Le tueur aux psaumes.
Chris PETIT.
Belfast confetti*.
Note : 5 / 5.
Ce livre est comme une pinte de Guinness, le fond est noir, très noir, et il y a une petite couche de blanc au dessus! Mais très mince la couche de blanc, très, très mince ! Une page de l'Histoire de l'Irlande du Nord, avec des dessous pas très propres, pour ne pas dire d'une crasse et d'une puanteur indignes d'un monde démocratique.
Nous sommes en septembre 1973 à Belfast. Candelstick tue un leader protestant, ce meurtre passera en pertes et profits (surtout profits pour certains).
Irlande du Nord, janvier 1985, l'inspecteur Cross fait un cauchemar, mais la vie à Belfast n'est-elle pas un enfer?
Le décor est posé, la mort peut faire son entrée en scène, par psaumes interposés. Ce qui semble n'être qu'un vulgaire vol de voiture, va déboucher sur une série de morts reliée au passé de Belfast. Le premier cadavre présente certaines particularités pour le moins étonnantes, il semble avoir été crucifié, n'a plus de dents et a été congelé! C'est beaucoup pour un seul homme, surtout qu'après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un ancien membre de l'IRA dont la famille a sauté dans l'explosion de sa voiture. Il avait quitté l'IRA et semblait agir en franc-tireur, donc il avait pas mal d'ennemis. Mais pour les autres, une femme aux mœurs un peu légères, une très jeune fille.... Un journaliste aussi est tué , là les motifs ne manquent pas, il s'apprêtait à faire des révélations sur une affaire de pédophilie, celle de Kincora, est-ce la cause de sa mort?
Tout ramène à l'histoire proche de l'Ulster, les groupes paramilitaires, les autorités, la police locale, les Britanniques, tout ce beau monde se combat ou chose plus surprenante fait des alliances contre nature. Et puis le marché de la drogue est aussi une pomme de discorde ou une arme politique.
L'inspecteur Cross est marginalisé au travail comme dans sa vie privée, il est anglais et agnostique, ce qui est la tare suprême en Irlande du Nord. Son mariage s'effrite lentement mais sûrement. Il faut lui reconnaître que sa belle famille, bigote et loyaliste, ne lui arrange pas les choses. Il veut mener cette enquête à son terme, malgré les éclaboussures qui en résulteront. Jusqu'où peut aller le pragmatisme politique, c'est la question qu'il se pose. Westerby est son adjointe, la seule en qui il peut avoir confiance, autant le dire tout de suite, ce qui devait arriver arriva!!!!! Chose étrange, ils ne semblent pas avoir de prénom, ni lui, ni elle.
Candlestick paraît être une marionnette manipulée, pour les Britanniques il tue des catholiques. Puis amoureux et marié à la fille d'un dirigeant républicain, il semble être devenu tueur pour une organisation catholique. Ancien soldat, il a le profil du tueur psychopathe. Faut-il chercher dans son enfance les causes de tout cela? Légalement il est décédé, sa voiture ayant sauté un matin.......
Des autorités se défiant les unes des autres, chacune se cachant derrière le statut politique étrange de cette entité qu'est : ou l'Ulster (alors qu'une partie de l'Ulster est en République d'Irlande) ou l'Irlande du Nord! Mais le sentiment prédominant est le mépris que les uns et les autres portent aux Britanniques (Les Brits!). Lesquels malgré tout tirent les ficelles, et plus la ficelle est énorme, mieux elle passe.
Un récit axé sur le côté politique malgré le fait que l'intrigue soit solide et l'atmosphère générale très glauque. Mais je pense que ce qu'il faut retenir de ce livre, est, si cela était encore un mystère, la collusion entre les paramilitaires protestants, l'armée et la police. Le nombre de catholiques tués par l'armée ou la police est connu (et élevé), mais le nombre de protestants? L'auteur suggère que l'armée en a tué quelques-uns pour attiser la haine contre l'IRA, pourquoi pas? Des attentats de Dublin aux Bouchers de Shankill, ou les grandes grèves protestantes, tout semble fait pour retarder la signature de tout traité. A qui profite le crime?
Un dernier mot, bravo aux éditions Fayard pour avoir édité ce roman, mais dommage qu'il ait fallu attendre plus de dix ans! Ce livre me rappelle « Le trépasseur » d'Eoin McNamee, par l'horreur de l'histoire, mais ce qui est grave, c'est que la fiction est très en dessous de la réalité!
Question qui me tracasse malgré tout, comment vont réagir les lecteurs pas très au fait de l'époque et du contexte historique de ce livre qui nécessite une relative bonne connaissance du problème Nord-Irlandais? Saint-Patrick a chassé les serpents de l'île d'Irlande, mais ici, c'est un vrai nid de crotales!
Extraits :
- A l''époque, à Belfast, c'était plus facile de faire tuer quelqu'un que de traverser la rue.
- L'ambiance, dans le Shankill protestant, cet été-là, était à l'incertitude et à la peur.
- Les dimanches de Belfast lui paraissaient gouvernés par le poids du passé, plus encore que le reste de la semaine.
- Un « COC », c'était un « Criminel ordinaire convenable », par distinction avec les terroristes.
- Quel parti était le plus facile à noyauter, les Provisoires ou les Officiels ?
- Son père avait soigné des hommes qui avaient subi des interrogatoires à Castlereagh. Ils en avaient de terribles séquelles.
- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, notre police dispose peut-être de la technologie la plus moderne, mais elle est arriérée et sectaire, et elle est dirigée comme une école victorienne du XIXe siècle.
- Dieu sait que tout est confus en Irlande du Nord.
- Il y a très peu de chrétiens en Irlande du Nord. Les gens s'y haïssent au nom de Jésus-Christ.
Éditions : Fayard (2007). Folio Policier (2009)
Titre original : Psalm Killer.(1996)
*Titre d'un poème de Ciaran Carson, le mot confetti évoque les débris tombant du ciel après une explosion. Adrian McKinty a donné ce nom au prologue de son roman « A l'automne, je serai peut-être mort »