuite chantante, comme les eaux de sa rivière parmi les cailloux.
Éditions : An Armorik (2014) Papier & Ebook.
Édition originale : 1903.