Marie des Embruns.
Michelle BRIEUC.
Note : 4 / 5.
Guerre et mer.
Après avoir rencontré Michelle Brieuc à Lorient au mois d'août, nous nous sommes à nouveau vus au salon du livre de Riantec. Après son recueil de nouvelles « De l'une à elles », j'ai donc lu ce roman.
Tous les jours, quelque soit le temps, Marie, « la folle » comme la surnomment les vieux du village, s'installe sur un rocher face à la mer et observe et observe celle-ci, inlassablement. Des rumeurs circulent sur elle, mais qu'en est-il réellement? Car Marie a été jeune, il y a quelques temps déjà, mais être jeune pendant la guerre est-ce vraiment une période de joie et d'insouciance?
Revenons en arrière, Marie a 21 ans, elle a fait des études, elle est la « promise » de François, la vie est là devant elle dans un bourg du Finistère, près de Brest. Mais le 3 septembre 1939, le tocsin sonne, la guerre commence et son cortège de malheurs. François s'engage dans l'armée, Marie dans la résistance, progressivement l'armée allemande s'installe. La vie quotidienne est bouleversée, mais le village reste uni dans l'adversité, les rancunes et haines paysannes se retournent contre « Les doryphores ».
De sabotages en embarquements clandestins, la vie s'organise. Pour Marie, c'est le courrier qu'il faut porter à vélo, les nuits d'attente, le danger permanent, les lettres de François qui se raréfient. Les parachutages d'armes et de munitions se poursuivent malgré tout, certains avions sont touchés et parmi les rescapés, des aviateurs anglais sont cachés malgré le danger! Les jours défilent, la victoire a, semble t-il, choisi son camp, les dernières troupes allemandes en reculant tuent et pillent, Marie sera une de leurs victimes, mais elle est jeune, s'en remet et l'armistice est signée.
Des trains de prisonniers arrivent, dans une allégresse générale, mais combien de ces hommes reprendront une vie normale? Marie, qui n'a plus de nouvelles depuis longtemps, s'interroge, François est-il de retour.....?
Marie, par ses promenades, sorte de rituel quotidien, cherche sa jeunesse volée et ses rêves brisés. Cette guerre, elle y a participé, par élan patriotique, mais elle a tout perdu. Seul le bruit de la mer et les souvenirs des nuits passées à guetter des bateaux, l'embarquement des hommes pour l'Angleterre, lui procurent un peu de chaleur.
François, l'absent, un de ces sacrifiés dont l'histoire oubliera le nom. Au fil de ses courriers, soldat, puis prisonnier, on sent un homme brisé.
Jeff, jeune aviateur anglais, plus gravement blessé que ses compatriotes, il retrouvera lui aussi son pays.
Louis, le maire, a un rôle non négligeable dans la résistance malgré la surveillance étroite exercée contre lui, mais ses fonctions justifient ses nombreuses visites à ses administrés. Chaque convocation à la gendarmerie pourrait être la dernière.
Les habitants du village taisent les rancœurs les uns envers les autres pour faire front commun. Pratiquement aucun allemand ne participe au récit, mais leur présence se fait sentir, ombres lourdes, de plus en plus agressives quand la défaite est inéluctable.
Ce livre nous raconte la vie d'un petit port breton d'où s'embarquaient les femmes et les hommes désirant rejoindre l'Angleterre. J'ai pour des raisons personnelles beaucoup aimé les pages traitant de ces moments très intenses, où la moindre erreur est fatale et la traversée longue et hasardeuse.
L'auteur a su très intelligemment nous épargner un final trop prévisible.
Extraits :
- Chez elle, on respecte les morts, au-delà du temps, au-delà de l'histoire.
- Beaucoup de jeunes ont déjà choisi de rejoindre l'Angleterre. Des petits bateaux de pêche vont servir à ces liaisons dangereuses mais régulières dont le rôle est définitivement entré dans l'histoire.
- Les choses vieillissent mal dans l'abandon des hommes. Les bras sont fatigués, ceux des hommes, des machines, des outils.
- C'est chose naturelle de vieillir, mais quand c'est la guerre, on dirait que tout vieillit plus vite.
- Il a signé un contrat d'engagement pour la durée de la guerre. Ça veut dire quoi, la durée de la guerre ?
- Pour la voir, il faut la connaître. Pour la connaître il faut être du cru.
- A ma Marie,
Les Allemands sont tout proches. C'est pire que ça, j'ai impression qu'ils sont sur nous.
- La coiffe bien accrochée sur le haut de la tête prouve à l'occupant son appartenance.
-Le breton, c'est sa langue, son appartenance, et elle ne se gêne pas pour l'afficher et, pire, le chanter.
- La solitude à deux est souvent pire que des duels singuliers.
- Le calme s'était mis à déchirer les vieux murs, à s'y incruster de manière irréversible.
Éditions : Lucien Souny. (2006)