Nouvelles_belges
Nouvelles belges à l'usage de tous.
Roger GODENNE*

Note : 4 / 5.
Histoires belges.
A part deux ouvrages de Marie Gevers, mes connaissances en littérature belge sont très limitées. Donc je vais essayer de me soigner, et comme j'aime bien les recueils de nouvelles, pourquoi pas? Certains noms sont très connus, comme par exemple Simenon, Jean Ray et J.H.Rosny aîné ; pour les autres, c'est l'heure de la découverte. Vu le nombre important de textes (25) je vais prendre mon temps et en lire une ou deux par jour. Un dernier détail : ces textes, qui sont classés par ordre chronologique, s'étalent entre 1886 et 2009!
« Les concubins » donc écrit en 1886 est une histoire très moderne, genre « Le viager » version familiale! Pas très moral tout cela, mais un vocabulaire très désuet, un rien campagnard et réjouissant.
« Drame » est une nouvelle en forme de pièce de théâtre en deux actes, il me semble que c'est la première fois que je lis cela!
Parmi mes préférées, « Sortilèges » de Michel de Ghelderode, un homme  débarque d'un train dans un port, un jour de carnaval.... pour quelle destination embarquera t-il? Les masques tomberont-ils?
« Un voyant » de Franz Hellens est l'histoire d'un peintre alcoolique et comme son titre le laisse supposer doté  de la faculté de voyance, mais est-ce un don ou un  poids trop lourd pour lui? Imaginez « Le portrait de Dorian Gray » d'Oscar Wilde dans une version inversée....
« Marée Basse », un homme recueille sur une plage une femme mystérieuse, sorte de sirène surnaturelle, mince et gracile. Peu à peu il se laisse prendre au jeu...Mais qui se cache derrière ce calme et cette tranquille assurance.....?
Un avocat qui avoue ne plus être maître de son destin et qui se remémore sa vie, sa famille, ses amis, sa carrière et qui pense au repas qu'il donne ce soir dans leur nouvel appartement... Des idées de suicide le hantent... « À mon dernier repas », chantait Jacques Brel...
« Le goût de l'argent » est une nouvelle très noire, car le proverbe dit l' « Argent n'a pas d'odeur », ici il se mérite.
« Belle de nuque» est un titre étrange, qui n'a rien à voir avec avec une femme nocturne, ni avec le gardien d'un harem d'ailleurs......et comme dit l'auteur :
Les nuques exquises sont l'exquis de l'exquis.
« Le voyeur » est une belle histoire, un été sur une plage, un homme, une femme et les vacances....
J'ai également beaucoup aimé « Qu'est-ce que tu deviens? « de Pierre Martens. Réflexion sur l'existence et le temps qui passe au travers de souvenirs d'amis d'enfance. Un acteur se souvient d'hommes et de femmes croisés durant sa vie et se pose la question : ont-ils réussi leurs rêves? Et lui, qui a un statut social, une carrière, est-il satisfait de sa vie...?
Plus il y a d'histoires, plus il y a de personnages ; ici cela va de paysans du siècle dernier à une révolutionnaire bulgare en passant par une famille classique, père, mère et fille. Un colon en Afrique qui finit mal, un homme de quatre vingt ans encore jaloux de son épouse, un avocat qui reçoit un mystérieux numéro de téléphone, un marin qui revient des îles du Pacifique fortune faite, mais pas l'âme en paix, en résumé des êtres pleins de tourments. Un obsédé sexuel qui aime la variété d'une autre époque, mais qui ne sait pas que les papillons ne piquent pas, un homme constate à ses dépends qu'il y a des noms très lourds à porter. Une jeune fille un peu naïve part à New-York par amour et tombe non pas en pâmoison mais de haut, une tenancière de bar revenue de tout sont les rares personnages féminins des ces textes.
Dans sa courte préface Vincent Engel écrit ce qui suit :
-La lecture d'un recueil de nouvelles est un exercice ardu, réservé, je le pense sincèrement, au plus chevronnés des lecteurs.
Il y a je pense beaucoup de justesse dans ce propos, ce qui explique certainement le peu de succès commercial de ce genre littéraire à part entière.
Des anciens aux modernes, plus d'un siècle de nouvelles belges avec de grandes différences d'écriture, chose normale dans ce genre d'ouvrage. Il y a plusieurs histoires fantastiques dans ce recueil en plus de celle de Jean Ray, grand spécialiste du genre, mais il n'est pas le seul en Belgique. La mort est presque toujours présente, et rarement paisible.
Un recueil de grande qualité, mais de lecture agréable, bien que je ne sois pas un grand amateur de ce  genre de récits.
Extraits :
- Il s'engraissait, bientôt prit du ventre, mais perdit ses cheveux, dévirilisé par l'abus du coït.
- Il y eut des minutes où le moi sembla sauvagement dressé contre le moi, où une haine intérieure déferla, inexorablement.- Frédéric détesta Frédéric !
- 2° MADAME. Belle, pas belle, à votre gré. Des seins de femmes, des bras de femmes et c'est probable, un cœur de femmes.
- Tous deux nous aimions la désolation des matins vides. L'automne finissait.
- Non, c'était plus simplement dramatique : je ne fuyais que moi-même.
- La rue était déserte, hostile, comme abandonnée depuis des siècles, vide de tout jamais d'une présence humaine ou animale.
- Opaque, voilà ce qu'elle était avant tout.
- Moi, j'ai trop de mémoire. J'en suis tout encombré. Barbouillé. Un privilège, une aubaine sans doute pour le comédien que je suis.
- On ne tolère pas que les extrêmes soient aussi banals que nos vies quotidiennes, et l'on interdit aux autres ce que l'on s'octroie avec complaisance.
Éditions : Luc Pire / Espace Nord.(2009).
*sous la direction de Roger GODENNE.