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Le miroir aux narcisses.
Hervé Le GOFF.

Note : 5 / 5.
Récits trégorrois.
Un livre découvert dans ma bibliothèque (je sais c'est un peu en retard pour le nettoyage de printemps) et qui me  donne envie de me gifler pour ne pas l'avoir lu plus tôt!
La qualité de professeur de lettres de l'auteur garantit une très belle écriture, son érudition et ses connaissances historiques sont au vu de sa biographie évidentes.
Commençons par les choses qui fâchent (enfin qui me fâchent moi !) :
-« L'Anglais roux, en digne concitoyen de G.B. Shaw et d'Oscar Wilde, ne peut résister à la malice d'un jeu de mot ».
Désolé, mais pour moi ces deux auteurs sont irlandais et non pas anglais, Madame Wilde mère doit se retourner dans sa tombe. Pour le reste, que du bonheur et de la sagesse....comme cette phrase :
-Je n'avais pas encore compris que le rêve et la beauté sont un luxe pour qui dispose du nécessaire.
De l'enfance avec des souvenirs de la guerre, enfin des résurgences de conversations entendues à la vie d'écolier, l'éducation à la campagne, les visites dans les fermes avec le père, la magie des discussions en breton à la lumière d'une lampe à pétrole.
Une palette de courts paragraphes pour parler de tout et de rien, mais les choses ordinaires sont belles et semblent être les nôtres. On parle également d'une guerre des clochers mais entre ecclésiastiques ; dans la guerre des bigots,  le moins élevé dans la hiérarchie est le plus intelligent !
Au fil des pages, un chapitre se nomme « Les Vieux » ; «les Vieilles» aurait été plus judicieux, compte tenu d'un plus grand nombre de veuves  et l'auteur était sous la garde de sa grand-mère, laquelle, nous avoue Hervé Le Goff, aimait, mais ne savait pas se faire aimer.
Un autre chapitre (le 29, comme par hasard, mais cela aurait pu être, le 22, le 35, le 44 ou le 56) se nomme « Comment peut-on être Breton » comme le livre de Morvan-Lebesque (qui lui aussi a beaucoup contribué à mon éducation livresque) et j'ai eu l'impression de revivre mon expérience personnelle! De me retrouver à 20/25 ans quand la révélation de la matière bretonne m'est apparue , car comme le dit si bien Xavier Grall, on ne naît pas Breton on le devient! Mais lorsque comme moi, on a la chance de naître Breton, il faut le découvrir et surtout ne pas le renier !
« Le doigt de Saint Yves » Sant Erwan pour les bretonnants est une histoire chouette.... Groñch marie sa nièce dans une église de campagne....sous la protection de ce saint homme et de la tante qui surveille son monde « Au doigt et à l’œil »....
« Lire » qui se souvient encore des « Pieds Nickelés »? Pas mal de monde, j'espère, mais de Blek-le-Roc ou de Kit Carson? Et pourtant c'étaient des rendez-vous incontournables de notre enfance.
« Le diable et les crêpes » pour clore ma demie lecture ; et les crêpes l'auteur connait, surtout celle de Pif (bien meilleures et plus beurrées que celle de Groñch) et des crêpes sans beurre, c'est une honte! Que dire du beurre sans sel!...Rien....
Les personnages parfois truculents, lisez par exemple « Les baronnes du lavoir » les lavandières de Trégarec entre lavage et papotage, entre rinçage et commérage! Attention au retour de battoir! Les trois mousquetaires, version trégoroise et féminine, c'est Pif, Groñch et Chasse-Mouches que l'auteur qualifie en toute connaissance de cause « d'alchimistes du verbe » beau compliment! Et P'tit-Gé, il semble que chacun d'entre nous l'a croisé, ce gaffeur patenté, celui qui ne le fait pas toujours exprès mais qui se trouve toujours à dire ou à faire ce qu'il ne faut pas et qui parfois le fait sciemment ! Et un jour ce brave garçon du haut de ses douze ans tombe amoureux, mais comme c'était un sage, il n'en perdit ni le rire, ni le manger. Mais parfois cela devient plus sérieux, au point d'arriver en retard au match de football.
La famille, le père ébéniste, la mère effacée, les copains d'école, les habitants du « bourg » un dénommé Fañch par exemple, héros bien malgré lui, auréolé de gloire, mais pas très longtemps !
J'aime beaucoup l'humilité de l'auteur dans les premières lignes de ce récit, pourquoi et comment parler de soi quand on pense être un homme ordinaire, sans histoire, né de parents normaux? J'ai volontairement traîné pour parcourir ces lignes, pour sûrement mieux les apprécier.
Ce livre me touche particulièrement car il se déroule dans le pays de ma grand-mère maternelle, il est plusieurs fois fait mention de son village natal, Langoat, et pas en bien! « Fier comme un paroissien de Langoat » par exemple, mais je n'ai jamais été paroissien, donc cela ne me concerne pas!
J'ai l'impression en terminant ces quelques lignes que cet ouvrage m'attendait calmement, ayant tout son temps, guettant le moment propice, et il est venu. J'ai eu en plus l'impression de me retrouver sur bien des points, question de génération sûrement. Avant chaque chapitre une petite phrase ou pensée le présente, en voici quelques-unes :
-Le singe se cherche derrière le miroir.
C'est le premier des sages.
- En changeant la plume d'oie en plume Sergent-Major,
la plume Sergent-Major en stylo-feutre,
nous n'avons pas gagné une once d'intelligence,
nous avons seulement perdu un peu de poésie.
- Imagination n’use pas les chaussures
et permet de voyager bien plus loin.
Proverbe trégarecois.
- L'homme n'est qu'un rêve. Qu'espère-t-il du réveil ?
- Le paresseux fait une montagne de tout et se trouve mille raisons de ne rien faire. C'est un travailleur acharné doublé d'un philosophe fortuné.
- On aura beau faire et beau dire, l'éducation consistera toujours à faire du neuf avec du vieux.
- La culture sans l'inculture n'est pas plus concevable qu'un cinéma sans lavabo. Jacob Delafon.
- C'est quand on ouvre les yeux qu'on est amoureux, mais c'est quand on les ferme qu'on aime.
Désolé mais ce livre mérite une seconde partie de chronique dans quelques jours....
Éditions : Coop Breizh (1998)