29 juillet 2011

ARNOTT Jack / Crime song (La ballade de Billy Porter)

 Crime song

Crime song .
La ballade de Billy Porter.
Jake ARNOTT .

Note : 4 / 5.
We are the champion ! *
Après « Crime Unlimited », ce livre est le second volet d'une trilogie consacrée à la capitale britannique. Le Londres du crime et de la Coupe du Monde de football. L’Angleterre triomphante des « Swining Sixies », le chant du cygne de l'empire britannique. Des Beatles à Margaret Tatcher, de l'insouciance à l'austérité.
Tuer trois hommes dans la jungle malaisienne pour un soldat c'est un motif de félicitation, mais plus tard à Londres, la sanction n'est pas la même ! D'un côté vous êtes presque un héros, de l'autre une bête fauve.
La Coupe du Monde se prépare, la police tente de faire face ou pour le moins fait semblant, objectif : nettoyer Soho et Mayfair, mission impossible ? Trop d'intérêts sont en jeu, la pègre veille sur son fond de commerce, notamment la prostitution qui, avec l’affut de touristes, clients potentiels, est une vraie mine d'or. De tous les pays des truands débarquent, escrocs, voleurs à la sauvette, montes en l'air, filles de joie et trafiquants de drogue....la vie suit son cours, les magouilles en tous genres ont du bon temps devant elles, les gangs les plus connus tombent, mais la police participe aux bénéfices de l'argent sale, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et la victoire de l'équipe nationale entretient l'euphorie générale !
Sauf que.....l'impensable se produit....trois policiers sont abattus de sang froid...le meurtrier est Billy Porter, ancien soldat...rien ne sera plus pareil....ses deux complices sont rapidement arrêtés, lui non. Commence alors une longue traque sur plusieurs années.
On retrouve ici le trio classique, le flic, le voyou et le journaliste, chacun sa déontologie et sa manière de l'appliquer ! Trois figures pleines de contrastes, ni ange, ni démon, donc attachantes malgré tout.
Frank, le policier, ambitieux, un peu ripoux mais pas trop, enfin rien qui ne perturbe son sommeil, son coéquipier Dave, lui, est un pur et dur. Malgré l'estime qu'ils se portent, une femme va s'insérer dans leurs relations. Et Frank constate que la corruption est beaucoup plus importante que ce qu'il pensait, pris au piège d'une relation sexuelle photographiée, il doit accepter certaines choses tout en n'étant plus d'accord. La mort de Dave dont il se sent responsable le hante, il veut participer à la capture de l’assassin. Il se marie, mais le couple ne marche pas fort, Frank reprend ses mauvaise habitudes, acceptant certains pots de vin....
Tony Meehan, le journaliste pas trop regardant et pourtant spécialiste des faits divers, adepte du voyeurisme qui fait vendre, plus c'est horrible, plus c'est vendeur ! Et les tabloïds britanniques ne sont pas avares de sensationnalisme (cela n'a guère changé!), alors toutes les combines sont bonnes même si elles sont pour le moins à la limite de la légalité. Une certaine ambiguïté sexuelle l'entoure mais il s'en cache bien dans un milieu très peu enclin à la tolérance. Premier journaliste sur les lieux du crime, il espère en tirer parti. Une grande campagne pour le rétablissement de la peine de mort suit la mort des trois policiers et son journal y participe activement. Mais son existence n'est pas des plus simples, quelques vieux démons resurgissent...
Billy Potter, lui sa vie, c'est une mère seule, la maison de correction puis l'armée d'office qui ne le garde pas, alors c'est la délinquance. Puis la prison et l'engrenage des petits délits qui rapportent peu. Il s'associe avec deux autres voyous de son acabit, l'avenir n'est guère brillant ! La victoire lui laisse un goût amer, il a tué pour son pays et l'armée l'a rejeté...alors fêter des footballeurs...Il passera à la postérité, héros d'une chanson hymne des hooligans contre les forces de l'ordre.
Une prostituée et une fugueuse sont entre autre les personnages féminins, femmes ou filles perdues débarquant à Londres pour fuir leurs familles, mais la vie est souvent pire qu'avant ! Londres n'est pas un lieu pour les faibles.
Il est à noter que la première partie de l'histoire suit la chronologie des matchs de l'équipe de football anglais durant cette fameuse coupe du monde 1966. Fameuse, car déjà à l'époque, le problème de l'arbitrage à la maison s'est posé en plusieurs occasions, surtout en final avec un but validé qui reste encore aujourd'hui un grand point d’interrogation ? Bizarrement, le seul match non mentionné du livre est Angleterre-France ? Par contre il est plus question d’Angleterre-Argentine qui lui sentait le soufre !
Quelques références littéraires surtout de la part de Tony, qui aurait aimé être écrivain, Truman Capote pour son roman « De sang froid » ou Somerset Maugham. On retrouve aussi quelques personnages du premier roman de la série « Harry Starks ».
Autre détail l'auteur nous parle de l'importance des Francs-Maçons dans la police anglaise et sa corruption.....vérité ou effet romanesque ?
Bref un bon roman noir dans la lignée des Ted Lewis et autres Robin Cook ou David Peace.
Extraits :
- J'étais jaloux, certes, mais j'éprouvais aussi un vague malaise, comme un pressentiment. Celui d'un désastre imminent.
- L'horreur est le plus infantile de tous les sentiments. Ça vous fait retomber en enfance, au temps où toutes les histoires étaient sinistres et terrifiantes.
- Ça faisait une drôle d'impression, de se mettre sur la tête un truc qui habille d'habitude les jambes des filles.
- Je me suis senti jaloux. Je la voulais, je la voulais d'autant plus que maintenant je la voyais avec lui.
- Le match Angleterre-Argentine faisait la une du canard. Une rencontre émaillée de coups tordus.
- Des filles sans passé, aussi facile à séduire qu'à larguer. Une « énigme ». Elle aimait ce mot-là, elle le trouvait romantique.
- La Malaisie semblait avoir plus de réalité que la ville morne et grise dans lequel il s'éveillait.
- Il me faisait bien comprendre que je lui serai toujours redevable de m'avoir tiré de ce pétrin.
- Du pain et des jeux, mon garçon...., a-t-il marmonné. Après la chute de l'Empire, ce n'est guère qu'un prix de consolation. Désormais cela ne pourra aller que de mal en pis......
Éditions : Passage du Marais (2003).
Titre original : He Kills Coppers. (2001).
*Cela n'a pas duré !
Autre chronique de cet auteur :
Crime Unlimited (L'histoire de Harry Starks).

 

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26 juillet 2011

RAYNAL Patrick / Le ténor hongrois

 Le ténor

Le ténor hongrois.
Patrick RAYNAL .

Note: 4 /5.
Les feux de la haine.
Au dernier festival du roman policier de Penmarc'h (dont il était l'invité d'honneur), j'ai pu faire la connaissance de Patrick Raynal. Fidèle à mes habitudes, dans la mesure où c'est possible, j'aime bien découvrir un auteur par la lecture d'un recueil de nouvelles. Ce titre m'a été recommandé par Madame Raynal.
Sept nouvelles, dont l'une « Un ornithorynque dans le tiroir » est en douze chapitres, ce qui est relativement original pour être souligné ! Trois hommes et l’ornithorynque, c'est moche la vie et les secrets de famille...parfois on se brûle les doigts et personne n'en sort intact.
« L'âge de la paix » doit être proche de l'âge de raison ! Mais les gens ne les atteignent pas forcément au même moment. Dans Paris un homme cherche une femme, normal, le monde est ainsi fait....c'est de l'histoire ancienne, il espère pour lui une sorte de rédemption..la paix avant la fin. Alors il veut donner...
« Monsieur » porte en lui toutes les séquelles de la guerre d'Algérie...de la violence et de la barbarie. L'amour lui donne envie de parler, de se raconter, la guerre ou plutôt les guerres et la vengeance  enfin assouvie. Mais pour avoir enfin l'âme en paix, il lui reste une dernière chose à faire...
« Angie », c'est la guerre des casinos, une dénommée Agnès Lebrun qui disparaît....elle était héritière d'une des plus grandes salles de jeux de la ville... » Oh Niçois qui mal y pense » Mélanger les maffias ne fait pas forcément une bonne salade.
L'auteur revient à Nice en mai d'une année restée célèbre. Affrontements violents ou feutrés entre étudiants, policiers, renseignements généraux...ainsi va la démocratie ! Les facs sont occupées, la police aussi..à tenter de déloger les occupants ; chacun a ses occupations, pas toujours compatibles les unes avec les autres.
Un Américain à Paris, mais qui a du mal à le prouver car il parle un français « châtié » qui surprend tout le monde. Sa visite de la capitale française ne sera pas de tout repos....Pourtant (ou à cause de cela) il a été au Père Lachaise où repose Jim Morrisson..tout cela  repose.... sur un malentendu ! Enfin, cela donne un prétexte à une balade dans le vieux Paris .
Des hommes, l'un se découvre un frère, l'autre une petite fille, un troisième recherche une amie d'enfance disparue corps et âme. Un autre nommé Philip Marlows devrait sûrement laisser dormir les secrets de sa famille....Le grand sommeil est la dernière étape de la vie !
Deux policiers qui font la chasse aux gauchos gauchistes près de la baie des Anges, lesquels s'envolent à tire d'ailes, un peu effarés de ce qui se passe dans la ville avec le fils qui succède au père à la mairie, comme dans toute république bananière qui se respecte ! Triste monde sous le soleil....
Les descriptions du Lorient de Patrick Raynal sont pour le moins sévères, mais justes.Par contre je suis tout à fait d'accord avec cette phrase au sujet des touristes et des ports :

- Ils aiment les ports qui ne servent à rien, ceux où l'on range de jolis bateaux devant de jolis troquets et où l'appel du large ne pue pas le poisson, le mazout, l'acier rouillé et le sang des membres amputés.
Un bon livre, une découverte qui va sûrement en appeler d'autres, la bibliographie de Patrick Raynal étant riche et variée avec en particulier « Corbucci », un autre recueil de nouvelles dont le personnage principal est un privé niçois. A noter le clin d’œil (très appuyé) à la série noire américaine et à Raymond Chandler en particulier.
Extraits :
- C'est vrai que la peluche ressemblait à ce drôle d'oiseau des antipodes. Un canard déguisé en castor. Ou le contraire...
- Le repas de soir de deuil, version Morbihan. Je me suis dit que j'en avais pas encore fini avec les rites.
- Un môme qui pense que le monde est si dégueulasse qu'on a rien à perdre à essayer de lui ressembler. Une résurgence du jansénisme version rock 'n' roll.
- Si mon père était un mec bien, il n'avait jamais pris la peine de me le faire savoir. Un mur. Un mur d'aristocratie, de froideur et de sciences.
- C'était une femme superbe, de celles que les années embellissent avec un respect toujours grandissant.
- Un
winner, c'est comme ça qu'on désigne les types dans mon genre en Amérique. Des types qui ont tous les droits tant qu' ils gagnent.
- J'étais destiné à mourir seul sur un tas d'or, comme l'oncle Picsou.
- Le résultat a failli me faire tomber de ma chaise ; la vieillesse n'avait pas fait le boulot toute seule. Cette femme avait l'âge d'être toujours belle.
- Entre le cauchemar et le rêve, en quelque sorte.
- C'était le genre de fausse blonde qui prenait ses fesses pour un saint-sacrement et sa fonction pour la ligne Maginot.
- Ça puait le fric, la respectabilité et l'éther.
- Fume. Cela te rendra moins triste.
Éditions : Gulliver. Flamarion(1999).

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23 juillet 2011

DEMEAUX Mickaël / Les irréductibles Merlus

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Les irréductibles Merlus.
Mickaël DEMEAUX *

Note : 4  / 5.
Un club qui a la pêche. **
Avant de commencer à parler de ce livre,  je voudrais avoir une pensée émue pour les gens (car j'en connais) qui ne sont pas des fans de sport.
Imaginez le printemps et l'été ;  cela commence par le rebond d'une petite balle jaune sur une terre battue ocre ou un gazon vert,  cela continue sur les routes de France et de Navarre où dressés sur des vélos, des coureurs escaladent des cols, courent contre une montre, etc... Et bientôt nous allons retrouver ces divas en short, batifolant comme des fous pour des dizaines de milliers d'euros sur les terrains de football de l'Europe entière. Enfin, c'est la vie et le business...
S'il est vrai que j'habite Lorient depuis maintenant 19 ans, je ne me suis jamais réellement intéressé à son équipe de football. La seule fois où j'ai été au stade, c'était pour une nuit magique du festival. Mais ne voulant pas raser les murs (ce qui de ma part serait un comble) sur le chemin de la médiathèque ou de la boulangerie, je vais, malgré tout, trouver des choses positives dans l'histoire de ce club qui, je pense, est encore resté à l'échelle humaine.
Profitons donc de ce livre, de cet anniversaire et d'une saison qui va bientôt commencer pour se souvenir.
C'était comment  avant ? Quand le football était un jeu et non un combat, quand les clubs se créaient autour de bénévoles et d'idées communes !
Pour le savoir, plongeons ! Comme les gardiens de but ou les oiseaux marins dans le port, revivons l'histoire du FC Lorient qui vient de fêter cette année ses 85 ans ! Âge respectable s'il en est !
C'était quoi, donc, avant ? Une rencontre dans un bistrot, une idée en l'air, un ballon (de rouge?), un nom « La Marée Sportive » car cette équipe était corporatiste (on mesure hélas le chemin parcouru), une famille .. Pour porter tout cela à bout de bras, la famille « Cuissard » ..  Commençons donc par le commencement,  Mme Caroline Cuissard et son époux Joseph décident de quitter le championnat corporatif pour celui des amateurs ; le 2 avril 1926, le football club de Lorient est officiellement créé.
« Les merlus » au début était le grondin,... manque de classe ..  alors appelons le merlu à la rascasse (pardon je me trompe) à la rescousse...et il y est resté. Les couleurs « Tango & noir » viennent d'un pull tricoté main et porté par Madame Jean Nioche comme quoi il ne faut pas toujours chercher bien loin ce que l'on a sous la main !
Antoine Cuissard, dit Tatane (pour l'époque c'était une pointure),Yvon Goujon et Yannick Stopyra ;  ces noms qui ne disent peut-être plus grand chose aujourd'hui sont pourtant ceux d' une grande famille de footballeurs tous internationaux.
Les déplacements étaient eux aussi d'époque...SNCF en troisième classe banquettes en bois....être footballeur n'était pas toujours une sinécure (de jouvence). Mais quand les matchs étaient à la maison alors là....Gargantua, Pantagruel et quelques spécialités locales terminaient le match dans l'assiette de tout ce beau monde...je vous laisse deviner (qui vient dîner ce soir!) les menus cités ici datent de 1950 et 1951, donc il y a prescription (pas médicales je pense).
Les conditions de jeu : Georges Girot un des entraîneurs de l'époque se souvient : on ne pouvait tacler que si le terrain était gras. Un match amical « Lorient/URSS 0-0 » les Soviétiques ont (parait-il) vu rouge et mauvais coucheurs ont accusé.....la pluie ! Alors que de mémoire bretonne, on pouvait à la limite (du hors-jeu) parler d'un léger crachin !
- Une date,  le 5 août 2006, premier match de Lorient en D1.
Les stars de Paris croient faire les malins...mais Lorient va leur jouer « Premier Tango à Paris ».. dans la défense parisienne cela rentre comme dans du beurre...et l’addition aurait pu être plus salée ! Et ce n'était pas du cinéma !
Je ne vais pas forcément m'attacher aux résultats sportifs de cette équipe,  je ne tiens pas à me ridiculiser devant les vrais supporters. Je fais tâcher de grappiller de ci et de là quelques anecdotes souvent amusantes, parfois moins drôles mais toujours bien dans l'esprit du club.
Pour moi, un homme, plus que les présidents ou les joueurs, symbolise le mieux le club et la ville, c'est Christian Gourcuff (qui a d'ailleurs préfacé ce livre). Sorte d'OVNI dans le football moderne, entraîneur de la vieille école (il était prof de math),  il représente une fidélité et donne une caution morale qu'ont perdu par exemple le grand voisin nantais. Un mot aussi sur une autre célébrité locale Didier Le Botmel, élu deux fois meilleur speaker de la ligue 1 ..une distinction qui ne le laissa pas sans voix !
Plein de documents annexes, listes des entraîneurs de 1926 à 1967, la valse des entraîneurs n'a pas cours (de la Bôve) ici, valse et tango ne sont pas compatibles, liste aussi des joueurs depuis 1926, plusieurs historiques des classements et un quizz pour les mordus. Je ne pouvais malgré tout ne pas mentionner la victoire en coupe de France de 2002 qui fut un grand moment pour tous les supporters et pour la ville.
J'ai appris qu'un joueur argentin allait venir jouer à Lorient la saison prochaine, pour la couleur du maillot sûrement !
Une dernière anecdote...le 14 novembre 2010 un mariage est célébré sur la pelouse du stade devant 15400 spectateurs....cela fait pas mal de monde....le match Lorient/PSG....comme on se retrouve.
La saison 2011/2012 commencera le 6 août par un PSG/Lorient, remake du match de
2006 ?...c'est tout le mal que je souhaite à l'équipe de Lorient.
Quelques commentaires du temps jadis.......
- Ah, ah, à l'époque, c'était pire que la légion étrangère. C'est pas comme maintenant....
- Quand je vois qu'en 2011, on est à se demander si la pelouse du stade en synthétique c'est bien ou pas, s'il ne faut pas revenir à l'herbe traditionnelle, je trouve ça incroyable. Il y a soixante ans , nous, on réclamait le gazon.
- Au milieu des années 50, les joueurs en avaient ras-le-bol de perdre. Un jour ils ont décidé d'aller prendre l'apéro avant de jouer contre Quimper. Deux tournées d'une célèbre marque d'alcool anisé ont été commandées. Résultat : Lorient met une raclée aux quimpérois.
- Je me souviens, quand nous sommes rentrés au vestiaire, on est passé par un tunnel grillagé ; là, les femmes nous donnaient des coups avec la pointe de leurs parapluies ; on aurait dit des malades, je m'en rappellerai toujours. On aurait dit qu'elles faisaient cela pour nous punir d'avoir gagné....
- Eh bien, 2500 fr. (
salaire de l'époque) On ne se plaignait pas, c'était un bon revenu à l'époque. J'étais électricien de formation, électricien dans le bâtiment ;  je vivais mieux en jouant au foot....Même si on était parfois payé tous les deux ou trois mois, car le club connaissait d'importantes difficultés financières...
Éditions : La ligne Pourpre (2011). Site, ici.
L'équipe du livre :
Bélom
Clam, Coicault, Gégé, Jiluk,
Nono Mickaël Demeaux. (Cap)
Trinka (Entraîneur).
Désolé c'est pour un tournoi de football à sept....
*Préface Christian GOURCUFF .
** Titres auxquels vous avez échappés :
Le football est à bon port.
Quand le port et le sport font bon ménage.
Pour les mordus des Merlus.
La compagnie des Merlus.
Quand les Merlus font trembler les filets.

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21 juillet 2011

TREGUER Michel / le-septième-jour.net.

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le-septième-jour.net.
Michel TREGUER .

Note. 4 / 5.
Net mais pas toujours !
Le seul livre de cet auteur que j'ai lu est « Avec le temps » qui m'avait touché pour des raisons personnelles. Ici, fini le récit historique et la vie d'un village pendant l'occupation allemande. Entrons dans la fiction pour ne pas dire la science fiction, mais du moins dans un monde moderne ;  lecteurs à vos ordinateurs....
Septuor sans musique, mais avec une grande originalité et pas mal d'humour également. Le vocabulaire du net enfin décodé, mais en partie seulement,
xls, doc, org, pdf, jpg, .com ! Chacune de ces initiales bien connues des initiés sera bien gardée.
Au début il n'y avait rien enfin pas grand-chose, un concepteur de jeu vidéo un peu à cours d'idée...Une pensée..partant de là...sur sa planète il imagine des créatures
. Adam et Adamah...puis un animal pour corser le jeu. Inventons le pêché, un bien (ou un mal ?) du genre universel qui dure des siècles...pour cela il faut un animal, un rampant...un peu fourbe et visqueux.. puis un fruit, celui qui apporta des pépins au genre humain...car l'histoire ne s'arrête pas là....game is not over ! c'est « Éloah Play Evolution 2 ».
« Quadrigue.xls »Pierrot 1, puis deux par deux puis x par x. Mais dans l'histoire chacun voit la fin à sa fenêtre....et celles-ci ne sont pas toujours compatibles entre elles....Pierrot 1 devient Pierrot 2.....mais Pierrot 2 a deux possibilités ? Partir ou rester....Que seraient devenues nos vies si à un moment bien précis nous avions pris une autre décision.....si par exemple, je n'avais pas accepté un travail à Londres..... ? Question sans réponse ! La nouvelle la plus difficile à lire mais offrant tout un tas de possibilités dans le récit.
« Bobards doc » toute ressemblance avec une ou des émissions existantes est bien évidement fortuite. Comment pouvez-vous penser une chose pareille ? Les Oscars, les Césars, les Gérards, les Nanards et maintenant les Bobards. La devise de ce concept est "Plus c'est gros, mieux cela passe"! Il semble, dans un certain sentiment de partialité, les membres du jury ont décidé, que les hommes politiques de tous poils et de tout bord soient mis hors catégories! Pour eux ils envisagent la création du prix Nobel du Bobard!  Revenons à nos divagations nominées.... La vedette, féminine qui elle- même est une sorte de Bobard sur pattes refaite à comptes d'auteurs, prend le scalpel, (celui qui a servi à lui refaire la poitrine, ou les lèvres ?) ouvre l'enveloppe et d'un ton sérieux nous dit.. Le Bobard de l'année est...... Et les réactions sont les suivantes :  les "pour" applaudissent, les "contre" huent (les contres ut c'est pour les castrats d'or). Parfois ils en viennent aux mains jusqu’au cocktail où sont servis des ersatz de champagne et de caviar. La morale de tout cela : la prochaine cérémonie des Bobards sera meilleure que celle qui l'a précédé !
« Expériences. Org » Attendu que toute expérience est par nature aléatoire et le résultat peu, ou même parfois pas évident, attendons-nous donc à tout et à son corollaire rien !
« Trahison.pdf » Les trahisons hantent les pages des livres d'histoire, Judas, Brutus...mais la trahison de tous les jours...c'est vite oublié le soir venu... Lisez avec jubilation les exemples récents dans le monde politique bien sûr, mais aussi et, c'est en plus très osé dans celui de l'édition........Cela peut être une cause de changement d'éditeur!
« Femmes.jpg » Jeune. Polie. Gracieuse ». Je doute fort que le sigle jpg ait la signification que je lui prête mais c'est à mes risques, périls et puérile.
Beaucoup de personnages dans cette histoire, un texte dense d'une lecture que j'ai trouvé très ardue. Un monde totalitaire proche de celui décrit par Orwell dans 1984.....Lorsque la pensée unique sera la seule et unique norme en vigueur....Et si malgré tout le rire était la seule référence universelle....  Hihihaha.com est là pour nous le rappeler et clôturer ce livre par un éclat de rire mondial ! « L'hilarité au pouvoir ». Beaucoup de références dans ce livre, à la Bretagne et à sa langue, à sa littérature avec Anatole Le Braz et son célèbre roman « Le gardien du feu ». Les personnages souvent à multiples facettes n'ont pas une grande importance dans ce recueil de nouvelles. Ce qui compte c'est l'atmosphère de ce livre, mélange d'humour un peu décalé et de crainte vis à vis de l'avenir. Comment gérer l'intrusion de toutes ces nouvelles techniques de communication sans oublier la principale, le contact humain......A méditer.
Très différent de « Avec le temps » je le considère comme un bon cru dans cette collection des nouvelles des éditions « Dialogues ».
Extraits :
- Il faut être un enfant du pays pour lire dans cet habitat désordonné le visage d'une civilisation. Et Pierrot est un enfant du pays. Il commente, il est à l'aise, il règne sur ces landes peuplées de fées.
- Pendant une semaine, ils enquêtent à Ploézal dans les Côtes-d'Armor, sur une
gwerz contant la mort par noyade d'un jeune gentilhomme local dans un étang gelé, au cours d'une chasse aux cygnes.
- Il est l'un de ces Bretons qui ont prêté main-forte aux révolutionnaires américains, Chateaubriand, La Rouërie: il n'est peut-être pas trop tard !....
- Tel reporter n'avait jamais rencontré l'homme politique dont l'interview avait fait sa gloire. Tel autre avait composé ces images d'horreur avec des figurants maquillés.
- L'Histoire, toujours l'Histoire. Un monde fasciné par l'éternité abandonnant l'avenir au hasard.
- Article 2 :
Toute nouveauté est une trahison de l'ordre précédent.
- Quelquefois il pense un peu à son enfance. A-t-il eu une enfance ? La Bretagne est si loin.
- Rien n'est moins drôle que le patriotisme.
Liberté, égalité, fraternité, hilarité.
Éditions : Dialogues (2011).
Autre chronique :
Avec le temps.
Dialogues croisés

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18 juillet 2011

NAGELS Marc / Les îles au nord du monde.

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Les îles au nord du monde.
Marc NAGELS *

Note : 5 / 5.
Tir na nOg !
Un mot sur l'auteur que j'ai découvert il y a quelques années maintenant grâce à un texte « Le balcon spectral ou femme lisant » paru dans « Danevellou Breizh 2008 » (Nouvelles de Bretagne 2008). Il travaille également pour les éditions Siloë, ce qui fait que nous sommes parfois en contact. Les illustrations qui sont nombreuses, variées et surtout excellentes donnent un relief particulier aux textes.
Les mythologies des mondes du nord sont bien moins connues que leurs homologues latines par exemple, et les îles souvent très difficiles d'accès dans les temps reculés de l'histoire ont gardé quelques spécificités.
Quelques lignes de Maurice O'Sullivan, auteur des îles Blaskett, servent d'introduction à ce livre :
- « oh, que ne pouvais-je m'envoler au dessus des vagues avec Niav aux Cheveux Dorés ».
Vingt ans de jeunesse. Éditons « Terre de brumes ».
Ces îles lointaines mystérieuses et mystiques portent des noms enchanteurs, îles Fortunées, îles des Bienheureux, îles des Femmes, Tir na nOg (île de l’éternelle jeunesse), Avallon, Thulé etc. Embarquons pour un retour à l'époque glacière....
Ce livre commence par un texte irlandais « La navigation de Bran », l'attrait du départ pour ailleurs, la navigation et ses dangers, le but enfin ! « L'île des femmes » avec toutes ses tentations, ses mets délicieux, ses boissons incomparables, ses femmes divines... Mais le mal du pays devient plus fort pour certains...le temps du retour a sonné, mais que réserve ce voyage ?
« Les prédictions de la Völva » lors de l'assemblée annuelle du « Thing », réunion des hommes libres de l'île, la prophétesse Vôlva, femme du peuple des Sames du nord de la Norvège, prend la parole pour un récit incantatoire et terrifiant où elle terminera en transe. Le chiffre 9 semble important dans ce texte, : le bouleau au milieu de l'estrade a 9 branches, Völva a traversé 9 mers et 9 pays, le chœur féminin est composé de 9 chanteuses...
« Le balcon des orcades » qui parle de batailles, de pillages et « Invention d'une ruine » sont aussi des textes qui se rapprochent de la mythologie avec cette question trouvée au coin d'une page « ai-je rêvé cette aventure ? »
« Carnets du nord » m'a particulièrement marqué par sa modernité, nous suivons par l'intermédiaire de ces écrits un homme dont le bateau est prisonnier des glaces...lente agonie du matériel et de la raison des hommes...puis au final, la mort...Ce texte ressemble (ou je me trompe) à des expériences vécues par des bateaux qui ont tenté la traversée du pôle nord au cœur de l'hiver.
Des héros, des dieux, des êtres mystiques, prophétesses, voyantes, guerriers, géants et demi-dieux, pas de personnages très communs, même les arbres (Yggdrasil) ou les animaux (l’écureuil Ratatosk) sortent de l'ordinaire.
Un monde blanc, chapitre qui clôt ce livre, est une série de clichés représentant des animaux vivant dans ces conditions extrêmes. Certaines sont impressionnantes comme ces troupeaux de rennes ou étonnantes comme ces oiseaux qui semblent danser sur la neige. Un beau livre complet et très bien illustré : croquis, dessins, peintures et photos sont magnifiques.
Il y a en fin d'ouvrage un glossaire très complet et indispensable, car certains noms sont relativement connus, Odin par exemple, d'autres, comme Ymir, m'étaient complètement inconnus.
Un portrait des marins, car ils le sont, en plus de leurs qualités d'écrivains de peintres et de photographes.Clin d'oeil aux auteurs!
Je reconnais bien volontiers que si la mythologie irlandaise m'est familière, les autres traitées ici le sont nettement moins !
Un livre avec, c'est assez rare pour le souligner, des textes qui ont pour le moins autant de place que les illustrations.  Je voudrais signaler avant de clore cette chronique un court chapitre nommé « Amers bibliographiques » pour ceux qui le désirent approfondir le sujet.
Extraits :
- Comme si, pour atteindre le nord, il était indispensable de sacrifier aux rêves et aux mythes.
- On y voit un peuple en marche brandissant la hache et le sexe vers la blancheur fertile du soleil.
- Ils marchaient, le temps ne compte pas. Leurs pieds sont chaussés d'écume. La progression est lente, mais avant que la voix ne s'efface définitivement, ils auront rejoint l'île au front de brume.
- Son souhait le plus cher est que son fils s'empresse de faire allégeance- car il en a désormais l'âge- à l'Irlande, à son Haut-Roi.
- « Voici Emain ! s'écrient les compagnons de Bran, voici Emain Ablach, l'île des Pommiers, la terre des Femmes, la terre de Bonté ! »
- Alors, silence, quoiqu'il advienne, car le temps est à l'écoute !
- Ici, la peur s'empare des hommes les plus braves leurs mains se crispent sur la garde des épées, les têtes se couvrent.
- On boit à la mémoire des ancêtres et l'on boit pour s'éveiller la langue.
- Là, comme tu le sais, les Valkyries conduisent les combattants couchés sur le lit fumant des batailles pour qu'ils se livrent aux joies d'un festin ininterrompu.
- Pas de vivants ou presque, en ces lieux. Mais dans chaque endroit, le sentiment qu'une présence vive impose son évidente nécessité.
- Au nord de l'Islande saturée de fumée et de soufre où les Anciens n'osaient aborder, nous avons croisé les premières forteresses dérivantes.
- Depuis quelque temps, le jour n'est plus qu'un bref accident dans la nuit longue et mortelle qui nous emprisonne.
Éditions : Arthus et Siloë (2011).
Je ne voudrais oublier personne :
Marc Nagels pour les textes
Vincent Munier photographe
Didier Graffet illustrateur
ainsi que Juliette Pinoteau et Yoann Lossel.

Site des éditions Siloë.
Blog des éditions Siloë.

 

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15 juillet 2011

BRUEN Ken / Une pinte de Bruen (1)

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Une pinte de Bruen ( Vol.1 )
Ken BRUEN .

Note : 3,5 / 5 .
Blanc au dessus.....noir en dessous....
Un livre qui regroupe les œuvres de jeunesse de Ken Bruen, celle d'avant Jack Taylor* et le succès que l'on sait. Dans une très bonne préface, Allan Guthrie nous explique la genèse de l'écriture de Ken Bruen.
Une curiosité en deux volumes, celui-ci  comprenant deux romans et quelques nouvelles.
Le premier texte se nomme « Le Funérailleur » (Morbidités irlandaises) dont le personnage principal est Dillon, un habitué des cérémonies mortuaires, même s'il n'y connait personne! ! Il a une copine (enfin,  une femme qui s'est un peu imposée) nommée Marisa. Il cumule en plus toutes les us et coutumes irlandaises moulinées et agrémentées à la sauce Bruen. Il est agent de sécurité parce qu'il faut bien vivre, il est sans ambition, bref le gars peinard un peu roublard, buvant parfois, philosophant à l'irlandaise, parlant de la pluie (souvent) du beau temps parfois.....un être ordinaire...
On trouve dans ce texte la matière du Bruen à venir, l'Irlande profonde, l'alcool, la dérision et la mélancolie de voir l' américanisation de l'île et la perte de ses valeurs profondes.
« Martyrs » est un très bon texte qui peu paraître profondément immoral. Le héros Stephen Beck semble réussir, pas toujours facilement, tout ce qu'il entreprend, mais même si c'est absolument illégal..comme jeter sa mère par la fenêtre...sans être inquiété...Martin son frère, le génie de la famille,  enfin avant....., maintenant il est un peu dérangé,  leur mère est un peu dérangeante,  Nina, l'épouse de Stephen est partie un jour avec leur fille  (enfin, sa fille à elle, pas forcément à lui, disent certaines mauvaises langues...). Devenu riche il entreprend de faire des recherches pour les retrouver......et se venger. Mais le sort est cruel et qui sème le vent récolte la tempête.
« Le prêtre » est un texte un peu long pour être classé comme une nouvelle, Morgan est en poste à Clapam quartier de Londres fréquenté par les irlandais. Mais tout le monde n'apprécie pas outre mesure sa présence, alors un chat décapité sur l'autel sert d'avertissement. Puis survient Kate Delaney journaliste « féministe radicale » un texte qui semble préfigurer « Delirium tremens » avec une sorte de folie qui entre dans la vie de ce représentant de Dieu.
Les nouvelles qui complètent ce livre sont pour le moins de qualité très inégale ; ce genre littéraire est un exercice de style plus périlleux qu'il n'y paraît.
« Ils rêvent des anges »  mais dans ce monde à part en rêver... !  une femme, Cora, et une seule place de libre dans un pub à côté d'un vieil homme pour quelques instants de grand bonheur. Un peu de gaieté dans un monde de brutes.
« Dieu portait des chaussures » est un texte très énigmatique : « Sherry » raconte une triste soirée style club de rencontre, l'homme qui ne vous va surtout pas....,  alors il reste Sherry.....
Un amateur de funérailles, deux frères dans une histoire plutôt sordide, une infirmière nommée O'Brien, immigrée irlandaise, un barman mort et pas trop regretté, un dénommé Jack, personnage invisible, peu de figures très marquantes dans ces courts textes, des êtres plutôt effacés, souvent broyés par un monde qui les dépasse.
La littérature  prend une grande part dans l'oeuvre et dans la vie de Bruen dont les références oscillent (comme souvent) entre les classiques irlandais ; Oscar Wilde, James Joyce, G.B Shaw, d'autres moins connus comme James Stephens, ou Samuel Johnson. Deux  autres écrivains gros buveurs sont également nommés, Dylan Thomas et Jack Kerouac, ainsi que quelques romanciers sobres, enfin je crois ! James Ellroy, William Styron, Elmore Leonard pour les américains.
Malgré certains défauts de jeunesse, ce livre est un témoignage des débuts de Bruen et il laisse entrevoir ce style très particulier qui pour moi s'exprime le mieux dans ses œuvres typiquement irlandaises que sont les romans avec Jack Taylor comme personnage (on ne peut pas dire héros) récurrent.
Une très bonne idée des éditions Fayard d'avoir fait paraitre ces deux tomes qui raviront les fans et aussi les autres.
Extraits :
- La ville irlandaise où je vis traverse actuellement une crise d'identité. Qui n'en a pas ? Est assez grande pour pouvoir s'affubler du nom de ville, mais a gardé un parfum provincial.
- Comment en vouloir à une fille qui va vous chercher un verre ?
- On peut tout faire à un Irlandais, sauf lui poser des questions directes.
- Les Irlandais, eux, poussent à fond. Ils font du raffut, gueulent, veulent étrangler la mort. Comme si tout ce bruit et cette fureur leur permettaient de garder le contrôle. La mort a du boulot avec nous.
- Le thème du retour du mort traverse toute l'oeuvre de Joyce. Dans Ulysse, Stéphen voit des cadavres sortir de leurs tombes comme des vampires ... Pour voler aux vivants la joie.
- Etre irlandais signifie qu'on ne peut jamais dire qu'on ne sait pas. Peu importe l'exactitude de la réponse.
- L'attention qu'on y porte fait la différence entre baiser et faire l'amour, elle a dit.
- Je l'avais entendu sortir cette même tirade pour des Anglais..... des Irlandais du Nord.... des nonnes.
- J'ai couché avec Marisa le week-end et arrêté de fumer, Mais pas de boire, parce qu'en Irlande ça se fait rarement.
- Du soin des vivants à la mise en terre des morts, une réussite irlandaise.
- Mrs Nestor est aussi vieille que la Guinness. Et aussi sombre. De crasse.
- Stéphen pensait à Oscar Wilde.
Nous tuons toujours ce que nous aimons.
- Les chaussures faisaient un drôle de bruit...comme le son diffus d'une veillée mortuaire irlandaise.
- « L'amour est ce qui fait d'une fille ordinaire une déesse».
Éditions : Fayard Noir (2010).
Titre original : A Fifth of Bruen (2006).
*Intégrale chroniquée sur ce blog.


 

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13 juillet 2011

Le GOFF Hervé / Le miroir aux narcisses (Part 2)

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Le miroir aux narcisses *

Hervé Le GOFF.
Note : 5 / 5.
Récits trégorrois, suite et hélas fin !
Pour un résumé, prière de se reporter à la première partie de cette chronique exceptionnellement longue. Cette seconde partie est écrite quasiment sur place ayant fini ce livre après une journée passée entre Lannion, Langoat et Tréguier.
On reprend les mêmes ingrédients, farine de blé noir et beurre salé. Cidre doux ou brut selon les goûts.
L'auteur nous amuse avec quelques récits champêtres, mais devient sérieux et mélancolique aussi parfois.
Les fous du village, figures incontournables des campagnes profondes, peu dangereux, ils font partie de la vie des bourgs. Jean-Maï Plunet, par exemple loufoque et troubadour animant les fêtes locales ou Bozeg-Zot mystique à la langue bien pendue et à la réplique prompte.
Mettez-vous un peu à la place d’Émilienne, ville de ferme à Plouaret.....qui rencontre un éléphant sur sa route en 1929 ! Le pachyderme s'était échappé du cirque de Buffalo-Bill qui se produisait à Guingamp ! Imaginez que cela se produise un matin après avoir festoyé....c'est une raison pour se mettre à l'eau minérale pour quelques temps ! En parlant d'eau, un chapitre se nomme « Jours de pluie » et l'auteur nous explique simplement ce qui suit :
-La pluie de chez nous n'est pas ce que le premier touriste venu pense. Comment d'ailleurs pourrait-il savoir ce qu'elle est, puisqu'il n'est qu'un touriste.
Allons faire un tour du côté des sobriquets et autres descriptions anatomiques en versions originales sous-titrées pour la beauté de la chose ! N'y voyez aucune malice de ma part dans le choix de l'exemple!
Revr Blonegenn : cul en vessie de saindoux ! Là je demande à voir !!!!!Car malgré toute mon imagination j'ai du mal à concevoir la chose !
Revr kegin : cul de geai. Est-ce pour cela que nous les cajolons ?
Revr kemener : cul de tailleur, donc fessier conséquent . La situation bien assise de ce métier dans les campagnes bretonnes faisait que cette profession avait un statut particulier et sûrement les fesses rebondies.
Un autre chapitre est joliment nommé : « Autres petits riens de bonheur », tout un programme.

Mais il continue surtout de nous faire profiter d'une galerie de portraits tous plus haut en couleurs les uns que les autres. Alors je ne résiste pas au plaisir de vous en citer quelques-uns .
Ayant déjà mentionné les parents, passons aux oncles, celui dans son cadre ovale, mort très jeune et bien sûr jamais connu. Le plus exotique, l'oncle Pontec celui qui tous les ans venait de Paris, dont l'arrivée était une fête et le signal des vacances. L'autre Étienne pauvre homme ligoté par les liens du matriarcat celtique qui devait, selon Hervé Le Goff, « voler ses propres morceaux de vie ».
Lisez ce livre et faites connaissance avec ces gens ordinaires ou extraordinaires, Hugo, le lutteur colosse qui un jour trouva plus fort que lui, Gwill le menuisier, Colas ancien Cap-Hornier, Albert le facteur, le Marquis qui fit un bref séjour dans le bourg et qui disparut aussi rapidement qu'il était venu, Basile, le peintre de l'ombre, roi du slogan avant l'heure, ses œuvres à la peinture noire, « A bas la calotte » ou « Vive l'Anarchie ».
Les années passent et les mythes, même ceux qui ont la vie dure, nous quittent. Exit Pif, Groñch et Chasse-Mouches, la modernité prend le pas sur le monde d'avant, pas forcément en mieux mais c'est inéluctable.
Un dernier mot pour les deux figures marquantes de la région, aussi semblables, mais également dissemblables que possible et qui cohabitent à Tréguier, Saint Yves et Ernest Renan. Le saint et le philosophe, l'avocat et l'écrivain.
Extraits :
- « A-wechoù, me dit-il, gant azenañ hini e vez desket un dra bennack ».
- J'ai retenu cette sagesse : « On peut toujours apprendre quelque chose de l'homme le plus âne qui soit », en effet....ou du plus fou.
- Il n'y a pas d'illusions plus dangereuses que de ne pas croire aux illusions, si ce n'est de croire qu'on les a perdues.
- J'ai donc choisi d'être breton. Tardivement à vrai dire. Surtout parce que je sentais confusément qu'on m'empêchait de l’être.
- Mais quoi ! Il vous fallait choisir pour moi entre l'ombre et la lumière. Vous ne pouviez savoir quelles sont les deux faces de la même vérité.
- Au temps des blés mûrs, les Parisiens arrivaient.
- À partir de ce jour, les lieux se mirent à vivre, les noms à chanter, les pierres à signifier. Je venais d'entrer dans la dimension du temps où tout prend sens. La passion suivit.
- Je crois en la fatalité des noms et des patronymes qui vous modèlent sans que vous vous en aperceviez.
- C'était aussi un artiste. Il limait talus et chemins comme un poète ses vers ; peignait à fresque les routes à grande giclée de bitume.
- Il n'y a plus de grain dans les greniers, il ne reste que des souvenirs.
Éditions : Coop Breizh ( 1998)
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09 juillet 2011

Le GOFF Hervé / Le miroir aux narcisses.

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Le miroir aux narcisses.
Hervé Le GOFF.

Note : 5 / 5.
Récits trégorrois.
Un livre découvert dans ma bibliothèque (je sais c'est un peu en retard pour le nettoyage de printemps) et qui me  donne envie de me gifler pour ne pas l'avoir lu plus tôt!
La qualité de professeur de lettres de l'auteur garantit une très belle écriture, son érudition et ses connaissances historiques sont au vu de sa biographie évidentes.
Commençons par les choses qui fâchent (enfin qui me fâchent moi !) :
-« L'Anglais roux, en digne concitoyen de G.B. Shaw et d'Oscar Wilde, ne peut résister à la malice d'un jeu de mot ».
Désolé, mais pour moi ces deux auteurs sont irlandais et non pas anglais, Madame Wilde mère doit se retourner dans sa tombe. Pour le reste, que du bonheur et de la sagesse....comme cette phrase :
-Je n'avais pas encore compris que le rêve et la beauté sont un luxe pour qui dispose du nécessaire.
De l'enfance avec des souvenirs de la guerre, enfin des résurgences de conversations entendues à la vie d'écolier, l'éducation à la campagne, les visites dans les fermes avec le père, la magie des discussions en breton à la lumière d'une lampe à pétrole.
Une palette de courts paragraphes pour parler de tout et de rien, mais les choses ordinaires sont belles et semblent être les nôtres. On parle également d'une guerre des clochers mais entre ecclésiastiques ; dans la guerre des bigots,  le moins élevé dans la hiérarchie est le plus intelligent !
Au fil des pages, un chapitre se nomme « Les Vieux » ; «les Vieilles» aurait été plus judicieux, compte tenu d'un plus grand nombre de veuves  et l'auteur était sous la garde de sa grand-mère, laquelle, nous avoue Hervé Le Goff, aimait, mais ne savait pas se faire aimer.
Un autre chapitre (le 29, comme par hasard, mais cela aurait pu être, le 22, le 35, le 44 ou le 56) se nomme « Comment peut-on être Breton » comme le livre de Morvan-Lebesque (qui lui aussi a beaucoup contribué à mon éducation livresque) et j'ai eu l'impression de revivre mon expérience personnelle! De me retrouver à 20/25 ans quand la révélation de la matière bretonne m'est apparue , car comme le dit si bien Xavier Grall, on ne naît pas Breton on le devient! Mais lorsque comme moi, on a la chance de naître Breton, il faut le découvrir et surtout ne pas le renier !
« Le doigt de Saint Yves » Sant Erwan pour les bretonnants est une histoire chouette.... Groñch marie sa nièce dans une église de campagne....sous la protection de ce saint homme et de la tante qui surveille son monde « Au doigt et à l’œil »....
« Lire » qui se souvient encore des « Pieds Nickelés »? Pas mal de monde, j'espère, mais de Blek-le-Roc ou de Kit Carson? Et pourtant c'étaient des rendez-vous incontournables de notre enfance.
« Le diable et les crêpes » pour clore ma demie lecture ; et les crêpes l'auteur connait, surtout celle de Pif (bien meilleures et plus beurrées que celle de Groñch) et des crêpes sans beurre, c'est une honte! Que dire du beurre sans sel!...Rien....
Les personnages parfois truculents, lisez par exemple « Les baronnes du lavoir » les lavandières de Trégarec entre lavage et papotage, entre rinçage et commérage! Attention au retour de battoir! Les trois mousquetaires, version trégoroise et féminine, c'est Pif, Groñch et Chasse-Mouches que l'auteur qualifie en toute connaissance de cause « d'alchimistes du verbe » beau compliment! Et P'tit-Gé, il semble que chacun d'entre nous l'a croisé, ce gaffeur patenté, celui qui ne le fait pas toujours exprès mais qui se trouve toujours à dire ou à faire ce qu'il ne faut pas et qui parfois le fait sciemment ! Et un jour ce brave garçon du haut de ses douze ans tombe amoureux, mais comme c'était un sage, il n'en perdit ni le rire, ni le manger. Mais parfois cela devient plus sérieux, au point d'arriver en retard au match de football.
La famille, le père ébéniste, la mère effacée, les copains d'école, les habitants du « bourg » un dénommé Fañch par exemple, héros bien malgré lui, auréolé de gloire, mais pas très longtemps !
J'aime beaucoup l'humilité de l'auteur dans les premières lignes de ce récit, pourquoi et comment parler de soi quand on pense être un homme ordinaire, sans histoire, né de parents normaux? J'ai volontairement traîné pour parcourir ces lignes, pour sûrement mieux les apprécier.
Ce livre me touche particulièrement car il se déroule dans le pays de ma grand-mère maternelle, il est plusieurs fois fait mention de son village natal, Langoat, et pas en bien! « Fier comme un paroissien de Langoat » par exemple, mais je n'ai jamais été paroissien, donc cela ne me concerne pas!
J'ai l'impression en terminant ces quelques lignes que cet ouvrage m'attendait calmement, ayant tout son temps, guettant le moment propice, et il est venu. J'ai eu en plus l'impression de me retrouver sur bien des points, question de génération sûrement. Avant chaque chapitre une petite phrase ou pensée le présente, en voici quelques-unes :
-Le singe se cherche derrière le miroir.
C'est le premier des sages.
- En changeant la plume d'oie en plume Sergent-Major,
la plume Sergent-Major en stylo-feutre,
nous n'avons pas gagné une once d'intelligence,
nous avons seulement perdu un peu de poésie.
- Imagination n’use pas les chaussures
et permet de voyager bien plus loin.
Proverbe trégarecois.
- L'homme n'est qu'un rêve. Qu'espère-t-il du réveil ?
- Le paresseux fait une montagne de tout et se trouve mille raisons de ne rien faire. C'est un travailleur acharné doublé d'un philosophe fortuné.
- On aura beau faire et beau dire, l'éducation consistera toujours à faire du neuf avec du vieux.
- La culture sans l'inculture n'est pas plus concevable qu'un cinéma sans lavabo. Jacob Delafon.
- C'est quand on ouvre les yeux qu'on est amoureux, mais c'est quand on les ferme qu'on aime.
Désolé mais ce livre mérite une seconde partie de chronique dans quelques jours....
Éditions : Coop Breizh (1998)

 

Posté par eireann yvon à 13:15 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
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